Mustapha Benfodil : Après l’annulation de l’avant-première mondiale à Alger, le film de J.-P. Lledo au festival de Toronto

Le film de J.-P. Lledo au festival de Toronto Le dernier film de Jean-Pierre Lledo, Algérie : histoires à ne pas dire, et dont le titre de la copie algérienne était Ne restent dans l’oued que ses galets, a été sélectionné pour la 32e édition du festival international du film de Toronto.

Il s’agit d’un rendez-vous cinématographique de haute tenue qui se tient du 6 au 15 septembre, accueillant quelque 350 films. Le long-métrage documentaire sera présenté trois fois devant le public en plus de deux projections à l’attention de la presse et des professionnels du marché. C’est donc une belle « revanche » pour le réalisateur d’Un rêve algérien (2003) et d’Algérie mes fantômes (2004) après toutes les vicissitudes qu’il a connues en juin dernier lorsque Jean-Pierre Lledo avait voulu projeter en avant-première mondiale son film en Algérie. « Grâce donc au ministère de la Culture qui a interdit à Alger, Constantine et Oran, les avant-premières du 13, 14 et 15 juin, Toronto aura la primeur de l’avant-première mondiale », relève le cinéaste dans un courrier électronique adressé à la presse algérienne, et dont El Watan a reçu une copie.

Petit flash-back : Jean-Pierre Lledo a réalisé un film documentaire qui, au long de trois heures pour la version originale, suit le parcours de quatre personnages principaux, respectivement à Skikda, Alger, Constantine et Oran, chacun d’eux repartant sur les traces de son histoire, en somme celle de l’Algérie de l’avant-1962. Chacun revisitait ainsi les lieux de sa prime jeunesse, des lieux où Arabes, juifs et chrétiens vivaient en bonne intelligence s’accordent à dire les protagonistes. Le cinéaste propose dès lors un autre point de vue sur l’histoire avec ces mots en guise d’exergue : « Chaque pays a ses histoires sombres. L’Algérie aussi. » Caméra à l’épaule, il emboîte le pas à ses témoins en glanant les clameurs, les odeurs et les saveurs qui sont, en définitive, celles des Absents, restaurant et par là même mémoire de toutes ces petites gens qui s’étaient fondues dans l’Algérie plurielle d’avant-guerre et qui avaient su abolir la haine ravivée par le système colonial par le baume d’une fraternité « supra-communautaire ».

Lledo entend ainsi se placer du côté des civils de toutes les communautés en évoquant les déchirements douloureux provoqués par la guerre et suggérant que la violence de cette période trouble a été horrible pour tous, s’appuyant notamment sur les massacres d’Européens suite au soulèvement du Nord-Constantinois, le 20 août 1955. D’un propos forcément dérangeant, surtout lorsqu’il vient à questionner le « ciment nationaliste » qui a servi de terreau à l’insurrection de Novembre, le mot « censure » commence à circuler. Le département de Khalida Toumi a invoqué le non-respect de certaines clauses du contrat comme la durée du « docu » (fixée à 52 minutes) ou encore l’obligation faite au réalisateur de fournir une copie au ministère de tutelle, pour justifier l’annulation des projections. Devant le recul des salles, le réalisateur a dû recourir aux projections privées. D’un autre côté, Lledo nous apprend que le personnage de la séquence constantinoise du film et qui traite au passage de l’assassinat mystérieux du maître du malouf Raymond Leiris a demandé par voie de huissier à être retiré du film. Last but not least : Jean-Pierre Lledo tient à souligner que jusqu’à présent, il n’a toujours pas reçu de visa d’exploitation de la part du ministère de la Culture alors que sa demande est en souffrance depuis juin dernier. « Si cette situation venait à se prolonger, empêchant ainsi le public national d’avoir accès au film, elle pourrait autoriser à parler d’une censure qui n’ose pas dire son nom », conclut le réalisateur.

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