L’Oasis de la Belle de Mai, Questionnements

“L’oasis de la Belle de Mai” est un film mettant en rapport, à Marseille, des peintres algériens en exil et celui qui fut leur prof à Alger, Denis Martinez, qui sera le centre de la constellation.

Les jeunes peintres seront montrés en action: ils résolvent le problème de l’exil et apportent des réponses à leurs interrogations dans leur action hebdomadaire de “dé-frichage”. A Martinez reviendra d’essayer d’aborder plus en profondeur le problème de l’exil.

Ce problème le concerne en tant que citoyen et en tant que peintre. Il est infiniment plus angoissant pour un artiste que pour un citoyen: pourquoi?

Pour le citoyen, il y a le déracinement, la déstabilisation, les tourments, les douleurs et les étapes psychologiques du deuil… Et pour les artistes ?

Ceux dont l’art était très en liaison avec l’environnement, comme c’est le cas pour D.M, et qui fonctionnaient peu ou mal avec le marché, sont-ils plus défavorisés que les autres ?

Leur ‘’territoire de l’exil”, ne serait-ce pas un territoire mental particulier, qui pourrait se définir comme un ensemble où s’intègreraient le territoire d’origine et celui d’accueil ?

Pour le citoyen, le dépassement de la phase du “banissement”, soit l’adaptation-adoption, peut-être perçue comme une trahison… Mais pour l’artiste, le rétablissement de son activité ne passe-t-il pas, soit par l’intégration du nouvel environnement, justement ce “territoire de l’exil”, soit par la plongée, plus profondément encore, dans son  propre imaginaire afin de capter les signes de son affolement et de ses efforts à se restructurer autour de fantasmes qui déjà figuraient dans les réalisations artistiques passées…..

L’exil, en nous coupant de la réalité objective qui nous fut familière, ne nous pousse-t-il pas :

• vers le dépassement du “nationalisme” artistique ?

• vers une intériorisation plus affirmée que par le passé ?

La clé de la résurrection n’est-elle pas là ?

Si tel est le cas, l’exil ne pousse-t-il pas à un travail (colossal) de remise en perspective historique de soi ?

Qu’est ce qui nous poussait, avant l’exil, à vouloir nous exprimer?

Quels étaient nos véritables points de repères intérieurs?

Les points de repères extérieurs ne nous ont-ils pas trop obstrués en définitive ?

Le traumatisme de l’exil, qui est quand même le seuil de la mort (ainsi évitée), à quels remaniements intérieurs invite-t-il ?

Ne nous aidera-t-il pas à arracher quelque chose de soi que l’on connaissait mal jusque-là, quelque chose qui permettrait aussi une “libération”, quelque chose de stimulant…. L’exil, comme terrain de fertilité ? Et comme défi pour atteindre des niveaux inédits de soi et des autres ? L’exil comme pourfendeur des tabous sociétaux qui mutilaient ?

Elargir son public pour se faire à nouveau reconnaitre n’exige-t-il pas une exploration interne encore plus poussée qu’avant ?

Pour toucher plus large, ne faut-il pas descendre plus profond… ? Une invitation à se débarrasser de tout ce qui est trop spécifique ?

Mais aller dans ce sens, se transformer, voire muer, n’est-ce pas compromettre le retour au pays où nous ne serions plus reconnu ?

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