Lettre ouverte aux intellectuels algériens. (7 Mars 2009)

Halte à la nouvelle hystérie anti-juive dans le monde musulman

Cher(e)s Ami(e)s,

Les récents événements de Gaza ont été le prétexte au déferlement d’une nouvelle hystérie anti-juive dans le monde musulman, de la part de gouvernants, d’ organisations et de médias qu’ils contrôlent, la démocratie « cette perversion de l’Occident » n’étant pas encore une denrée locale.

J’ai donc cru de mon devoir d’intellectuel algérien d’interpeller mes amis, notamment ceux qui ont quitté l’Algérie, le plus souvent en raison justement de cette oppression anti-démocratique, ou pire ces dernières années, parce qu’ils avaient été eux-mêmes menacés par  les islamistes, mais aussi le Manifeste des Libertés, qui est un mouvement nationalement plus large, dont un des objectifs constitutifs est justement de se montrer vigilant vis-à-vis des divers usages de l’Islam.

Et je leur ai donc envoyé 4 documents :

  • L’hommage dans un quotidien algérien « Le Courrier d’Algérie » rendu par un journaliste algérien en exil, récemment agressé par des islamistes, M. Sifaoui, à la fille de Raymond Leyris, « chantre de la musique arabo-andalouse », dont il rappelait qu’en 1961 il avait été « assassiné lâchement et pour de fallacieuses raisons par un militant du FLN en 1961. »
  • La réponse de la rédaction de ce quotidien, par Mohamed Abdoun où il était notamment écrit : « L’élimination de l’ennemi du FLN qu’était Cheikh Raymond a donc été un acte brave et courageux à inscrire à l’actif de notre non moins glorieuse ALN. »
  • Une revue de la presse du monde arabe et musulman après Gaza, où l’on pouvait lire concernant l’Algérie, que pour Echorouk : « Israël est un cancer qu’il faut extirper », et aussi : « Dieu a révélé dans le Coran que les musulmans finiront par tuer tous les juifs ». Et où l’on apprenait aussi que dès le 5 janvier 2009, l’imam algérien Chamseddine Bourouba rendait publique une fatwa autorisant les musulmans, où qu’ils se trouvent, à « tuer des juifs, car tout juif est une cible légitime que les musulmans doivent abattre », cette fatwa étant la troisième circulant en Afrique du Nord et dans la communauté nord-africaine en France et en Europe appelant à tuer des Juifs.
  • L’éditorial du blog de Mohamed Sifaoui, intitulé « Al-Qaradhaoui pire que Williamson », signalait d’abord que ce théologien de l’Islam, considéré aujourd’hui, y compris en Europe, comme une référence et une sommité, membre du « conseil européen de la fatwa », avait émis le souhait que « les Juifs déjà punis en raison de leur comportement une première fois par les Babyloniens, une seconde fois par les Romains et enfin par Hitler (le soient cette fois) des mains des Musulmans », le journaliste algérien rappelait aux autorités officielles européennes qu’elles avaient « le devoir de réagir ».

J’accompagnais ces documents plus qu’inquiétants de quelques commentaires, pour ne pas me cantonner dans la neutralité de celui qui se limite à informer.

Où je disais qu’effectivement Al-Qaradhaoui (était) pire que Williamson, et que Sifaoui avait raison de souligner que : « l’Europe démocratique a le courage de s’attaquer à l’un mais pas à l’autre. »

Mais où je constatais aussi « le silence de la grande majorité des intellectuels du monde musulman, y compris de ceux qui ont quitté leurs pays à cause des émules d’El Qaradhaoui, et qui, eux, jouissent de la liberté de parole. »

Et concernant Raymond Leyris, après avoir signalé que : « En Octobre 2005, un juriste, Nassereddine Lehzar, avait déjà dans un des principaux quotidiens francophones algériens « Le Quotidien d’Oran », attribué l’assassinat de Raymond au FLN » et constaté que le silence des dirigeants du FLN de l’époque, et d’aujourd’hui (parti au pouvoir), équivalait à un consentement, j’en appelais avec toute « la solennellité possible, le Manifeste des Libertés ainsi que les artistes et intellectuels algériens, à élever enfin leur voix et à ne pas laisser salir la mémoire de Raymond. »

Or je dois tristement constater qu’hormis la réaction tourmentée d’un intellectuel algérien vivant au Canada et avec lequel j’ai engagé un débat fructueux dans le respect mutuel, les premières réactions ont été celles, réitérées, de Bachir Hadjadj, dernier lauréat du Prix Séligman, avec son livre autobiographique « Les Voleurs de Rêves », qui m’écrit d’abord brièvement ceci : « Je ne sais pas pour qui tu roules. », et hier tout aussi brièvement : « je voudrais te demander de ne plus utiliser ma boite mail pour la diffusion de ta propagande. ».

N’était-ce la notoriété récente de celui que je croyais être un ami, de surcroit faisant partie du bureau directeur de l’ Association « Coup de Soleil », dont l’objectif est le dialogue entre les Maghrébins de toutes origines ethniques et religieuses,  je me serais seulement attristé de constater la tétanisation, hormis quelques réconfortantes exceptions donc, de l’intelligentsia algérienne, pour ne parler que de celle que je connais, face à ce qu’il faut bien appeler l’hystérie antijuive qui déferle en Algérie et dans le monde arabo-musulman.

Ayant abandonné depuis longtemps toute envie de « convaincre » qui que ce soit, je reste néanmoins ouvert à l’échange intellectuel, même, surtout, contradictoire.

En attendant qu’il advienne, je réitère mon appel aux artistes et intellectuels algériens, surtout ceux qui, vivant hors d’Algérie, peuvent librement s’exprimer, en leur demandant si eux aussi, comme Bachir Hadjadj, ils considèrent, que les propos signalés dans les 4 documents envoyés ne sont que pure « propagande ».

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