“Les Berbères juifs” de “Cohen”- Lacassagne. Jean-Pierre Lledo

Préambule en guise de résumé: Le noyau dur, si l’on peut dire, de votre thèse …

Le noyau dur, si l’on peut dire, de votre thèse, est que ” juifs ne vivaient pas parmi les Berbères, ils étaient berbères.”.  “Historiquement les juifs ne constituent en rien un “peuple” distinct des sociétés dans lesquelles ils vivent“. “Il y a des diasporas grecque, libanaise, arménienne partageant une même origine géographique et des liens avec le pays des aïeux. Mais pour les juifs, ce n’est pas le cas, il n’y a pas de diaspora juive, l’origine géographique commune est fantasmée“. “Ce n’est pas un peuple en errance qui a traversé les mers mais une idée…”. “Le christianisme a isolé le judaïsme dans le mythe d’une “nation” errante”.

Votre ouvrage tente d’adapter à l’Afrique du Nord la thèse que soutint, une décennie avant vous, un autre non-spécialiste, votre préfacier, et même, dites-vous,votre éclaireur“, le professeur d’histoire du cinéma de Tel Aviv, Shlomo Sand : “Dans “Comment le peuple juif fut inventé“, il a débarrassé la judéité de son ethnicité.” ( débarrassé, diantre !). Vous vous abreuvez aux mêmes sources, lesquelles ne sont, vous l’avouez à la journaliste du Point, qu’un très mince “filet”. ( 3 juillet 2020.)

Photo illustrant l’article du Point. 3/7/2020

N’ayant point trop de blé à moudre, la suite de votre démarche consiste à tenter d’expliquer la rémanence de ce qui pour vous n’est que fantasme. De trois manières. En écrasant la culture arabo-berbère juive, l’hégémonie culturelle coloniale aurait rendu honteuses les origines “indigènes”. Octroyant la nationalité française collectivement à tous les Juifs, le “Décret Crémieux” de 1870 aurait été le premier instrument de la fracture entre juifs et musulmans. Le second étant le sionisme exploitant le mythe d’un peuple juif exilé après la destruction du Second Temple de Jérusalem, en 70 apr. J.-C.

Face à ce que vous appelez un “Décret Crémieux historiographique“, qui viserait à provoquer une hostilité entre juifs et musulmans, et qui aurait été mis à profit par le sionisme en vue de la constitution d’un “Etat colonial”, Israël, vous vous employez à “démontrer” le contraire, allant même jusqu’à soutenir une très grande proximité de la “dogmatique” juive et islamique, base commune ne pouvant qu’entraîner une solidarité entre juifs et musulmans, mise à mal, on l’a compris, par le colonialisme français puis par le sionisme.

Pour clore ce préambule en guise de résumé, permettez-moi de relever encore un point : votre aplomb. Malgré la raréfaction de vos sources, on ne vous voit quasiment jamais douter. Si ! Une fois : “Je ne suis pas certain que, pour elles, le passage du judaïsme à l’islam ait été très perceptible, ni qu’il ait changé grand-chose à leur quotidien“. “Je ne suis pas certain” !

Et puisque vous affirmez que “tout livre est une autobiographie“, je m’interrogerai en conclusion sur votre identité, sans pouvoir m’empêcher dans l’immédiat de vous demander selon quoi vous vous déclarez “français” : Est-ce de par votre lieu de naissance ? De par votre père (apparemment non juif) ? Mais votre mère étant présentée comme “d’une famille juive d’Algérie“, et votre thèse en faisant une “Berbère”, n’auriez-vous pas dû vous dire “franco-berbère judaïsé“, (voire peut-être “franco-berbère agnostique“) ? Pourquoi les Berbères qui vivent en diaspora de par le monde se disent-ils toujours berbères, et pas vous? Votre identité “profonde” se serait-elle évaporée en une génération ?

 

Jean-Pierre Lledo
4 octobre 2020 Tribune Juive

Lecture complete de l’article :  « Les Berbères juifs » de « Cohen »-Lacassagne. Ou quand l’idéologie supplante l’histoire. Jean-Pierre Lledo – Tribune Juive