La judéophobie musulmane en Algérie avant, pendant, et après la période française

J’ai été invité à présenter la troisième partie de mon dernier film Algérie, histoires à ne pas dire, consacrée à la mémoire des rapports entre Musulmans et Juifs. J’ai dit lors du débat qu’il me semblait y avoir un déséquilibre dans l’historiographie consacrée à la judéophobie en Algérie à l’époque coloniale, puisqu’elle concernait le plus souvent celle des Pieds-Noirs chrétiens, et très rarement celle des Musulmans. Je vais tenter de montrer ici que la judéophobie d’origine musulmane n’a rien à envier à l’autre, bien au contraire. Elle fut surtout plus longue. À partir de la conquête islamique, le sort des Juifs de toute l’Afrique du Nord, ressembla à celui des Juifs du Moyen- Orient : persécutés 1 ou tolérés, courtisés dans les moments de grâce ou le plus souvent pourchassés, mais toujours humiliés, infériorisés, dhimmisés. Pour cette longue histoire, les travaux fondés sur des milliers de documents d’archives, L’Exil au Maghreb, de Paul B. Fenton (Université de Paris-Sorbonne) et David B. Littman (Trinity College 2), et Juifs en pays arabes. Le grand déracine- ment (1850-1975 3), de Georges Bensoussan, sont encore bien solitaires.

En ce qui me concerne, n’étant pas historien, je me contenterai de traiter la période historique la plus récente, avant, pendant, mais aussi après la guerre d’Algérie (dite de libération ou d’indépendance en Algérie).

Pour une entrée en matière dans la judéophobie contemporaine en Algérie, citons le premier roman en arabe, sorti en mai 2011, Derb Lihoud (Quartier juif), dont le sous-titre L’histoire de deux enfants sacrifiés selon le rite talmudique donne déjà idée. Son auteur, Said Kessal, journaliste d’Ech-Chourouk el Youmi 4, tient même à nous assurer que : « C’est un roman, même si les événements qui se sont déroulés à El-Malah sont authentiques et ont laissé des traces chez la communauté musulmane ».

Et de nous donner aussitôt le détail de ces événements :

Entre les années 1953 et 1954 c’est-à-dire à l’orée du déclenchement de la lutte armée, la ville (d’Oranie), El-Malah (ex-Rio de Salado) a été secouée par un tragique événement où deux enfants, Mohamed et sa sœur Mériem, furent sacrifiés sur l’autel du rite talmudique attribué aux sionistes. Un double meurtre rituel d’une cruauté, apparu donc comme un thème d’accusation non pas contre les juifs mais contre les sionistes d’Algérie, cette communauté jouissait d’un État discrétionnaire (Citation textuelle).

Et comme si tout cela n’était pas assez clair :

Le choix de Derb Lihoud comme titre n’est pas fortuit, puisque dans presque toutes nos cités existaient des quartiers juifs. J’ai mis presque deux ans pour jeter mon dévolu sur ce titre parmi les six autres. J’ai voulu, à travers ces témoignages, mettre en évidence le rêve du grand projet que l’État d’Israël veut concrétiser au détriment du sang et de la richesse des Algériens dans la mesure où les juifs d’Algérie avaient à cette époque la mainmise sur le commerce et l’argent.

 

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