Un symbole du mariage des cultures. Z.Merzouk, El Watan, 11 octobre 2005

Un symbole du mariage des cultures
Le 22 juin 1961, alors qu’il se rend au palais de justice de Constantine (Algérie), Cheikh Raymond est assassiné dans un contexte de guerre et de tentions multiples, à savoir la naissance de l’OAS et le putsch des généraux.

En abattant le grand maître constantinois du malouf, le coup de feu détruit aussi un symbole de tolérance, un homme qui, par son art, prouvait que les communautés juive, pied-noir et arabe pouvaient coexister dans une culture commune. Constantine. C’est de ce rocher et de cette musique que Raymond était emblématique. Et comme le Pont suspendu, symbole de la ville, passerelle entre ses rives aux contours déchiquetées, Raymond était un lien entre les communautés juive et musulmane que l’histoire était en train de séparer. De part ses origines, Raymond Leyris (dit cheikh Raymond) était un emblème de cette Algérie où se côtoyaient Islam, Judaïsme et Christianisme, sans véritablement fraterniser mais dans des rapports de bon voisinage. Symbole du mariage des cultures occidentales et orientales, Raymond Leyris est né le 27 juillet 1912 d’une Bretonne et d’un juif sépharade, adopté par une famille juive modeste de Constantine. Il grandit dans cette ville où se développait une musique aux confins de la musique savante et de la musique populaire, où se mêlaient mystique et poésie. Très vite, Raymond Leyris devient un maître du oûd et un chanteur aux multiples nuances. Ses capacités vocales exceptionnelles et sa virtuosité instrumentale lui attirent de son vivant la reconnaissance de ses contemporains qui lui décernent le titre de cheikh et font que, aujourd’hui encore, il est considéré comme un grand maître. On raconte que lorsqu’il chantait à la télévision ou à la radio, les rues de la ville juive et arabe se vidaient. Figure charismatique de la culture traditionnelle constantinoise, il était une notabilité révérée par les deux communautés. A l’instar de cheikh Bestandji, son maître, Raymond était un symbole, et à ce titre, il n’était ni juif ni musulman. Il était cheikh Raymond, c’est tout. Z. M