Pensée ethnique du Nationalisme algérien – Propos Chefs Nationalisme

La pensée nationaliste ne veut absolument pas prendre en compte la modification de la géographie humaine depuis 1830. Fondée sur des critères ethno-religieux, sans jamais le proclamer, elle peut se résumer ainsi : «Arabo-musulmane avant la colonisation, l’Algérie doit le redevenir après. »

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Avant la Guerre d’indépendance…

  • Pour adhérer au PPA, principal parti nationaliste (tendance radicale), on prête serment sur le Coran.
  • « La Valise ou le cercueil » est un slogan du PPA , dans les années 40.
  • L’insurrection de Mai 45, qui démarre à Sétif, est menée dans tout le Constantinois aux cris de « Djihad fi Sabil Illah » (Combat sacré pour la Cause de Dieu), « Nkatlou Gouar »,  «  Nkatlou Nsara »,  « Nkatlou Ihoud »,  (Tuons les Infidèles, Tuons les Chrétiens, Tuons les Juifs).
  • Les militants nationalistes laïques de ce parti qui, après 1945, s’appelle MTLD, sont marginalisés. En 1949, les auteurs d’un Manifeste qui propose une définition non- ethnique de la nation, stigmatisés  « berbéristes », sont exclus.
  • En 1956, quand à Paris, on discute de l’appellation de l’Union des Etudiants Algériens, c’est le sigle l’UGEMA qui l’emporte contre celui de l’UNEA (« Musulmans » contre « Nationale »).

Dans un de ces débats d’étudiants algériens des années 50, Reda Malek conclut ainsi son intervention : « L’Algérie, n’est pas un manteau d’Arlequin », témoigne le constantinois  André Beckouche, qui poursuit :

« je suis resté en Algérie jusqu’en 1965.  J’ai dû me résoudre à quitter l’Algérie, mon pays natal et la terre de mes parents depuis des siècles et des siècles. Car l’Algérie n’a pas pu ou su garder les non-musulmans et je n’y trouvais pas ma place tt comme des camarades de grande valeur. Je pense à Henri Alleg, et à combien d’autres, Sixou, Timsit… La vérité, c’est que la France les a mieux accueillis et traités, eux qui avaient combattu sa politique coloniale, que l’Algérie pour laquelle ils avaient combattu. » Toujours selon le même témoin, Bélaïd Abdeslem, futur ministre de l’Industrie de Boumedienne, affirme dans un de ces débats des années 50 à Paris : « Avec un million d’Européens, l’Algérie serait ingouvernable ! » (Propos tenus à JP Lledo en 2009. Ils sont aussi dans une thèse d’histoire de Pierre Jean-Lefoll).

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Durant la guerre…

La nécessité d’avoir des appuis internationaux, et notamment dans les milieux traditionnellement laïques de la gauche européenne, obligent les grands dirigeants à pratiquer le double langage.

Plusieurs textes du FLN et du GPRA

(Gouvernement Provisoire de la République Algérienne),

invitent les Juifs et les Européens à se considérer Algériens et à rester dans leur patrie…

  • « La Révolution Algérienne n’a pas pour but de « jeter à la mer » les Algériens d’origine européenne mais de détruire le joug colonial inhumain ». El Moudjahid : n° spécial, 1956 (congrès de la Soumam du 20 août 1956)  p. 24.
  • Appel du GPRA du 17 Février 1960 « Aux Européens d’Algérie » 

« L’Algérie est le patrimoine de tous… Si les patriotes algériens se refusent à être des hommes de seconde catégorie, s’ils se refusent a reconnaître en vous des supercitoyens, par contre ils sont prêts à vous considérer comme d’authentiques Algériens. L’Algérie aux Algériens, à tous les Algériens, quelle que soit leur origine. Cette formule n’est pas une fiction. Elle traduit une réalité vivante, basée sur une vie commune. ».

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Mais dans le même temps, de hauts responsables disent le contraire, en privé….

  • Propos d’Abbane Ramdane, maître d’œuvre du Congrès de la Soummam de 56, (propos tenus avant 1957, année durant laquelle il est assassiné par les siens.) rapportés Jean-Marie Domenach, qui durant la guerre se rend plusieurs fois au Maroc et en Tunisie pour y rencontrer des dirigeants du FLN. Résistant, écrivain et intellectuel français catholique, lutte pour la décolonisation en Indochine et en Algérie, J-M D (19221997), a été Directeur de la Revue ESPRIT.

« Je me rappelle en particulier une discussion qui a été  d’une violence extrême avec Abbane Ramdane… Je lui ai parlé du sort qui serait fait à la population ‘ pieds-noirs ‘. Je lui ai dit : ‘ Vous n’allez pas mettre tous ces gens à la porte comme ça ‘ .Il m’a répondu : ‘ S’ils ne sont pas contents, ils n’ont qu’à s’en aller ‘.  Il m’a tenu ces propos extrêmement violents que j’ai rapportés à qui de droit ». – « Un souvenir très triste », La guerre d’Algérie et les intellectuels français (Ed. Complexe, 1991), p. 354.

  • Boumendjel et Benyahia, dirigeants du FLN et négociateurs partis de Tunis, se dirigent en 1960 vers Melun, dans un avion privé. Les accompagnant, le journaliste et directeur du Nouvel Observateur, Jean Daniel, lui-même juif de Blida, leur demande : « Croyez vous qu’avec tous ces fanatiques religieux derrière vous, il y aura dans une Algérie indépendante un avenir pour les non-musulmans, les chrétiens, les juifs auxquels vous avez fait appel ? ».

Après que Boumendjel ait dit à Benyahia : « Il ne faut pas mentir à Jean », voici leur réponse : « Le pendule a balancé si loin d’un seul côté pendant un siècle et demi de colonisation française, du côté chrétien, niant l’identité musulmane, l’arabisme, l’islam, que le revanche sera longue, violente et qu’elle exclut tout avenir pour les non-musulmans. Nous n’empêcherons pas cette révolution arabo-islamique de s’exprimer puisque nous la jugeons juste et bienfaitrice. ». (« Cet étranger qui me ressemble ». Entretiens de Jean Daniel. Ed. Grasset, 2004.)

  • Lakhdar Ben Tobbal, un grand dirigeant de la Révolution algérienne, se rend au Maroc en 1961, pour y expliquer les résultats de consultations à Tripoli. Les militants du FLN inquiets par les différents Appels du GPRA et du FLN aux Juifs et aux Européens d’Algérie, sont ainsi rassurés :

« Ces textes sont purement tactiques. Il n’est pas question qu’après l’indépendance, des Juifs ou des Européens soient membres d’un gouvernement algérien. »  (Archives du FLN par M. Harbi)

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Les déclarations à usage diplomatique sont aussi démenties sur le terrain…

Durant toute la guerre, les Européens et les Juifs sont des cibles privilégiées : 5000 civils non-musulmans sont tués contre 10 000 soldats français.

  • Cette guerre qui commence avec l’insurrection du 20 Août 55 dirigée par Zighout Youcef, dont l’épicentre est Skikda est menée dans tout le Constantinois, comme en Mai 1945, aux mêmes cris de « Djihad fi Sabil Illah » (Combat sacré pour la Cause de Dieu), « Nkatlou Gouar »,  «  Nkatlou Nsara »,  « Nkatlou Ihoud »,  (Tuons les Infidèles, Tuons les Chrétiens, Tuons les Juifs).
  • S’achève pareillement, avec les mêmes slogans, le 5 Juillet à Oran.

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Après l’Indépendance,

  • La Constitution de 1963, et les suivantes, stipulent dès l’Article 2, que « l’Islam est religion d’Etat »…
  • Le Code de la Nationalité de 1963, stipule que l’on est Algérien si l’on a un père et un grand-père nés en Algérie…. musulmans.

Les non-musulmans considérés comme étrangers doivent donc en faire la  demande : beaucoup de ceux qui avaient payé leurs convictions indépendantistes par la torture et la prison, trouvant la démarche humiliante, s’y refusent et quittent l’Algérie.

Quand ils écrivent leurs mémoires, les dirigeants dévoilent ce qui fut leur vraie pensée…

  • Durant les 3 années que durent les négociations mettant fin à la guerre par les Accords d’Evian du 19 Mars 1962, les représentants du GPRA refusent que la population européenne soit dotée de la nationalité algérienne à l’instar des musulmans. Refus accepté par les négociateurs français, une fois obtenue la garantie que les intérêts pétroliers français ne seront pas touchés.

Réda Malek, qui se veut un dirigeant moderniste et qui fut un 1er ministre anti-intégriste dans les années 90, conclut ainsi son récit des négociations (« Accords d’Evian » – Le Seuil, 1990) :

« Heureusement, le caractère sacré arabo-musulman de la nation algérienne était sauvegardé. » 

  • Ben Khedda, président du GPRA (Gouvernement provisoire de la république algérienne), 1961-1962, confirme dans son livre « La fin de la guerre d’Algérie », Casbah Ed. 1998 :

« En refusant notamment la nationalité algérienne automatique pour un million d’Européens, nous avions prévenu le danger d’une Algérie bicéphale »

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Aït Ahmed,

l’exception qui confirme la règle :

un dirigeant nationaliste à contre-courant…

Responsable du PPA-MTLD nationaliste dans les années 40 et 50, partisan de la lutte armée, un des principaux créateurs du FLN, il a toujours été un opposant : au premier chef nationaliste, Messali Hadj, ensuite à la ligne arabiste du FLN, enfin au pouvoir autoritaire et militaire après l’indépendance. Il doit s’exiler et créée le plus vieux parti d’opposition, le FFS.

En 1963, lors de la 1ère Assemblée Constituante, il est un des très rares députés à s’opposer à l’inscription de l’Islam dans la Constitution comme « religion d’Etat », puis au Code de la Nationalité discriminatoire …

Connaissant ses prises de position de cette époque, on ne sera pas trop étonné de lire ce qui suit…

Après avoir évoqué la véritable « tragédie humaine » qu’a constitué « l’exil des pieds-noirs » en 1962, il affirme :

« Et pour reprendre le mot de Talleyrand, c’est plus qu’un crime, une fauteUne faute terrible pour l’avenir politique, économique, et même culturel, car notre chère patrie a perdu son identité sociale.

N’oublions pas que les religions, les cultures juives et chrétiennes se trouvaient en Afrique du Nord bien avant les Arabo-Musulmans, eux aussi colonisateurs, aujourd’hui hégémonistes. ».

« Avec les Européens et leur dynamisme – je dis bien les Pieds-noirs et non les Français – l’Algérie serait aujourd’hui une grande puissance africaine, méditerranéenne.  Hélas, je reconnais que nous avons commis des erreurs politiques stratégiques. Il y a eu envers les Pieds-noirs des fautes inadmissibles, des crimes de guerre envers des civils innocents et dont l’Algérie devra répondre au même titre que la Turquie envers les Arméniens. »

(Propos accordés à Francis Rugas, in Les Français d‘AFN, Mai 1987, mensuel)