Paroles d’écrivains algériens pieds-noirs

  • Albert Camus, Prix Nobel de littérature en 1957, né en 1913 à Mondovi. (1913-1960)

« le sang s’il fait parfois avancer l’histoire, la fait avancer vers plus de barbarie et de misère encore. »

« Chacun pour se justifier s’appuie sur le crime de l’autre. »

« A quoi sert désormais de brandir les unes contre les autres les victimes du drame algérien ?

Elles sont de la même tragique famille et ses membres aujourd’hui

s’égorgent en pleine nuit, sans se reconnaître, à tâtons, dans une mêlée d’aveugles. »

« Bientôt l’Algérie ne sera peuplée que de meurtriers et de victimes. Bientôt les morts seuls y seront innocents »

« En dehors d’eux, il n’y a que des culpabilités dont la différence est que l’une est très ancienne et l’autre toute récente. »

« Vous me croirez sans peine si je vous dis que j’ai mal à l’Algérie, en ce moment, comme d’autres ont mal aux poumons. Et depuis le 20 Août, je suis prêt à désespérer. »

Ecrits entre 1955 et 1956, in Chroniques algériennes (Gallimard)

  • Jean Pélégri, né en 1920, à Sidi Moussa. (1920-2003)

Publié chez Gallimard.

« Or les Algériens sont les seuls à pouvoir nous comprendre, parce qu’ils ont connu le

désespoir de ne pas avoir de patrie. Et ils sont seuls à pouvoir nous réconcilier, par l’avenir

partagé, avec une partie de notre passé. »

Propos tenus après la présentation au Festival de Cannes de 1962 du film

« Les Oliviers de la Justice », adapté de son roman éponyme.

«  Quand il est arrivé pour moi le moment de la prise de conscience et du choix, ce ne sont pas les idéologues procédant par exclusions qui m’ont déterminé, si célèbres fussent-ils (je pense à Sartre) mais des gens simples : un ouvrier agricole, une femme de ménage illettrée, du nom de Fatima. Avec eux parce qu’ils parlaient juste et qu’ils n’excluaient pas les miens, j’avais confiance. Je les croyais sur parole…….

Ce ne sont pas les Français de la métropole qui détiennent le souvenir de notre vie passée et de notre famille. Ce sont certains Algériens et eux seuls. Eux seuls se souviennent des jeux de notre enfance, des usages familiaux, des paroles de nos pères, des vignes arrachées, de l’arbre planté. Sans eux, une partie de notre vie s’évapore et se dissipe. Là aussi, sous l’histoire apparente et cruelle, il y a une autre histoire, secrète, souterraine, qu’il faudra bien un jour inventorier. » Maghreb dans l’Imaginaire français.( Edi Sud, 1985). Jean Pélégri.

  • Jean-Pierre Millecam, né en 1927 à Mostaganem.

« ….. Et la splendeur de ce sol sur lequel nous avons poussé….. devrait suffire à ramener à leurs dimensions réelles tous nos combats, toutes nos escarmouches, et à nous enseigner que si nous ne sommes pas à sa mesure, ce sol risque de nous refuser son ancestrale hospitalité, non plus seulement à nous-mêmes, mais aux cadavres que nos corps étaient destinés à fournir, et ainsi nous n’aurons même pas connu la volupté de nous dissoudre, au terme de notre vie, dans la terrible fraternité de la mort…..»

« Choral ». Roman. (Gallimard).

  • Louis Arti, né en 1945 à El Halia.

La première fois que je vis la machine révolutionnaire en marche – en rêve, elle représente une justice magnifique, et en chansons une poésie fraternelle, où l’autre finit toujours par devenir notre ami – la première fois que je vis la révolution, elle nous tua…

Elle tua le boulanger, que la photo jaunie sur mon bureau montre en homme jeune, habillé d’une chemise grossière, d’un pantalon usé, et portant des savates. Mon père.

En nous massacrant, de quoi veulent-ils nous punir ?

Nous qui ne sommes pas la cause des innombrables injustices qu’ils subissent…

Nous qui les subissons aussi.

« Le sable d’El Halia ».

Récit autobiographique et poétique  d’un  témoin du massacre du 20 Août 55 dans le village minier d’El Halia.