METTRE FIN A LA PERSECUTION DE L’EGLISE D’ALGERIE

Depuis la loi adoptée en février 2006 fixant les «conditions et règles d’exercice des cultes autres que musulmans», dont on disait qu’elle visait «la tolérance et le respect entre les différentes religions», les difficultés s’amoncellent pour les Chrétiens d’Algérie, de plus en plus persécutés par l’administration algérienne. 

Il y a deux ans, une vingtaine d’étudiants africains qui avaient participé à une rencontre biblique à Tizi-Ouzou, en Kabylie, avaient été expulsés.
En décembre 2007, un directeur d’école et un instituteur, Algériens de confession chrétienne, ont été radiés de l’Éducation nationale pour «prosélytisme».
Le 30 janvier 2008, le père Pierre Wallez, du diocèse d’Oran, est condamné à un an de prison avec sursis par le tribunal de Maghnia, pour avoir prié, un mois plus tôt, avec des immigrants camerounais «hors d’un lieu de culte». Un médecin algérien a été condamné à deux ans de prison ferme pour  « avoir utilisé des médicaments du dispensaire public », des médicaments que l’Eglise affirme avoir payés.
Depuis quelques semaines, le pasteur protestant Hugh Johnson, qui vit en Algérie depuis 45 ans, est menacé d’expulsion.

La communauté chrétienne d’Algérie compte 11000 âmes au milieu d’une population de plus de 32 millions de musulmans. Quelle menace exerce-t-elle contre la religion musulmane? Que signifie cette persécution?
Ce sont là des actes d’intolérance inacceptables et injustifiables. Il y a urgence à garantir la liberté d’exercice des cultes pour l’ensemble des Algériens et des non Algériens vivant sur le sol algérien. Car ces atteintes à la liberté du culte chrétien sont une menace pour la liberté de conscience de chacun des citoyens, mais aussi pour le patrimoine civilisationnel de notre pays.

Nous tenons notamment à rappeler que :

  • Le christianisme a précédé l’islam sur la terre algérienne. L’actuelle Église d’Algérie puise son origine dans l’ancienne Église d’Afrique. Elle a fait son apparition en l’An 180. Florissante aux premiers siècles, elle a connu son apogée aux 4ème-5ème siècles ;
  • Saint Augustin en fut une plus des plus grandes figures. L’auteur des

« Confessions » et de « la Cité de Dieu », celui nommé « l’Algérien » ou

encore « le marabout », a fait l’objet en 2001, d’un colloque en Algérie, dans sa ville, Hippone aujourd’hui Annaba. N’y avait-on d’ailleurs pas entendu dans le discours officiel d’ouverture « Augustin traitait une question de droit comme un avocat de Rome, une question d’exégèse comme un docteur d’Alexandrie. Il argumentait comme un philosophe d’Athènes. Il racontait une anecdote comme un bourgeois de Carthage… » ?

Nous avions cru alors, que l’ère de la réappropriation sereine de notre patrimoine chrétien était enfin arrivé.

  • durant la guerre d’indépendance, celui qui dirigea l’Eglise d’Algérie, Monseigneur Duval fut une des premières personnalités à condamner publiquement la torture pratiquée par l’armée française.
  • durant ces 15 dernières années de terrorisme, l’Eglise a chèrement payé son engagement pour la démocratie et la défense de notre République, avec 19 des siens assassinés, dont les 7 moines de Tibéhirine ;
  • aujourd’hui, l’Eglise d’Algérie  est dans le monde chrétien, considéré comme un modèle possible d’une « Eglise de la rencontre », à l’opposé de tout prosélytisme.

Persuadés que toute campagne de stigmatisation  contre l’Eglise d’Algérie pourrait mener au pire, comme en 1976, avec l’assassinat de l’Evêque Jacquier, nous appelons les autorités algériennes à réagir au plus vite, et à y mettre fin une fois pour toutes.

1er Septembre 2008

Des intellectuels algériens résidant en France


Yahia Belaskri, journaliste, écrivain

Jean-Pierre Lledo, cinéaste

Said Zahraoui, journaliste