Jacob LEYRIS repond a Lezzar 17-10-05

Fils du Martyr : Maître Raymond Leyris 

A Monsieur le directeur de publication

Cher Monsieur

Voici la réponse que j’apporte à Nasr-Eddine  Lezzar, compte tenu des abominations et mensonges proférés contre la mémoire de mon père, dans votre journal, et ne doute pas néanmoins que vous la publierez dans un soucis d’objectivité.

Je vous en remercie par avance et vous prie de croire en mes respectueux sentiments.

J.LEYRIS

à Nasr-Eddine Lezzar

 Monsieur

C’est avec grande surprise, que je lis sous votre nom, ce que le journal appelle pudiquement une « opinion » et qui est un fatras d’immondices. J’ai grâce à l’éducation de mon père « Martyr » et abattu sauvagement place du marché dite ‘’soukh el âsser’’, le 22 juin 1961, la chance de parler arabe, bien mieux que vous ne vous exprimez dans la langue de Molière, et essaierai autant que faire se peut de n’utiliser que votre « texte » pour vous montrer l’inanité de vos insultantes divagations.

 « Connu surtout comme étant le beau-père …d’Enrico Macias »

Car petit monsieur, en 1961 Gaston (Guennazia) c’est-à-dire Ghrenassia (respectez au moins l’orthographe des noms si vous vous voulez être pris au sérieux),était instituteur dans une école de Chateaundun du Rhumel, et guitariste élève de mon père. Le nom de « Cheikh RAYMOND » étincelait au firmament de l’Algérie ( il en est toujours ainsi mais dans un monde plus vaste). Ses créations dans le Malouf, le Haouzi, les Aroubiennes, les Quadriettes et la mystique des Qacidates, étaient de l’ordre d’un « chanteur de Dieu », inspiré.

Que vous ignorez ces choses là , ne témoigne que de l’Amnésie historique dans laquelle vous vivez depuis 44 ans, au point de risquer avec vos divagations de sombrer dans la maladie d’Alzheimer.

 « ……à Constantine trois ethnies juives, les LEYRIS, les LEVY et que sais-je encore,…..j’ai oublié »

Mesurez vous la bêtise de vos propos, alors que vous qualifiez une pseudo anecdote non fondée, « d’historique ». A dire le vrai j’ai honte pour vous, pour l’Algérie et pour l’histoire de sa culture. Les Leyris une ethnie Juive ???? aussi je me dispenserai devant un tel galimatias de vous raconter, qui était ce grand Maître, et pour vous donner une piste interrogez- vous de savoir pourquoi, il était connu sous le nom de « Cheikh Raymond » sans son nom de famille. Encore faudrait-il qu’il vous restât deux neurones .

 Quant à votre roman pour débile, ( et  il y en a tellement) il pose la question de savoir pourquoi le FLN  aurait contacté un Musicien sans aucun pouvoir politique ou religieux, et non une autorité Juive avérée ? Et qui les aurait en plus trahis ? à qui pensez vous faire avaler de tels élucubrations paranoïaques ? un petit enfant en verrait tout de suite la supercherie.

 Vous n’êtes même pas capable de relater un fait dans son exactitude au sujet du film d’Arte intitulé : Enrico l’andalou ?

 Je pourrai encore à l’infini vous montrer votre aveuglement.

 Pourtant ce qui me frappe le plus, au-delà de l’Iniquité d’une Histoire faites d’anecdotes immondes : c’est votre Haine.

 Haine du Juif que vous n’avez jamais connu. 70% des Algériens ont moins de 35 ans, nés dans un pays JUDENREIN, c’est-à-dire sans juifs dont la présence est attestée depuis l’aube de notre ère, en Algérie.

 Voici 44 ans que vous êtes indépendants et toujours enfermés dans une pensée archaïque monolithique, avec l’absence de toutes confrontations critiques.

Vous avez une opinion réductrice de votre (Notre ?) grand pays.

 La France à été colonisatrice pendant 130 ans. Avec ses injustices et souvent ces crimes.Et avant elle les Ottomans……….

 Mais est-ce la le seul bilan que l’on puisse en faire ? Objectivement ?

 Suis-je anti arabo-musulman car un groupe  d’une dizaine de personne a pris la décision d’assassiner lâchement Le Maître, mon père , pour des raisons tribales obscures ou plus vraisemblablement parce qu’il était de confession Juive et qu’il n’était pas question après l’Indépendance d’une Algérie plurielle et plus encore de garder dans toute sa splendeur un Maître juif ,Inégalé ni avant ni après ? L’Histoire plaiderait plutôt en ce sens.

 Je voudrais vous dire que mon père a sauvé des dizaines de combattants en fuite. Je leur laissais mon lit et ma chambre, ils repartaient après s’être restaurés et passé la nuit à la maison chez nous.

 Raymond LEYRIS parlait un arabe parfait, que vous n’auriez sûrement pas compris, autant dialectal que classique.

Il ne s’exprimait qu’en arabe avec ma mère et avec nous. Ce musicien et philosophe, ne pouvait exprimer sa pensée que dans la langue d’Averroès ou de Maimonide.

 Ce que vous appelez la Révolution (peut être à l’image de 1789), n’est pas Dieu. Elle ne peut en aucune façon être parfaite. Après la Révolution Française, vint la Terreur. Les bavures existent ainsi que les décisions à l’emporte-pièce même dans les causes les plus nobles. Le FLN n’a-t-il pas négocié avec les fascistes de l’OAS ?

 Avec vos arguties à « cent sous » vous faites du révisionnisme. Au temps de la mondialisation, ouvrez-vous sur le Monde. Vous avez trop vécu en autarcie. Pensez à construire votre riche pays, ne vous déviez en aucune façon de votre foi ni votre culture, soyez authentique et instruisez vous, en essayant d’approcher l’objectivité.

 Croyez vous que votre père (El LAH IARAHMOU), c’est battu pour voir surgir de son fils la Haine, par rapport à un Grand Homme ayant servi la Culture de son pays ? Et à quel niveau ?

 Ai-je insulté ( que Dieu m’en garde), la mémoire de votre père, que je ne connais pas , mais qui par son engagement à une cause sacrée, a été lui aussi assassiné lâchement ?

 L’Algérie sort d’un drame douloureux au cours des années 90 avec 200 000 morts et un million de blessés, n’es-ce pas suffisant pour un peuple qui a tant souffert ? Nous croyez vous insensibles à ces massacres ? Pourquoi après 20 ans d’Indépendance, l’Algérie a vacillé, au bord de la guerre civile, avec la fuite d’une partie sa jeunesse vers la France honnie.

 N’est-il pas temps de se construire sur l’amour et non sur la haine ? sur l’affection et non sur la rancœur ?

 Et de grâce, laissez les Palestiniens et les Israéliens régler leurs problèmes entre eux. Quatre ans d’Intifada et cinq mille morts dans les 2 camps. c’est déjà trop. Ils sont très loin de vous et leur avenir à moyen terme pourrait vous surprendre. Ils sont plus loin de vous que les irlandais catholiques ou protestants. Cessez de vous inventer des ennemis.

 Vous avez besoin d’une forte croissance économique, d’une administration sans corruption ,d’un Etat Fort et d’une Justice sans faille.

Vos enfants pourront alors avoir des bases solides pour vivre en Harmonie avec leur temps

 Enfin, une Ecole d’ Histoire critique devrait connaître le jour. L’Etat ouvrirait ces archives, et des Maître chercheurs s’y emploieraient, afin d’éviter ces Hagiographies que l’on voit surgir, ici et là. Testis unus Testis nulus, tel était la règle de Tacite.

 

On n’assassine pas Mozart impunément.

 

Docteur Jacob Leyris

 fils de Martyr

 

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Affaire Leyris: les tentations révisionnistes

 

Par Nasr-Eddine Lezzar

Fils De Chahid

 

Dans un journal respectable, un article signé Z.M. racontait la vie et la mort de Raymond Leyris, grand dignitaire de la communauté juive à Constantine et connu surtout comme étant le beau-père de Gaston Guennazia alias Enrico Macias.

Au milieu de cet article on pouvait lire: «en abattant le grand maître constantinois du malouf, le coup de feu détruit aussi un symbole de tolérance, un homme qui, par son art, prouvait que la communauté juive, pied-noir et arabe pouvait coexister dans une culture commune».

Cette phrase et sa dérive auraient été anecdotiques si ce n’est le contexte sociopolitique dans lequel elle intervient. Elle rappelle par son style cette phrase rituelle que nous avons appris à lire, durant plus d’une décennie, après chaque attentat terroriste ciblé et personnalisé. Passons sur l’assimilationnisme sournois qu’elle véhicule; c’est un autre débat.

La ressemblance s’arrêterait-elle là, au style, ou irait-elle jusqu’à assimiler les attentas commis par les «fellaghas» durant la guerre libératrice aux crimes terroristes contemporains ? N’y a-t-il pas ici une tendance à criminaliser les actes des résistants algériens dans l’effort de libération ?

Cette phrase distillée au milieu du texte condamnait cet acte présenté comme un attentat commis par un assassin sans vergogne contre un homme de paix. Un crime odieux, un massacre gratuit.

Cependant, avant de revenir à l’analyse de cette phrase très lourde, et peut-être écrite avec légèreté, et sa connotation, je voudrais relater un fait historique.

– L’assassinat de Raymond Leyris remonte au fait suivant. A un moment donné de notre guerre, il y avait à Constantine trois ethnies juives, les Leyris, les Lévy et que sais-je encore et une troisième dont j’ai oublié le nom. Mais peu importe.

Le FLN décida d’envoyer un émissaire à la communauté juive pour que celle-ci détermine sa position vis-à-vis de la guerre de libération Etiez-vous pour nous ou contre nous, il est impératif qu’on le sache. Cette interpellation est à notre sens le signe que les Juifs n’étaient pas considérés comme des ennemis. Le choix leur était donné de choisir leur camp et il était légitime qu’on le sache.

L’émissaire contacta Raymond qui demanda quelques jours de concertation et rendez-vous fut pris avec l’envoyé des «fellaghas». La rencontre devait avoir lieu dans un endroit déterminé de la ville des ponts. Il se trouve qu’au moment où il se rendait à la rencontre convenue, l’émissaire du FLN se trouva pris dans un guet-apens.

C’est ainsi qu’on conclut à tort ou à raison que Raymond avait attiré l’émissaire dans un traquenard et sa condamnation fut prononcée. Son exécution eut lieu quelques jours plus tard.

Il est possible que le tuyau eût été donné par d’autres que Raymond ou que quelqu’un d’autre de la communauté juive consultée, ait refilé le tuyau; il appartient aux spécialistes ou amateurs d’interroger les mémoires tant qu’elles sont vivantes et d’éclairer les Algériens et les Juifs de Constantine et d’Algérie sur cet événement et sur d’autres.

C’est un débat qu’on peut tenir pour la mémoire et l’histoire mais, en tout état de cause, l’exécution de Leyris n’était pas gratuite. La petite ou grande phrase qui a inspiré mon article est d’une connotation à présenter l’exécuteur de Raymond comme un vulgaire terroriste assassinant un homme de paix.

– Gardons-nous des remises en cause à l’emporte-pièce pour satisfaire à l’air du temps.

– La mémoire de ceux qui ont tué et qui sont morts pour notre liberté est sacrée en tout, entre tous, entre toutes.

Ma détermination à écrire cet article se renforça par un souvenir qui remonta à la surface pour m’indiquer que cette phrase n’est pas un événement isolé et n’est donc pas fortuite.

Il y a quelques années une émission traitant de la vie des Leyris fut présentée par Arte. Un natif de la ville de Constantine était un des invités les plus présents de l’émission. Il était semble-t-il hébergé pour les besoins du tournage dans une villa cannoise ou ailleurs en côte d’Azur.

Il racontera l’événement et expliqua que l’exécuteur de Raymond était surnommé «Lemtchiker», sobriquet populaire équivalant à «le fou». Et voilà qu’on conclut à la folie. Replacée dans le contexte de l’émission, l’insinuation est sournoise.

On attaquait, on insultait et l’acte et l’auteur. La folie est péjorative et une décision de la révolution dégénérait en une simple folie. Qu’on le sache, on ne sort pas mentalement indemne d’une guerre qu’on a menée ou qu’on a seulement vécue. La folie a parfois sa noblesse et sa grandeur.

Je ne suis pas fin connaisseur, mais j’adore le malouf, les Juifs sont d’un apport certain à la ville de Constantine. Macias est un personnage obstinément suave, extrêmement sympathique. Ses chansons ont bercé notre enfance et égayé notre jeunesse. J’aurais tant aimé que cet enfant de Constantine vienne chanter Constantine à Constantine.

Mais allons-nous condamner l’assassinat de Leyris pour cela ? Macias a toujours pris fait et cause pour Israël. C’est tout à fait naturel; on ne peut être contre les siens, mais je ne l’ai jamais entendu condamner les assassinats perpétrés contre les Palestiniens, c’est dommage pour lui parce que ça l’aurait grandi.

Les assassinats des civils durant les guerres sont déplorables, ils font partie des dommages collatéraux. Les victimes militaires sont respectables dans les deux camps. Ils ont sacrifié leurs vies en faisant ce qu’ils considéraient être leur devoir.

– Cependant, qu’on se le dise, les dérapages d’un combat libérateur sont plus pardonnables que ceux d’une guerre coloniale. Je le dis en m’inclinant devant les morts des deux côtés. Gardons-nous et prenons garde, les mots ont leur sens.

Le traité d’amitié avec la France ne peut porter que sur l’avenir; il ne saurait avoir un effet rétroactif.

La phrase commise qui a inspiré et interpellé mon article n’a peut-être pas le sens ou la portée que je lui ai prêtée, mais deux éléments me font penser qu’elle n’est pas anodine. En premier, le fait que son auteur ait préféré ne pas se faire connaître en signant de ses initiales (vraies ou fausses). En second, le contexte des réconciliations tous azimuts qui défilent.

Il est inadmissible, impardonnable, odieux et ingrat qu’on culpabilise ceux qui ont oeuvré à notre libération et qu’on porte atteinte à leur mémoire.

Les dérapages et les dérives, s’il y en a eu, et il y en a toujours, sont à mettre sur le dos du contexte.

La férocité de la répression coloniale, la torture l’OAS et le reste atténuent leur responsabilité et peut même les en exempter.

Les révisionnismes ont toujours et inévitablement des relents de trahison.