Hommage à Camus

J’aimerais aussi que ce travail soit considéré comme tel. Et d’ailleurs la 4ème partie oranaise du film a pour personnage principal un jeune metteur en scène qui est en train de monter ‘’Les Justes’’.

Dans un contexte passionné, Camus eut le courage d’écrire et de défendre le droit à la liberté des Arabes autant que celui de la population européenne à rester sur sa terre. Et de s’opposer à la terreur pratiquée de part et d’autre.

« Chacun pour se justifier s’appuie sur le crime de l’autre. » écrit-il.

L’histoire présente ne le dément pas non plus, lorsqu’il affirme que « le sang s’il fait parfois avancer l’histoire, la fait avancer vers plus de barbarie et de misère encore. »

On connaît les positions d’Albert Camus pour une « Trêve civile », qu’il vint défendre à Alger au début 56.

Les événements d’Août 55 – l’insurrection et sa répression – ont été déterminants dans son engagement.

Ses textes réunis dans Chroniques algériennes, le prouvent (écrits entre Octobre 55 et Janvier 56). Ci-après, des extraits de 3 textes :

1 – Les raisons de l’adversaire

« Déjà depuis le 20 Août, il n’y a plus d’innocents en Algérie, sauf ceux, d’où qu’ils viennent, qui meurent. En dehors d’eux, il n’y a que des culpabilités dont la différence est que l’une est très ancienne et l’autre toute récente. »

2 – Lettre à un militant algérien

« Vous me croirez sans peine si je vous dis que j’ai mal à l’Algérie, en ce moment, comme d’autres ont mal aux poumons. Et depuis le 20 Août, je suis prêt à désespérer. »

3 – Trêve pour les civils

« A quoi sert désormais de brandir les unes contre les autres les victimes du drame algérien ?

Elles sont de la même tragique famille et ses membres aujourd’hui s’égorgent en pleine nuit, sans se reconnaître, à tâtons, dans une mêlée d’aveugles. »

…..

« Bientôt l’Algérie ne sera peuplée que de meurtriers et de victimes. Bientôt les morts seuls y seront innocents »

On peut comparer avec ce qu’écrivit Jean-Paul Sartre :

« …. Car en le premier temps de la révolte, il faut tuer : abattre un Européen, c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre ; le survivant, pour la première fois, sent son sol national sous la plante des pieds….. »

Extrait de la préface aux « Damnés de la terre » de Frantz Fanon.
Ed Maspero, Paris, 1961.

Ou avec Germaine Tillion, anthropologue française, ancienne déportée des camps nazis, spécialiste et amie de l’Algérie :

Que le colonialisme soit essentiellement un type de relation anormale, viciée, oppressive, et que lorsqu’on place n’importe quels humains dans une situation   de ce genre, ils en pourrissent…. de tout cela j’en suis convaincue depuis longtemps… Mais c’est la relation qu’il faut redresser et non pas le cou des gens qu’il faut tordre

« A propos du vrai et du juste »
Le Seuil, Paris, 2001.

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