Du très inquiétant faux-débat ayant précédé les élections…

Je l’avoue, lorsque Natanyaou avertit les électeurs que l’alternative au Likoud serait une alliance de Kahol Lavan avec les partis arabes, je mis cela sur le compte d’une exagération propre aux surenchères électorales. Jamais je n’aurais imaginé qu’un jour en Israël des partis qui se réclament encore du sionisme puissent s’allier à des partis pour lesquels le sionisme n’est qu’une idéologie meurtrière ayant permis ‘’la spoliation-du-peuple-palestinien’’.

Comment Gantz qui fut chef d’Etat-major, comment Moshe Yaalon qui fut Ministre de la défense, comment Yair Lapid auteur du poème ‘’Je suis Sioniste’’ ont-ils pu accepter de nouer une alliance avec des gens qui les considèrent comme des criminels de guerre ?

Comment ont-ils osé pousser la connivence jusqu’à demander au chef de la coalition arabe – Odeh s’est empressé de le révéler – que les 3 députés d’un des trois partis arabes, Balad, ne recommandent pas Gantz auprès du Président Rivlin, afin que le premier à être désigné, et à échouer à faire un gouvernement, soit Natanyaou !

Tout cela par haine de Natanyaou ? Etre capable de sacrifier les valeurs fondamentales sur lesquelles repose Israël par haine d’un homme ? Les partis arabes seraient fréquentables, mais pas Natanyaou ?

La dérive est gravissime. Au moins faut-il créditer à Liberman le sens des limites. Lui aussi n’aime pas Natanyaou, mais reste que pour lui ‘’les députés de la liste commune arabe ne sont pas des rivaux politiques comme le sont les religieux orthodoxes, ils sont des ennemis’’. Voilà qui est net, et surtout vrai.

J’ignore de quelle manière Israël sortira de l’impasse actuelle, soit par une coalition nationale comme l’a proposé sagement le Président Rivlin, et comme Natanyaou l’a acceptée, soit par un réajustement  de Liberman qui, conséquent avec lui-même se déciderait à faire un compromis avec des ‘’rivaux’’, pour mettre en échec ‘’ses ennemis’’.

Car évidemment prétendre imposer au Likoud qu’il change de leader, alors, que dans les sondages, Netanyaou dépassent Gantz de 20 % pour ce qui est des préférences pour le poste de 1er Ministre, relève d’une immaturité politique, aussi grave que celle de s’être allié à la coalition arabe.

Mais quelle que soit l’issue, on peut se permettre d’espérer en ce début d’année 5780, que l’immaturité politique aura aussi ses limites et que le peuple ne sera pas obligé d’aller aux urnes une 3ème fois, car alors tous les partis et hommes politiques qui en seraient responsables seraient à jamais disqualifiés. Quelle que soit l’issue à la crise actuelle, cet épisode si cruel de la vie politique d’Israël devrait faire réfléchir tout le monde. Et pour moi, réfléchir a un préalable : tenir compte de la réalité.

La réalité c’est qu’Israël n’a jamais été acceptée par le monde arabo-musulman et qu’elle ne le sera jamais. En tous cas pas tant que les pays qui le composent resteront des pays totalitaires. Par intérêt immédiat, par crainte du chiisme et de l’Iran, ou pour tout autre motif conjoncturel, Israël pourrait être reconnue comme l’ont déjà fait la Jordanie et l’Egypte. Mais jamais le droit du peuple juif à habiter cet endroit de la terre ne le sera. Jamais avant que n’adviennent des Etats démocratiques fondés sur la liberté d’expression (où dire son opinion ne mène pas à la prison ou à la mort), et donc sur la raison et l’histoire réelle et non l’histoire fantasmée… Ce qui, selon le pronostic de quelqu‘un qui a vécu en Algérie jusqu’en 1993, le mien, ne nécessitera pas moins que 2 à 3 siècles, et encore si l’histoire va dans le ‘’bon sens’’…

J’ai lu récemment (pour la première fois !) le N°253 bis des Temps Modernes consacré au ‘’Conflit israélo-arabe’’ publié en Juin 1967 à Paris, lequel donna la parole, moitié moitié, à des Israéliens et des Falestiniens. Deux choses m’y ont frappé. Autant les points de vue israéliens sont très diversifiés, voire souvent contradictoires, autant les falestiniens donnent l’impression de se clôner mutuellement.

La deuxième chose étant qu’aucun Falestinien n’évoque l’histoire juive. Et pour cause ! Pour toutes les organisations passées et actuelles falestiniennes, il n’y pas de peuple juif ! Telle était leur pensée en 1967 lorsque fut publié ce numéro spécial des Temps Modernes, et telle est toujours la leur aujourd’hui.

A l’occasion de Roch Hachana, l’ex-premier ministre Saeb Erekat et négociateur d’Arafat, ne vient-t-il pas d’adresser ses bons vœux ‘’à tous ceux qui adhèrent à la religion juive’’ ? Restriction qui ne s’explique que par le refus de reconnaitre l’existence du peuple juif, de son lien historique maintenu avec sa terre durant 3500 ans, et ce malgré toutes les déportations et les exils salvateurs.

Faut-il à présent préciser que les partis arabes coalisés, marxiste, nationaliste et islamiste, n’ont véritablement en commun qu’une seule chose : cette même conviction qu’il n’y a pas de peuple juif, qu’on ne saurait par conséquent parler de son retour, d’où la nécessité de transformer Israël en un ‘’pays de tous ses citoyens’’ qui devrait abandonner tous ses symboles fondateurs, de l’hymne national à son drapeau ? Les partis qui se sont alliés avec la coalition arabe en sont-ils conscients ?

Si c’est non, cela aggraverait leur immaturité. Et si c’est oui, alors cela voudrait dire que la fixation obsessive  autour de Netanyaou ne visait qu’à masquer un revirement qui met en danger l’existence même d’Israël, car le déjudaïser  et le délester de ses 3500 ans d’histoire ne peuvent être que le prélude à sa disparition définitive. Heureusement que pour me rassurer, il y a  le 1er ministre falestinien Shtayyeh : ‘’la différence entre Gantz et Netanyahu ? C’est comme Pepsi et Coca-Cola….’’.

Les leaders falestiniens et arabes n’ont jamais dissimulé que leur stratégie des petits pas et les concessions d’Israël (Oslo, arrivée d’Arafat et contrôle par l’OLP de toutes les grandes villes falestiniennes, départ de Gaza) n’étaient pas le chemin vers une paix définitive mais au contraire vers la destruction progressive d’Israël. Ils ne dissimulent pas non plus qu’il en sera de même pour l’avenir avec la problématique des ‘’deux Etats’’. Qui veut s’en convaincre n’a qu’à visiter le site PALWATCH qui traduit en anglais et en hébreu tant les discours des chefs politiques et religieux falestiniens, que ceux appris par cœur par les écoliers.

Et alors que tout le monde sait que Trump va sortir son Plan dit ‘’du siècle’’, ce qu’il y a eu de très inquiétant dans le faux-débat ayant précédé les élections, c’est que justement la question du rapport aux Falestiniens a été évacuée ! Personnellement je ne crois en aucun plan qui ne postulerait pas comme condition préliminaire non-négociable, non pas la reconnaissance d’Israël mais la reconnaissance d’Israël en tant que pays du peuple juif. Ce qui n’exclurait pas mais au contraire entérinerait l’égalité citoyenne de tous les minoritaires, à la condition qu’ils acceptent la nature d’Israël, ce qui est le cas par exemple des Druzes, pour qui défendre Israël comme leur pays, y compris avec les armes, est un devoir parfaitement assumé.

Je ne crois pas non plus à un Plan qui n’inclurait pas la question des Falestiniens vivant en Israël. Les partis de la coalition arabe se réclament de la falestinité et leur narratif est exactement celui  des autres Falestiniens. Je comprends de ce fait leur entière solidarité pour certains avec l’Autorité falestinienne et pour d’autres avec le Hamas. Mais il devrait être clair aussi qu’Israël ne peut faire face à deux entités palestiniennes, une à l’extérieur qui se veut judenrein, et une autre en son propre sein, toutes deux niant ou refusant qu’elle soit le pays du peuple juif ! On voit bien toute la différence entre Druzes et Falestiniens. Et seule cette reconnaissance permettrait d’établir les droits et devoirs des minorités non-Juives, comme le droit d’accéder à la Knesset. Quant à ceux qui s’y refuseraient, ils pourraient alors se faire représenter dans les institutions falestiniennes.

Depuis 1948, obligée de se protéger sur tous les fronts, Israel a dû piloter à vue, sans constitution, avec des lois fondamentales, votées par la Knesset. Et s’il est vrai qu’il est difficile d’imaginer un grand débat national sur cette question du rapport aux Falestiniens de l’extérieur et de l’intérieur, conclu par un référundum, alors que plane le danger d’une nouvelle guerre avec l’Iran dont l’enjeu est comme en 1967 l’existence même d’Israël, il est aussi vrai que sans une vision globale et à long terme du rapport aux Falestiniens, soutenue par tout un peuple, aucun plan de pourra aboutir, qu’ils soient catastrophiques comme ceux de Barak et d’Olmert, dans le passé, ou plus favorable comme on le dit de celui de Trump.

Rosh Hashana

1er du mois de Tichri 5780

Jean Pierre Lledo est cinéaste.

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