Lettre ouverte aux intellectuels algériens. (7 Mars 2009)

Halte à la nouvelle hystérie anti-juive dans le monde musulman

Cher(e)s Ami(e)s,

Les récents événements de Gaza ont été le prétexte au déferlement d’une nouvelle hystérie anti-juive dans le monde musulman, de la part de gouvernants, d’ organisations et de médias qu’ils contrôlent, la démocratie « cette perversion de l’Occident » n’étant pas encore une denrée locale.

J’ai donc cru de mon devoir d’intellectuel algérien d’interpeller mes amis, notamment ceux qui ont quitté l’Algérie, le plus souvent en raison justement de cette oppression anti-démocratique, ou pire ces dernières années, parce qu’ils avaient été eux-mêmes menacés par  les islamistes, mais aussi le Manifeste des Libertés, qui est un mouvement nationalement plus large, dont un des objectifs constitutifs est justement de se montrer vigilant vis-à-vis des divers usages de l’Islam.

Et je leur ai donc envoyé 4 documents :

  • L’hommage dans un quotidien algérien « Le Courrier d’Algérie » rendu par un journaliste algérien en exil, récemment agressé par des islamistes, M. Sifaoui, à la fille de Raymond Leyris, « chantre de la musique arabo-andalouse », dont il rappelait qu’en 1961 il avait été « assassiné lâchement et pour de fallacieuses raisons par un militant du FLN en 1961. »
  • La réponse de la rédaction de ce quotidien, par Mohamed Abdoun où il était notamment écrit : « L’élimination de l’ennemi du FLN qu’était Cheikh Raymond a donc été un acte brave et courageux à inscrire à l’actif de notre non moins glorieuse ALN. »
  • Une revue de la presse du monde arabe et musulman après Gaza, où l’on pouvait lire concernant l’Algérie, que pour Echorouk : « Israël est un cancer qu’il faut extirper », et aussi : « Dieu a révélé dans le Coran que les musulmans finiront par tuer tous les juifs ». Et où l’on apprenait aussi que dès le 5 janvier 2009, l’imam algérien Chamseddine Bourouba rendait publique une fatwa autorisant les musulmans, où qu’ils se trouvent, à « tuer des juifs, car tout juif est une cible légitime que les musulmans doivent abattre », cette fatwa étant la troisième circulant en Afrique du Nord et dans la communauté nord-africaine en France et en Europe appelant à tuer des Juifs.
  • L’éditorial du blog de Mohamed Sifaoui, intitulé « Al-Qaradhaoui pire que Williamson », signalait d’abord que ce théologien de l’Islam, considéré aujourd’hui, y compris en Europe, comme une référence et une sommité, membre du « conseil européen de la fatwa », avait émis le souhait que « les Juifs déjà punis en raison de leur comportement une première fois par les Babyloniens, une seconde fois par les Romains et enfin par Hitler (le soient cette fois) des mains des Musulmans », le journaliste algérien rappelait aux autorités officielles européennes qu’elles avaient « le devoir de réagir ».

J’accompagnais ces documents plus qu’inquiétants de quelques commentaires, pour ne pas me cantonner dans la neutralité de celui qui se limite à informer.

Où je disais qu’effectivement Al-Qaradhaoui (était) pire que Williamson, et que Sifaoui avait raison de souligner que : « l’Europe démocratique a le courage de s’attaquer à l’un mais pas à l’autre. »

Mais où je constatais aussi « le silence de la grande majorité des intellectuels du monde musulman, y compris de ceux qui ont quitté leurs pays à cause des émules d’El Qaradhaoui, et qui, eux, jouissent de la liberté de parole. »

Et concernant Raymond Leyris, après avoir signalé que : « En Octobre 2005, un juriste, Nassereddine Lehzar, avait déjà dans un des principaux quotidiens francophones algériens « Le Quotidien d’Oran », attribué l’assassinat de Raymond au FLN » et constaté que le silence des dirigeants du FLN de l’époque, et d’aujourd’hui (parti au pouvoir), équivalait à un consentement, j’en appelais avec toute « la solennellité possible, le Manifeste des Libertés ainsi que les artistes et intellectuels algériens, à élever enfin leur voix et à ne pas laisser salir la mémoire de Raymond. »

Or je dois tristement constater qu’hormis la réaction tourmentée d’un intellectuel algérien vivant au Canada et avec lequel j’ai engagé un débat fructueux dans le respect mutuel, les premières réactions ont été celles, réitérées, de Bachir Hadjadj, dernier lauréat du Prix Séligman, avec son livre autobiographique « Les Voleurs de Rêves », qui m’écrit d’abord brièvement ceci : « Je ne sais pas pour qui tu roules. », et hier tout aussi brièvement : « je voudrais te demander de ne plus utiliser ma boite mail pour la diffusion de ta propagande. ».

N’était-ce la notoriété récente de celui que je croyais être un ami, de surcroit faisant partie du bureau directeur de l’ Association « Coup de Soleil », dont l’objectif est le dialogue entre les Maghrébins de toutes origines ethniques et religieuses,  je me serais seulement attristé de constater la tétanisation, hormis quelques réconfortantes exceptions donc, de l’intelligentsia algérienne, pour ne parler que de celle que je connais, face à ce qu’il faut bien appeler l’hystérie antijuive qui déferle en Algérie et dans le monde arabo-musulman.

Ayant abandonné depuis longtemps toute envie de « convaincre » qui que ce soit, je reste néanmoins ouvert à l’échange intellectuel, même, surtout, contradictoire.

En attendant qu’il advienne, je réitère mon appel aux artistes et intellectuels algériens, surtout ceux qui, vivant hors d’Algérie, peuvent librement s’exprimer, en leur demandant si eux aussi, comme Bachir Hadjadj, ils considèrent, que les propos signalés dans les 4 documents envoyés ne sont que pure « propagande ».

Le FLN et les Juifs durant la GUERRE D’INDEPENDANCE (1954 – 1962)

….. En effet, d’Algérie puis de Tunis, le FLN appelle dans plusieurs « Lettres » Juifs et Européens à le rejoindre. Qualifiés d ‘’Algériens’’, il leur assure que son vœu est celui d’ « une Algérie multiethnique, multiconfessionnelle… où toutes les communautés seront respectées… ». Et du haut de la tribune de l’ONU, la diplomatie du GPRA 9  le confirme : « L’Algérie est le patrimoine de tous…. L’Algérie aux Algériens, à tous les Algériens, quelle que soit leur origine. Cette formule n’est pas une fiction. Elle traduit une réalité vivante, basée sur une vie commune. ». (Appel du 17 Fev 1960 « Aux Européens d’Algérie »).

Mais sur le terrain, les insurrections, comme en Août 55 dans le constantinois, se mènent au nom de Dieu (‘’Djihad fi Sabil Illah’’), et l’on appelle à tuer les Infidèles, les chrétiens et les Juifs (‘’Nkatlou Gouar, Nkatlou Nsara, Nkatlou Yahoud’’). Quant au terrorisme dans les villes, au pistolet ou à la bombe, il vise sélectivement les civils non-musulmans, Pieds-noirs et Juifs, au facies. « Dans les premiers mois de l’année 1956, les agressions se multiplient, le samedi de préférence : en mai contre le rabbin de Batna; en juin contre les cafés juifs de Constantine ; synagogue d’Orléansville incendiée. En Novembre, une bombe placée dans la maison d’ Isaac Aziza, rabbin de Nédroma, le tue ainsi que plusieurs membres de sa famille. » 10.  Précisons qu’à Constantine, suite aux attaques à la grenade des cafés juifs en 1956, des groupes de jeunes juifs, préparés à cette éventualité par des instructeurs venus d’Israël, ripostent et très durement, selon Robert Attal, instituteur, qui conclut ainsi le témoignage désapprobateur qu’il me donne de cet événement : « l’ombre du pogrom de 1934 planait » (R. Attal est l’auteur d’un livre sur ce pogrom du 5 Août où a péri son propre père.). L’année 1957 est aussi dure… Assassinats à Oran du Dr Cohen (le FLN s’excuse) et en Mars du grand Rabbin de Médéa. Bombe extrêmement meurtrière à Alger le 9 Juin, placée sous l’estrade du Dancing de la Corniche fréquenté surtout par des Juifs de Bab El Oued et non par des parachutistes comme le dit la propagande FLN, qui pulvérise notamment sa vedette Lucky Starway (Lucien Séror), son orchestre et des danseurs (7 morts, 85 blessés dont 10 très graves)… En Août, à Alger, David Chiche (65 ans) est arrosé d’essence.

Les années suivantes et ce jusqu’à l’indépendance, les exactions contre les Juifs sont d’autant plus retentissantes qu’elles s’exercent dans des lieux sacrés et lors de fêtes religieuses : grenades dans les synagogues de villes du Sud, Boghari en Mars 1958 (1 mort), et Bou Saada en 1959, la veille de Kippour (la petite fille du Rabbin tuée). En Décembre 1960, durant les grandes manifestations populaires, où le slogan « Algérie musulmane » se substitue à « Algérie algérienne », à Oran le cimetière est profané, et à Alger la grande Synagogue de la Casbah est dévastée aux cris de ‘’Mort aux juifs’’, les Rouleaux de la Loi profanés, des croix gammées dessinées sur les murs, et le drapeau indépendantiste planté. En 1961, assassinat en Juin à Constantine  du célèbre musicien Raymond Leyris; en Septembre à Oran, le jour de Rosh Hashana, un père se rendant à la synagogue avec ses 2 enfants est poignardé et un coiffeur ambulant, Choukroun, tué, le cimetière juif profané et la maison du gardien pillée (ce qui provoque des réactions et des affrontements communautaires). En 1962, assassinat en Janvier à Constantine du frère de René Samuel Sirat qui deviendra le Grand Rabbin de France, attaque  du Consistoire toujours à Constantine en Février, assassinat à Alger de 2 enfants juifs. Et le 5 Juillet 1962 à Oran, le jour même de l’indépendance, massacre de très grande ampleur dans plusieurs quartiers simultanément, et notamment les quartiers juifs, visant au faciès les non-musulmans (plus de 400 morts officiellement recensés) 11 , comme un message à ceux qui ne sont pas encore partis, et à ceux qui auraient eu l’idée de revenir…

Cette énumération, loin d’être exhaustive, montre que les civils juifs, à l’instar des civils d’origine chrétienne, furent une cible du terrorisme FLN. Ce choix de stratégie, est clairement mis en évidence par le bilan total des victimes : 5000 civils non-musulmans assassinés, pour 10 000 soldats français tués au combat. 50% donc… (les civils musulmans furent aussi une cible du FLN, plus de 10 000 tués, mais le but est autre : soumettre les siens à sa seule autorité, voire à l’autorité de certains chefs…).

POST-INDEPENDANCELe double langage éventé.

Cette stratégie a un but: faire partir les non-musulmans avant l’indépendance.  Mais soigneusement dissimulée par ses promoteurs, ou par ceux qui défendirent la cause indépendantiste, elle ne sera révélée que par la suite. Cependant même ces tardives révélations n’ont pas encore conduit les historiens à formuler de nouvelles hypothèses : ce qui est plus troublant.

1981 –  Les Archives De La Révolution Algérienne (ed. Jeune Afrique), Mohamed Harbi, dirigeant FLN, puis historien, livre un PV de réunion au Maroc en 1961, où l’un des plus importants dirigeants, Lakhdar Ben Tobbal, harcelé par des militants furieux contre les appels du GPRA aux Juifs et aux Européens, les rassure à 3 reprises en leur répétant : « c’est purement tactique !».  Ajoutant même, la 3ème fois, pour les radoucir : « Il n’est pas question qu’après l’indépendance, il y ait des Juifs et des Européens, dans le gouvernement. ». 

1990Les Accords d’Evian (Le Seuil). Signés en Mars 62 par la France et le GPRA, ces Accords sont ainsi commentés par l’auteur, un des négociateurs, Réda Malek : « Heureusement, le caractère sacré arabo-musulman de la nation algérienne était sauvegardé.». Précisons que Réda Malek, qui dans les années 90 a comme premier ministre mené une guerre sans concession aux islamistes, s’est de tout temps  considéré comme un moderne et un « progressiste »… On peut donc imaginer l’état d’esprit de la majorité des dirigeants qui au contraire, sont considérés comme des « traditionalistes », des « conservateurs »  ou des « réactionnaires ».

1998 – La fin de la guerre d’Algérie (Casbah Ed). Ben Khedda, qui fut le Président du GPRA au moment de la signature de ces Accords d’Evian explicite : « En refusant notamment la nationalité algérienne automatique pour un million d’Européens, nous avions prévenu le danger d’une Algérie bicéphale ».

1991 – La guerre d’Algérie et les intellectuels français (Ed. Complexe), Jean-Marie Domenach, intellectuel français catholique et résistant, ayant soutenu la lutte pour la décolonisation en Indochine et en Algérie, directeur de la Revue Esprit, fait ainsi état d’une rencontre avec un dirigeant du FLN, qui sera d’ailleurs égorgé par les siens, quelques mois après en 1957 :  « Je me rappelle en particulier une discussion qui a été  d’une violence extrême avec Abbane Ramdane… Je lui ai parlé du sort qui serait fait à la population ‘’pieds-noirs’’. Je lui ai dit : ‘’Vous n’allez pas mettre tous ces gens à la porte comme ça‘‘ . Il m’a répondu : ‘’S’ils ne sont pas contents, ils n’ont qu’à s’en aller’’ ».

2004 –  Cet étranger qui me ressemble. Entretiens avec Jean Daniel. (Grasset). Dans un avion privé se dirigeant vers Melun, lieu d’une négociation, en 1960, le directeur du Nouvel Obs, lui-même juif algérien de Blida, demande aux diplomates du GPRA, Boumendjel et Benyahia : « Croyez vous qu’avec tous ces fanatiques religieux derrière vous, il y aura dans une Algérie indépendante un avenir pour les non-musulmans, les chrétiens, les juifs auxquels vous avez fait appel ? ».

Après que Boumendjel ait dit à Benyahia : « Il ne faut pas mentir à Jean », voici ce qu’il s’entend répondre : « Le pendule a balancé si loin d’un seul côté pendant un siècle et demi de colonisation française, du côté chrétien, niant l’identité musulmane, l’arabisme, l’islam, que le revanche sera longue, violente et qu’elle exclut tout avenir pour les non-musulmans. Nous n’empêcherons pas cette révolution arabo-islamique de s’exprimer puisque nous la jugeons juste et bienfaitrice. ».

AIT AHMED – l’exception qui confirme la règle.

Responsable nationaliste de premier plan, partisan de la lutte armée, un des principaux créateurs du FLN, son opposition à la ligne arabiste du PPA-MTLD (ancêtre du FLN) le marginalise avant 1962, puis l’exile après.

En 1963, lors de la 1ère Assemblée Constituante, il est un des très rares députés à s’opposer à l’inscription de l’Islam dans la Constitution comme « religion d’Etat », puis au Code de la Nationalité discriminatoire, qui stipule que l’on est Algérien si l’on a un père et un grand-père nés en Algérie…. musulmans.  Les non-musulmans considérés comme étrangers doivent donc en faire la  demande : beaucoup de ceux qui avaient payé leurs convictions indépendantistes par la torture et la prison, trouvant la démarche humiliante, s’y refusent et quittent l’Algérie.

On ne peut donc être étonné de lire, lorsqu’il évoque « la tragédie humaine » de l’exode de 1962 : « N’oublions pas que les religions, les cultures juives et chrétiennes se trouvaient en Afrique du Nord bien avant les Arabo-Musulmans, eux aussi colonisateurs, aujourd’hui hégémonistes… Avec les Européens et leur dynamisme – je dis bien les Pieds-noirs et non les Français – l’Algérie serait aujourd’hui une grande puissance africaine, méditerranéenne.  Hélas, je reconnais que nous avons commis des erreurs politiques stratégiques. Il y a eu envers les Pieds-noirs des fautes inadmissibles, des crimes de guerre envers des civils innocents et dont l’Algérie devra répondre au même titre que la Turquie envers les Arméniens. » (Propos accordés à Francis Rugas, in Les Français d‘AFN, Mai 1987).

Ces propos d’un grand courage politique, même s’ils sont restés assez confidentiels, ont l’intérêt de situer le problème au niveau de la stratégie. Cette stratégie est en fait l’expression d’une conception excluant de la future nation toutes les minorités non-musulmanes qui sera le fondement non écrit du nationalisme algérien depuis les années 30 : ‘’La Valise ou le cercueil’’ est le slogan de son principal parti, le PPA, à partir du milieu des années 40.

André Beckouche, communiste juif constantinois, se rappelle que dans un de ces débats d’étudiants algériens à Paris, qu’il situe en 1955, Réda Malek avait ainsi conclu : « L’Algérie, n’est pas un manteau d’Arlequin »… Puis ajoute : « je suis resté en Algérie jusqu’en 1965. J’ai dû me résoudre à quitter l’Algérie, mon pays natal et la terre de mes parents depuis des siècles et des siècles. Car l’Algérie n’a pas pu ou su garder les non-musulmans et je n’y trouvais pas ma place tout comme des camarades de grande valeur. Je pense à Henri Alleg, et à combien d’autres, Sixou, Timsit… La vérité, c’est que la France les a mieux accueillis et traités, eux qui avaient combattu sa politique coloniale, que l’Algérie pour laquelle ils avaient combattu. » (Interview réalisé par la cinéaste Brigitte Stora, en 2007). Il se rappelle aussi des propos tenus par un autre dirigeant nationaliste Bélaïd Abdeslam : « Avec un million d’Européens, l’Algérie serait ingouvernable… »

L’Algérie pour laquelle il combattit, voici ce qu’elle fit de la mémoire d’un autre communiste juif, Pierre Ghenassia, qui s’engage à 17 ans dans l’ALN, et qui, infirmier, préféra mourir plutôt que fuir et abandonner ses blessés, comme le lui proposa son chef, le Cdt Azzedine : à Ténès, sa ville natale, sa rue fut en 1963 baptisée « Rue Pierre Ghenassia », puis quatre années après, l’année de la guerre entre Israël et les pays arabes, débaptisée en… « Rue El Qods ».

Force est donc de constater que malgré la relative profusion de faits, de propos et de textes de dirigeants nationalistes qui dévoilent assez clairement que la guerre d’indépendance n’eut pas que le seul objectif déclaré d’obtenir le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », mais aussi et simultanément, celui d’anéantir l’autre droit, tout aussi légitime, « le droit des minorités à demeurer dans le pays de leurs ancêtres », ce 2ème objectif de la stratégie nationaliste reste occulté par les historiens spécialistes de cette période, tant algériens que français. On peut même parler de dénégation. Et dans le cas de l’un d’eux, Benjamin Stora, de comportement schizophrénique. 

Quand il témoigne de sa propre vie d’enfant juif constantinois dont les parents vont quitter leur pays juste avant l’indépendance, alors qu’il n’a que 12 ans,  on peut constater que dans le seul chapitre consacré à la guerre « Une enfance à Constantine » 12, la peur comme réalité et comme imaginaire est déclinée selon de multiples occurences : « J’avais très peur… j’avais peur qu’il (le père) lui arrive quelque chose, qu’il soit victime d’un attentat, qu’il puisse mourir… La nuit, j’entendais mes parents parler. Ils étaient inquiets, surtout vers la fin de la guerre… les peurs nocturnes venant s’accumuler aux attentats, construisaient un climat d’angoisse… Enfant, j’avais intériorisé cette peur communautaire, d’autant qu’elle faisait référence à un événement lointain qui s’était imprimé dans l’imaginaire des Juifs de Constantine, avec les récits sur les affrontements sanglants du 5 août 1934, entre Juifs et Musulmans. Les ‘’événements d’août 34’’ continuaient d’exister dans les conversations… ‘’Ils ont tué Raymond !’’ C’était quelque chose d’énorme, de gigantesque. La communauté juive de Constantine était choquée, bouleversée… Une procession gigantesque a suivi la dépouille de Raymond qui a été enterré, si mes souvenirs sont bons, tout à fait au début du cimetière. C’était le grand tournant, le moment où ce qui restait de la communauté juive de Constantine en 1961 a choisi de partir vers la France. »

Mais l’historien spécialiste de l’Algérie, qui dans son livre Les trois exils donne pourtant une liste impressionnante quoique non-exhaustive du ciblage juif par le terrorisme FLN durant la guerre, a semble-t-il du mal à concilier cette réalité, et ses propres souvenirs, avec ses convictions anticolonialistes.  Car lorsqu’il intervient dans des espaces politiques, en France ou plus encore en Algérie, c’est généralement pour minimiser la terreur FLN. « Depuis qu’ils sont rentrés en France (sic !), les rapatriés (resic) ont toujours cherché à faire croire que la seule raison de leur départ était le risque qu’ils couraient pour leur vie et celle de leurs enfants. Et qu’ils avaient tous été obligés de partir…. » . C’est avec ces mots qu’il apporte sa caution scientifique à un reportage scandaleux du Monde Diplomatique (Mai 08) 13, cherchant à démontrer que Juifs et Pieds Noirs, « incapables de toute réversion mentale », avaient quitté l’Algérie non en raison d’une peur qui aurait eu quelques fondements objectifs, mais par…  racisme, par refus d’être gouvernés par des Arabes. Quelques jours après la sortie de cet article, lors d’un débat (filmé) à Paris, il nie que ses parents aient quitté leur pays par peur, et répondant furieux à une personne qui lui avait demandé si leur départ n’avait pas un lien avec l’assassinat de Raymond Leyris, s’exclame : « Ils sont partis parce qu’ils aimaient la France  (26 Mai 08) 14.

Cette crainte de l’avenir dans un pays dont il était prévisible que l’islam y deviendrait religion d’Etat, ne provenait pas seulement du statut passé de dhimmis, mais aussi de l’actualité et du voisin marocain où l’accès à l’indépendance en 1956 est aussi marqué par des violences antijuives.

CONCLUSION

Alors même que je venais à peine de prendre conscience au bout d’une année de quête filmée, qui deviendra « Algérie, histoires à ne pas dire », que les 130 000 Juifs d’Algérie comme les 800 000 Pieds-noirs, avaient été poussés hors de leur pays par la stratégie ethnique du FLN, il me fallut oser ouvrir des livres d’histoire, pour découvrir que de l’Iran jusqu’à l’Afrique du Nord, près de 800 000 Juifs furent forcés de quitter des terres qu’ils avaient pourtant habitées des siècles, voir des millénaires, avant que n’apparaisse l’Islam…28

Ainsi dans les pays musulmans, la question juive avait disparu… avec la disparition des Juifs, encore que, comme on l’a vu, elle pouvait ressurgir, au moindre blues de nostalgie juive.

(Ainsi en 2005, lorsque 150 Juifs tlemcéniens revinrent dans leur ville natale et que se déclencha dans la presse algérienne une hystérie antijuive, dont on peut avoir idée avec entre autres cet exemple : « Le temps de l’enjuivation ! La façon provocante et plus qu’officielle avec laquelle les juifs ont été reçus à Tlemcen indique qu’il existe des musulmans, issus de notre sang, qui sont encore davantage enjuivés que les juifs eux-mêmes. ». Ech-Chourouk El-Youmi)

Mise au point de JP Lledo au Rédacteur en chef du quotidien algérien LIBERTE (25/05/2011)

Mise au point de Jean-Pierre Lledo

 En finir avec tous les délires !

Messieurs les Directeurs et Rédacteurs en chef de Liberté, vous dirigez un quotidien national au nom prestigieux et vous vous revendiquez démocrates.

Comment alors avez-vous pu publier un commentaire aussi complaisant du ‘’roman historique   »Derb Lihoud » (Quartier juif) d’un certain Saïd Kessal, journaliste par ailleurs à Echourouk, ce quotidien national en langue arabe bien connu pour ses obsessions anti-juives ?

Comment ne vous-êtes vous pas aperçu, qu’il s’agissait d’une simple resucée de deux fantasmes anti-juifs parmi les plus connus : le crime rituel des enfants (avec le sang duquel les Juifs feraient leurs galettes de Pâques), et la domination mondiale par le complot et l’argent, thème central des ‘’Protocoles des Sages de Sion’’ ?

Depuis le début de l’ère chrétienne, le premier a servi de prétexte à la persécution des Juifs. Quant au second, l’on sait depuis un siècle qu’il s’agit d’un plagiat d’un ouvrage de Maurice Joly dirigé contre Napoléon III, mais qui fut détourné par la police tsariste vers la fin du 19ème siècle, pour justifier les pogroms massifs de Russie. Les  ‘’Protocoles’’ racontent donc comment les ‘’Sages de Sion’’, réunis secrètement, comptent s’y prendre pour dominer le monde !

Liberté devrait aussi savoir que cet ouvrage reste, avec Mein Kampf, un des titres essentiels de l’édition du monde arabe,  ce qui a permis à ‘’l’écrivain’’, d’y puiser la source de son inspiration.

‘’Sacrifiés sur l’autel du rite talmudique attribué aux sionistes’’ !!! Liberté ne pourrait-il pas lui expliquer que le Talmud n’est pas un ‘’rite’’ ? !!! A l’ère du net comment peut-on écrire de pareilles inepties ?

Si l’on veut qu’un jour le monde arabe s’approche des rives de la démocratie, ne revient-il pas aux élites qui au moins s’en réclament, d’en finir avec tous les délires, notamment anti-juifs, générateurs de haine et surtout de crétinerie, sans quoi ses peuples seront maintenus dans une nuit sans fin ?

Espérant à l’avenir votre vigilance, mes salutations.

25 Mai 2011, JP Lledo

Réponse (non publiée) à Abed Charef, journaliste du Quotidien d’Oran, à propos du musicien juif assassiné, Raymond Leyris. (14 Octobre 2011)

Monsieur le directeur du Quotidien d’Oran.

La presse nationale ne faisant plus partie de mes lectures favorites, lorsqu’on m’a signalé un article sous la signature d’Abed Charef, dont la virulence le dispute à la désinformation, et, plus dommagablement pour votre respectabilité, au ridicule le plus absolu, je me suis dit qu’il fallait attendre quelques jours, persuadé qu’une avalanche de protestations, allaient s’abattre sur votre quotidien. *

Constatant la nouvelle trahison de nos clercs, permettez-moi donc de vous interpeller : comment un quotidien ‘’national’’ qui se veut en Algérie un des plus importants en langue française et un journaliste ayant ‘’de la bouteille’’ qui se prend aussi pour un ‘’grand’’ **, peuvent –ils commettre autant de mensonges, presque un par ligne ? !

A commencer par le sensationnel scoop à l’aulne duquel peut s’évaluer la déontologie de ce journaliste et la qualité informative de votre quotidien, mais qui a dû faire s’écrouler de rire tous les Constantinois : Raymond Leyris – celui qu’à Constantine on appelle par admiration Cheïkh Raymond – n’aurait donc jamais eu d’enfant, et aurait même adopté Enrico Macias qui, lui, aurait été orphelin !!!

N’importe qui à Constantine sait pourtant que Macias avait bien un papa, le célébrissime violoniste de l’orchestre de R. Leyris, Sylvain ! Et que sa femme – décédée depuis peu – n’était autre  qu’un des six enfants de R. Leyris !!!

Passons aussi sur la filiation des Ghenasssia de Constantine avec ceux de Cherchel : il est vrai que tous les Mohamed ont la même origine !

Ou encore sur le ‘’A Chelghoum Laïd, où il (Macias) a enseigné, son nom est connu mais il est presque impossible de trouver des gens qui l’ont côtoyé’’

Qu’est ce que ça veut dire ‘’presque’’ ? S’est-il rendu dans cette ville ? A-t-il interrogé le ‘’presque’’ ? Et quelle a été sa réponse ?

*  A vrai dire, je ne suis pas arrivé à connaitre la date exacte de parution que le site internet du Quotidien ne révèle pas.

* * Il est vrai que ses premières prestations durant les massacres d’octobre 88 en Algérie, à la belle époque du parti unique, et sa manière de mettre en doute les dires des membres de la Commission des Médecins du Comité contre la Torture qui visitaient quotidiennement les morgues (pour rappel ces ‘’événements’’ firent plus de 600 morts, en quelques jours), me le rendirent plus que suspect.

Et pour ce qui est de la ‘’territoriale’’,  je ne sais si Macias en a fait partie, mais vos jeunes lecteurs auraient dû être informés qu’il s’agissait d’une institution de l’armée française à laquelle tout citoyen, à partir d’un certain âge et quels que soient ses opinions, était astreint durant quelques jours dans l’année.

Par contre d’où votre brillantissime limier tire-t-il que le petit gus Gaston frayait avec Papon, le préfet qui selon mes infos n’était pas un fan de musique andalouse ?

Est-ce ainsi que vous informez vos lecteurs ? Les méprisez-vous à ce point de les prendre pour aussi crassement ignare que vous ?

Venons-en au plat de résistance : les rocambolesques aventures policières de R. Leyris et du futur Macias. Commençons par constater que votre salarié n’a fait que copier-coller l’essentiel d’un papier sorti en 2005 – déjà dans vos colonnes – signé par un certain Mr Lezzar ! Sa qualité de ‘’juriste’’, et l’excellente réputation des hommes de loi de chez nous, l’ont-ils abusé au point de lui faire oublier le b-a-ba de la profession : toujours vérifier ses infos, et ses sources ?

Mais vous, en tant que directeur, qui aviez publié à l’automne 2005 – Ô miracle – la cinglante réponse de Jacques Leyris, fils de son père Raymond, seriez-vous déjà atteint d’alzeimer ?

A peu près à la même époque que le papier de Lezzar, était sorti dans un autre journal, également au-dessus de tout soupçon, arabophone cette fois – ‘’El Khabar’’ – la liste des noms de tous les Juifs de la liste d’élus du FIS (Front islamique du salut) de l’année 1990 !!! Encore un scoop ! Les ‘’Juifs’’ en question, étaient pourtant de bons musulmans, et même des meilleurs, puisque salafistes. Ils avaient simplement un nom de famille partagé par des Juifs : Saadoun, Khalfa et quantité d’autres…!

Alors si El Khabar a été capable de nous livrer la liste ‘’officieuse’’ des Juifs du FIS, pourquoi un quotidien aussi nationalistement correct que le vôtre ne serait-il pas en mesure – afin de nous démontrer qu’ Enrico Macias est bien un fieffé tueur – de nous exhiber la ‘’sorte de liste rouge officieuse qui comporte les noms de militaires, colons et ultras ayant commis des exactions. ’’ ? Ca couperait au moins l’envie aux ‘’nombreux «ouled el bled» (fils du pays) qui lui rendent visite régulièrement en France’’ !
Mais écrire ‘’une sorte’’ de liste, n’est-ce pas déjà montrer que vous n’êtes même pas dupes des ragots que vous-mêmes colportez ?

Savoir qui étaient vraiment Raymond Leyris et son futur beau-fils, n’est pourtant pas très compliqué dans nos villes où tout se sait. Il suffit d’aller interroger ceux qui partageaient leur vie, du matin au soir, et du dimanche au vendredi : les musiciens qui travaillaient avec eux, ou les mélomanes.

Je les ai rencontrés lorsque j’ai fait mon film ‘’Algérie, histoires à ne pas dire’’ (toujours interdit à ce jour, sans que n’ayez jamais écrit une seule ligne pour protester). Et personne ne m’a dit rien de ce que vous avancez à leur sujet, mis à part un illuminé, portant bien son nom, qui affirma devant la caméra que  ‘’Raymond ne valait même pas la balle qui l’avait tué’’ ou encore que si ‘’la révolution lui avait demandé d’assassiner Beethoven , ou Mozart’’, il l’aurait fait !

Et si donc Charef s’était aventuré jusqu’à Constantine, il n’aurait pas pu écrire, non plus, que  « Raymond Leyris est… riche ! », car en se rendant au 75 rue Georges Clémenceau face au pont d’El Kantara, en montant jusqu’au 2ème étage, puis en prenant le couloir à gauche qui mène à la porte du fond il aurait découvert l’Ile au trésor : 2 pièces et une cuisine où nous vivaient 8 personnes ! Et peut-être les locataires actuels ont-ils encore conservé le lit-cage dans la cuisine que devait concéder Jacques, le fils unique, aux invités…

Venons-en enfin à l’assassinat de Raymond Leyris. Et d’abord votre version.

Si le ridicule ne vous a pas déjà terrassé, relisez-vous un brin : ‘’Quel est le rôle exact de Raymond Leyris ? Difficile à dire.’’ , puis : ‘’Mais peu à peu, les réseaux FLN acquièrent la certitude que Cheikh Raymond n’est plus un artiste aussi innocent.’’, puis ‘’ L’émissaire envoie un message à Raymond Leyris, et prend rendez-vous.’’, puis ‘’L’émissaire du FLN est tué alors qu’il gagnait le lieu du rendez-vous.’’, puis : ‘’L’organisation du FLN en tire une conclusion : seul Raymond Leyris pouvait avoir organisé la fuite pour permettre aux autorités coloniales d’éliminer le responsable du FLN.’’, puis : ‘’ Mais le doute planait…’’, puis ‘’Raymond Leyris croise Amar Benachour, dit M’Djaker, membre d’une cellule locale de fidayine, qui l’abat en plein marché, devant des dizaines de témoins.’’

Si le brave promeneur qui a fait ça devant ‘’10 témoins’’, était bien ‘’membre d’une cellule locale de fidayine’’, bras armé de la révolution comme on disait, c’est donc bien un assassinat en vertu d’une sentence FLN, non ? Pourquoi laisser entendre que le tueur aurait pu subir l’influence de la ‘’mafia du milieu’’, alors que tout le monde sait que la première chose que fit le FLN dès le début de la guerre, ce fut de la mettre justement  au pas, au nom d’un ordre moral islamique, technique reprise plus tard par… les islamistes ?

La seule interrogation qui serait d’ailleurs une belle enquête pour votre journaliste-qui-a-de-la-bouteille, c’est de savoir qui a pris la décision de cet assassinat.

En 2005, j’ai interrogé le chef militaire de l’ALN qui reçut les clés de la ville d’un général français, au moment de l’indépendance. Il accepta de mener une enquête auprès des responsables FLN-ALN qui dirigeaient le secteur avant son arrivée. Il m’affirma qu’aucun de ces responsables n’avait ordonné la mort de R. Leyris. Et je le crus d’autant plus volontiers que ma conviction est que l’ordre aurait trop d’importance politique pour que l’initiative soit laissée à un petit chef local. Car le but de cette opération était tellement évident qu’il n’a cette fois pas échappé à votre journaliste – mais n’a-t-il pas encore une fois gaffé ? – : ’’ La mort de Raymond Leyris accélère le départ massif des juifs de Constantine’’.

Oui, incontestablement tous les petits Juifs d’Algérie ont dû se dire que si un Juif célèbre et de surcroit de gauche, en rien hostile à l’idée d’indépendance, qui ne lisait qu’Alger Républicain (obédience communiste) avant son interdiction, et le Monde, (considéré à l’époque comme un journal français communiste !), avait été assassiné, alors oui ils leur fallait déguerpir au plus vite.

Il m’a fallu faire mon dernier film, et entendre des quantités de récits de ‘’moujahidine’’ pour enfin comprendre que notre ‘’guerre de libération’’ avait été menée, et très consciemment, comme une guerre d’épuration : Non-musulmans, ouste !

Ben Khedda, dernier chef du GPRA le dit expressément dans son livre « La fin de la guerre d’Algérie », (Casbah Ed. 1998 ), lorsqu’il qualifie de ‘’danger’’ l’éventualité ‘’d’une Algérie bicéphale’’, cad multiethnique !

Ben Tobbal, lui, protégé par la discrétion de la clandestinité, y alla plus franco avec les militants qui s’inquiétaient des différents Appels du GPRA et du FLN assurant aux Juifs et aux Européens d’Algérie qu’ils seraient des citoyens algériens : « Ces textes sont purement tactiques ! »  (archives du FLN, révélées par M. Harbi).

Et donc ma conviction est que Raymond Leyris a bien été assassiné par le FLN, à partir d’un ordre qui ne pouvait provenir que du plus haut de la direction de la révolution algérienne, donc soit du GPRA (Gouvernement provisoire de la république algérienne), soit de l’Etat-major de l’ALN (Armée de libération nationale) dirigé par Boumedienne.

Le ‘’fidaï’’ tel Amar Benachour, ‘’dit M’Djaker’’, n’a donc pas été ‘’manipulé’’, encore moins par une ‘’mafia du milieu’’, comme le dit Charef, mais a tout simplement exécuté un ordre que, sans aucun doute, il ne pouvait savoir venir de si haut. Si Tawra (Révolution) le lui avait demandé, lui aussi aurait assassiné Beethoven ou Mozart !

Cet assassinat n’a en tous les cas rien à voir avec la fiction, inventée ou rapportée par Lezzar, puis plagiée par Charef,  selon lequel R. Leyris aurait averti la police du rencart que lui avait donné ‘’un émissaire du FLN’’ ! Où a-t-on vu une organisation clandestine prendre rendez-vous, puis s’y rendre sans précaution ? !!!

Examinons à présent le nouveau morceau de bravoure de votre journaliste-qui-a-de-la bouteille, et qui a aussi échappé à votre vigilance éditoriale :

‘’Mais la mort de Raymond Leyris sonne également le début d’une opération de vengeance meurtrière, à laquelle Enrico Macias participe, selon des moudjahidine de la Wilaya II. Il est impossible d’établir exactement le bilan exact des expéditions punitives. En 1956, après l’attentat de la rue de Constantine, Gilbert Meynier n’écarte pas le chiffre de cent trente morts. En mai 1961, la même folie furieuse se déchaîne mais…’’

Suite à l’assassinat de R. Leyris, les Juifs se seraient donc vengés… en 1956, et en Mai 61. C’est bien ce qu’il faut comprendre, non ? Votre préposé au ridicule ne sait-il donc pas que R. Leyris a été tué le 22 Juin 1961 ? !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Trève de balivernes, celles et ceux qui voudront vraiment connaitre la vie et l’œuvre de Raymond Leyris n’auront qu’à lire, dans les jours à venir un livre, sérieux cette fois, édité il est vrai en France : Cheikh RAYMOND, Une histoire Algérienne, de Bertrand Dicale (Edition First). Et comme une bonne nouvelle ne vient pas sans une seconde, un coffret de 3 CD accompagné d’un  livret de 50 pages, vient de sortir chez Universal.

Examinons à présent la seule information qui soit vraie – pas étonnant, elle n’émane pas de vous, mais du journal israélien Maariv – encore que vous ne savez même la rapporter !

En Mai 2005, s’étaient rencontrés près de 2000 Juifs constantinois venus du monde entier, à Jérusalem, vu qu’ils ne peuvent plus le faire dans leur ville d’origine. (Incriminé par la presse nationale prise d’un délire antisémite, d’y avoir participé, Benjamin Stora se crut même obligé de se justifier !)

Lors de cette rencontre, effectivement, Shlomo Havilio, avait raconté qu’en 1956, le Mossad l’avait chargé, à partir de Paris, d’organiser l’autodéfense des Juifs en Algérie, notamment à Constantine, compte tenu du mauvais souvenir du massacre d’Aout 1934 qui coûta la vie à plus de deux dizaines de personnes, à l’organisation duquel participèrent le dirigeant Bendjelloun et par ses sermons, le chef des oulama, Ben Badis.

Et lorsque le FLN – qui, du début à la fin de la guerre, et ce dans toutes les villes, petites et grandes, n’a cessé d’assassiner des rabbins et des simples Juifs, précisément le jour du shabbat – passa à l’action à Constantine en 56, comme l’avait prévu le Mossad, en lançant des grenades dans les bars juifs, il est vrai que les jeunes Juifs ripostèrent. Et même au-delà de ce qui était prévu pour dissuader le FLN de recommencer : le témoignage que m’en fit Mr Attal, m’a semblé d’autant plus crédible, qu’il avait déjà écrit un livre sur le pogrom d’Aout 34, où son propre père avait été assassiné.

Pour finir. Evidemment je me suis demandé quel frelon avait bien pu vous piquer pour pondre, 6 ans après, et à la va vite, une resucée de l’article de Lezzar.

Votre quotidien participerait-il de la tentation bien connue des nomemklaturas arabes de sortir l’épouvantail juif, et/ou israélien, chaque fois que le vent des révoltes populaires point ? Ce qui pourrait expliquer pourquoi en mai dernier l’on a fait un tel tapage médiatique dans toute ‘’la presse nationale indépendante’’ pour un soi-disant roman, “Derb lihoud”, relatant un ‘’tragique évènement durant la guerre de libération’’, à Rio Salado, la ville natale de l’auteur, je cite : ‘’l’histoire de deux enfants, Mohamed et sa sœur Mériem, sacrifiés sur l’autel du rite talmudique attribué aux sionistes’’. Talmudique rien de moins, de surcroit sioniste, diantre ! ’’.

‘’J’ai voulu, à travers ces témoignages, mettre en évidence le rêve du grand projet que l’État d’Israël veut concrétiser au détriment du sang et de la richesse des Algériens dans la mesure où les juifs d’Algérie avaient à cette époque la mainmise sur le commerce et l’argent’’, nous explique Saïd Kessal, qui en fait n’a fait que plagier l’abondante littérature provenant du Moyen-Orient, mêlant au crime rituel – se servir du sang musulman pour faire la galette juive de Paque – le thème de la toute-puissance juive empruntée aux ‘’Protocoles des Sages de Sion’’, faux de la police tsariste rédigé à la fin du 19ème siècle, mais qui reste, avec Mein Kampf, un des titres-clés de l’édition contemporaine arabe !

Face à ce délire, qui donnerait tort à Adonis quand il dit que nous assistons à l’extinction de la civilisation arabe ? Et les révoltes actuelles qui, comme en Algérie des années 80-90, servent de tremplin à l’islamisme, risquent fort d’en accélérer la dégénérescence.

Le 14 Octobre 2011

Jean-Pierre Lledo

L’Algérie et la disparition des Juifs. (17Avril, 2014)

Impliqué à de multiples titres par l’histoire de la guerre d’Algérie, en tant que citoyen et cinéaste, en tant que Juif et Algérien, puisque je n’ai quitté l’Algérie qu’en 1993, la Tribune du CRIF accordée à B. Stora le 4 Avril, ne peut me laisser indifférent, comme d’ailleurs l’ensemble des propos de cet historien, juif aussi, mais ayant quitté l’Algérie enfant, une année avant l’indépendance.

Se donnant, là, pour tache d’expliquer les raisons du départ des 130 000 Juifs d’Algérie, je note avec satisfaction qu’il évoque le ciblage des Juifs  ‘’… Victimes d’attentats individuels ou collectifs, par des bombes dans des lieux publics, et des attaques à l’arme blanche.’’. Et même ‘’la dimension arabo-musulmane de l’identité nationale’’ du nationalisme algérien qui exclut, de fait, tous les non-musulmans du projet de la future Algérie indépendante : le Code de la Nationalité, deuxième loi adoptée en 1963, après la Constitution, stipulera en effet que seuls les musulmans sont automatiquement algériens  (l’historien aurait pu le notifier).

Tout cela est en effet d’une autre tonalité que les propos tenus par le même historien, dans le Monde diplomatique de Mai 2008. Présenté comme « un des meilleurs historiens de l’Algérie », il affirmait : « Depuis qu’ils sont rentrés (sic ) en France, les rapatriés (resic) ont toujours cherché à faire croire que la seule raison de leur départ était le risque qu’ils couraient pour leur vie et celle de leurs enfants. Et qu’ils avaient tous été obligés de partir….». Le 26 du même mois, à l’Hôtel de Ville de Paris, lors d’une conférence-débat  de l’Association ‘’Coup de soleil’’, à la question : pourquoi vos parents ont-ils quitté l’Algérie ?, il répond agacé : ‘’Mes parents aimaient la France, la France est partie, alors ils ont suivi la France.’’ Il reste que dans cette Tribune du Crif, aussi, l’historien continue de privilégier cette raison. Il commence par elle et lui consacre l’essentiel de son papier. Pour le résumer : Français par Crémieux, les Juifs tenaient à le rester. L’historien pourra toujours se défendre. Il cite effectivement bien d’autres raisons : dhimmitude, nationalisme, islam, agressivité, durant ‘’la guerre d’Algérie’’… Mais – comment dire… ? –  sur un mode mineur d’atténuation, et de façon désincarnée.
La dhimmitude islamique : ‘’un mélange de protection et de soumission’’. Ah, seulement ? Et la discrimination, la ségrégation, le racisme, l’apartheïd, l’humiliation au quotidien, la rouelle jaune ancêtre de l’étoile des nazis, le coup sur la nuque du représentant de la communauté qui venait apporter l’impôt supplémentaire, la savate qui devait laisser dépasser le talon, les couleurs interdites pour l’habillement, les travaux dégradants, les pogroms à répétition, les conversions obligatoires, etc, etc… ? Après un tel régime, comment les Juifs n’eussent-ils pas sauté au cou des Français ? Paul Fenton et David Litman ont donné 800 pages de preuves (L’Exil au Maghreb, PUF).
Le nationalisme : ‘’il insiste sur la dimension arabo-musulmane de l’identité nationale’’. Il ne ferait qu’insister ? Le nationalisme algérien n’aurait-il usé que de rhétorique ? La première victime, et non la seule, des émeutes de Mai 1945, n’est-elle pas une petite juive de 10 ans ? Durant ces émeutes, ne crie-t-on pas dans les rues des villes et des villages ‘’Nkatlou Yahoud ‘’ (Tuons les Juifs) ?
La guerre d’Algérie : ‘’De nombreuses familles juives, ce qui est peu connu, ont été touchées aussi bien comme Juifs que comme Français’’. L’historien spécialiste de l’Algérie devrait savoir que du point de vue des fidayîn et des moudjahidine qui tuent au faciès, comme par exemple le 20 Août 1955, encore dans le Constantinois, il n’y a pas de ‘’Français’’, mais uniquement des ‘’Yahoud’’ et des ‘’Nsara’’ (chrétiens). Quand aux Juifs, on les vise bien parce que Juifs. L’historien ne devrait avoir aucun doute là-dessus. N’a-t-il pas écrit lui-même dans ‘’Trois Exils’’ qu’on tuait les Juifs, ‘’de préférence le samedi ‘’ ? Et on les vise, selon différents modes opératoires, en les arrosant d’essence dans la rue (David Chiche, 65 ans, Alger), en les tuant à l’entrée ou à la sortie des synagogues (comme à Constantine, quelques mois avant l’indépendance, Edmond Baruch Sirat, frère du Grand Rabbin de France René Sirat), ou avec des bombes, y compris chez eux (Isaac Aziza, rabbin de Nédroma, tué avec sa famille). Ils sont pourchassés en tout lieu : devant leur magasin commeEmile Atlan (héros de l’Opération Torch, mise au point par des Juifs, qui permit aux Américains de prendre Alger sans combat), à l’intérieur de leur lieu de travail, ou en des lieux de détente (grenades dans les cafés de Constantine) ou de loisir (Casino de la Corniche qui pulvérise notamment l’orchestre de Lucien Séror, dit Lucky Starway)… Les synagogues, elles-mêmes ne sont pas épargnées :  grenades dans les synagogues de villes du Sud, Boghari en Mars 1958 (1 mort), et Bou Saada en 1959 la veille de Kippour (la petite fille du Rabbin tuée). Celle d’Orléanville est incendiée. La grande Synagogue d’Alger,  en Décembre 1960, dévastée aux cris de ‘’Mort aux juifs’’, les Rouleaux de la Tora profanés, des croix gammées dessinées sur les murs, et le drapeau indépendantiste planté.
La fin de la guerre d’Algérie. L’historien nous dit certes qu’elle a été ‘’dramatique’’. Pour exemple, il  cite ‘’l’assassinat du célèbre musicien Raymond Leyris en 1961’’. C’est déjà mieux que dans le grand livre récent qu’il a parrainé avec A. Meddeb, sur les relations entre juifs et musulmans dans le monde arabo-musulman, où le musicien n’est évoqué que pour illustrer la symbiose judéo-arabe, sans que l’on sache qu’il a été assassiné ! (Ce livre exclut même même de sa bibliographie, des historiens comme Bat Yé’Or, Weinstock, Fenton, Bensoussanqui ont été pourtant des pionniers dans l’histoire judéo-musulmane non-idéalisée, sans parler de ‘’La fin du judaïsme en terres d’Islam’’, dirigé par Trigano). Mais l’historien rate une nouvelle occasion de combler un immense trou dans son historiographie de la guerre. En effet, il continue à ignorer ce qu’a été la journée la plus meurtrière de la guerre d’Algérie : 700 morts et disparus à jamais (lire ‘’Silence d’Etat’’ de JJ Jordi). Il s’agit du 5 Juillet 1962 à Oran, premier jour officiel de la célébration de l’indépendance qui venait d’être votée 2 jours plus tôt. Ce jour-là, du matin au soir, on a tué, étripé, démembré, du matin au soir, encore une fois, au faciès. Et naturellement, Oran étant numériquement la  ville la plus juive d’Algérie, nombreuses et nombreux furent les ‘’Yahoud’’ assassinés et, à ce jour, disparus. La YahoudyaViviane Ezagourimembre comme moi du Collectif 5 Juillet 1962, se tient à la disposition de l’historien pour lui raconter comment, avec son fiancé, elle échappa miraculeusement au lynchage, chance que n’eut guère son père…
Les 130 000 Juifs partis, soit vers la France, soit vers Israël, la nouvelle Algérie ‘’libre’’ va-t-elle les regretter, se les remémorer, les rappeler, leur donner envie de revenir, leur montrer qu’après la guerre et ses horreurs, et la fin du ‘’colonialisme’’ une nouvelle ère de communion pouvait commencer ? Que nous dit l’historien ? ‘’Les pouvoirs successifs ont reconstruit une histoire de l’Algérie en supprimant les traces de toutes les diversités, donc la présence des Juifs dans ce pays’’. C’est le moins que le puisse dire ! C’est très peu, trop peu pour signifier que le départ des Juifs, loin de l’atténuer, n’a fait que décupler la judéophobie, surtout depuis la ‘’libéralisation’’ politique et médiatique… Même le président de la république Bouteflika qui avait invité Enrico Macias doit se rétracter ! Les 150 Tlemcéniens qui en 2005 reviennent dans leur ville, déclenchent surtout dans les journaux arabophones, une des plus grandes hystéries antijuives (« Le temps de l’enjuivation ! La façon provocante et plus qu’officielle avec laquelle les juifs ont été reçus à Tlemcen indique qu’il existe des musulmans, issus de notre sang, qui sont encore davantage enjuivés que les juifs eux-mêmes. ».Ech-Chourouk El-Youmi).
A peu près au même moment, un grand quotidien national francophone (Quotidien d’Oran), donne 2 immenses pages à un avocat (Lezzar) pour ‘’prouver’’ que Raymond Leyris avait été sciemment liquidé par le FLN, en raison de ses accointances avec l’OAS !!! Raymond Leyris et son beau-fils Enrico Macias sont régulièrement salis dans la presse algérienne. Dans mon film ‘’Algérie, histoires à ne pas dire’’ un musicien qui se présente comme un ancien moudjahid, lance, en parlant de l’assassinat de R. Leyris : ‘’Il ne valait même pas la balle qui l’a tué’’, tandis que plus prosaïquement, un patron de hammam de Constantine nous dit que chez eux, Arabes et Juifs ne se lavaient pas aux même heures, à cause de ‘’l’odeur’’ de ces derniers… Enfin B. Stora aurait même pu donner un exemple personnel de la judéophilie ambiante : sa participation à la grande rencontre des Constantinois, à Jérusalem en 2005, déclenche une autre  avalanche de réactions agressives dans la presse algérienne. On lui demande des comptes. Et fait surprenant, il croit nécessaire d’en rendre…
Les communistes : ‘’Une petite minorité de Juifs, surtout proche du Parti communiste algérien, restera après 1962… Ceux-là aussi partiront dans les années 1990, au moment de la terrible guerre civile…’’.  Comparée aux 9 millions de musulmans et aux 130 000 Juifs de 1962, on pourrait penser qu’il s’agit là d’un millier de personnes, ou même d’une centaine… Or, la ‘’ petite minorité de Juifs’’,  c’est à peine une dizaine de personnes après  62 ! Le sens de la mesure, ce n’est pas rien en histoire, non ? Quand à ceux qui partirent au début des années 90, il n’y en eut que deux (dont moi). Parce que pour qui voulait voir, les choses étaient visibles dès le début de l’indépendance : en 1963, à Ténès, la Rue Pierre Ghenassia (communiste, infirmier dans les maquis de l’ALN, qui préféra mourir plutôt que fuir – comme le lui proposa son chef, le Cdt Azzedine – et abandonner ses blessés) ne fut-elle pas débaptisée en Rue El Qods ? !!
Les choses étaient claires depuis longtemps d’ailleurs. Le communiste juif André Beckouche, constantinois comme B.Stora, se rappelle que dans un de ces débats d’étudiants algériens à Paris, qu’il situe en 1955, Réda Malek, jeune dirigeant nationaliste, avait ainsi conclu : « L’Algérie, n’est pas un manteau d’Arlequin »… 35 ans plus tard, relatant les négociations sur ‘’Les Accords d’Evian’’ dont il avait été partie prenante (Le Seuil, 1990), il persiste et signe : « Heureusement, le caractère sacré arabo-musulman de la nation algérienne était sauvegardé.». Et les lecteurs du CRIF doivent savoir que cet homme n’était pas un fanatique, qu’il se voulait un ‘’moderne’’ et qu’il combattit autant qu’il put les islamistes lorsqu’il fut chef du gouvernement en 1994. Quelques années plus tard, lorsqu’il évoque la signature de ces Accords d’Evian, Ben Khedda, qui fut le Président du GPRA de 1958 à l’indépendance, souvent présenté comme un ‘’démocrate’’ face au ‘’dictateur’’ Boumedienne, est encore plus explicite : « En refusant notamment la nationalité algérienne automatique pour un million d’Européens, nous avions prévenu le danger d’une Algérie bicéphale » (La fin de la guerre d’Algérie, 1998 – Casbah Ed).
Les Juifs sont certainement le peuple qui a donné, et continue de donner, à toutes les ‘’révolutions’’ le plus fort contingent d’idiots utiles. C’est un constat. Que je fais en connaissance de cause puisque j’avoue sans fierté en avoir été. Mais quand ils sont censés écrire l’histoire, cette mission ne devrait-elle pas les encourager à distinguer, au moins, entre leur rêve de fraternité et l’histoire réelle, et au plus à se remettre en question ?  Auteur en 1969, de ‘’Le sionisme contre Israël’’, considéré par l’extrême gauche comme la Bible de l’antisionisme, l’historien Nathan Weinstock  a montré qu’il ne fallait pas désespérer, puisqu’il nous a offert ces dernières années un des meilleurs livres d’histoire qui se soit écrit sur le conflit israélo-palestinien : ‘’Terre promise, trop promise’’.
Enfin, la seule atténuation légitime, mais dont l’historien ne dit mot, est qu’il faut se garder d’identifier le comportement des chefs à celui de tous les individus, parmi lesquels, il y eut comme partout des Justes. Ils furent comme partout très minoritaires. Et parmi eux ne brillèrent que très peu d’intellectuels, lesquels dans leur grande majorité ont préféré jusqu’ici emboucher les trompettes de la vindicte et de l’excommunication. Dans le monde arabo-musulman, rapport aux Juifs, l’Algérie n’est certes pas une exception. Déplorant que depuis le jour de son enterrement, plus personne n’ait pu réciter de Kaddish sur la tombe de son frère assassiné, René Sirat le Grand Rabbin de France constatait il y a quelques années : ‘’Aujourd’hui, l’Algérie est l’un des rares pays au monde Judenrein”.