ALLEG : TÉMOINS/LIEUX/ DATES

Notes rassemblées après interviewes d’Alleg et de communistes algériens de sa génération…

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Années 20

– Arrivée de Londres où il est né… Salem Harry John…

– Père – arrivé en Angleterre avec parents polonais – 

– Mère – née en Angleterre 

– Voyage de noces à Paris : tt le monde danse (14 juillet). Voulait aller aux USA. Vol bijoux mère.

– Père tailleur Rue St Maur : veut qu’il fasse études pour pharmacien. Vote PC.

– Gd-père mater : boulanger

– Salem : exode séfarade de l’Espagne durant l’Inquisition, vers l’Europe de l’Est

1931

– Exposition universelle avec Lycée Rollin-Decour… (Dreyfus, Nahon, Lallet fusillé…). ‘’On ns fait adhérer à Assoc. maritime et coloniale”…

– Anglich/ Froggy…

1936

– Voyage en Grèce : film/ les 2 flics qui se lèvent pour Metaxas…

– Voyage en Italie : l’hotel/ religion/ le roumain “catho”/

– Guerre d’Espagne…

1939

PARIS : 1ere année Sorbonne, lettres.

Veut voyager. Tour du monde ds marine marchande. Parents refusent de lui donner autorisation.

La lutte des Républicains espagnols contre Franco ne le mobilise pas.

Refus de la guerre-boucherie : “Le Feu” de Barbusse.

Le seul mouvement auquel il appartient est le courant pacifiste

Pacte germano-soviétique : je suis au Chatelet et je vois ds un journal…. et discours Aragon : “acte de paix”…

MARSEILLE : Au Chateau d’If, sympathise avec jeune vietnamien qui lui fait tableau sombre des colonies fçaises et anglaises.

Quand ils regardent 2 bateaux fr. et anglais reliés par filins, le jeune lui dit : “c’est pour pendre leur linge sale ensemble”

L’anar russe Voline… lui conseille d’aller en Alg, d’y travailler en attendant majorité…

Rencontre Francis Vial (son âge) et sa mère Isabelle qui l’invitent à Alger. Mère arrêtée avec Lisette Vincent en 1940 par le regime Vichy, se suicide en prison.

Rester en France, dangereux : juif, jeune…

VERS ALGER : Sept 1939.

– Bateau Sidi-Brahim. Émigrés de retour.

– Porteurs… Cireurs… ‘’Rougi’’ retrouvé après 62 au Marché Clauzel, charcuterie ! Vouvoiement.

– Auberge de jeunesse en 1939. ex Place du Gouvernement où se trouvait la Statue équestre du Duc d’Orélans que les Arabes appelaient Place du Cheval.  Croupe vers Mosquée. Tourné vers Casbah (conquérant). Fréquenté par diverses origines….

– Vais au Club Sportif avec Algériens.

– 1ers copains : Tessa (mort), Boursas : famille-Conquête (CONSTANTINE ?). Son oncle a une épicerie Rue Randon, Place du Rabbin Bloch, Synagogue… PPA.

– Restaurateur Mokrane. Couscous à volonté.

– Décide de rester en Algérie : offensive allemande en France.

1940-42

– Apartheid à la française : un Alg. n’entre pas ds un café…

– Un jeune Alg. le fait adhérer aux JC. Tuberculeux. Misère. Casbah. Mourra. Son nom ?

– Avec Francis Vial font groupe Jeunesses communistes (JC), et balance tracts contre fascisme, du haut d’une terrasse de la Place du Gouvernement, selon une technique ingénieuse (avec briques..)…

Avec l’ extrait naissance de René Duvalet, on me fait faux papier (Duval).

– Guéta Benallegue… Angle rue Berthezène… ds JC, très courageuse, colle affiches la nuit (Cette femme est la 1ere amie de Henri A) : Lucette Hadj Ali.

– Apprend arabe. S’intéresse à histoire civilisation arabe. Soirées Ramadhan : orchestre andalou. Convivialité.

– Clando : photo… “Tu as l’air d’1 pharmacien”…. Profession…. Duval.

– Avec STRITCH d’Oranie, (lycée Lamoricière Oran, choisi l’arabe en langue… étrangère, et le latin, exclu en 1ère année de la fac d’Alger car Juif, cousin fusillé par nazis au Mont valérien, cousine déportée). Service militaire : Chéraga pour Juifs. Ceux qui s‘engagent : dans des troupes spéciales indigènes.

– Travail clandestin.  Contre lois raciales… Bouali Taleb responsable. Gilberte Taleb.

– Jeunes communistes s’entrainent à subir la torture…

– Lutte sociale : indépendance.

– Boulots :

• usine mastic : leçon de classe/ licencié (Ets Legendre)

• pion lycée Oran : dit au proviseur qu’il est juif. Amitiés algériennes. Flici/ Les gosses à l’église/ Poème satirique.

– JC infiltre les Compagnons de la route, d’obédience pétainiste.

– Duvalet, jeune sergent d’aviation, donne papiers à A. à qui on a fauché carte Duval. Il gratte le “et” de la fin. (Toute la suite de la vie de ce jeune marin breton en sera marquée).

  • Duvalet me parle aussi de la relation d’Henri avec une Algérienne du nom de famille Benallegue, durant plusieurs années. Quand je questionne Alleg à ce sujet, il me demande fermement de ne plus aborder ce sujet.

– A 21 ans, il est sans-papier. Devant opter pour nat. fr. pour l’avoir. Majorité en 1941. H. ne peut se déclarer anglais (ennemi !), ni faire sa demande à la France pétainiste (juif), ce qui l’obligerait à rentrer dans les troupes vichystes.

– Cousins déportés. Une polonaise mariée en France, 3 enfants : four crématoire. Son mari saute train : jambe coupée.

– Parents ont quitté Paris. Zone libre. C’est un gendarme civil qui les a avertis. Mère et frère emmenés d’abord cachés dans locomotive, jusqu’à Toulouse, où il y a beaucoup de Juifs riches  réfugiés. Mon père en voyant ça : ‘’faut pas rester là, il sont inconscients’’. Il choisit un petit bled. A la gare, il dit “Pressac” au lieu de “Pessac”… Une chance : ceux de Pessac ont tous été déportés.

Mère parlait bien français. mais on sentait l’anglaise. Mon père, accent yiddish.

Son frère savetier. Il prenait tt ce qu’il trouvait. Un jour dans un train la milice lui demande papier/ j’en ai pas/ Il vide ses poches : un chapelet trouvé… il est sauvé

– Combat anti-fasciste pour détruire nazisme et sa barbarie, car derrière Juifs, il y a les Arabes…

– Ouzegane, secrétaire général du PCA,  en parlant impérialisme américain : “on veut pas changer un cheval borgne contre un cheval aveugle”/ Et la réponse des nationalistes : “changer de cheval, ça repose…”

– En 42 on pense à l’indépendance, mais que ça passera par la Révolution socialiste. Luttes contre misère et racisme.

Nov 1942

– Bombardements Alger. (Fort l’Empereur).

On se réfugie sous le tunnel des facs en construction./ Au secours d’une femme alg.  restée ds l’immeuble qui crie…

– Débarquement anglo-US. Jeu trouble avec pétainistes. Le Gal Giraud “évadé” d’Allemagne arrive à Alger…

– Action d’Aboulker ‘’Opération Torche’’ pour aider au débarquement des Américains : voulait bien de l’aide des communistes mais pas d’armes pour eux (ex. de Fernand Boala, coco. et capitaine…)

– 101ème Régiment de Pionniers israélites : pour service militaire des Juifs d’Algérie. (Lucien Hanoun).

– soldats américains/me font connaitre les textes marxistes/ ils nous donnent du papier pour nos journaux/ Revus 50 ans plus tard aux USA…

– Stritch.  Avec H. vont voir les réfugiés espagnols, ds un camp de Fouka Marine.

– Sorties Chréa.  Le paysan p-noir : “j’aime pas les anglais, juifs, et les bolchistes”

1943-45

– Agence France-Afrique (8 Rue Charras) : traduit dépêches en anglais. Travail de nuit. Lucette Larribère : je l’invite à une réunion…. Et Lucette ramène Gilberte Serfaty  (qui deviendra la femme d’Henri en 1946 ) qui travaillait à la censure américaine.

– Nommé directeur de  “Jeune Algérie” (JC).

– instructeur PC : voyage en Algérie. Séjourne dans de nombreux endroits.

– la réunion PC clando, où l’on se sert d’H.A. comme d’un panneau signalétique, sans qu’on le lui dise… A son niveau, les uns après les autres entrent…

1945

CONSTANTINOIS

– Biskra (Laban), Batna, Constantine, avec Ouzegane, Demène, Mazri, Népla….

– Paysans Canrobert en prison à Constantine. Place de la Brèche. Tribune : préfet doit annoncer prise de Berlin… Le préfet libère les paysans…

– 1er Mai 45 : Alleg demande aux nationalistes, 1 seul défilé…

SÉTIF

Passe ds la journée après l’émeute du 8 Mai.

Albert Denier absent… Il aura mains coupées, mais se refusera toujours à “reconnaitre” ses agresseurs. “L’agresseur, c’est le colonialisme !”.

Sidi Moussa, le gérant de la pharmacie d’Abbas…

Abbas arrêté le 8 Mai, par l’armée à 10h30, alors qu’il est allé à Alger présenter ses félicitations au Gouverneur Chateignaud pour la victoire…

Chateignaud libéral, bête noire ultra…

Provocation coloniale utilisant volonté insurrectionnelle ?

Gros colons contre futur Statut Algérie trop progressiste à leurs yeux…

Gal Duval : 10 ans de tranquilité…

En 46, Boualem Khalfa fait pour Alger-Republicain des interviews détenus torturés par DST à la villa des Oiseaux – réunis par PCA – au cercle du Progrès (Nadi El Hariqui)… Pas de démenti.

– élections après Mai 45 : très bons scores PCA. Votes nationalistes se sont reportés sur eux.

– Campagne pour amnistie : Condamnés à mort dans la famille Saadoun de Cherchel.

1946

• MARIAGE : (Conseiller municipal travaillait à A-R : une montagne) Gilberte Serfaty  née à Bel Abbès. Enfance Mostaganem. Ascendance juive espagnole depuis le 15ème siècle.

Le soir même en voiture vers Oran : réunion. Zannetacci apprend que je viens de me marier…/ en route des gendarmes : un d’entre eux reconnait Zannèt : “C’est moi qui vous ai arrêté quand évasion….”

G. accouche 3 mois après le mariage. Cela ne plait pas aux grands-mères. Toutes deux attendent un certain nombre de mois après mariage pour annoncer naissance…

• Juillet 46 : Comité Central PCA historique : rectif politique nationale.

• Oct : Assemblée Algérienne avec 2 collèges, européen/arabe….

• Organisation Femmes d’Algérie : Présidente Garobi, secrét. gale : Alice Sportisse.

• UJDA : Union Jeunesses démocratiques (8 R. Bab Azzoun)

– Rencontre Messali Hadj à Paris (avec Ahmed Akkache). Reçus courtoisement. On lui explique que UJDA, n’est pas JC, et nécessité union…

– Congrès UJDA : Alleg, 1er Président. Charte Nationale de la Jeunesse algérienne.

– Meeting de lancement au Théâtre, square Bresson. “Sous la présidence de Messali Hadj, Ouzegane et Bélaïch”.

– Meeting Majestic : “trop francais” pour les nationalistes. Direction PCA à H.A : “trop nationaliste”, parce qu’on parle de “patrie algérienne.”.

– Camp de vacances à Sidi-Ferruch, le 5 Juillet. La “République algérienne” est décrétée et les jeunes font un gouvernement et ministres qui gèrent … le camp (William Sportisse). Puis année suivante à Chréa.

– Thème de l’indépendance. Comité Central PC : République algérienne.

– Manif nationaliste rue d’Isly : “langue arabe, langue officielle”

– Rencontre UJDA avec Gouverneur Général Chateignaud : “je suis pour la langue arabe”. H.A véhément, réclame subvention comme autres Assoc… A sa surprise, Chateignaud envoie chèque (1,5 Millions)…

– Festivals mondiaux jeunesse : 120 délégués.. H.A. négocie avec Omar Lara (excellents rapports avec lui), participation SMA (Scouts Musulmans). Et on fait ‘l’Union des organisations d’Algérie”.

– Akkache proposé par Alleg, pour direction UJDA…

• Cercle polonais en haut rue Michelet….

• Baglietto avec Torrès met le drapeau rouge sur le commissariat.

• Dockers refusent charger bateaux pour Vietnam (Guénatri, Zériat, Boualem)

– Qd H.A. part de chez lui (Redoute), vers le port, il part dans le même trolley que le commissaire du port, habitant près de chez lui…

1947-51

– 47 : A-R au Bd Lafferrière. Boualem Khalfa rencontre pour 1ere fois H.A. : discussion chaude. A “Alger-Republicain” depuis 44, il adhère au PC en Avril 47, quand PCA se declare pour une République algérienne. “J’ai attendu de voir si c’était vrai”. Devient Red-chef à 24 ans, en 48.

– 47 : H.A. va en Kabylie pour campagne électorale. Draa El Mizan : gendarmes le prennent. Ailleurs, obligé de se réfugier chez cafetier communiste ; y a aussi un MTLD… Le Maire ne le laisse pas entrer contrôler élections.

– Sept 47 : Statut de l’Alg.

– Grèves Mines de fer de l’Ouenza

– 48 : Palestine/ Israël

– 48 : élections truquées à la Naegelen… (Le Monde, Avril 52 : “le choix est entre des élections fabriquées par meneurs messalistes et élections fabriquées  par Gouvernement Général”.)

– 48 : Grèves ouvriers agricoles (Lakhdar Kaïdi, leader CGT). Symbole exploitation coloniale. Mine appartient à l’Union des Phosphates de Constantine et Banque Rothschild est actionnaire. La Cie paye même les policiers ! Kaïdi interdit d’entrer. Mais A-R arrive à Tébessa. Alger-Republicain est lu dans les mechtas…

A-R : libérez Démène !…

– 48 : Grève Mine de phosphates du Kouif

– 49 / UJUDMA (Les Jeunes UDMA, parti de Ferhat Abbas)

– 49 : crise berbériste MTLD (Manifeste de Sadek Hadjeres – Mabrouk Belhocine, Hénin). Sadek fait chanter hymne berbère. Kiouane pas content. Sept 54, des passages entiers de notre Manifeste repris par “Nation”, journal MTLD.

– 50 : Sadek Hadjeres président de l’AEMAN (assoc des étudiants musulmans d’Afrique du Nord), va devenir communiste. Suit école parti dirigée par H.A, avec Fernand Iveton, Henri Maillot,

– Cellule PCA de jeunes à l’Arbaa avec  : “Y a t- il des juifs ds le PC…?”/ “Oui, par ex Alleg ! (Sadek Hadjeres)

– Fév 50 : dockers Oran matraqués

– Luttes pour la Paix…

– Alger-Republicain ‘’s’algériannise’’ : contrairement aux JC, il n’y avait pas jusque-là d’Arabes à des postes importants… (Sadek Hadjeres) (Faux !!! depuis les années 20, il y eut plusieurs secretaires generaux arabes. JP Lledo)

• H.A : Un copain va à Tlemcen leur parler de l’organisation des masses, de l’union,… Les paysans l’écoutent : “tt ce que tu dis c’est bien, mais la prochaine fois ramène des armes !”

Henri Alleg directeur d “Alger-Républicain” (1951-55)

Jeune, pauvre, mixte, engagé, combattif, fraternel : certains l’appelaient “Le pt mendiant”.

• 1er Fév. 51 : H.A. directeur. (entré à A-R en Nov 50).  Tjs avec cravatte. “Mr Alger Rep”. Bruit court que pour être recruté faut être petit…

• Direction : Boualem Khalfa, Pierre Laffont (pseudo de : Coco Isaac Nahori), Salort (licencié de l’aéronautique, car contre guerre Vietnam).

• réunion quotidienne de direction : Salort le 1er, puis H.A, puis moi Coco Isaac… B.K arrive avec 3 mn de retard tt en sachant qu’H. est en train de bouillir. B.K arrive avec jasmin et commence par l’embrasser sur le front !

• Benzine en 53, de Paris.

• Pas de hiérarchie. Réunion quotidienne rédaction, le matin. La nuit quand tout est fini, séances de déconnades.

• Horaires travail : 9h du matin -2h nuit. “Un tas de linge sale qui entre et propre qui sort” (G.)

• Salaires : A peine celui d’un ouvrier. Ceux dont la femme travaille, payés en dernier. On ne payait pas d’impôts. A Denise Duvalet : souscription…

Sylvie Molina donne salaires au compte-goutte selon possibilités caisse et priorités situations familiales. Ceux qui mangent à cantine : salaires amputés… 

• Mixité : plus d’Européens, mais si “Musulman” a le niveau, préfère quelque chose de + rénumérateur. Idéal d’1 Algérie où l’on vivrait comme à “A-R”. P. Galéa : A partir de là j’ai cru à une Alg. fraternelle.

• Recrutement : ceux qui parlent de retraite, vacances : éliminés !

• Jeunes : Roland Rhaïs, 60 ans, est notre cacochyme ! C’est lui qui se charge de la mise à niveau en orthographe : appétit/apéritif…

• Tirage : 30 000 ex. mais 10 fois+ lecteurs… Le cordonnier de K. Yacine.

• Notre Agence de presse : 200 correspondants bénévoles.

• Ligne rédac = s’unir contre colonialisme.

• Contrairement aux autres journaux, l’Algérie n’est pas à l’intérieur, mais à la Une…

• Les partis nationalistes (Zitouni Mesaoudi) ne peuvent tirer que dans notre imprimerie de Bab El Oued rue Kochlin dirigée par Molina

• Peu de femmes et pratiquement pas de “musulmanes”.

• Mandouze, membre du Conseil d’administration (les cathos de gauche.)

• services des ventes : comprendre pourquoi tirage monte ou baisse. Héraoua fait tournée pour ça.

• le papier du journal est payé au jour le jour, et Sylvie Molina attend dernier moment d’ouverture banque où l’attend un ami, pour ramener pièces déposées par vendeurs…

Grands événements politiques 51-55 :

• 5/08/51 : Donyazad : meeting lancement Front pour défense libertés, avec PPA,PCA, Ulamas. H.Alleg représente A-R. Cheïkh Larbi Tébessi : “Pas de différence entre souche ancienne et souche récente d’Algériens, entre Miriam et Marie…”

– H.A. en 52 rencontre Messali, à Bouzaréah, après sa sortie prison. Il apprécie Alger-Républicain, mais craint communistes.

• Procès de l’espion soviétique, le physicien américain Julius Rosenberg

• Luttes ouvriers agricoles : Chleff, El Oued, Blida…

• 52 : Procès de l’OS : manif PCA réprimée devant Barberousse. Poème de Kateb Yacine “Lucie à la veste rouge” (Lucette Manaranche embrassée le lendemain par femme Casbah).

• Solidarité avec Vietnam

• Mouvement de la Paix : dirigée par l’architecte communiste Bouchama (PCA+Oulemas)… Délégation aussi avec Ben Badis  en France. Etre élevé à la dignité de Français.. ? BB :  ‘’Notre dignité d’Algériens est suffisamment élevée’’…

• 53 : Procès Constantine/ démoralisation armée : Alfred Strich (convoqué comme témoin, puis arrêté – guet-apens- correspondance scientifique, acides gras liège, avec étrangers…espions !). Boudiaf et 7 autres condamnés dont 5 soldats communistes français (après çà, Strich éjecté de la Fac où il était prof de chimie).

• 53 : Liste élections municipales dirigée par le Gal Tubert. (Strich en prison).

• 53 : année de la répression : Les dirigeants MTLD et PCA condamnés à 945 années de prison. Torture. (A Paris, 7 morts après manif algérienne du 14 Juillet)

• 53 : solidarité avec prisonniers tunisiens à Orléansville

• 8-9 Sept 54 : Séisme Orléansville

• 1er Nov 54 : Omar Oussedik, correcteur, vient au bureau, mais ne dit rien/ Discussion à A-R, à la Une…./ 1ers émissaires FLN….  A-R du 2/11/54. Article “Et pourtant elle tourne” d’H.A.

A-R donnent toutes les infos alors que la consigne du Gouverneur Général est de minimiser.

1ère Saisie d’Alger-Républicain : 8-9/11/54

Grandes enquêtes :

• 51 : Gadiri arrêté pour reportage en Égypte….

• Sidi Ali Bounab : massacre ds un douar. Boualem Khalfa = 2 ans de prison, pour “fausse nouvelle”. Juge Bérard.

• Sétif : La protégée de Mayer détourne pensions anciens combattants musulmans : dénoncée, par correspondant local + Heraoua.

• Scandale de la pierre importée pour construire cités HLM de Diar el Mahcoul à Alger. ‘’La pierre qui pleure’’ est exposée en vitrine : les lentilles et germes de blé peuvent y pousser !

• Juillet 54 : “Fellagas en Tunisie” de Hamid Benzine : A-R est saisi. H.A. convoqué la nuit à la préfecture : “Je serai demain au journal”. Il y va avec Neveu. L’adjoint : “+ un mot sur Tunisie & sur cette conversation”. Le soir, tout est raconté de cet entrevue dans un tract tiré à Kochlin.

• Mars 55 : ‘’L’Algérie vivra-t-elle ?’’ de Hamid Benzine

• 14 Juillet 55 : Coco Isaac Nahori propose publier les paroles de la “Marseillaise”, comme provoc…

Rubriques

  • L’Ogre (billet humoristique).

• Tribunal / Denise Duvalet. Différence entre Arabe et Européen. Pour 1 Arabe, viol, pas de huis-clos…/ Les bandits kabyles/ Alors que pour 1 Européen (fleuriste homosexuel) qui tue 1 Arabe : peine légère.

• Page des travailleurs : Paul Galéa, d’origine maltaise, licencié d’aéronautique… Guerre Vietnam : aime travailler ds le cagibi de Kateb Yacine et Lakhdar Kaïdi.

Enquêtes P.Galéa : grève mines du Zaccar (Miliana)/ Postiers (assez violente)/ Dockers…

• Sport. Tour cycliste d’Algérie financé par souscription à chaque étape…

• Tour de France commenté à partir balcon d’Alger-Républicain… Kebaili, Velasco, Abbas… Zaaf qui prend 15 mn d’avance un jour canicule, boit… alcool… tombe.. se relève… et se met à pédaler dans le sens inverse… !

• La sportive : les + grandes célébrités y sont interviewées : Marcel Cerdan. Louison Bobet. Alphonse Halimi…

– Campagne anti-raciste : le boxeur champion de France poids plume, Chérif Hamia interdit de piscine RUA (Kettani)

– Charly Bonardi… Mustapha  Bouhired (oncle de Djamila B). HAMOUD LASSEL (BASKET). MESSAOUD NASSIRA (FOOT).

• Le coin du jeudi : Mohamed Ferhat (marocain). Explique aux enfants ce qu’est le colonialisme… Les gamins participent.

Grands moments pour Alger-Républicain :

• rencontre avec petits vendeurs… Gazouz… discours… On les invitait aussi à projections films Donyazad (le “Splendide” auparavant). Gosses adorent film “BIM” de Lamorice (histoire d’un âne aimé par le pauvre et brimé par caïd)…

• Les chefs vendeurs des journaux = rapports de maquereaux avec les petits vendeurs, mais en gros de notre côté.

• la visite des dockers au directeur de la SNEP Bouchara chez lui, qd il fait obstruction (il dirige l’imprimerie où est tiré A-R),… . Sa femme l’appelle. Bouchara effrayé appelle H.A. : “qu’est-ce que je peux y faire ?”

• Les jours de saisie, quand on arrivait à sauver des numéros, les vendeurs camouflent et quand ils voient un Arabe chercher des yeux le journal manquant : “Tu cherches A-R… ?”

• acheminement journal dans d’autres villes : cheminots attendent journal jusqu’à dernière minutes…

• 10 Juillet 53 : grève des travailleurs du livre : Imprimerie Kochlin à B.E.O… (sera cassée par Massu)

• Contre-offensive créanciers : course contre la montre, 3-4 jours de solidarité peuple, femmes apportent bijoux, semoule à Sylvie, la gde souscription, les pièces que refusent Bouchara et qu’H.A. lui impose…

• solidarité travailleurs : grève d’électricité sauf pour “A-R”

• lutte contre censure à partir 54 : la préfecture, les flics ridiculisés : on leur donne les vieux invendus à la place des numéros saisis, on proteste contre saisie, les jeunes vendeurs… Hamras cache des exemplaires d’A-R dans sa jambe ds bois. Les articles censurés sont laissés… en blanc avec la mention “A-R dit la vérité mais ne peut dire toute la vérité’’…

• Saisie 8 Juillet 55 : H.A. kidnappé la nuit à la sortie.

A chaque saisie, tout le monde sort dans la cour pour essayer de faire sortir exemplaires. H.A. sort aussi. Les flics se jettent sur lui. On essaie de le protéger. Tous arrêtés. Commissariat.

Tribunal-flagrant délit : 3 journalistes en prison : 15j pour Choukhal, Ivorra et 1 mois pour H.A. accusé d’avoir cruellement mordu le flic-colosse Belanteur.  Content H. peut enfin dormir. Avec Paul Caballero.

• Pour berner les flics : on prépare des rouleaux de vieux journaux et qd on sent qu’il peut y avoir saisie, on rajoute dessus des journaux du jour…

• l’interdiction d’Alger-Républicain: 5 sept 1955, illégale. Flics arrivent la nuit par imprimerie. Réceptionné par Paul Galléa. Lucette Hadj Ali : René Justrabo a prévenu. Le commissaire rajoute à la main sur l’arrêté : “ Alger-Républicain ”. H.A. est à Paris.

Abbas et Ben Khedda disent à Alleg : “essayez de ressortir”. Rencontre avec Ben Khedda : Place du gouvernement…/ A-R était acheté dans les marchés de l’intérieur et ramené dans les maquis.

H.A. reçu par G. Mollet et Jaquet pour exiger reparution d’A-R : “Vous feriez notre politique ?” / Amirouche, le chauffeur/ Sadek est chez Audin pour les consignes.

• la bombe à A-R du 20 juillet 56 à 1h du mat. (35ème anniversaire d’Henri A qui dort cette nuit-là dans les locaux.), H. saigne abondamment et sort : réflexions hostiles d’Européens… Une autre bombe, même heure, à l’imprimerie Kochlin. Mme Molina est dans l’appart du haut quand ça explose. (23h30)

Quand Alleg est en prison, on lui fait signer au greffe que Massu a réquisitionné Kochlin et cassé machines. Massu donne cet endroit à sa femme qui s’occupe d’orphelins. Une blague en sort : Massu fait des orphelins pour que sa femme puisse s’en occuper…

Détente

• Le soir. Les anecdotes, blagues racistes…

Anecdotes

• Dans un articlé qui vient d etre rédigé, il y a cette phrase : “Il faut pas être agrégé pour comprendre que l’Algérie, c’est pas la France”. Un rédacteur fait remarquer que le mot agrégé est trop compliqué. Ils vont voir le portier qui demande : “C’est un salaud ?”

• La blague du crocodile par Iniesta le républicain espagnol…

• L’annonce du feuilleton Séraphin est mise sur les murs et l’Écho d’Alger reprend l’info !… ‘’Le retour de Séraphin’’…

• Pour faire la caricature d’un rédacteur en chef du ‘’Journal d’Alger’’, on l’appelle soit disant du“ GG” (Gouvernement Général). Il sort et on le photographie…

• La loterie : seule tricherie. La “2 CV” est “gagnée” par un ouvrier qui la revend à notre profit, grâce à un huissier kabyle à qui on remplit qqs anisettes…

Visite guidée :

• De Gaulle accorde à Alger-Républicain le Bâtiment du Bd Laferrière, qui est en plein centre d’Alger à partir du 13/11/46. Ce sont les anciens locaux de la ‘’Dépêche algérienne’’, pétainiste qui a été interdit et exproprié. Les anciens propriétaires (Robbe et Périer, boucs émissaires, car pas plus pétainistes que les autres) essaient de récupérer le bat en 1952. Edgar Faure leur avocat est devenu Président de la République. Les dockers prêts à venir défendre le Bâtiment !

Le Bâtiment est luxueux, de style andalou. Après la petite Imprimerie de la rue Kochlin : c’est “l’âne contre un pur sang !’’

Qd Khalfa entre dans le bureau du directeur de l’ex ‘’Dépêche algérienne’’, il trouve dans sa bibliothèque : un livre sur la conquête de l’Algérie d’Albin Rozet…

• Vitrine : en 53, guerre Corée, on met une Photo de l’ aviateur US fait prisonnier par une Coréenne) : David& Goliath… On expose aussi la ‘’Pierre qui pleure’’…

• Hall

– somptueux, azuelos….

– Touristes US demandent si c’est une mosquée…

– Caissière : Mme Molina

– service vente : Maillot

– initiales “D A” (’Dépêche algérienne’’) en mosaïque au sol…

– grille au niveau escalier, derrière laquelle la caissière.

– Daoudi, le gardien filtre. Imposant bien habillé : “Allo, Henri, y a un type qui veut te voir…” . On lui explique qu’il ne peut parler comme ça… Alors après, il exagère dans l’autre sens : “Mr le directeur… Monsieur X demande…. Pouvez-vous….”

Comme il est aussi chargé des réceptions, on lui dit : « tu peux pas dire “je te sers une anisette…” ».

• Rdc et 1er étage : administration.

– Vitraux avec lettres “D A” (dépêche algérienne)

– Documentation : Guessoum, amputé de la guerre d’Espagne (Madrid).

– Comptabilité : Georges Catoni

– standardistes : 2 mal-voyantes… (Mmes Seror et Barretaud).

• Le 2ème : direction et rédaction.

– le bureau du directeur : imposant/ Vitraux/ Bibliothèque d’ébène/ Tableau orientaliste : cavalier arabe/ lustre magnifique de 100 Kg qui tombe le jour de la bombe, a côté d’H.A. couché sur canapé/

Le directeur “D . A” pouvait écouter ses employés…

– Bureaux pour : Salort, l’administrateur, Coco Nahori l’éditorialiste, B. Khalfa, le red-chef…

– Vers 2h du mat… les blagues. B. Khalfa imite l’instituteur du bled qui “apprend la France “ à ses élèves… ou le bachaga analphabète, présdent de la Commission… Éducation. L’ours  Marcelli que l’on taquine pour qu’il insulte en bônois… Pour ne pas perdre de temps, il commençait à se déboutonner loin avant d’entrer aux  toilettes…

– le cagibi de l’écrivain Kateb Yacine….

– manivelle pour envoyer papiers à l’Atelier (imprimerie)

• Cantine : (ex-bar de la Dépêche, où venaient journalistes autres journaux). Là aussi où l’on reçoit invités : on met les étiquettes des bouteilles anisettes : Phoenix ou Anis Gras bien en évidence pour photo, pour avoir gratuité bouteilles.

idem, qd on écrivait que telle célébrité arrivait par “Air Algérie” = billets gratuits.

Limonade gratis aussi pour invités partis arabes oulémas, MTLD…

L’Aïd et le Noël pour gosses des journalistes et gosses-vendeurs. Gâteaux. Cadeaux. Habits.

• Balcon : Tour de France commenté… Sur balcon sont entreposés des “PIF” (Bande dessinée du PCF) : morceaux de plombs qu’on nous envoyait avec bandes dessinées. Pour se défendre d’attaques éventuelles.

• Imprimerie SNEP : (derrière A-R.). 

– au 2ème, la direction : Bouchara. / Atelier photogravure.

– 1er : le marbre, typos, composition journal, plaques de plomb, prise d’empreintes des flancs

– RDC : journaux arrivent prêts au départ venant du sous-sol pour tapis automatique où se trouvent les formes et les rotatives…

• La cour : les saisies, les flics, et les différentes parades…

• Les bistrots :

– “Bristol” (jusqu’à 3-4 h du mat) : coin de la rue Charles Péguy

– “Derby”, rue d’Isly… : prêtait argent au journal quand difficultés….

– Kiosque Serrano : tenue par amie…

– café maure, rue Tanger

• détente :

– l’été bain minuit à Sidi Ferruch

– le môle du port : les plongeons pour les bons nageurs

Évocations :

• Jacques Salord. Licencié aéronautique (guerre Vietnam). Administrateur. Le plus d’années de prison après Ben Bella. En 1965, les gardiens de prisons laissent sa femme passer nuit… Maladie d’Alzeïmer : ne se rapelle plus de personne… sauf de ses tortionnaires…

• Georges Catogni. Silhouette Hitchcock. Comptable (le suspense de la caisse). Négocie le champagne au + serré, pour certaines réceptions…

• Pierre Rives, le comptable : dispose avec ordre ses règles, stylos… Un jour on les lui a collé avec sécotine sur son bureau…

• Rosa Llorens, la mamma de la cantine, la gde prêtresse. Généreuse pour Yahia Briki qui a une famille nombreuse. A ceux qui se plaignent du bourratif : “Tou verra quand tou séra al campo de concentrationne”

• Hacène “frisette” : Toujours un paquet de journaux sous le bras. Devient “Cochabamba” depuis jour, où vient annoncer “Cochabamba est tombée !”

• A.E.K Choukhal  : “Chouchou” est brouillé avec l’orthographe, mais c’est un  journaliste-né, dit Rouletabille, car il démêle les enquêtes avant les flics…

• Angeletti : va au casino, mal habillé/sapé le jour où il gagne, les assemblées, “Sérichose-Angeletoche”,

• Raffini. Tient la Rubrique “Mr je sais tout” et doit se vieillir pour la photo ! (donnait tous les conseils possibles, à un jeune marié, mais aussi comment attaquer en justice un caïd..)

qd viennent autorités pour saisie : “ils doivent venir avec l’écharpe”…

• Henri Maillot : ventes…

• Nicolas Zanettacci dit Zanèt : (famille impériale grecque Stéphanopoulos de Comène !)

• Les chauffeurs :

– Amirouche/ et “chérie” la chienne de Wallaert…

– Bahloul : très croyant. UDMA.

– Tonio : espagnol

• Kateb Yacine. Le cagibi-kif et l’inquiétude d’Alleg. La porte-fenêtre sur celles de l’Albert 1er et le dragage des belles touristes…

1er Reportage (clando) sur le Pèlerinage de la Mecque… signé Said Lamri.

Ses articles reconstitués avec ce qui a débordé du papier et a été écrit sur la table…/ K.Y invente des faits divers pour boucher les trous : ‘’Les éléphants fous qui dévastent un village africain… ‘’… K.Y = Rimbaud. Poème : “les amants de vérole”. “Tu viens, tu t’assois et moi j’écris…!” (fier de ce compliment)

A écrit son 1er roman Nedjma sur des rouleaux télétypes : allure d’un manuscrit ancien…

• Chérif Djemaad : député communiste de Constantine. Affronte Bachagas…

En arrivant à A-R : “Élégance.. Prestance…” Réponse de Mustapha Kaïd : “Vive la France…”… Et Kateb Yacine de poursuivre : “Les Arabes Silence !”…

• Tonette de la Basseta. Écrit en pataouète.

• 1 seul ‘’traître’’ : Cardenas, photographe qui se vante avoir photographié Henri Maillot mort.

1956-57

Événements :

• Terrorisme FLN/ Répression/ Ratonnades

  • La voiture avec un Alg. jetée sur la falaise jour enterrement Amédée Froger (vu par H.)

• Les ultras de la Fac contre Pereyga qui a témoigné d’une exécution sommaire rue de Tanger…

• Laquière : Président de l’Assemblée algerienne et patron du gd bordel “L’oiseau bleu”

• 6/02/56 : G. Mollet et les tomates ultras aux Monuments aux Morts/ Lacoste à la place de Catroux.

• “Bataille d’Alger” : vu inégalité forces (5000 paras + contingents + flics + DUP + territoriale) on ne peut parler de “bataille”.

• Les cathos : L’abbé Scotto, le curé rouge, vient voir H.Alleg à la Redoute chez lui : ce qui plonge voisins dans la + gde perplexité : quelle est la religion d’H.A.? !

(1 napolitaine qui gardait fils d’H.A. s’était mise à le convertir !)

– H.A : suis allé 1 ou 2 fois aux réunions cathos-nationalistes : Chaulet- Kaddache- Louanchi… Mais me sent personna non grata… Ils voulaient une union moins compromettante : libéraux-FLN… sans oser le dire…

– l’abbé Barthès conduit Bachir Hadj Ali en soutane…

ALGER/ CLANDESTINITÉ

• Achour Métref, un des derniers à l’avoir vu libre ?

• Compliquée pour Européen ne pouvant passer inaperçu dans quartier arabe.

• Beaucoup de choses à faire, peu nombreux. Journal du parti. Transports stencils, la nuit, couvre-feu.

• Maquillage : chapeau mou, moustache, cheveux noirs, cirage. Chemise ouverte. Imper 3/4. Chaussures légères. Pas de lunettes. Look employé de Bab el Oued…. Boite de gâteaux (remplis de stencils). RUE BERTHEZÈNE : le vendeur me reconnait malgré maquillage : “Pourquoi vs avez envoyé Maillot dans cette région pourrie. Chez nous en Kabylie…”

• Signes : on glisse sous porte, papier plié d’une certaine manière, puis on frappe. Pour éviter souricières : si punaise pas plantée sous la rampe de bois, ne pas monter…

• Planques

– Oct-Nov 56 : Arrestations-PCA, Écho d’Alger : “Alleg en fuite”, Villa cadenassée du comptable d’EL-BIAR… .

– Chez les Morer : avec Catogni, tireuse de cartes. Lendemain les paras : le boucher a cafté.

– Planque en face Palais Justice.

– Planque Front de mer avec André Moine (1ers verres contacts…) : Éliette Loup…

• Sadek Hadjerès, pas loin du Casino quand bombe FLN explose : parmi les morts, celui qui lui avait passé papiers identité (frère Mimi Moati).

PCA -CDL (Combattants de la Liberation), ‘’Maquis rouge’’:

• Hystérie anti-PCA : époque Budapest-Suez/ Bazooka contre Salan/ Proposition à Mollet d’interdire PCF

• mise en place des CDL : car difficultés à être admis par FLN.

• 4 Avril 1956, Camion plein d’armes détourné par l’aspirant Henri Maillot : il rassure le chauffeur avant de le chloroformer./ (Oculi Clément, Farrugia rceptionnent la cargaison d’armes dns la foret de Bainem) / Sadek Hadjerès

  • Maillot & Iveton : Madani Oubaïch leur ami, 90 ans, Clos Salembier. Les 2 furent amis de Didouche Mourad. (Yvette Maillot).

– Armes entreposées a la Villa Reynaud…

– Maquis CDL près de Lamartine (Beni Redouane)/ Saadoun.

• Après mort d’Henri Maillot, solidarité populaire au Clos Salembier avec sa famille.

• Bombes Arbib-Timsit/ Soustelle accuse PCA de s’être spécialisé dans les bombes. Mais les deux avaient déjà rompu avec le Parti.

• Incendie Bouchonnerie internationales : par Boualem Makouf et Félix Collosi.

• Iveton arrêté le 14 Nov 56 : Bombe désamorcée atelier EGA, usine Lebon au Hamma. Torturé au Commissariat Baudin/

Jugé pour actes non-commis : Milk-bar. Hystérie anti-PC (Hongrie/ Suez). Session ONU : démontrer que noyautage par PC du FLN (faveurs des USA). Projets d’interdiction PCF. Jeannette Vermesch à l’Assemblée Nationale :” Iveton est algérien que cela vous plaise ou non !”.

“Je me sens algérien. J’ai agi pour réduire le fossé entre Européens et Algériens.”

C.A.M : 24 Nov/ Mgr Duval demande sa grâce, Massu le déplore.

Guillotiné  11Fév 57 : Devant l’échafaud : il dit “Tahia Djazair” (Vive l’Algérie) raconte JL Einaudi et selon Alleg aussi : “Vive le PCA’’. (Guillotiné avec Md Ouennour et Md Lakmèche). Au greffe, juste avant : “la vie d’1 homme compte peu. Ce qui compte c’est l’Algérie. Et l’Algérie sera libre demain. Je suis persuadé que l’amitié entre Français et Algériens se ressoudra”.

Le bourreau Fernand Meissonier dira d’Iveton  : “1 C.A.M droit, impeccable, courageux, jusqu’au couperet.”

De 54 à 62 : 222 guillotinés

Briki amène Hachelaf chez Duvalet. 

Le juge Bérard à Danièle Guerroudj : “En avril, vs serez jugé, en Mai exécutée’’.

• attentat raté contre Massu : 6/10/56 (le communiste Briki qui est un Kabyle protestant, est arrêté 5/01/57. Le tireur est Benbarek, Hamma le chauffeur)

• B.Khalfa en 1972 découvre le charnier de Padovani dans l’ancienne gare, centre de torture. Son père était receveur dans ce train Alger-Fouka.

• Accords PCA-FLN : Juillet 56/ Sadek Hadjerès négocie avec Ben Khedda

ALGER/ TORTURE des Paras

• AUDIN

arrêté le 11/06/57 /CHAMP DE MANOEUVRES /

(Georges Hadjadj médecin communiste,  donné par maquisard soigné, donne sous la torture le nom d’Audin, dans l’appartement duquel il avait soigné le dirigeant Paul Caballero)

H.A. après arrestation d’Eliette Loup (fille d’une femme ‘’gros colon’’ rouge) , va chez Audin où se trouvent un policier. Quand flic va pisser, Alleg sort, mais le flic a 2ème clé et le rejoint : il le met en joue en tremblant… “Une bonne prise” dit-il au téléphone. Le chef para Charbonnier arrive et le reconnait de suite… : “J’aimerais vs mettre une pancarte autour du cou et vous lâcher dans la ville…”

Christian Buono, passe après, mais les flics ne le laissent pas entrer : famille… (Josette a pourtant étendu linge pour dire qu’il ne faut pas monter).

AUDIN avait adhéré au PC à la Fac, le PCA lui demande de ne pas laisser paraitre ses opinions. Père gendarme, puis postier. Famille maternelle : petits agriculteurs, cousins racistes.

Sa femme, Josette Audin : père ouvrier à Bab el Oued, PCA, qui pendant guerre vire vers l’Algérie française.

Instruction affaire Audin : Le juge Bavoillat interroge Alleg : il veut lui faire dire qu’Audin marchait le jour où ils se sont vus, le soir de son arrestation. (pour faire accréditer thèse ‘’évasion’’,  Alleg dit “assassinat”. Refus du juge. Compromis sur “disparition”. Refus de noter noms tortionnaires. Après signature déposition : « Vous voulez qu’on vous installe dans un fauteuil, et qu’on vous dise : racontez, svp ? Mais on ne saurez jamais rien !” »

• Centre de Torture d’EL BIAR (Bd Clémenceau) : Torture Juin 57 : Audin, Alleg.

Capitaine Devis, Lieutenant Erulin, Charbonnier, Sergent Jacquet. Policier Llorca.

– 1 mois de détention

– les paras s’interpellent entre eux par leurs noms : sûrs de leur impunité.

– “Vs êtes journalistes, on a besoin d’infos, vs êtes journalistes, vous savez ce que c’est “/ Pourquoi vs refusez de répondre ?/ L’appartement que vous occupez est-il à votre nom ?/ Je ne vous répondrai pas/ On demandera à la concierge/ Je ne vous donnerai pas la pointure de mes souliers/

– est possible que voix douce dt je parle dans La Question soit celle d’Aussaresses.

– HA :  tout le monde savait en Algérie la pratique torture. Les Algériens devaient savoir que l’engagement se paie cher. Je ne savais pas quel pourrait être mon comportement face aux tortionnaires.

– Ils voulaient savoir où j’avais été hébergé. Et si je le disais, toute la chaine suivait.

– Je n’ai jamais senti de vengeance, sauf quand ils ont dit qu’ils torturaient ma femme.

– si je cédais, n’oserais + me regarder… L’épreuve passée : très confiant en moi-même. Et chez lesAlgériens : amitié extra.

– on ne peut en vouloir à ceux qui parlent. Tortionnaires = responsables.

– paysans se coupent langues

– ‘’Ici la Gestapo… Vs ne nous referez pas le coup du Vietnam…’’

– Faulques “Je suis le capitaine SS” (y avait un Feldmeyer SS et une confusion avec Faulques…

– Un para : “Mon père est communiste. C’est bien, vous êtes un courageux. Il m’a dit que les communistes ne parlaient pas (durant la résistance)/ Un autre jette cerises et cigarettes : “c’est bien ! Planquez ça ! “

• Quand ils se croisent une seule fois : Audin “c’est dur Henri…”

• Après qu’on soit venu chercher Audin, j’entends tir mitraillette…

– Ali Boumendjel assomé par manche pioche, puis jeté du haut de l’ »immeuble : passerelle entre 2 batiments (par para, sur ordre Aussaresses).

• AUDIN enterré au FORT L’EMPEREUR : selon V-Naquet (étranglé ?).

Doc. d’assignation à résidence (mais pas où) : le jour de sa mort le 21/06/57.

À 21h30, Lt Charbonnier organise comédie d’évasion.

RUE BRUCE (basse Casbah) : Josette Audin avec bébé dans les bras. Convoquée le 1er Juillet 57 pour une “nouvelle rassurante” à l’É-Major (Godard, Trinquier), On lui lit un PV d’évasion… Elle s’évanouit. Christian Buono son beau frere l’attend + loin : ils m’ont assassiné Maurice…

• VILLA SÉSINI : Faulques. Le Pen. Y sera torturé à mort Omar Djegri, ami d’Henri.

B.Khalfa habitera à quelques pas, pendant clando des  Années 65-70.

ORAN

B.Khalfa torturé ds l’ancien siège DST.

“Camp de regroupement”. LODI

• Ancienne colonie vacances. Camp-vitrine : là où l’on emmène Commission droits de l’homme. Gardés par gardes mobiles renouvelés tous les 3 mois (peur ultras). Police du camp : les flics, DST…

• 1ere plainte-témoignage d’H.A pour justice : l’Humanité saisie : 1 ex sur 5 arrive à Paris : à ce moment je l’envoie au Tribunal. Lue à l’Assemblée Nationale et dans le Journal officiel.

• Duvalet refuse de faire portrait d’Alleg à son arrivée après torture….

PRISON/ BARBEROUSSE (l’essentiel vient de “Prisonniers de guerre”)

• “Courage, frère !” Ils savaient pour la torture. Et dans leurs yeux je lisais une solidarité, une amitié, confiance si totales que je me sentais fier, justement parce que j’étais un européen, d’avoir une place parmi eux…”

• Ceux qui reviennent du Tribunal : avec sourire : ““8 !”, “10 !” “15 !” (ans)…

On nous condamne pour atteinte à sécurité intérieure. France alors que nous voulons justement que l’Algérie puisse gérer ses propres affaires.

• Isolé. Avec 2 autres : Christian Buono et Fernand Boala qui avait essayé de se suicider avec corde qu’on lui avait laissé (il en a encore la marque).
• Tatouage “pas d’chance”… Dessin guillotine dans le dos et pointillé “A découper selon le pointillé”

• Guillotine… “Les bois de justice”. Fév 58 : 9 exécutions en 1 mois. (222 pendant guerre en Alg)

• Gâteaux Aïd : vert blanc rouge.

• “Question”. Écrit dans cellule 72, durant 4 mois. H.A : J’écris un français phonétique en alphabet cyrillique : j’avais demandé un livre d’arabe et une grammaire russe : “ça doit être dur cette langue !”(gardien).

Manuscrit peut sortir grâce à gardien prison ayant gagné concours natation “Alger-Républicain ”, et qui fut photographié avec H.A. Il ne le fouille pas.

Sort à Paris 18 Fév 58, avec quelques feuillets ajoutés sur l’Affaire Audin, où sont écrits les noms des tortionnaires en entier.

Fouille générale : on cherche un livre “La Question”. Gardiens sanctionnés, mais pas H.A ! Un surveillant : “c’est très bien ce que vs avez fait”

Vente cahiers interdite. Tous les cahiers des prisonniers jetés. 1 camarade : “et si ns écrivions sur les murs, les supprimeraient-ils ?”

• Babou arrive et ns apprend mort de Taleb Bouali, Rebah Nourreddine, Tahar Ghomri.

• Fin Mars 58 , Yahia Briki arrive : attentat manqué contre Massu. Chef rubrique régionale d’A-R. Des coups au mur : “tu entends ?”/ J’écoute/ Ici la régionale !, en riant/

Un bulletin d’info est fait : “Barberousse Républicain” plaisante Briki.

• 13 Mai 58 : Klaxon “Alg.fr” devant prison. Un avocat nous apprend : Comité salut public dirigé par Massu, GG. saccagé. Pflimlin investi à L’A.N. Putschistes : “DG au pouvoir !” (Gal De Gaulle arrive au pouvoir grâce à un autre général, Salan !). Tracts appellent à s’attaquer à prison et prisonniers. On imagine comment se défendre…

Soustelle à Alger, pour liaison DG-Comité SP.

“Chant des Africains” : ht-parleurs

“Fraternisation” : Hélicos/ Papillons : “La France de Dunkerque à Tamamrasset….”. Gardien : l’armée a pris pouvoir… et avec DG, tout est fini bientôt, les Arabes sont avec nous… ‘’

Vers Tribunal : on voit slogans-fraternisation sur murs

En 56, Lacoste s’était vanté d’avoir interdit le tutoiement vis à vis Algériens !

Oct 58 : création du GPRA (Gouvernement provisoire de la republique algerienne)

7/07/59 : 1er fusillé : on ne guillotine plus.

17 Fév 60 : déclaration FLN pour Européens.

• Ce qui se révèle en prison :

– Les Européens qui font ramadhan… Le régionalisme… Le nationalisme, y compris chez communistes…

– Ahmed AKkache qui le met en quarantaine. Un jour en réunion dans la cour : “Ceux qui dirigent ne peuvent être qu’Algériens”… “Tt le mal que vous nous avait fait (vous les Européens !)…”/ Alleg : “face à l’ennemi, on est tous communistes. Pas d’Algériens et d’Européens…./ Akkache: “Nous sommes Algériens avant d’être communistes./ Alleg : on est algérien et communiste./ Akkache me sanctionne : ‘’il est interdit de parler à H’’.

– un surveillant me gifle, je proteste, etc… mais le soir Akkache parle et rit tranquillement avec lui, ce qui parait bizarre à tous…

– Babou, membre du BP, qui raconte comment – contrairement au PCA – il s’est mis au diapason mentalité algérienne. Dans les maquis avant de parler idées aux paysans, il mettait en douce un comprimé de normo-gastryl dans l’eau, et quand ca se mettait à “bouillir”… (Alleg : “mais tu abrutis les gens, c’est du charlatanisme…!)

• l’arabe est interdit pour correspondance : pourtant les feuilles destinées à cet effet, ont plusieurs paragraphes en français et en arabe.

• Rêves pour après indépendance : prison devenue Musée-Université-Jardin, ou Parc pour enfants, avec un arbre pour chaque décapité, fusillé… Les enfants Casbah auront un beau jardin.

• la serviette colorée en guise de soleil…

• dans la cour, un brin d’herbe : “interdiction de l’écraser…”

• Graffiti : “l’arbre de la liberté s’arrose avec du sang” Md Z. CAM Avril 57.

• Fernand B. et Georges Catoni : tentatives suicide.

• en cellule avec C. Buono et Fernand. Je monte sur épaules Catoni pour voir mer et Bab el Oued.

• Georges Acampora : CAM pour attaque commissariat à la Redoute.

TRIBUNAL MILITAIRE (Cavaignac)

Tt les journalistes A-R – en prison ou maquis…. – rêvent du batiment d’A-R, du journal, de son encrage…

• H.A : Malgré mon témoignage, ce ne st pas les tortionnaires qui st inculpés, c’est moi… Atteinte à sureté extérieure de l’Etat

• Sept 57. Convoqué par juge d’instruction, Cdt Misoffe. Tous mes tortionnaires sont là : Faulques, Charbonnier, Erulin, Jacquet, Llorca, Devis, Dr Chevreul (penthotal), Mazza (aide camp Massu)

• Visite ensemble du centre torture El Biar… Misoffe : ‘’quoique vs voyiez, entendiez, je vs demande de ne pas intervenir…”. Ce qui dans le délire de la torture paraissait fantastique, n’était ici qu’un mur avec une tache… A la fin je lui dis : “A présent vs savez qui est a dit la vérité, quand les inculpez-vous ?”

• On était tous enchainés par menottes car un jour 2 prisonniers s’étaient enfuis par une des portes du tribunal…

PRISON/ MAISON-CARRÉE

• “Vous irez au paradis, car personne ne vs a forcé”

• Auguste M. métallo de Blida, alphabétise un détenu arabe : ‘’mon père m’a donné la vie et toi tu m’as ouvert les yeux…”

• 15 Juin 60, Alger : Procès à huis-clos des communistes, dont Alleg: 10 ans pour Alleg et ses amis dont Akkache.

PRISON/RENNES

• transféré le 23 Juin 60 pour procès Audin qui n’aura lieu que le 14 Sept.

• Le cours de cosmographie, l’islamiste et les autres…

• les gamins de l’extérieur qui l’incite à s’évader…

• Oct 61 : Évasion/ Mais retour en Avril 1962, après ‘’les Accords d’Evian’’ du 19 Mars 1962, pour bénéficier décret d’amnistie et aller à Marseille préparer sortie “Alger Republicain ”.

Le Directeur Prison (un nouveau car l’ancien avait été limogé après l’évasion d’H.A) : formidable votre évasion !

• Akkache s’évade aussi d’Angers, mais “manque” le rdv avec les communistes francais qui l’ont aidé à sortir.

• mon évasion est parfaite. tt se passe comme indiqué. 1 équipe vient de Paris pour me maquiller, photographier, et faire papier… “Tu as une tête de pharmacien”… Profession pharmacien (comme le voulait mon père !).

On me laisse sur route. Déluge pluie. Une 2CV est là…. Le chauffeur ne dit pas un mot. On sort. Il marche difficilement. Et chez lui, il m’embrasse très fort. Il avait des prothèses : pieds gelés. Et la veille de mon départ, il me dit “tu as dû te demander pourquoi je t’ai dit ça”. En 14-18, j’ai eu pieds gelés. Et grâce à ça, sous Vichy, je n’ai pas été arrêté (mutilé de guerre)… Après j’ai eu l’impression qu’on ne me faisait pas confiance…. Jusqu’à aujourd’hui !

ALGER/ Mars – Juillet 62

• Après l’indépendance, seule la “Dépêche quotidienne”, acceptée par FLN-GPRA, continue de publier, (Air Algérie, Place Audin)

• H.Alleg donne une Conférence de presse à Prague après Accords d’Évian pour annoncer que va ressortir Alger Républicain. Émissaire GPRA de Tunis le lui déconseille : “les assassinats politiques peuvent continuer…”

• M’hamed Yazid ministre information GPRA à Benzine : Opposé pour l’instant car augmenterait les divisions.”

Impossible de croire que peuvent paraitre seuls journaux ayant distillé racisme…

– Le préfet d’Alger maintient interdiction : sa reparution de nature à troubler l’ordre public…

– L’Exécutif Provisoire Bou-Merdès temporise…

– A Laferrière, en 62, on trouve un gardien bossu qui nous dit qu’El Moujahid doit s’y installer. Beaucoup de décorations, meubles,  avaient disparus. Plafonds repeints. On y occupe un petit espace pendant quelques temps. On mange de la loubia dans la même gamelle, assis au sol. Un journaliste allemand a du mal à croire que je suis le directeur d’”A-R”.

– La zone autonome  (Azzedine, Oussedik)/ Préfecture : Ça grouille de monde. Amar Mohamedi donne son OK…

• Sortie d’A-R : flancs composés à la “Marseillaise”, arrivent grâce à un passager. Imprimé à SNEP. 1er N° : 17-18 Juillet. 80 000 ex. Émotion populaire.

• La rédaction au cabinet de l’architecte Bouchama.

• Puis à l’Hotel Albert 1er. On nous tire dessus. H.A. croise Chevalier, l’ex Maire libéral d’Alger : “Vs croyez faire reparaitre A-R ?!”

• Ripol d’Alger Rep est assassiné.

• Batiement Lafferrière : Une estafette est là pour leur en interdire l’accès. Devant vitrine : ordures et dessous armes OAS…

• 15 Aout : On emmenage dans des appartements de la Rue Berlioz, non loin de Laferriere.

• 30 aout : en pleine guerre civile, entre l’ALN de Boumediene et le GPRA, un slogan, apparait sur les murs : 7 ans ca suffit !

1962-65

• Discussion code nationalité : le clan B Bella- Kaid Ahmed -Boumediene pour le code discriminant : seuls mes musulmans seront automatiquement algériens. Assemblée nationale : les députés Ait Ahmed et Guerroudj protestent. Jacqueline Guerroudj, sa femme écartée de la Commission défense nationale.

• Hostilité dans le quartier vis-à-vis des enfants d’Alleg…. Ils lui demandent : ‘’c’est le socialisme ici ?’’

• 1965 : Benhamza, dit le ‘rouquin’’ dit à Bachir Hadj Ali : “Alleg est à Paris ? On va lui faire le coup de B. Barka”

Breve BIOGRAPHIE HENRI ALLEG

Harry Salem à Londres le 20 Juillet  1921. Ses grands parents juifs d’origine russe et polonaise ont émigré en Angleterre, ses parents en France.

Baccalauréat au lycée parisien Rollin, aujourd’hui Jacques Decour.

Arrête ses études de lettres à la Sorbonne, pour un voyage en bateau autour du monde.

Première escale, Alger, en Septembre 1939 : il y reste. Adhère au Parti communiste algérien clandestin en lutte contre le régime prohitlérien de Pétain.

En 1946, il se marie avec une Juive d’origine espagnole.
Et devient un des dirigeants du PCA et de l’Union de la Jeunesse Démocratique Algérienne : tous deux revendiquent la fin du colonialisme et sont multiethniques.

En 1950, il devient directeur du prestigieux Alger Républicain, unique quotidien anti-colonial, et signe Henri Alleg, son dernier pseudonyme de la clandestinité anti-pétainiste.

Tribune de tous les courants politiques pro-indépendantistes, A-R défend l’idée d’une Algérie libre et sociale où les communautés minoritaires judéo-européennes auraient aussi leur place.

Après l’interdiction du quotidien et du PCA, en Septembre 1955, Alleg redevient clandestin.

Arrêté en pleine « Bataille d’Alger »,  le 12 Juin 57, par les parachutistes du Général Massu, dans une souricière chez Maurice Audin, jeune mathématicien communiste arrêté la veille et déclaré « évadé et disparu ».

Premier torturé à pouvoir témoigner, « La Question » est écrite dans la  prison Barberousse d’ Alger. Editée par « Les Editions de Minuit » en Février 58, bombe médiatique, aussitôt best seller, le témoignage galvanise la résistance française à la guerre et  fait progresser la cause algérienne dans le monde. Interdit 40 jours après sa parution, il est traduit dans le monde entier.

          

Condamné à 10 ans de prison par le tribunal militaire d’Alger.Transféré à  la prison de Rennes, il s’en évade en Octobre 1961. « Prisonniers de guerre » relate ses années de prison.

De retour à Alger, dès les premiers jours de l’indépendance, et malgré l’opposition du GPRA, il fait ressortir le 17 Juillet 1962 Alger Républicain qui devient par son tirage aussitôt le premier quotidien national. Boualem Khalfa en devient le directeur et Alleg son adjoint !

Refusant de prêter allégeance aux autorités issues du coup d’Etat du 19 Juin 1965, Alger Républicain disparaît.

A la demande de ses camarades, Henri Alleg quitte l’Algérie. A Paris, il collabore à la Direction extérieure du PAGS (nouvelle appellation du parti communiste). En 1969, il annonce qu’il cesse définitivement ses activités algériennes pour redevenir journaliste à l’Humanité.

Dans les années 80, il dirige un ouvrage en 3 tomes sur la « Guerre d’Algérie » et cosigne, avec Hamid Benzine et Boualem Khalfa, « La Grande aventure d’Alger Républicain ».

En 2005, il publie ‘’Mémoire algérienne’’ (Stock).

Il décède le 18 Juillet 2013 à Paris, à l’âge de 92 ans.

Henri Alleg ou l’espiègle Harry Salem / JP Lledo

(écrit au lendemain de son décès en Juillet /2013)

Henri Alleg ou l’espiègle Harry Salem

HENRI ALLEG – La famille communiste algérienne fut, durant la colonisation, la seule formation politique qui avait vraiment pratiqué la mixité ethnique. Elle se distinguait notamment des formations politiques nationalistes toutes islamo-centrées.
Jean-Pierre LledoCinéaste algérien, essayiste
La famille communiste algérienne fut, durant la colonisation, la seule formation politique qui avait vraiment pratiqué la mixité ethnique. Elle se distinguait notamment des formations politiques nationalistes toutes islamo-centrées. On adhérait par exemple dans le parti de Messali Hadj en jurant sur le Coran. Aussi avais-je de suite précisé à Alleg, personnage principal de mon avant dernier film Un Rêve algérien, que l’hommage irait non à un homme, mais à une idée: la fraternité. Cela lui convint. Alleg avait des défauts, mais certainement pas celui de l’égo. Et il accepta, certes non sans fléchir un instant, suite aux pressions de certains de ses camarades: chez les communistes, la fraternité ne pouvait être que prolétarienne…

Né en Algérie, en 1947, d’un père communiste, pour moi Alleg et ses compagnons avaient toujours représenté ce rêve d’une Algérie multiethnique qui avait façonné mon identité. En quête d’un rêve qui avait pourtant échoué, je ne pris pas immédiatement conscience que j’allais filmer un deuil. Une dépression, que je ne sus même pas identifier -c’était la première et seule fois- me le signifia à sa manière dès les premiers jours de tournage… Et je dirigeai ce film comme un fantôme. Les rôles s’inversèrent et chaque matin, c’était Henri qui m’encourageait, et m’attestait que la veille nous avions filmé des choses intéressantes.

La véritable fin du film a lieu dans un cimetière alors qu’une voix, la mienne, fait le constat: « L’Algérie avait été indépendante, pourquoi n’avait-elle pu être aussi fraternelle? ». Cette « Question »-là, resta toujours, chez les communistes algériens, en suspens. Dans toutes les têtes, mais personne n’osait l’affronter. Y apporter une réponse, encore moins. Or c’est précisément par cette question que commença le tournage à Alger.

Après le repas, aux douze compagnons venus l’accueillir au port, je demande d’y répondre à tour de rôle. Assis côte à côte, en demi-cercle, chacun y va de sa réponse, c’est-à-dire de sa non-réponse… Préférant attribuer à l’Autre -« la colonisation », « l’OAS », etc.- la cause de l’échec. Le temps passe, nous filmons depuis 3 heures. Seule lueur, Abdelhamid Benzine, (directeur du quotidien Alger Républicain qui reparaît dans les années 90, après son interdiction suite au coup d’Etat de 1965) déplore le fait que les communistes aient été les seuls à nourrir un tel rêve, et ajoute que si le million d’Européens était resté, l’Algérie n’aurait peut-être pas connu la tragédie islamiste (200.000 morts). Et Alleg d’ajouter, avec force exemples, émotion, et humour, que, du moins au sein de la famille communiste, ce rêve ne fut pas qu’une utopie.

D’un naturel têtu, derrière la caméra, j’attends. Vers 23 heures, alors que je m’apprête à déclarer forfait, agacé par tant de langue de bois, Lakhdar Kaïdi, qui fut en Algérie dans les années 40-50, le secrétaire général du plus grand syndicat (CGT), lâche enfin, en roulant les  »r », et en martelant chaque syllabe: « Les nationalistes n’avaient pas le même prrro-jet que nous… Ils voulaient une Al-gé-rrrie a-rrra-bo-mu-sul-mane ! Oui je dis bien, une Al-gé-rrrie a-rrra-bo-mu-sul-mane ! ». Quel pavé dans la mare ! Les vagues déstabilisent l’assemblée, et Alleg s’applique aussitôt à désamorcer la bombe, avec la tortueuse dialectique que lui connaissent ses amis. Je dus renoncer à cette séquence, uniquement pour des raisons narratives. Mais je la regrette encore.

Alleg avait l’art du consensus, du moins, à l’intérieur de son camp,  »anticolonialiste », et  »anti-impérialiste ». Plus qu’incisif contre l’adversaire, sinon railleur. Mais pour l’allié, rondeur, voire autocensure. Silences, sur lesquels je ne m’appesantirais pas ici, notamment ceux concernant l’intouchable  »camp socialiste »: les goulags, les millions de morts, le fait anti-juif massif, etc. Ou les silences concernant le devenir des pays indépendants, à commencer par l’Algérie: leurs dictatures, leur corruption, leur stagnation, leur… Tout cela n’était pour lui que conséquences du  »néo-colonialisme ».

Lucide, il le demeurait cependant. Mais encore fallait-il que ce soit dans l’intimité, sans caméra. Jamais Alleg n’aurait dit publiquement la chose qui le fit le plus souffrir, ce que je m’apprête à dire, ceci sans avoir la prétention d’apaiser son âme, car il en faudrait sans doute bien plus, tant les silences furent chez lui aussi tonitruants que fut vigoureuse l’expression de ses convictions. Voilà ce qu’il me dit…

Arrivant en prison, à Barberousse, à Alger, tout auréolé de sa victoire sur les tortionnaires, ses camarades communistes lui proposèrent d’être le responsable de leur groupe, à l’instar des nationalistes qui avaient déjà le leur. Alleg, qui certes avait bien des défauts mais pas celui du goût du pouvoir, consentit. Quelques semaines plus tard, arriva leur camarade Ahmed Akkache. Informé qu’Alleg avait été désigné comme responsable du groupe communiste, il sortit de ses gonds. Une telle chose était impossible !  »Le PCA ne pouvait être représenté, surtout en prison, que par un… Algérien… ». (Traduire : avec un nom bien arabo-musulman…).

Comprenant qu’il ne s’agissait pas de lui en particulier, (arrivé en Algérie à 19 ans), mais bien de tous ses autres camarades non-musulmans, eux aussi Algériens mais d’origine chrétienne et juive, ayant risqué leur vie pour l’indépendance de ce qu’ils considéraient comme leur pays, Alleg fut atteint à jamais. Au point d’avoir voulu emporter le secret dans sa tombe. Puisque contrairement à ce que j’avais espéré, il ne le mentionna même pas dans ses  »Mémoires algériennes », écrites en 2003, juste après le film. Le pourfendeur de la fraternité prolétarienne, certes, n’était pas n’importe qui : directeur de l’organe central du PCA, Liberté, et membre comme Alleg du Bureau Politique ! Discipliné et consensuel, ce dernier, comme bien d’autres fois, avala la purge sans faire d’histoire.

La fraternité multi-ethnique n’avait donc pas été aussi évidente que je l’avais pensé, y compris au sein du PCA. Il faut dire que pris dans leurs dogmes, les communistes avaient du mal avec les questions identitaires. Protégé derrière son pseudo de journaliste, Alleg n’avait jamais déclaré publiquement, jusque-là, qu’il était Juif. Et j’eus tout le mal du monde à le lui faire dire dans le film :  »Un jour, en 1941, à l’époque de Vichy, avec René Duvalet, on faisait du stop dans la campagne. Une charrette s’arrêta. C’était un Européen qui se mit à dégoiser contre les bolcho, les Anglais, et les juifs. Clandestins, on ne put rien lui répondre. Mais quand on descendit, René me dit : s’il avait su que t’étais les trois à la fois : Anglais, bolcho et juif ! ».

Chaque jour, du matin au soir, Alleg était capable de vous mettre dans sa poche avec ses histoires, toujours nouvelles, toujours désopilantes. Heureusement, il avait de l’humour. Juif, forcément. Puisque son ascendance tant maternelle que paternelle, avant l’Angleterre, venait de Pologne et de Russie, et avant d’Espagne…Et avant ? Je pense qu’il ne fit jamais de recherche, comme tous ces Juifs qui passent leur vie à faire oublier leur judéité en commençant par masquer leur nom (Edgar Morin, alias Nahum fut d’ailleurs un de ses copains de lycée à Paris…). Après tout j’avais fait pareil, sans même besoin de masquer, le nom catalan de mon père suffisait…

Il aurait été intéressant que le public sache l’origine du nom que se choisit Harry Salem. Un de ses compagnons me le révéla, mais Alleg me demanda de ne plus évoquer ce sujet.

Deux hommes coexistaient en lui. L’homme cultivé, érudit, grand lecteur, sensible, voire même très émotif (combien de fois ne le vis-je pas pleurer), plein de nuances, de tact, et d’élégance british (la seule fois où il se fâcha contre moi, c’est quand invités par l’ambassadeur français en Algérie, je ne m’étais pas suffisamment  »habillé »…), et le militant grand adorateur et grand pourfendeur, devant l’éternel. Un abîme entre les deux.

Et il arriva ce qu’il devait arriver. A la question  »L’Algérie avait été indépendante, pourquoi n’avait-elle pu être aussi fraternelle? », il me fallait une réponse. Une réponse, dans mon cas, cinématographique. Il me fallait retourner en Algérie, mais cette fois pour entendre, de la bouche même des simples gens d’Algérie, d’origine arabo-musulmane, ce qu’il s’était réellement passé durant la guerre d’indépendance. Je commençais à soupçonner que cette guerre avait été menée par le FLN, avec une double finalité. Une, avouée, l’indépendance. Et l’autre, inavouable, celle du nettoyage ethnique comme le reconnut l’historien algérien Mohamed Harbi, lors d’un débat à Paris en 2008.

Lorsque je fis part à Alleg de ma volonté d’en savoir plus sur le fait que la  »guerre de libération » commença (notamment le 20 août 1955, dans le Constantinois) et finit (le 5 juillet 1962, à Oran) par un massacre de civils, au faciès, ciblant les non-musulmans, il fit tout pour m’en dissuader, sans contester d’ailleurs la réalité de ces massacres. Le film terminé,  »Algérie, histoires à ne pas dire » fut interdit en Algérie, en juin 2007 (et à ce jour, aucune chaine française n’a émis le souhait de le montrer). Mais le pouvoir n’eut même pas besoin de s’en expliquer. Mes anciens camarades s’en chargèrent dans les journaux algériens, à pleine colonnes, et très rapidement on censura mes réponses !

Arrivé à Paris, j’organisai une projection pour une soixantaine d’amis et de cinéastes. Parmi eux, Alleg et son camarade oranais Jules Molina. Lorsque les lumières se rallumèrent, tous deux quittèrent la salle. Sans un mot. Notre dernier mot, si je puis dire.

Pourtant Alleg devait bien savoir ce qui était arrivé à Molina lui-même. Dès sa sortie de prison, le 19 mars 1962, il avait mis son savoir technique pour faire redémarrer l’usine de fabrication de lait d’Oran (la CLO). Et le 5 juillet 1962, le jour où l’on célébrait officiellement l’indépendance, à peine sorti de l’usine, il se fit arrêter puis conduire dans un commissariat déjà bondé de non-musulmans. Après un moment qui lui parut l’éternité, quelqu’un le reconnut,  »c’est un frère ! ». Lui, eut donc la chance d’être libéré. Mais, il savait, et Alleg savait aussi que les autres furent sans doute égorgés et jetés dans le tristement célèbre  »Petit Lac » où des oiseaux charognards continuent aujourd’hui de se repaître, l’endroit étant devenu une décharge publique… (Ayant pu avoir accès à certaines archives en France, l’historien Jean-Jacques Jordi en fait un premier bilan dans  »Un Silence d’Etat », publié il y a une année.)

Notre rupture avait donc eu lieu dans une salle de projection.

Si l’art du communisme consistait à s’abriter derrière des rêves de jeunesse, pour mépriser le réel, il était évident que je l’avais désappris depuis belle lurette, sans que j’ose même me l’avouer. En fait, le communisme avait failli, quasiment dès l’origine, dès le moment où Marx, justement dans  »La Question juive », commença à s’attaquer aux  »droits de l’homme », merci André Sénik de m’avoir permis d’en prendre conscience. Et moi, sans le savoir, je m’en étais éloigné, dès le moment où j’avais considéré qu’il n’y avait rien de plus important que la liberté d’expression et de conscience.

A ses toujours camarades, je leur laisse donc volontiers l’homme qui avait aimé ses œillères, ou qui n’avait pas eu le courage de les arracher, qu’elles se nomment goulag ou Akkache.

Quant à moi, j’emporterai l’espiègle, Harry Salem…

HOMMAGE DE JEAN-PIERRE LLEDO À MUSTAPHA SAÂDOUN La Nouvelle République (Algérie)

«Lui, il arrache et moi je plante !»

En hommage à Mustapha Saâdoun
«Lui, il arrache et moi, je plante !»
Quelle tristesse de voir un tel homme nous quitter.

31-01-2009

La dictature subie par notre peuple depuis l’indépendance avait coupé le fil entre les anciennes générations et les nouvelles. Et il avait fallu l’an 2002, le tournage de mon film «Un Rêve algérien» pour que je puisse enfin le connaitre. Ce fut une de mes plus grandes rencontres de ma vie entière : à 100 km d’Alger, au fond d’un jardin qu’il avait créé de ses mains de jeune septuagénaire, en seulement cinq années, aussi luxuriant que ceux d’Andalousie (pas de mystère divin, ses ancêtres en venaient !).
Nous venions à peine de nous connaître, durant les repérages, et il m’embarquait déjà dans des débats savants sur la génétique, sur la protection de l’environnement, sur la grosseur des troncs des amandiers en fonction de la terre d’accueil, discussion qu’il poursuivit devant la caméra quelques mois plus tard, sur les OGM qui grâce à nos «trabendistes et  nos ignares» allaient bientôt répandre le poison, «au moins, en France, ils ont des associations et José Bové…», conclait-il…
Et quand quelques mois plus tard, durant le tournage, Alleg s’extasia devant la hauteur d’un des mimosas, le vieil homme en éternel bleu de travail et en casquette, dont je découvrais le renversant sens de la répartie, lui répondit : «Oui, ils vont venir le bombarder ! Comme le World Center !». Et en quelques mots, Mustapha nous fit comprendre que les apparences étant trompeuses, nous étions bien là, au fond de son jardin, juste à côté de New York, au cœur de l’Univers, entre Wall Streets et l’ONU…
Oui, cet homme, qui après avoir dû abandonner sa maison dans le Chenoua à cause des islamistes, avait aussitôt refait d’un simple terrain vague, un magnifique jardin, de ses seules mains, ne donnait-il pas une leçon à tous ces intellectuels paresseux des pays dits aujourd’hui «émergeants» prêts à expliquer tous les maux de leurs pays, par la méchanceté de… l’Autre ? !
Il n’était pas économiste, celui qui en quelques secondes, improvisant devant la caméra, savait si bien caractériser la situation du pays (je cite de mémoire) : «Tout le monde s’est mis à faire des magasins… Entre deux magasins… ils font encore un magasin… Ils m’ont même proposé à moi qui hais le commerce, tiens pourquoi tu ferais pas un magasin, puisque ton jardin donne sur la route nationale !».
Il avait l’humour raffiné, Mustapha, avec ses yeux si intelligents et sa voix chantante de cherchellois.
Surtout il n’avait pas cette spécialité nationale, glorieux acquis de l’indépendance, la langue de bois.
Et quand il parlait justement de cette chasse gardée qu’est l’histoire de la guerre «de libération nationale», il n’allait pas par 40 chemins pour répéter ce qu’il avait dit à son compagnon Maurice Laban, ce communiste de Biskra qui avait déjà été gravement blessé au combat en Espagne, contre l’armée de Franco en 1939, lequel piaffait d’impatience pour rejoindre les maquis de l’ALN : «Mais ils vont te tuer !».
Par la suite, Mustapha me raconta que suite à la disparition de leur maquis communiste de l’Ouarsenis (avec Maillot et les autres…), il fut incorporé dans un bataillon de choc de l’ALN, dont il ne resta plus que 2 survivants, dont lui. On avait tout fait pour qu’il disparaisse glorieusement sur «le champ d’honneur», mais Mustapha pourtant si tendre, avait la peau dure. (j’ai tout ça sur K7 et je pourrai donner les precisions).
Un homme pareil, ne pouvait pas échapper à la vindicte de ceux qui disaient dans les salles de torture post-indépendance  (les mêmes que celles des paras, pourquoi en créer naturellement ?!) : «Les Français, ils ont pas pu faire parler Alleg, nous on le pourra !» (cf «Les torturés d’El Harrach»)… Ainsi parlait un certain «Rouget»…
Et lui, Mustapha, dont 3 frères avaient péri le même jour, en 56, pour lui faire payer son engagement dans la lutte armée. Lui, l’un des deux survivants du bataillon de choc. Lui qui avaient passé sa jeunesse à expliquer aux ouvriers agricoles qu’ils étaient des «ouvriers» de la terre et donc devaient faire des syndicats pour défendre leurs droits, leur salaire, leur dignité. Eh bien, lui la torture, on l’a lui fit subir, après l’indépendance, durant un mois entier.
Je n’ai pourtant jamais décelé chez lui, la moindre aigreur. Il n’est pas mort d’ulcère, mais sans doute de la seule maladie dont sont atteints ceux qui passent leur vie à donner, l’épuisement.
Malgré ses fatigues, il n’avait pas hésité à prendre un taxi pour venir voir mon dernier film «Algérie, histoires à ne pas dire», puis à retourner bredouille à Cherchell, puisque le film fut interdit, ce 13 Juin 2007 à la salle Ibn Zeidoun. Mais, il reprit à nouveau un taxi, pour venir le voir lors de la première des trois projections privées (mais non clandestines), que j’organisai à Alger, grâce à un jeune éditeur courageux. Et, lui qui en connaissait un bout sur l’idéologie et les pratiques du nationalisme, avant, pendant, et après la guerre, tint à dire en public tout le bien qu’il pensait du film. Il y avait là Mohammed Harbi, M. Bouaziz, et d’autres personnalités.
Déjà dans «Un Rêve algérien», n’avait-il pas dit la responsabilité nationaliste dans le devenir d’une Algérie qui n’avait pas su garder ses Juifs et ses Pieds-noirs ? N’avait-il pas fait sentir sa souffrance d’une Algérie amputée de ce «rêve algérien» ? N’avait-il pas dit : «Regarde ce qu’ils font aujourd’hui avec les Kabyles !». Jusqu’au bout, en tous cas, il fut lucide. Des dirigeants communistes algériens ayant un tel sens critique, et une telle liberté de parole en public, j’en ai, il me faut l’avouer, rencontré très peu.
Mustapha est parti. J’aurais tant voulu encore marcher avec lui, sur cette place si riche d’histoire, une histoire qui disait aussi que l’Algérie avait une existence anté-islamique, même si aujourd’hui des Frankeinstein s’en prenaient à ses vestiges, sans parler de ceux qui avaient osé transformer le plus grand hôtel (colonial et aliéné)… en commissariat (algérien et libre). Oui j’aurais tant voulu le voir saluer les boulomanes d’aujourd’hui, avec cette nostalgie de «l’anisette…», qu’il évoqua à trois reprises, à haute voix, tout en marchant devant la caméra qu’il ne voyait pourtant plus, perdu  dans ses souvenirs de fraternité toujours solidement enracinés au plus profond de son être…
Les Frankeinstein, Mustapha ne les aimait pas. Mais il savait aussi qu’on ne pouvait les combattre qu’avec plus de démocratie, non en se comportant comme eux, comme des monstres. Il le savait, non pas seulement par son humanisme, mais dans sa chair. Son propre fils, aux sympathies sans doute islamistes avait disparu.
«La disparition énigmatique de son fils Djamel en 1996, alors qu’il effectuait son service militaire». Un journaliste de la presse indépendante aurait pu se dispenser de l’épithète «énigmatique».
Cette disparition donc «énigmatique», a été le grand drame de la dernière décennie de sa vie. Malgré son passé révolutionnaire, et ses convictions laïques, ses innombrables démarches sont restées vaines, sans réponse. Il avait sollicité tous ses amis. Moi, pour faire un film sur les disparus. Et notamment Henri Alleg, espérant sans doute qu’une intervention publique, de celui qui avait été l’ami de Maurice Audin, pourrait y faire quelque chose.
A présent, Malika, sa femme va devoir continuer à porter, avec ces autres milliers de femmes, ce terrible fardeau de mère de disparu, dont nous ne devrions plus parler qu’en privé, en baissant la voix, au nom de la dite «réconciliation nationale», comme si l’amnésie et le silence étaient la meilleure thérapie, comme si la parole n’était pas la seule alternative à la violence. Mes pensées, toutes mes pensées, vont à présent vers elle, qui malgré cette immense douleur, avait comme Mustapha gardé le même humour (l’humour serait-il une denrée rare de Cherchell ?), et de Mustapha le même amour de jeune fille défilant dans les rues de Cherchell, alors que la guerre civile avait déjà recommencé avant même l’indépendance,  en criant, «Sebra snin baraket !», pour avoir aussi et enfin le droit de serrer dans ses bras son amoureux.
Et d’ailleurs, n’est-ce pas elle encore, dans «Un Rêve algérien», qui lui rend le plus bel hommage, par cette autre déclaration d’amour, quand  marchant derrière son mari  qui venait de nous décrire «une maladie venue d’Asie qui s’attaquent aux jeunes plantes»,  elle s’était exclamé en riant, de son rire sonore : «Lui, il arrache, et moi je plante !»
Jean-Pierre Lledo

Jean-Pierre Millecam, écrivain pied noir

Ecrivain algérien pied-noir, né en 1927 à Mostaganem.

« … Après Oran, toutes les villes, tous les villages d’Oranie se vidèrent de leur sang européen…
rejetons des pionniers ou d’hommes qui avaient trouvé sur place une situation en ordre, passée l’époque de la tuerie, des combats, des spoliations, ceux de la Conquête, évidemment, incapables de se dire que dans le démentiel holocauste du dieu Moloch aujourd’hui dénommé Histoire les fils paient pour les pères, les innocents pour les coupables, les peuples pour les princes… »

Extraits du roman :« Et je vis un cheval pâle ». NRF, 1978

 

« ….. Et la splendeur de ce sol sur lequel nous avons poussé….. devrait suffire à ramener à leurs dimensions réelles tous nos combats, toutes nos escarmouches, et à nous enseigner que si nous ne sommes pas à sa mesure, ce sol risque de nous refuser son ancestrale hospitalité, non plus seulement à nous-mêmes, mais aux cadavres que nos corps étaient destinés à fournir, et ainsi nous n’aurons même pas connu la volupté de nous dissoudre, au terme de notre vie, dans la terrible fraternité de la mort…..»

« Choral »NRF, 1978

Jean Pélégri, écrivain pied noir

Ecrivain algérien pied-noir, né à Sidi Moussa en 1920.

« Or les Algériens sont les seuls à pouvoir nous comprendre, parce qu’ils ont connu le désespoir de ne pas avoir de patrie.
Et ils sont seuls à pouvoir nous réconcilier, par l’avenir partagé, avec une partie de notre passé. »

Propos tenus après la présentation au Festival de Cannes de 1962 du film « Les Oliviers de la Justice », adapté de son roman éponyme.

«  Quand il est arrivé pour moi le moment de la prise de conscience et du choix,  ce ne sont pas les idéologues procédant par exclusions qui m’ont déterminé, si célèbres fussent-ils (je pense à Sartre) mais des gens simples : un ouvrier agricole, une femme de ménage illettrée, du nom de Fatima.
Avec eux parce qu’ils parlaient juste et qu’ils n’excluaient pas les miens, j’avais confiance. Je les croyais sur parole. »

Maghreb dans l’Imaginaire français.
EdiSud, 1985.

« Ce ne sont pas les Français de la métropole qui détiennent le souvenir de notre vie passée et de notre famille.
Ce sont certains Algériens et eux seuls.
Eux seuls se souviennent des jeux de notre enfance, des usages familiaux, des paroles de nos pères, des vignes arrachées, de l’arbre planté.
Sans eux, une partie de notre vie s’évapore et se dissipe.
Là aussi, sous l’histoire apparente et cruelle, il y a une autre histoire, secrète, souterraine, qu’il faudra bien un jour inventorier. »

(Maghreb dans l’Imaginaire français. EdiSud, 1985)

El Halia, où le Massacre du 20 Août 1955…

Le sable d’El Halia,
Ed COMP’ACT

Récit autobiographique et poétique de Louis Arti,
(mineur, chanteur, écrivain)
sur l’enfant qui à 10 ans, fut témoin du massacre dans le village minier d’El Halia.

Sa mère y fut blessée à l’arme blanche, son père tué.

La première fois que je vis la machine révolutionnaire en marche

– en rêve, elle représente une justice magnifique,

et en chansons une poésie fraternelle, où l’autre finit toujours par devenir notre ami –

la première fois que je vis la révolution, elle nous tua…

Elle tua le boulanger, que la photo jaunie sur mon bureau montre en homme jeune, habillé d’une chemise grossière, d’un pantalon usé, et portant des savates. Mon père.

En nous massacrant, de quoi veulent-ils nous punir ?

Nous qui ne sommes pas la cause des innombrables injustices qu’ils subissent…

Nous qui les subissons aussi.

 

Gisèle Halimi, avocate au Procès d’El Halia,

défend avec succès des condamnés arabes faussement accusés du massacre.

Ceux qui n’auront pas songé à se barricader,

pour tenter de soutenir un siège en règle, n’échapperont pas au massacre.

Dans les habitations et les locaux de la mine de fer,

des insurgés brisent, pillent, incendient, assassinent à coups de fusil ou de revolver, s’aidant aussi de couteaux, de haches ou de pelles.

Même tragédie aux ateliers, où les ouvriers européens sont égorgés……

S’ensuivit une terrible répression. Comme dix années auparavant.

Le lait de l’oranger,  Gallimard 1988

Citations de Frantz Fanon

La pensée manichéenne de Frantz Fanon a donné une sorte d’assise et de légitimation théorique au nationalisme algérien. Cette pensée, à l’instar de celle d’Edward Said, domine encore le paysage intellectuel dans les universités d’Amérique du Nord. Cette pensée ignore totalement les aliénations autochtones qui font qu’un demi-siècle après l’indépendance, les Algériens, loin d’être arrivés à s’en défaire, ont en majorité sombré dans le totalitarisme islamique, seule l’armée ayant pu empêcher jusqu‘ici l’avènement d’un Etat de type iranien.

Frantz Fanon

Pour la révolution africaine. Écrits politiques, Paris Maspero 1982

Tout Français en Algérie doit se comporter en tortionnaire. (Frantz Fanon, Pour la révolution africaine, p. 67)

Le statut de l’étranger, du conquérant, du Français en Algérie, est un statut d’oppresseur. Le Français en Algérie ne peut être neutre ou innocent. Tout Français en Algérie opprime, méprise, domine. […].
Le colonialisme n’est pas un type de relations individuelles mais la conquête d’un territoire national et l’oppression d’un peuple ; c’est tout. Ça n’est pas une certaine conduite humaine ou une modalité de rapports entre individus. Tout Français en Algérie actuellement [déc. 1957] est un soldat ennemi. (Frantz Fanon, Pour la révolution africaine, p. 77)

L’évocation de cas particuliers de Français anormalement gentils avec les Algériens ne modifie pas la nature des relations entre un groupe étranger qui s’est accaparé les attributs de la souveraineté nationale et le peuple qui se trouve privé de l’exercice du pouvoir. Aucune relation personnelle ne peut contredire cette donnée fondamentale : que la nation française par l’intermédiaire de ses ressortissants s’oppose à l’existence de la nation algérienne. (Frantz Fanon, Pour la révolution africaine, p. 78)

Il faut se convaincre que tout Français en Algérie réagit comme M. Borgeaud. (Frantz Fanon, Pour la révolution africaine, p. 79)

Fanon parle du « caractère total de la guerre » (p. 82)

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Dans la préface à son livre ‘’Les Damnés de la Terre’’,  on peut lire sous la plume de Jean-Paul Sartre :

« Car, en le premier temps de la révolte, il faut tuer : abattre un Européen c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre ; le survivant, pour la première fois, sent un sol national sous la plante de ses pieds3. »

Hommage à Camus

J’aimerais aussi que ce travail soit considéré comme tel. Et d’ailleurs la 4ème partie oranaise du film a pour personnage principal un jeune metteur en scène qui est en train de monter ‘’Les Justes’’.

Dans un contexte passionné, Camus eut le courage d’écrire et de défendre le droit à la liberté des Arabes autant que celui de la population européenne à rester sur sa terre. Et de s’opposer à la terreur pratiquée de part et d’autre.

« Chacun pour se justifier s’appuie sur le crime de l’autre. » écrit-il.

L’histoire présente ne le dément pas non plus, lorsqu’il affirme que « le sang s’il fait parfois avancer l’histoire, la fait avancer vers plus de barbarie et de misère encore. »

On connaît les positions d’Albert Camus pour une « Trêve civile », qu’il vint défendre à Alger au début 56.

Les événements d’Août 55 – l’insurrection et sa répression – ont été déterminants dans son engagement.

Ses textes réunis dans Chroniques algériennes, le prouvent (écrits entre Octobre 55 et Janvier 56). Ci-après, des extraits de 3 textes :

1 – Les raisons de l’adversaire

« Déjà depuis le 20 Août, il n’y a plus d’innocents en Algérie, sauf ceux, d’où qu’ils viennent, qui meurent. En dehors d’eux, il n’y a que des culpabilités dont la différence est que l’une est très ancienne et l’autre toute récente. »

2 – Lettre à un militant algérien

« Vous me croirez sans peine si je vous dis que j’ai mal à l’Algérie, en ce moment, comme d’autres ont mal aux poumons. Et depuis le 20 Août, je suis prêt à désespérer. »

3 – Trêve pour les civils

« A quoi sert désormais de brandir les unes contre les autres les victimes du drame algérien ?

Elles sont de la même tragique famille et ses membres aujourd’hui s’égorgent en pleine nuit, sans se reconnaître, à tâtons, dans une mêlée d’aveugles. »

…..

« Bientôt l’Algérie ne sera peuplée que de meurtriers et de victimes. Bientôt les morts seuls y seront innocents »

On peut comparer avec ce qu’écrivit Jean-Paul Sartre :

« …. Car en le premier temps de la révolte, il faut tuer : abattre un Européen, c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre ; le survivant, pour la première fois, sent son sol national sous la plante des pieds….. »

Extrait de la préface aux « Damnés de la terre » de Frantz Fanon.
Ed Maspero, Paris, 1961.

Ou avec Germaine Tillion, anthropologue française, ancienne déportée des camps nazis, spécialiste et amie de l’Algérie :

Que le colonialisme soit essentiellement un type de relation anormale, viciée, oppressive, et que lorsqu’on place n’importe quels humains dans une situation   de ce genre, ils en pourrissent…. de tout cela j’en suis convaincue depuis longtemps… Mais c’est la relation qu’il faut redresser et non pas le cou des gens qu’il faut tordre

« A propos du vrai et du juste »
Le Seuil, Paris, 2001.

Brève biographie de Jean Pélégri

Arrière-petit-fils d’un pauvre espagnol arrivé en voilier vers 1845, petit-fils d’un colon très dur qui mourra dans la guerre coloniale de Madagascar, fils d’un colon qui ruiné s’exile vers la ville, Jean Pélégri est né le 20 juin 1920, dans une ferme de la Mitidja, non loin de la famille de l’écrivain Jules Roy.

Enfance dans cette ferme, appelée Haouch El Kateb (Ferme de l’Écrivain), dans une complicité totale avec une bande de gamins de toutes origines, ainsi qu’avec le gardien de nuit Bouazza qui lui a appris le nom des étoiles en arabe, et son fils Boukhalfa, qui restera son plus fidèle compagnon: pour combattre l’Allemagne nazie, comme pour jouer son propre rôle dans le film “Les Oliviers de la Justice”.

A Alger, sa mère infirmière exercera dans les immenses bidonvilles du quartier Clos Salembier.

Études supérieures (Philo, Lettres) en France. Prof de lettres dans le Nord puis en Corse.

Publication de son premier roman “L’embarquement du Lundi” chez Gallimard en 52 (Tentatives d’un jeune lycéen pour apprivoiser Alger). En 53, retourne à Alger.

La mort de son père, en 55, le pousse à écrire “Les Oliviers de la Justice”, deuxième roman autobiographique, quasi-documentaire : à partir d’un contexte où la guerre d’indépendance a commencé, et en faisant remonter ses propres souvenirs d’enfant de la campagne, l’auteur tente de faire le bilan des rapports humains entre “arabes” et “pieds-noirs” où haine et tendresse coexistaient autant que les différentes langues méditerranéennes. (Grand prix Catholique de Littérature).

Pour ne pas assister à la guerre fratricide, il quitte l’Algérie pour Paris, en 1956.

En 57, “Les Paroles de la Rose” poème salué comme une œuvre surréaliste, a été écrit “sous dictée”, comme le collage de toutes les phrases recueillies de la bouche d’une vieille algérienne…

61-62, en pleine guerre, avec un producteur de Bab El Oued et un jeune réalisateur américain résidant à Alger James Blue, il adapte ce dernier roman.

Tourné dans la Mitidja et à Alger, avec une équipe de techniciens et d’interprètes arabes et pieds-noirs, Jean Pélégri interprétant lui-même le rôle de son père.

Terminé malgré plusieurs plasticages dûs à l’animosité de groupes pieds-noirs ultra après son soutien public au livre de Jules Roy “La guerre d’Algérie”, le film enthousiasme les auteurs de la “Nouvelle Vague” et reçoit le Prix des Écrivains de Cinéma et de Télévision à Cannes en 62.

En 63, Gallimard publie “Le Maboul” (”Le Possédé”), livre inspiré et chant désespéré de fraternité, où l’auteur transfiguré en Slimane le gardien de nuit du domaine de Mr André, essaie de combattre la “maladie” et la haine interethnique…

Le livre est salué par les jeunes écrivains algériens qui l’invitent à créer avec eux la première Union des Écrivains.

Jean Pélégri n’obtenant pas la nationalité algérienne, quitte Alger et s’installe définitivement à Paris.

Durant plus d’une décennie, il poursuit le cycle de Slimane dans deux autres romans: “Les Monuments du déluge” (67), “Le Cheval dans la ville” (72), trois pièces: “Slimane”(70), “L’homme mangé par la ville” (70), “Le Maître du Tambour” (74), et de nombreux recueils poétiques: “Le Songe d’Abdallah” (63), “L’homme caillou” (65), “La Rose des sables” (70)…

Nombreux textes (articles, préfaces, etc…) où l’auteur revient inlassablement sur les drames de l’injustice coloniale vis à vis des Algériens, puis de l’injustice algérienne vis à vis des Européens qui tentèrent de rester après l’indépendance.

En 89, l’éditeur algérois “Laphomic” publie l’essai “Ma Mère l’Algérie”, ce qui constitue pour l’Algérie une véritable petite révolution culturelle…..

Prévu pour Mai 99, “Été perdus” (Seuil) dernier roman où l’auteur revient sur sa mémoire pied-noire que “Les Oliviers de la Justice” avait chanté pour la première fois, quarante ans plus tôt.

Nono. Hommage à Nourreddine Saadi. 16 Décembre 2017

Ces quatre lettres suffisaient à nommer celui que l’Algérie vient de perdre, un de ses derniers grands intellectuels, Nourredine Saadi.

Déjà de nombreuses années avaient éloigné nos destins et je n’ai rien su de sa maladie. Immense tristesse.

C’était un immense plaisir que de l’entendre parler, comme tous ceux qui parlent pour réfléchir et réfléchissent en parlant. De sa parfaite maitrise de la langue française, il n’en profitait jamais pour des effets de manche. Seule une grande clarté en découlait.

Le PAGS (parti communiste), dont nous étions membres, étant clandestin jusqu’en 1989, nous nous côtoyâmes plutôt dans les actions du RAIS (Rassemblement des Artistes, Intellectuels et Scientifiques) pour la liberté des opinions (à l’époque du parti unique), puis du Comité contre la Torture qui se constitua le 17 Octobre 1988, en réaction aux tortures dont la jeunesse fut massivement victime, notamment par la castration de certains d’entre eux, durant ces fameux ‘’évènements d’Octobre’’ qui coûtèrent la vie à plus de 600 personnes. Dans ce dernier mouvement, le rôle de Nono, comme du Dr Djilali Belkhenchir, fut de tout premier ordre. Lucidité et engagement.

Après l’assassinat de Tahar Djaout, fin Mai 1993, qui inaugura le début de ce qu’il désigna du néologisme d’intellectocide, à mon avis de son invention, il fit partie des 22 qui, une semaine après, créèrent un Comité pour la vérité sur la mort de Tahar Djaout, dénomination à laquelle il tint, mais que personnellement, minoritaire, je refusai : quelques jours plus tard Anouar Haddam, un dirigeant du GIA revendiquait de Rome le crime. Après l’assassinat du psychiatre Mahfoud Boucebsi, qui faisait aussi partie de notre Comité, deux policiers en civils vinrent signifier à notre Comité que nous étions des 6 qui devaient bénéficier d’une protection policière.

Et finalement, c’est en exil, que Nono devint écrivain, projet qu’il portait en lui depuis longtemps, empêché sans doute par ses multiples engagements intellectuels et politiques.

Hormis son tact, sa délicatesse, et sa grande culture dont il n’avait pas besoin de faire étalage tant elle transparaissait dans son verbe souverain, Nono restera pour moi un des (rares) intellectuels du PAGS qui sut garder sa liberté, refusant le fil à la patte (de la SM) de combien d’autres, nos ‘’camarades’’. Ils furent si nombreux qu’il serait vain de vouloir en faire la liste, assimilant le PAGS à un appendice de gauche du pouvoir. Ce ne fut jamais un sujet de débat entre nous. En eut-il conscience ? Forcément.

Et lorsque mon dernier film Algérie, histoires à ne pas dire, fut interdit par le pouvoir en Juin 2007, et descendu en flèche par ces intellectuels au fil à la patte justement, mes ex-‘’camarades’’, Labidi, Snoussi, Bessa, Mediene et consorts, Nono, lui, accepta de venir animer avec moi un débat dans une salle de cinéma de Paris (à l’instar d’ailleurs de Mohamed Harbi), et ce au nom de la liberté d’expression dont il avait toujours été un de ses inflexibles défenseurs, même s’il prit d’emblée la précaution de préciser qu’il n’épousait pas mon point de vue sur la guerre de libération, qui, je l’ai compris à partir de ce que me dirent dans ce film des ‘’anciens moudjahidine’’, fut aussi une guerre d’épuration (des non-musulmans).

La guerre de libération est toujours l’un des deux sujets tabous de l’Algérie. L’autre étant Israël. Deux tabous que, contrairement à quelques artistes et intellectuels du Moyen Orient, les intellectuels algériens n’ont toujours pas été en mesure d’affronter, hormis Boualem Sansal. Et je ne cacherai pas que j’eusse souhaité que Nono fut aussi de ceux-là, et qu’il nous laisse une trace de son séjour en Israël, il y a quelques années.

A l’exemplarité, il est vrai, nul n’est tenu. Mais Nono n’était pas n’importe qui.

Paix à son âme.

Condoléances à toute sa famille.

 

Mustapha Saâdoun. «Lui, il arrache et moi, je plante !»

Quelle tristesse de voir un tel homme nous quitter.

La dictature subie par notre peuple depuis l’indépendance avait coupé le fil entre les anciennes générations et les nouvelles. Et il avait fallu l’an 2002, le tournage de mon film «Un Rêve algérien» pour que je puisse enfin le connaitre. Ce fut une de mes plus grandes rencontres de ma vie entière : à 100 km d’Alger, au fond d’un jardin qu’il avait créé de ses mains de jeune septuagénaire, en seulement cinq années, aussi luxuriant que ceux d’Andalousie (pas de mystère divin, ses ancêtres en venaient !).
Nous venions à peine de nous connaître, durant les repérages, et il m’embarquait déjà dans des débats savants sur la génétique, sur la protection de l’environnement, sur la grosseur des troncs des amandiers en fonction de la terre d’accueil, discussion qu’il poursuivit devant la caméra quelques mois plus tard, sur les OGM qui grâce à nos «trabendistes et  nos ignares» allaient bientôt répandre le poison, «au moins, en France, ils ont des associations et José Bové…», conclait-il…
Et quand quelques mois plus tard, durant le tournage, Alleg s’extasia devant la hauteur d’un des mimosas, le vieil homme en éternel bleu de travail et en casquette, dont je découvrais le renversant sens de la répartie, lui répondit : «Oui, ils vont venir le bombarder ! Comme le World Center !». Et en quelques mots, Mustapha nous fit comprendre que les apparences étant trompeuses, nous étions bien là, au fond de son jardin, juste à côté de New York, au cœur de l’Univers, entre Wall Streets et l’ONU…
Oui, cet homme, qui après avoir dû abandonner sa maison dans le Chenoua à cause des islamistes, avait aussitôt refait d’un simple terrain vague, un magnifique jardin, de ses seules mains, ne donnait-il pas une leçon à tous ces intellectuels paresseux des pays dits aujourd’hui «émergeants» prêts à expliquer tous les maux de leurs pays, par la méchanceté de… l’Autre ? !
Il n’était pas économiste, celui qui en quelques secondes, improvisant devant la caméra, savait si bien caractériser la situation du pays (je cite de mémoire) : «Tout le monde s’est mis à faire des magasins… Entre deux magasins… ils font encore un magasin… Ils m’ont même proposé à moi qui hais le commerce, tiens pourquoi tu ferais pas un magasin, puisque ton jardin donne sur la route nationale !».
Il avait l’humour raffiné, Mustapha, avec ses yeux si intelligents et sa voix chantante de cherchellois.
Surtout il n’avait pas cette spécialité nationale, glorieux acquis de l’indépendance, la langue de bois.
Et quand il parlait justement de cette chasse gardée qu’est l’histoire de la guerre «de libération nationale», il n’allait pas par 40 chemins pour répéter ce qu’il avait dit à son compagnon Maurice Laban, ce communiste de Biskra qui avait déjà été gravement blessé au combat en Espagne, contre l’armée de Franco en 1939, lequel piaffait d’impatience pour rejoindre les maquis de l’ALN : «Mais ils vont te tuer !».
Par la suite, Mustapha me raconta que suite à la disparition de leur maquis communiste de l’Ouarsenis (avec Maillot et les autres…), il fut incorporé dans un bataillon de choc de l’ALN, dont il ne resta plus que 2 survivants, dont lui. On avait tout fait pour qu’il disparaisse glorieusement sur «le champ d’honneur», mais Mustapha pourtant si tendre, avait la peau dure. (j’ai tout ça sur K7 et je pourrai donner les precisions).
Un homme pareil, ne pouvait pas échapper à la vindicte de ceux qui disaient dans les salles de torture post-indépendance  (les mêmes que celles des paras, pourquoi en créer naturellement ?!) : «Les Français, ils ont pas pu faire parler Alleg, nous on le pourra !» (cf «Les torturés d’El Harrach»)… Ainsi parlait un certain «Rouget»…
Et lui, Mustapha, dont 3 frères avaient péri le même jour, en 56, pour lui faire payer son engagement dans la lutte armée. Lui, l’un des deux survivants du bataillon de choc. Lui qui avaient passé sa jeunesse à expliquer aux ouvriers agricoles qu’ils étaient des «ouvriers» de la terre et donc devaient faire des syndicats pour défendre leurs droits, leur salaire, leur dignité. Eh bien, lui la torture, on l’a lui fit subir, après l’indépendance, durant un mois entier.
Je n’ai pourtant jamais décelé chez lui, la moindre aigreur. Il n’est pas mort d’ulcère, mais sans doute de la seule maladie dont sont atteints ceux qui passent leur vie à donner, l’épuisement.
Malgré ses fatigues, il n’avait pas hésité à prendre un taxi pour venir voir mon dernier film «Algérie, histoires à ne pas dire», puis à retourner bredouille à Cherchell, puisque le film fut interdit, ce 13 Juin 2007 à la salle Ibn Zeidoun. Mais, il reprit à nouveau un taxi, pour venir le voir lors de la première des trois projections privées (mais non clandestines), que j’organisai à Alger, grâce à un jeune éditeur courageux. Et, lui qui en connaissait un bout sur l’idéologie et les pratiques du nationalisme, avant, pendant, et après la guerre, tint à dire en public tout le bien qu’il pensait du film. Il y avait là Mohammed Harbi, M. Bouaziz, et d’autres personnalités.
Déjà dans «Un Rêve algérien», n’avait-il pas dit la responsabilité nationaliste dans le devenir d’une Algérie qui n’avait pas su garder ses Juifs et ses Pieds-noirs ? N’avait-il pas fait sentir sa souffrance d’une Algérie amputée de ce «rêve algérien» ? N’avait-il pas dit : «Regarde ce qu’ils font aujourd’hui avec les Kabyles !». Jusqu’au bout, en tous cas, il fut lucide. Des dirigeants communistes algériens ayant un tel sens critique, et une telle liberté de parole en public, j’en ai, il me faut l’avouer, rencontré très peu.
Mustapha est parti. J’aurais tant voulu encore marcher avec lui, sur cette place si riche d’histoire, une histoire qui disait aussi que l’Algérie avait une existence anté-islamique, même si aujourd’hui des Frankeinstein s’en prenaient à ses vestiges, sans parler de ceux qui avaient osé transformer le plus grand hôtel (colonial et aliéné)… en commissariat (algérien et libre). Oui j’aurais tant voulu le voir saluer les boulomanes d’aujourd’hui, avec cette nostalgie de «l’anisette…», qu’il évoqua à trois reprises, à haute voix, tout en marchant devant la caméra qu’il ne voyait pourtant plus, perdu  dans ses souvenirs de fraternité toujours solidement enracinés au plus profond de son être…
Les Frankeinstein, Mustapha ne les aimait pas. Mais il savait aussi qu’on ne pouvait les combattre qu’avec plus de démocratie, non en se comportant comme eux, comme des monstres. Il le savait, non pas seulement par son humanisme, mais dans sa chair. Son propre fils, aux sympathies sans doute islamistes avait disparu.
«La disparition énigmatique de son fils Djamel en 1996, alors qu’il effectuait son service militaire». Un journaliste de la presse indépendante aurait pu se dispenser de l’épithète «énigmatique».
Cette disparition donc «énigmatique», a été le grand drame de la dernière décennie de sa vie. Malgré son passé révolutionnaire, et ses convictions laïques, ses innombrables démarches sont restées vaines, sans réponse. Il avait sollicité tous ses amis. Moi, pour faire un film sur les disparus. Et notamment Henri Alleg, espérant sans doute qu’une intervention publique, de celui qui avait été l’ami de Maurice Audin, pourrait y faire quelque chose.
A présent, Malika, sa femme va devoir continuer à porter, avec ces autres milliers de femmes, ce terrible fardeau de mère de disparu, dont nous ne devrions plus parler qu’en privé, en baissant la voix, au nom de la dite «réconciliation nationale», comme si l’amnésie et le silence étaient la meilleure thérapie, comme si la parole n’était pas la seule alternative à la violence. Mes pensées, toutes mes pensées, vont à présent vers elle, qui malgré cette immense douleur, avait comme Mustapha gardé le même humour (l’humour serait-il une denrée rare de Cherchell ?), et de Mustapha le même amour de jeune fille défilant dans les rues de Cherchell, alors que la guerre civile avait déjà recommencé avant même l’indépendance,  en criant, «Sebra snin baraket !», pour avoir aussi et enfin le droit de serrer dans ses bras son amoureux.
Et d’ailleurs, n’est-ce pas elle encore, dans «Un Rêve algérien», qui lui rend le plus bel hommage, par cette autre déclaration d’amour, quand  marchant derrière son mari  qui venait de nous décrire «une maladie venue d’Asie qui s’attaquent aux jeunes plantes»,  elle s’était exclamé en riant, de son rire sonore : «Lui, il arrache, et moi je plante !»
Jean-Pierre Lledo


La Nouvelle République, Algérie  (31-01-2009)

Henri Alleg ou l’espiègle Harry Salem… (19/07/2013)

La famille communiste algérienne fut, durant la colonisation, la seule formation politique qui avait vraiment pratiqué la mixité ethnique. Elle se distinguait notamment des formations politiques nationalistes toutes islamo-centrées. On adhérait par exemple dans le parti de Messali Hadj en jurant sur le Coran. Aussi avais-je de suite précisé à Alleg, personnage principal de mon avant dernier film Un Rêve algérien, que l’hommage irait non à un homme, mais à une idée: la fraternité. Cela lui convint. Alleg avait des défauts, mais certainement pas celui de l’égo. Et il accepta, certes non sans fléchir un instant, suite aux pressions de certains de ses camarades: chez les communistes, la fraternité ne pouvait être que prolétarienne…

Né en Algérie, en 1947, d’un père communiste, pour moi Alleg et ses compagnons avaient toujours représenté ce rêve d’une Algérie multiethnique qui avait façonné mon identité. En quête d’un rêve qui avait pourtant échoué, je ne pris pas immédiatement conscience que j’allais filmer un deuil. Une dépression, que je ne sus même pas identifier -c’était la première et seule fois- me le signifia à sa manière dès les premiers jours de tournage… Et je dirigeai ce film comme un fantôme. Les rôles s’inversèrent et chaque matin, c’était Henri qui m’encourageait, et m’attestait que la veille nous avions filmé des choses intéressantes.

La véritable fin du film a lieu dans un cimetière alors qu’une voix, la mienne, fait le constat: « L’Algérie avait été indépendante, pourquoi n’avait-elle pu être aussi fraternelle? ». Cette « Question »-là, resta toujours, chez les communistes algériens, en suspens. Dans toutes les têtes, mais personne n’osait l’affronter. Y apporter une réponse, encore moins. Or c’est précisément par cette question que commença le tournage à Alger.

Après le repas, aux douze compagnons venus l’accueillir au port, je demande d’y répondre à tour de rôle. Assis côte à côte, en demi-cercle, chacun y va de sa réponse, c’est-à-dire de sa non-réponse… Préférant attribuer à l’Autre -« la colonisation », « l’OAS », etc.- la cause de l’échec. Le temps passe, nous filmons depuis 3 heures. Seule lueur, Abdelhamid Benzine, (directeur du quotidien Alger Républicain qui reparaît dans les années 90, après son interdiction suite au coup d’Etat de 1965) déplore le fait que les communistes aient été les seuls à nourrir un tel rêve, et ajoute que si le million d’Européens était resté, l’Algérie n’aurait peut-être pas connu la tragédie islamiste (200.000 morts). Et Alleg d’ajouter, avec force exemples, émotion, et humour, que, du moins au sein de la famille communiste, ce rêve ne fut pas qu’une utopie.

D’un naturel têtu, derrière la caméra, j’attends. Vers 23 heures, alors que je m’apprête à déclarer forfait, agacé par tant de langue de bois, Lakhdar Kaïdi, qui fut en Algérie dans les années 40-50, le secrétaire général du plus grand syndicat (CGT), lâche enfin, en roulant les  »r », et en martelant chaque syllabe: « Les nationalistes n’avaient pas le même prrro-jet que nous… Ils voulaient une Al-gé-rrrie a-rrra-bo-mu-sul-mane ! Oui je dis bien, une Al-gé-rrrie a-rrra-bo-mu-sul-mane ! ». Quel pavé dans la mare ! Les vagues déstabilisent l’assemblée, et Alleg s’applique aussitôt à désamorcer la bombe, avec la tortueuse dialectique que lui connaissent ses amis. Je dus renoncer à cette séquence, uniquement pour des raisons narratives. Mais je la regrette encore.

Alleg avait l’art du consensus, du moins, à l’intérieur de son camp,  »anticolonialiste », et  »anti-impérialiste ». Plus qu’incisif contre l’adversaire, sinon railleur. Mais pour l’allié, rondeur, voire autocensure. Silences, sur lesquels je ne m’appesantirais pas ici, notamment ceux concernant l’intouchable  »camp socialiste »: les goulags, les millions de morts, le fait anti-juif massif, etc. Ou les silences concernant le devenir des pays indépendants, à commencer par l’Algérie: leurs dictatures, leur corruption, leur stagnation, leur… Tout cela n’était pour lui que conséquences du  »néo-colonialisme ».

Lucide, il le demeurait cependant. Mais encore fallait-il que ce soit dans l’intimité, sans caméra. Jamais Alleg n’aurait dit publiquement la chose qui le fit le plus souffrir, ce que je m’apprête à dire, ceci sans avoir la prétention d’apaiser son âme, car il en faudrait sans doute bien plus, tant les silences furent chez lui aussi tonitruants que fut vigoureuse l’expression de ses convictions. Voilà ce qu’il me dit…

Arrivant en prison, à Barberousse, à Alger, tout auréolé de sa victoire sur les tortionnaires, ses camarades communistes lui proposèrent d’être le responsable de leur groupe, à l’instar des nationalistes qui avaient déjà le leur. Alleg, qui certes avait bien des défauts mais pas celui du goût du pouvoir, consentit. Quelques semaines plus tard, arriva leur camarade Ahmed Akkache. Informé qu’Alleg avait été désigné comme responsable du groupe communiste, il sortit de ses gonds. Une telle chose était impossible !  »Le PCA ne pouvait être représenté, surtout en prison, que par un… Algérien… ». (Traduire : avec un nom bien arabo-musulman…).

Comprenant qu’il ne s’agissait pas de lui en particulier, (arrivé en Algérie à 19 ans), mais bien de tous ses autres camarades non-musulmans, eux aussi Algériens mais d’origine chrétienne et juive, ayant risqué leur vie pour l’indépendance de ce qu’ils considéraient comme leur pays, Alleg fut atteint à jamais. Au point d’avoir voulu emporter le secret dans sa tombe. Puisque contrairement à ce que j’avais espéré, il ne le mentionna même pas dans ses  »Mémoires algériennes », écrites en 2003, juste après le film. Le pourfendeur de la fraternité prolétarienne, certes, n’était pas n’importe qui : directeur de l’organe central du PCA, Liberté, et membre comme Alleg du Bureau Politique ! Discipliné et consensuel, ce dernier, comme bien d’autres fois, avala la purge sans faire d’histoire.

La fraternité multi-ethnique n’avait donc pas été aussi évidente que je l’avais pensé, y compris au sein du PCA. Il faut dire que pris dans leurs dogmes, les communistes avaient du mal avec les questions identitaires. Protégé derrière son pseudo de journaliste, Alleg n’avait jamais déclaré publiquement, jusque-là, qu’il était Juif. Et j’eus tout le mal du monde à le lui faire dire dans le film :  »Un jour, en 1941, à l’époque de Vichy, avec René Duvalet, on faisait du stop dans la campagne. Une charrette s’arrêta. C’était un Européen qui se mit à dégoiser contre les bolcho, les Anglais, et les juifs. Clandestins, on ne put rien lui répondre. Mais quand on descendit, René me dit : s’il avait su que t’étais les trois à la fois : Anglais, bolcho et juif ! ».

Chaque jour, du matin au soir, Alleg était capable de vous mettre dans sa poche avec ses histoires, toujours nouvelles, toujours désopilantes. Heureusement, il avait de l’humour. Juif, forcément. Puisque son ascendance tant maternelle que paternelle, avant l’Angleterre, venait de Pologne et de Russie, et avant d’Espagne…Et avant ? Je pense qu’il ne fit jamais de recherche, comme tous ces Juifs qui passent leur vie à faire oublier leur judéité en commençant par masquer leur nom (Edgar Morin, alias Nahum fut d’ailleurs un de ses copains de lycée à Paris…). Après tout j’avais fait pareil, sans même besoin de masquer, le nom catalan de mon père suffisait…

Il aurait été intéressant que le public sache l’origine du nom que se choisit Harry Salem. Un de ses compagnons me le révéla, mais Alleg me demanda de ne plus évoquer ce sujet.

Deux hommes coexistaient en lui. L’homme cultivé, érudit, grand lecteur, sensible, voire même très émotif (combien de fois ne le vis-je pas pleurer), plein de nuances, de tact, et d’élégance british (la seule fois où il se fâcha contre moi, c’est quand invités par l’ambassadeur français en Algérie, je ne m’étais pas suffisamment  »habillé »…), et le militant grand adorateur et grand pourfendeur, devant l’éternel. Un abîme entre les deux.

Et il arriva ce qu’il devait arriver. A la question  »L’Algérie avait été indépendante, pourquoi n’avait-elle pu être aussi fraternelle? », il me fallait une réponse. Une réponse, dans mon cas, cinématographique. Il me fallait retourner en Algérie, mais cette fois pour entendre, de la bouche même des simples gens d’Algérie, d’origine arabo-musulmane, ce qu’il s’était réellement passé durant la guerre d’indépendance. Je commençais à soupçonner que cette guerre avait été menée par le FLN, avec une double finalité. Une, avouée, l’indépendance. Et l’autre, inavouable, celle du nettoyage ethnique comme le reconnut l’historien algérien Mohamed Harbi, lors d’un débat à Paris en 2008.

Lorsque je fis part à Alleg de ma volonté d’en savoir plus sur le fait que la  »guerre de libération » commença (notamment le 20 août 1955, dans le Constantinois) et finit (le 5 juillet 1962, à Oran) par un massacre de civils, au faciès, ciblant les non-musulmans, il fit tout pour m’en dissuader, sans contester d’ailleurs la réalité de ces massacres. Le film terminé,  »Algérie, histoires à ne pas dire » fut interdit en Algérie, en juin 2007 (et à ce jour, aucune chaine française n’a émis le souhait de le montrer). Mais le pouvoir n’eut même pas besoin de s’en expliquer. Mes anciens camarades s’en chargèrent dans les journaux algériens, à pleine colonnes, et très rapidement on censura mes réponses !

Arrivé à Paris, j’organisai une projection pour une soixantaine d’amis et de cinéastes. Parmi eux, Alleg et son camarade oranais Jules Molina. Lorsque les lumières se rallumèrent, tous deux quittèrent la salle. Sans un mot. Notre dernier mot, si je puis dire.

Pourtant Alleg devait bien savoir ce qui était arrivé à Molina lui-même. Dès sa sortie de prison, le 19 mars 1962, il avait mis son savoir technique pour faire redémarrer l’usine de fabrication de lait d’Oran (la CLO). Et le 5 juillet 1962, le jour où l’on célébrait officiellement l’indépendance, à peine sorti de l’usine, il se fit arrêter puis conduire dans un commissariat déjà bondé de non-musulmans. Après un moment qui lui parut l’éternité, quelqu’un le reconnut,  »c’est un frère ! ». Lui, eut donc la chance d’être libéré. Mais, il savait, et Alleg savait aussi que les autres furent sans doute égorgés et jetés dans le tristement célèbre  »Petit Lac » où des oiseaux charognards continuent aujourd’hui de se repaître, l’endroit étant devenu une décharge publique… (Ayant pu avoir accès à certaines archives en France, l’historien Jean-Jacques Jordi en fait un premier bilan dans  »Un Silence d’Etat », publié il y a une année.)

Notre rupture avait donc eu lieu dans une salle de projection.

Si l’art du communisme consistait à s’abriter derrière des rêves de jeunesse, pour mépriser le réel, il était évident que je l’avais désappris depuis belle lurette, sans que j’ose même me l’avouer. En fait, le communisme avait failli, quasiment dès l’origine, dès le moment où Marx, justement dans  »La Question juive », commença à s’attaquer aux  »droits de l’homme », merci André Sénik de m’avoir permis d’en prendre conscience. Et moi, sans le savoir, je m’en étais éloigné, dès le moment où j’avais considéré qu’il n’y avait rien de plus important que la liberté d’expression et de conscience.

A ses toujours camarades, je leur laisse donc volontiers l’homme qui avait aimé ses œillères, ou qui n’avait pas eu le courage de les arracher, qu’elles se nomment goulag ou Akkache.

Quant à moi, j’emporterai l’espiègle, Harry Salem…

Fanny Colonna vient de nous quitter… (25/11/2014)

Grande dame alliant le travail acharné, méticuleux, documenté, à une finesse d’analyse, et une qualité d’écriture allusive, jamais démonstrative, qui aurait pu en faire une grande écrivaine. Et malgré cette ascèse, aussi disponible que généreuse de son temps. Une grande dame tout court. Tous ceux qui l’ont approchée le savent. On l’appelait Fanny.

Et puisque les hommages tenteront d’arrondir les angles, restituons leur rugosité.

La presse algérienne d’abord. Elle serait « une spécialiste de l’Algérie » (Moudjahid), une technicienne, sorte de coopérante, quoi! Voire même « une amie de l’Algérie », selon le très démocrate Watan. Or Fanny, étudiante à la Fac d’Alger dans les années 50, s’était engagée en faveur de l’indépendance de l’Algérie, à partir de ses convictions de chrétienne libérale. Et était devenue algérienne en acceptant l’humiliation de se plier au Code de la nationalité de 1963 qui stipulait que le « Musulman », seul, était automatiquement « Algérien ». Les chrétiens ont le sens du sacrifice. Les communistes aussi. Je puis en témoigner.

Dans le cas de Fanny, il fut immense, puisque son père fut assassiné par le FLN, dès le début de la guerre dite de « libération ». Le 20 Août 1955, l’ALN-FLN lance sa « première offensive militaire ». Car en fait une opération terroriste de grande envergure: dans l’ensemble du Constantinois, l’épicentre étant Philippeville, entre midi et 15 h, on massacre au faciès, au couteau, à la hache, à l’arme à feu. En quelques heures, environ 120 personnes, bébés, femmes, vieillards, travailleurs notamment de plusieurs mines, sont égorgés, tailladés, découpés, énucléés. Le père de Fanny, Jean Reynaud, 47 ans, né lui-même en Algérie, administrateur civil à El Milia, est mitraillé « sur la route alors qu’il revenait de superviser l’évacuation d’une quinzaine d’Européens assiégés dans la mine de fer de Sidi Marouf »(1).

Longtemps les amis de Fanny n’en sauront rien. Longtemps, pour ses propres enfants le sujet fut tabou.

Mais quand en 2007, Fanny vit mon film « Algérie, histoires à ne pas dire » dont le premier épisode était consacré à cet événement, elle me remercia, à contre-courant de l’intelligentsia algérienne qui s’empressa de m’attaquer alors que le pouvoir algérien venait de l’interdire. Par la suite, Fanny accepta de parler à Roger Vétillard qui préparait le seul ouvrage sérieux sur la question « 20 Août 1955, dans le Nord-Constantinois, Un tournant dans la guerre d’Algérie ».

Croyant que Fanny avait besoin d’encouragements pour se lancer dans un travail de réhabilitation de la mémoire de son père, je fis tout ce que je pus pour la persuader de s’y mettre. Elle accumulait les documents, mais ne franchit pas l’obstacle. Son fils écrivain, sa fille cinéaste, le pourront-ils?

L’obstacle était certes rude. Difficile de reconnaitre que les valeurs « universelles » pour lesquelles on a tant sacrifié, n’étaient que le pire des nationalismes ethnico-religieux, celui que Camus avait détecté dès le début. Pourtant rompre avec des idées, n’était pas si infaisable lorsqu’on est un intellectuel de la trempe de Fanny. Mais rompre avec des amitiés et des fidélités? Surtout lorsqu’on appartient à une minorité qui pour se faire accepter n’a d’autre option que la dhimmitude, laquelle pour un intellectuel consiste juste à s’interdire certains sujets. Pour un juif comme moi, Israël. Et pour une chrétienne comme elle, cette obligation à discrétion que le pouvoir savait obtenir y compris par l’assassinat (2).

Car dans son domaine, l’anthropologie, Fanny fut toujours dans la marginalité. Discipline séditieuse s’il en est dans une Algérie qui se veut « arabo-musulmane ». Rien ne devait écorcher le mythe. Ni l’enquête de terrain. Encore moins les sources de l’époque « coloniale » (3) ! Les chercheurs algériens auront donc un jour à rendre cet hommage à Fanny de leur avoir relégitimé un trésor de connaissances.

Cette marginalité était le moteur de sa recherche. La plus grande affaire de sa vie de chercheure fut l’islam paysan et son expression confrérique, dénigré comme  »collabo du colonialisme » tant par le nationalisme et les Oulamas algériens d’avant la guerre, que par le pouvoir indépendant, qu’enfin par l’islamisme des années 90. Il fallait donc avoir un certain cran pour affronter l’établishment universitaro-politique, qui le lui fit assez payer sans pouvoir l’anéantir car Fanny, chercheur au CNRS français, avait les moyens de son indépendance.

Les Aurès, la Kabylie, et le Sahara furent ses principaux terrains d’enquêtes. Trois régions clés de la berbérité. Autant dire des poudrières, vu que pour la simple reconnaissance du fait linguistique berbère, il fallut combien de combats et plus d’une centaine de jeunes tués à bout portant par les « forces de l’ordre ». Et là aussi Fanny n’hésita pas à soutenir les multiples protestas de la Kabylie, et à défendre des gens comme Mouloud Mammeri, l’écrivain et professeur sanctionné, et Ferhat Mehenni le chanteur et dirigeant emprisonné, actuel Président du Gouvernement provisoire en exil de la Kabylie.

Il avait donc été naturel pour elle d’œuvrer à ce mouvement des années 80, sans équivalent dans le monde arabo-musulman, appelé le Rassemblement des Artistes, Intellectuels et Scientifiques, soit le R.A.I.S (« président » en arabe…) n’ayant qu’un seul but, au temps du parti unique: faire qu’une opinion ne puisse être un délit. Mouvement qui se réunissait là où c’était possible, et, en ces temps où l’on mettait si facilement en prison, souvent chez Fanny.

L’estocade à ce mouvement fut assénée par le Front Islamique du Salut (FIS), et sa branche armée, le GIA: chaque mardi un intellectuel ciblé était assassiné, visant les meilleurs, l’écrivain Tahar Djaout, le psychiatre Mahfoud Boucebsi, le dramaturge Abdelkader Alloula, le pédiatre Djilali Belkhenchir et Président du Comité contre la Torture, dont Fanny fut aussi membre, et des dizaines d’autres. Chaque mardi.

Dès le début de l’intellectocide, Fanny à Paris prit l’initiative d’entrainer Bourdieu, André Mandouze, Mohamed Harbi et bien d’autres, afin de créer le CISIA, Comité international de soutien aux intellectuels algériens, dont le flot d’exil allait s’amplifier. Et il fallut à Fanny déployer de terribles efforts pour que le CISIA ne serve pas d’organisation d’accueil des islamistes que l’Etat algérien combattait et qui eux aussi s’exilaient. C’était l’époque où les organes principaux de l’intelligentsia française, Le Monde, Libération, le Nouvel Observateur et Politis avaient décidé que les islamistes étaient les véritables victimes d’une dictature militaire, et nous les intellos assassinés par les islamistes, des « suppôts » de cette armée au pouvoir! Compromission avec l’islamisme qui a réussi à gangréner toute l’Europe et même les deux Amériques, et qui aujourd’hui délégitime les démocrates qualifiés d' »islamophobes »!

L’islamisme, en tous cas, eut pour conséquence de faire prendre une décision déchirante à Fanny en 1994: quitter à jamais sa maison d’Alger. Déchirante compte tenu des engagements algériens de Fanny, au prix même du silence concernant son père. Mais aussi parce l’exil des intellectuels algériens venait télescoper cet autre exil que nous avions passé sous silence, celui de ces Juifs et de ces Pieds-noirs qui 30 ans plus tôt furent poussés aux mêmes extrémités: devoir quitter leur pays natal, parce que le FLN était arrivé à ses fins: épurer l’Algérie de tous ses non-musulmans, en pratiquant tout azimut un terrorisme ciblé, au faciès (4).

Le condamner publiquement, même rétroactivement, fut au-dessus des forces de Fanny. Et comme c’est le même fil qui relie toutes les causes qui l’ont pratiqué et continuent de le pratiquer, telle la aujourd’hui « cause palestinienne », elle s’abstint de le tirer. Mais en émettant le vœu d’être enterrée aux côtés de son père, à Constantine, n’encourage-t-elle pas les siens à surmonter l’obstacle dont je parlais plus haut?

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(1) Et comme le précise Roger Vétillard in « 20 Août 1955, dans le Nord-Constantinois, Un tournant dans la guerre d’Algérie » (page 123 de la première édition) il n’était pas protégé par une détachement de la Légion, ce qui lui aurait évité effectivement d’être aussi facilement tué, contrairement à ce qu’a pu affirmer, sans aucune vérification, la pseudo-historienne Mauss-Copeaux.

(2) En Juillet 1976, le prêtre Jacquier est assassiné en plein Alger, à coups de poignard. « Acte d’un déséquilibré » conclut la Justice, comme elle l’avait fait trois plus tôt après l’assassinat du poète algérien d’origine aussi chrétienne, Jean Sénac.

(3) Boualem Bessaiah, ministre de la culture des années 80, publia un livre sur la révolte d’El Mokrani en 1871, pompé dans l’ouvrage sur les Confréries, du 19ème siècle, de Louis Rinn, ethnologue et officier de l’armée francaise… Et donna l’ordre au directeur de la Bibliothèque Nationale de l’ôter de la circulation.

(4) Deux exemples entre cent: Ben Khedda, président du GPRA (Gouvernement provisoire de la république algérienne), 1961-1962, confirme dans son livre La fin de la guerre d’Algérie, Casbah Ed. 1998: « En refusant notamment la nationalité algérienne automatique pour un million d’Européens, nous avions prévenu le danger d’une Algérie bicéphale ».

Réda Malek, qui se veut un dirigeant moderniste et qui fut un 1er ministre anti-intégriste dans les années 90, conclut ainsi son récit des négociations sur les Accords d’Evian – Le Seuil, 1990: « Heureusement, le caractère sacré arabo-musulman de la nation algérienne était sauvegardé ».