Brève biographie de Jean Pélégri

Arrière-petit-fils d’un pauvre espagnol arrivé en voilier vers 1845, petit-fils d’un colon très dur qui mourra dans la guerre coloniale de Madagascar, fils d’un colon qui ruiné s’exile vers la ville, Jean Pélégri est né le 20 juin 1920, dans une ferme de la Mitidja, non loin de la famille de l’écrivain Jules Roy.

Enfance dans cette ferme, appelée Haouch El Kateb (Ferme de l’Écrivain), dans une complicité totale avec une bande de gamins de toutes origines, ainsi qu’avec le gardien de nuit Bouazza qui lui a appris le nom des étoiles en arabe, et son fils Boukhalfa, qui restera son plus fidèle compagnon: pour combattre l’Allemagne nazie, comme pour jouer son propre rôle dans le film “Les Oliviers de la Justice”.

A Alger, sa mère infirmière exercera dans les immenses bidonvilles du quartier Clos Salembier.

Études supérieures (Philo, Lettres) en France. Prof de lettres dans le Nord puis en Corse.

Publication de son premier roman “L’embarquement du Lundi” chez Gallimard en 52 (Tentatives d’un jeune lycéen pour apprivoiser Alger). En 53, retourne à Alger.

La mort de son père, en 55, le pousse à écrire “Les Oliviers de la Justice”, deuxième roman autobiographique, quasi-documentaire : à partir d’un contexte où la guerre d’indépendance a commencé, et en faisant remonter ses propres souvenirs d’enfant de la campagne, l’auteur tente de faire le bilan des rapports humains entre “arabes” et “pieds-noirs” où haine et tendresse coexistaient autant que les différentes langues méditerranéennes. (Grand prix Catholique de Littérature).

Pour ne pas assister à la guerre fratricide, il quitte l’Algérie pour Paris, en 1956.

En 57, “Les Paroles de la Rose” poème salué comme une œuvre surréaliste, a été écrit “sous dictée”, comme le collage de toutes les phrases recueillies de la bouche d’une vieille algérienne…

61-62, en pleine guerre, avec un producteur de Bab El Oued et un jeune réalisateur américain résidant à Alger James Blue, il adapte ce dernier roman.

Tourné dans la Mitidja et à Alger, avec une équipe de techniciens et d’interprètes arabes et pieds-noirs, Jean Pélégri interprétant lui-même le rôle de son père.

Terminé malgré plusieurs plasticages dûs à l’animosité de groupes pieds-noirs ultra après son soutien public au livre de Jules Roy “La guerre d’Algérie”, le film enthousiasme les auteurs de la “Nouvelle Vague” et reçoit le Prix des Écrivains de Cinéma et de Télévision à Cannes en 62.

En 63, Gallimard publie “Le Maboul” (”Le Possédé”), livre inspiré et chant désespéré de fraternité, où l’auteur transfiguré en Slimane le gardien de nuit du domaine de Mr André, essaie de combattre la “maladie” et la haine interethnique…

Le livre est salué par les jeunes écrivains algériens qui l’invitent à créer avec eux la première Union des Écrivains.

Jean Pélégri n’obtenant pas la nationalité algérienne, quitte Alger et s’installe définitivement à Paris.

Durant plus d’une décennie, il poursuit le cycle de Slimane dans deux autres romans: “Les Monuments du déluge” (67), “Le Cheval dans la ville” (72), trois pièces: “Slimane”(70), “L’homme mangé par la ville” (70), “Le Maître du Tambour” (74), et de nombreux recueils poétiques: “Le Songe d’Abdallah” (63), “L’homme caillou” (65), “La Rose des sables” (70)…

Nombreux textes (articles, préfaces, etc…) où l’auteur revient inlassablement sur les drames de l’injustice coloniale vis à vis des Algériens, puis de l’injustice algérienne vis à vis des Européens qui tentèrent de rester après l’indépendance.

En 89, l’éditeur algérois “Laphomic” publie l’essai “Ma Mère l’Algérie”, ce qui constitue pour l’Algérie une véritable petite révolution culturelle…..

Prévu pour Mai 99, “Été perdus” (Seuil) dernier roman où l’auteur revient sur sa mémoire pied-noire que “Les Oliviers de la Justice” avait chanté pour la première fois, quarante ans plus tôt.

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