Archéologie et Mont du Temple (10 Juin 2014)

Réaction à propos de l’article d’Ilan Ben Zion dans le Times of Israël

’Mont du Temple : un projet archéologique monumental et source de conflits’’

Dans l’édition du 9 Juin 2014 de Times of Israël, je dois avouer avoir été perturbé par l’esprit partisan et la présentation tendancieuse de l’étudiant-journaliste Ilan Ben Zion qui s’était donné pour objectif de faire connaitre le travail de l’archéologue Gabriel Barkay sur le site situé à Emek Tsurim, en contrebas du Mont Scopus, à Jérusalem. Et ce d’autant plus que je connais bien ce dossier, ayant moi-même filmé sur les lieux.

Le journaliste inscrit dès le début le travail de cet archéologue dans le cadre d’un ‘’conflit’’, de ‘’passions’’ et enfin du ‘’conflit israélo-palestinien’’.

En somme, Barkay ne s’intéresserait qu’à la civilisation juive, il utiliserait des méthodes ascientifiques, sa recherche étant financée par une fondation qui aurait pour but d’ignorer la civilisation islamique, ceci expliquant cela.

Et pour le prouver, l’étudiant-journaliste se fait même incognito pour assister ‘’clandestinement’’ à un cours donné sur le site par un étudiant en archéologie ! Enfin, pour délégitimer la scientificité de la démarche du Maître, il fait appel dans la seconde partie de son exposé à d’autres archéologues qui lui sont hostiles. Sans même s’apercevoir qu’ainsi il trahit sa propre hostilité à G. Barkaï et à son projet. Curieux parti pris quand on fait tout pour paraitre ‘’objectif’’.

Pour contredire Barkaï, il sollicite d’abord le ‘’Dr Yonathan Mizrachi, qui dirige Emek Schave, un groupe qui favorise la coexistence israélo-palestinienne à travers l’archéologie’’. Ce dernier soutient que le projet ‘’n’a aucune valeur archéologique’’.  Et le journaliste satisfait de l’affirmation ne demande même pas pourquoi ! L’autorité scientifique se prouverait-elle désormais par les opinions des archéologues sur le  ’conflit israélo-palestinien’’ ?  N’est-ce pas Mizrachi qui d’emblée se rend suspect d’instrumentaliser l’archéologie  à des fins politiques, à en juger d’après l’appellation de son institution ?

Puis ce dernier s’adresse à quelqu’un de plus sérieux, et surtout de plus circonspect, le Pr Israël Finkelstein. ‘’ Une découverte extraordinaire, comme une inscription, serait d’importance, mais rien de cette ampleur n’a encore fait surface’’. Difficile de croire que l’archéologue ignore que dans sa discipline  l’échec est la règle et le succès, l’exception. Encore plus difficile de croire qu’il ne soit pas au courant que justement Barkaï a trouvé…   ’des inscriptions’’ !

Pourquoi le journaliste ne lui objecte-t-il pas les paroles de Barkaï rapportées dans son article : ‘’des sceaux avec les noms de prêtres mentionnés dans le livre de Jérémie et pièces de monnaie frappées pendant le règne de roi Antiochus IV Epiphane, qui a combattu les Maccabées’’ ?

Ceci sans parler de ces ‘’ milliers de pièces, dont une ‘’Ma’hatsit Hachékel’’ de l’époque de la première révolte contre les Romains… Un cachet portant le nom de Guédaliahou Ben Imer, un des frères de Pach’hour et Cohen servant dans le Temple, évoqué tant dans le livre de Jérémie que dans les Chroniques’’, dont Barkaï m’avait parlé, et que le journaliste a sans doute oublié de mentionner. Bigre, ce n’est quand même pas rien tout cela !

Le plus terrible dans ce reportage, c’est cette tentative de minorer, sinon même de nier, ce que Barkaï avait qualifié devant ma caméra de ‘’crime archéologique’’ : « en enlevant au buldoozer des milliers de mètres cubes de terre, ce sont des objets de TOUTES les CIVILISATIONS qui ont été détruits. ». Et effectivement Barkaï et ses équipes ont aussi trouvé ‘’des objets de la civilisation islamique’’. Pourquoi, le journaliste ne lui a-t-il pas posé la question directement, plutôt que d’espionner ses étudiants ?

Pourquoi convoquer un archéologue palestinien de l’université Al-Quds, le Pr Marwan Abu Khalaf, pour mettre en doute que la terre traitée par Barkaï et son équipe soit celle enlevée au buldoozer au niveau des Ecuries de Salomon ? !!!  Elle proviendrait ‘’d’une décharge datant de l’époque du sultan ottoman Soliman le Magnifique’’ !!! Pourquoi ne pas lui avoir demandé d’où il tirait son information ? Pourquoi le journaliste n’objecte-t-il qu’à Barkaï et à son entreprise, et jamais à ses détracteurs ?

Pourquoi valoriser l’un et dévaloriser l’autre ? ‘’Abu Khalaf a beaucoup écrit sur l’histoire islamique du Haram al-Sharif’’, nous dit-il, comme si l’archéologie consistait à écrire des livres, et non d’abord à fouiller. Pourquoi d’ailleurs ne pas lui avoir demandé ce qu’il avait fouillé, voire trouvé, lui ?

Et au cas où l’étudiant ne le saurait pas, on doit au Dr Gaby Barkaï l’une des plus importantes découvertes archéologiques de ces dernières décennies : une inscription datant du sixième siècle d’avant l’ère commune sur laquelle étaient écrits les versets de la bénédiction des cohanim (« Birkat Cohanim »), ce qui remettait en cause l’affirmation de certains archéologues, tels Finkelstein, qui situaient bien plus tard l’écriture du Tanakh.

A ce stade, on se demande si l’énorme protestation de toute la société civile israélienne, tous courants confondus, de Haim Gouri à David Grosman, et des 82 députés de la Knesset, qui tous ensemble dénoncèrent « l’acte de vandalisme et de destruction irréparable mené sans supervision et en violation de la loi », et si le Comité pour la prévention de la destruction d’antiquités sur le Mont du Temple qui se constitua aussitôt, n’auraient pas été le résultat d’une sordide conspiration, on suppose, ‘’sioniste’’, et ‘’de droite’’ !!! Pensez, juste pour ‘’une décharge datant de l’époque du sultan ottoman Soliman le Magnifique’’ !

D’ailleurs bizarrement, l’étudiant-journaliste ne dit pas un mot de toute cette protestation. Cela fut pourtant un des grands scandales des années 2000, puisque pour réaliser ces travaux, le Waqf reçut l’autorisation du Premier ministre de l’époque, Ehoud Barak…

Pas un mot non plus sur la résistance de l’Autorité israélienne des Antiquités, l’AIA, au projet de Gaby Barkaï et son assistant, Tsa’hi Zweig, compréhensible puisqu’elle avait laissé se commettre un ‘’crime archéologique’’, alors qu’aucune construction ne peut se faire en Israël sans l’accord de cette toute-puissante institution, et les entrepreneurs du métro de Jérusalem en savent quelque chose…

Pourquoi un tel laxisme ? N’ayant rien dit de tout ce qui précède, le journaliste n’avait même pas à se poser la question. Dommage, car de fil en aiguille il aurait découvert que pour certains le Har Habayit, appelé en France ‘’Esplanade des Mosquées’’, n’a jamais existé. Le Mont du Temple une invention des Juifs ! N’était-ce pas ce qu’avait dit Arafat à Clinton ?!  Le ‘’Mur occidental’’ du Kotel  n’est-il pas appelé ‘’Le Mur Bourak’’ par les musulmans ?

Comment un journaliste de Times of Israel peut-il être à ce point dupe d’un tel narratif négationniste ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *