A la Cinémathèque d’Oran

Un hymne à la fraternité C’est devant de nombreux cinéphiles qu’a été projeté, jeudi après-midi, à la cinémathèque d’Oran, le film «Un rêve algérien» de Jean-Pierre Lledo, programmé auparavant dans le cycle «Le Printemps du cinéma». La projection s’est déroulée en présence du directeur de production, Serge Lledo, et du premier assistant réalisateur, Yacine Lalaoui. «Un rêve algérien» est un film plein d’émotions fortes qui constitue un hymne à la fraternité. Les images déchirantes d’amitié retrouvée n’ont pu laisser le public insensible qui n’a pu se retenir d’applaudir par endroits au cours de la projection.

«Un rêve algérien» est un long métrage documentaire et un témoignage vivant du retour en Algérie, après quarante années d’absence, de Henri Alleg, l’ancien directeur du journal Alger Républicain et l’auteur du best-seller «La Question», qui a dévoilé la pratique de la torture par les autorités coloniales durant la guerre de libération. Le film est un voyage rétrospectif vers la mémoire pour aller à la rencontre d’anciens compagnons de lutte pour la liberté et l’indépendance. Henri Alleg, le personnage central du documentaire, conduira la caméra qui sillonnera le pays d’est en ouest pour redécouvrir des lieux qui évoqueront pour lui des souvenirs douloureux et lui feront arracher bien des soupirs et des larmes difficilement contenues. Les escales à l’est du pays, dans les mines de l’Ouenza, pour retrouver un ancien camarade syndicaliste qui fondra en larmes au souvenir des souffrances endurées par ses anciens collègues de la mine, la halte à Cherchell, chez l’ami Saadoune, vieil horticulteur impénitent à l’ironie acerbe, pour un rapide recueillement dans le cimetière de la ville devant des tombes de martyrs anonymes, le pèlerinage de camarades devant la tombe d’Henri Maillot ou à Haouch Lou, dans la Mitidja, ou encore une brève visite au pénitencier Barberousse où Henri Alleg a été détenu et où le souvenir des 69 prisonniers guillotinés reste vivace, seront autant de moments déchirants du film.

A Oran, ce sera le pèlerinage de Jean-Pierre Lledo sur les lieux de son enfance et la rencontre avec le syndicaliste Djidel qui rappellera avec émotion l’épisode des dockers d’Oran qui avaient refusé d’embarquer des armes sur un navire en direction du Vietnam et qui ont été soutenus dans leur résistance par une nuée de femmes. Dans tous ces lieux visités, ce sera toujours la même ambiance de fraternité, de générosité et de partage créée par la rencontre d’amis de toujours, qui ont su surmonter les différences ethniques ou confessionnelles, qui émaillera ces retrouvailles. Le débat qui a suivi la projection s’est avéré très houleux et a failli dégénérer en joutes verbales du fait de l’incompréhension de certains spectateurs de la portée du message qu’a voulu transmettre le film et de l’imprudence des animateurs à lâcher les rênes du débat. La conférence de presse animée dans la matinée a permis à Serge Lledo de se prononcer sur les conditions dans lesquelles a été réalisé le film, et au responsable de la cinémathèque de rappeler les efforts entrepris, depuis la réouverture de la cinémathèque, pour abriter des rencontres avec quelque sept réalisateurs algériens, une dizaine de comédiens et autant d’expositions diverses. Dans le hall de la salle répertoire, le public était accueilli par une exposition photos dédiée à Kateb Yacine, à l’actif de l’association «Femmes algériennes revendiquant leurs droits» qui prépare également un hommage au cinéaste Jean-Pierre Lledo.

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