A Tahar, Aux Purs (Tahar Djaout, poète assassiné par les islamistes) – Alger Républcain – 30 Mai 1993

Tahar Djaout, l’un des plus talentueux poètes et romanciers, (édité par le Seuil), est assassiné à bout portant, alors qu’il venait de s’asseoir au volant de sa modeste voiture afin de rejoindre son journal culturel ‘’Ruptures’’, et ce sous les yeux de sa fille Kenza qui du balcon venait de le saluer. C’était aussi un ami, depuis l’époque où il avait loué dans un article mon premier long-métrage de fiction ‘’L’Empire des Rêves’’ (1982)…

Les islamistes ont commencé leur lutte armée en ciblant prioritairement les intellectuels. Tahar sera le premier. Plus une centaine connaitront ce sort. La journée du mardi leur est désignée (pour les policiers, ce sera le lundi). Tahar reste dans le coma durant une semaine et nous allons chaque jour à l’hôpital en espérant le miracle.

 

UN TRIBUNAL INTERNATIONAL POUR JUGER LES CRIMES CONTRE L’HUMANITE DE L’INTEGRISME (24 Octobre 1994)

Après avoir habilement, depuis deux ans ciblé les unes après les autres des catégories particulières de citoyens accusés de « soutenir la junte »,

Après avoir essayé de salir les intellectuels pour justifier leur forfait,

Après avoir réussi à tromper une grande partie de l’opinion public, des médias et des gouvernants, en légitimant leur violence par l’interruption du processus electoral enJjanvier 1992,

Après avoir même réussi à se faire passer pour des victimes et à forcer l’hospitalité de nombreux pays,

Les forces de la mort en Algérie – l’intégrisme est ce qui l’orientent, le dirigent et le manipulent – dévoilent aujourd’hui aux yeux de tous leurs faces hideuses et leur projet originel.

Chaque jour plus, elles tuent et détruisent.

Chaque jour plus, elles élèvent la barre de l’horreur : avant d’égorger ou de décapiter, on viole, on arrache les yeux, les membres, le sexe.

Ni les femmes, ni les enfants, ni les hommes de foi, ni les étrangers n’y échappent.

CHAQUE JOUR PLUS L’INTEGRISME APPARAIT COMME UN MOUVEMENT DICTATORIAL, SANGUINAIRE, INFRA-HUMAIN.

CE N’EST PLUS SEULEMENT DU TERRORISME, C’EST UNE GUERRE TOTALE.

Destruction du patrimoine économique et des fondements de l’Etat.

Intellectocide. « Purification »politique, culturelle, ethnique et religieuse.

Mise au pas d’un peuple entier. Isolement de l’Algérie du reste du monde.

LES CRIMES DE L’INTEGRISME SONT DES CRIMES CONTRE L’HUMANITE. NOUS APPELONS A LA CONSTITUTION D’UN TRIBUNAL INTERNATIONAL POUR LES JUGER.

II

Aucune circonstance, aucun pretexte, ne saurait les atténuer.

Aucune raison, aucun principe, aucune fin, aucune éthique -autres que totalitaires-

ne sauraient les justifier.

L’ arbre de l’intégrisme ne nous cache pas la forêt des commanditaires, algériens et étrangers. Anonymes, ils ne sont pas pour autant occultes.

En Algérie, il est facile de les identifier par la preuve du meutre : ce ne sont pas les caciques, les barons, les dignitaires ni les potentas de l’Ancien Régime du Parti Unique qui sont visés, ciblés, tués, exterminés mais ceux qui bien avant 1989, étaient leurs opposants. A commençer par le Président Boudiaf, assassiné après 30 ans d’exil, pour les avoir dénoncé comme « MAFIA ».

A l’Etranger, cela est encore plus facile : l’Internationale intégriste, encouragée, soutenue, armée par les USA dans la lutte contre le communisme, se recycle aujourd’hui pour empêcher l’avènement d’Etats démocratiques dans les pays de civilisation islamique.

Ces commanditaires qui agissent dans l’ombre, ne déresponsabilisent pas pour autant l’intégrisme algérien, son représentant principal, le FIS, et ses organisations miltaires, l’AIS et le GIA.

Car ce sont eux qui leur founissent des soldats, des mercenaires, et surtout une « cause » – l’alibi idéologique inespéré – capable de mettre une partie de la jeunesse au service de cette MAFIA de l’Ombre qui n’a qu’un souci : instaurer un nouvel Etat intégriste pour préserver et faire fructifier des privilèges colossaux acquis depuis 30 ans.

Populaire par le recrutement – comme tous les mouvements fascistes – le FIS est aussi un regroupement de féodaux, de gros commerçants, de gangsters du marché noir et d’aventuriers politiques liés à une MAFIA encore incrustée dans les appareils d’Etat, y compris sécuritaires, qui refuse de se démettre pacifiquement.

LA VIOLENCE EST CONSUBTANTIELLE DE L’INTEGRISME.

La preuve nous en est donnée chaque jour, en Afganistan, au Soudan, au Pakistan, en Iran, en Palestine, en Israël ou en Algérie.

Les écrivains Salman Rushdie et Taslima Nasreen comdamnés à mort, le Prix Nobel de litterature Naguib Mahfoud gravement bléssé à l’arme blanche, le philosophe Farag Foda assassiné,

combien de crimes et de sang faudra t-il encore pour que le Monde qui se réclame de toutes les libertés individuelles, reconnaissent enfin que l’INTEGRISME EST LA PESTE DE NOTRE TEMPS ?

Citoyennes, citoyens, artistes, intellectuels, militants, gouvernants du monde démocratique, vous vous demandez comment soutenir les valeurs de la démocratie et la République en Algérie :

CONDAMNEZ L’INTEGRISME, SES CRIMES, SES CHEFS, SON IDEOLOGIE !

ERIGEZ UN TRIBUNAL INTERNATIONAL POUR LES JUGER !

ET LE PEUPLE ALGERIEN S’OCCUPERA DU RESTE !

Isolez le FIS sur le plan international,

Refusez l’hospitalité à ses leaders,

Et les femmes, les travailleurs , les intellectuels et les forces militaires républicaines sauront imposer aux barbares un Nouveau Système Démocratique fondé sur les libertés individuelles et collectives, sur le pluralisme, le respect des minorités, l’alternance et le refus de tolérer le recours aux armes pour les conflits politiques.

Car le pôle démocratique en Algérie , ce ne sont pas seulement quelques partis ou associations encore désunis, mais le peuple algérien qui en refusant les diktats du FIS, s’est déjà prononçé pour la Démocratie et la Liberté.

Si une partie du pouvoir et des services de sécurité a fait alliance avec l’intégrisme, il est du devoir de l’autre partie, de s’allier avec le peuple algérien.

EN ALGERIE, IL N’Y A PAS TROIS VOIES, MAIS DEUX : CELLE DE LA MORT OU CELLE DE LA VIE.

 »La population n’est pas l’otage du FIS » – Interview de JP LLEDO – La Croix 27-01-1995

Des le moment où le FIS remporte les élections communales en Juin 1990, les medias occidentaux s’en entichent…  Et lorsque le 2eme tour des élections législatives qui allait donner au FIS la possibilité de changer la constitution sans passer par un réferundum ; est  annulé par l’armée, ces mêmes médias n’ont plus qu’une seule rengaine : le FIS é été privé d’une victoire, sa violence est légitime. Le point de vue des démocrates est méprisé, et il devient quasiment impossible de faire entendre un autre son de cloche, hormis l’Humanité, le Figaro, et La Croix…

 

A l’intention des auteurs de la pétition « France – Algérie : dépasser le contentieux historique ». Décembre 2007.

Téléchargez l’article paru dans MLC Marseille

Je ne signerai pas cette pétition du 1er Décembre 2007 car son contenu ne répond pas à son but : « faire advenir une ère d’échanges et de dialogue entre les deux rives ».

  • Si les rédacteurs étaient bien conscients des « pièges d’une histoire officielle qui utilise les mémoires meurtries à des fins de pouvoir », ce qui vise en priorité l’Algérie ou la recherche particulièrement n’est pas libre et où les Archives ne sont quasiment pas accessibles, pourquoi s’adressent-ils seulement aux « aux plus hautes autorités de la République française » ?
  • S’il y avait une réelle volonté que « la souffrance de toutes les victimes soit reconnue, et qu’on se tourne enfin vers l’avenir. », pourquoi alors ce silence sur les massacres de civils commis à l’initiative du mouvement armé nationaliste et pour certains d’entre eux non-revendiqués à ce jour, durant la guerre, après le cessez le feu, et le jour même de l’indépendance contre des civils non-musulmans, juifs, chrétiens ou athées, au facies donc, mais aussi contre des musulmans, les messalistes, les harkis et leurs familles, sans parler de toutes ces femmes et hommes indépendantistes qui furent liquidés dans les maquis parce que femmes, intellectuels ou communistes ?
  • Je ne comprends donc pas qu’une pétition signée par des intellectuels français et algériens n’ait qu’une seule adresse. 45 ans après l’indépendance, n’est-il pas encore temps de demander des comptes aussi à l’Etat algérien, qui jusqu’à aujourd’hui se revendique de la « légitimité historique », se veut et est à n’en pas douter l’héritier du nationalisme ?

Si une victime civile est une victime, un disparu un disparu, quelles que soient leurs origines ethniques ou religieuses, comment peut-on évoquer les traumatismes des uns sans se préoccuper de celui des « autres », sauf à nier notre seul dénominateur commun possible, les valeurs de l’humanisme ?

Comment apaiser les âmes et les esprits si la vérité s’arrêtait à la critique de la colonisation en faisant silence sur la mise en acte de la pensée nationaliste qui en Algérie, comme ailleurs,  à été une pensée ethnique qui ne pouvait, dans les conditions de la guerre, que devenir ethnocide ?

Les auteurs de la pétition ne voient-ils pas que les récents propos antisémites du ministre algérien des anciens combattants dont certains d’entre eux se désolidarisent, sont aussi la conséquence de l’impossibilité pour beaucoup d’intellectuels anti-colonialistes, 45 ans après l’indépendance, de faire la lumière sur les réalités contrastées du nationalisme, et par exemple de l’assassinat du grand musicien et chanteur juif Raymond Leyris le 22 Juin 1961, trainé aujourd’hui dans la boue par l’organe du Mouvement des Indigènes ?

Je crois pour ma part que la mise en place d’une Commission d’historiens algériens et français qui auraient accès à toutes les archives, à l’instar de ce qui a pu exister entre la France et l’Allemagne, et dont une des conséquences immédiates serait la révision des manuels scolaires d’histoire, est une priorité sans laquelle rien de durable entre ces deux pays n’adviendra.

Et si les deux chefs d’Etats algérien et français actuellement en discussion, ne prenaient pas cette décision, elle pourrait être la revendication des sociétés civiles des deux pays, à laquelle je m’associerai sans hésitation.

Jean-Pierre LLEDO,  cinéaste algérien

PS : je vous signale que mon dernier film « Algérie, histoires à ne pas dire »  – un long métrage documentaire tourné entièrement en Algérie, qui revient sur cette histoire de la guerre, à travers des mémoires algériennes – dont les avant-premières avaient été annulées en Algérie, en Juin 2007, n’y a toujours pas reçu son visa d’exploitation commerciale.

Un énigmatique et faux « reportage ». Réponse (non-publiée) à Pierre Daum « Sans valise ni cercueil, les Pieds Noirs restés en Algérie »

Point de vue de Jean-Pierre Lledo

sur le « reportage » de Pierre Daum

paru dans le Monde diplomatique de Mai 2008

« Sans valise ni cercueil, les Pieds Noirs restés en Algérie »

Chercher les raisons du départ des PN, chez les PN qui sont…… restés, apparait d’emblée comme une curieuse démarche ! Comme il nous dit qu’il n’en resterait que 300, et qu’on suppose qu’il n’a pu tous les consulter, c’est à partir d’une dizaine ou d’une vingtaine de témoignages que P.D s’autorise à un diagnostic définitif, sans nuance. Il est vrai qu’il se met sous l’autorité de 2 historiens, qualifiés l’un  comme « un des meilleurs historiens de l’Algérie », B. Stora, et l’autre comme  « un des historiens algériens les plus reconnus de cette période »… mais qui a demandé à ne pas se faire….. connaitre.

P.D s’est-il aperçu qu’exclure des historiens qui même s’ils ne sont pas des « professeurs d’université », même s’ils ne sont pas aussi « reconnus » ou « meilleurs », n’en ont pas moins étudié le sujet, rendait suspect son « reportage » ?

S’est-il seulement aperçu qu’il se portait lui-même le coup de grâce, en ne désignant que par ses initiales un historien « reconnu » ? Si « un des historiens les plus reconnus », ne peut se faire connaître afin d’assumer publiquement une appréciation qui pourtant ne bouscule en rien l’histoire officielle, bien qu’appartenant à la majorité d’origine arabo-musulmane, quoi en déduire pour les simples citoyens d’origine non-musulmane, dits « européens », 300 nous dit-il, qui vivent au sein d’une population de plus de 30 millions de musulmans, dans un pays où la Constitution, le Président de la République, et la Nationalité ont une assise religieuse ?

1 – Thèse et Argumentation  de P.D

Il s’appuie sur les propos de B. Stora : « Depuis qu’ils sont rentrés en France (sic !), les rapatriés (resic) ont toujours cherché à faire croire que la seule raison de leur départ était le risque qu’ils couraient pour leur vie et celle de leurs enfants. Et qu’ils avaient tous été obligés de partir. Or cela ne correspond que très partiellement à la réalité. »

L’historien n’en est pas moins catégorique : l’OAS a « commis des exactions » contre les Algériens musulmans et poursuit-il « les Européens, dont un grand nombre de PN ont plébiscité l’OAS, ont eu très peur des représailles…  Une peur d’autant plus ravageuse qu’ « une grande majorité d’Algériens n’a pas manifesté d’esprit de vengeance mais un grand étonnement au moment du départ des Européens »…

Mais la peur, même si elle est irrationnelle, peut du moins avoir eu quelques fondements objectifs. Aussi, P.D s’empresse-t-il de parer à l’objection : le départ des PN, n’est pas imputable à une fin de guerre, ni même à un après-guerre difficiles. Cette fois, c’est l’historien algérien, celui qui a demandé l’anonymat, qui nous l’assure : « il ne s’est plus tiré un seul coup de feu après le mois d’Août 62 ! »

Alors diantre, s’il est difficile d’imaginer 800 000 personnes cédant à un délire collectif de persécution, abandonnant tout en quelques mois, semaines, jours, heures des fois, de quoi s’est-il agi ? Le diagnostic pouvant paraître délicat, voir même quelque peu délictueux, P.D s’est une nouvelle fois courageusement placé sous le contrôle d’une autre autorité scientifique, la « chercheuse » Hélène Branco cette fois.

« Ces gens, dit-elle, avaient l’habitude de commander et de mépriser ». Tel une sorte d’Organisme Génétiquement Modifié par le racisme, l’homoPied-Noirus était donc, insiste-t-elle, « incapable de toute réversion mentale » !!!

Que Branco et Daum fraient avec des visions que je n’ose même pas qualifier, n’est en fait que l’affaire du Monde Diplo. Mais que la Ligue des Droits de l’Homme fournisse aujourd’hui une tribune à une telle idéologie, voilà qui en devient inquiétant.

Assuré d’une caution scientifique, on l’a vu exemplaire, P.D va pouvoir à présent appeler à la barre les témoins, mais jamais pour s’enquérir auprès d’eux si l’insécurité aurait eu quelque fondement objectif. Cette question, somme toute mineure, il préfère la botter tout simplement dans la touche de 2 encadrés.

2 – Deux encadrés « informatifs ».

Là sont relégués les chiffres, comme s’ils n’avaient rien à voir avec les raisons du départ.

« Trois événements traumatisants » est le 1er encadré.

Sont appelés ainsi :

  • la manifestation à Alger du 26 Mars 62 où périssent plus d’une soixantaine de civils Européens désarmés, de sexes et âges divers (et non « 46 »). Mais après avoir dit qu’un coup de feu est tiré les soldats, insinuant que ce qui suit n’est que légitime défense, P.D s’empresse de préciser que c’est l’armée française qui tire. « Soulignons, dit-il, que les Algériens n’y furent pour rien, et que les manifestants étaient tous sympathisants OAS ».

Pourquoi ce « soulignons » ? ! Sinon pour justifier ou amoindrir le fait qu’on ait tiré sur des civils et des enfants ? Selon cette logique, faudrait-il donc aussi accepter que l’armée française ait tiré sur d’autres manifestants de Déc 60, des femmes et des enfants également, dans différentes villes d’Algérie, sous prétexte qu’ils seraient des sympathisants FLN ? Drôle de logique pour un invité de la LDH !

  • Les massacres de non-musulmans à Oran le 5 juillet 62, qui ont fait au moins 300 morts en quelques heures, est, pour P.D, le second événement traumatisant. D’ailleurs comme précédemment, négligeant la seule enquête réalisée sur cet événement par un historien, Jean Monneret, P.D fait tout pour minimiser un événement sous le choc duquel sont toujours les Oranais. « Un coup de feu, récidive-t-il, est tiré sur la foule qui fête l’indépendance. Pendant 5h, une chasse à l’Européen est organisée par des éléments incontrôlés de l’ALN. ». Comment P.D sait-il que ce sont des « éléments incontrôlés de l’ALN » ?! Et si c’était le cas, comment auraient-ils pu « s’organiser » comme il l’écrit ? Une organisation n’induit-elle pas une tête, des ordonnateurs, des relais, et des exécutants ? Un événement qui se produit simultanément dans plusieurs endroits, peut-il être anarchique, « incontrôlé » ?

Voir récit du lieutenant de l’armée française Khelif qui négocie la libération d’Européens devant la Préfecture et avec le nouveau Préfet.(page 274, livre Monneret « La phase finale de la guerre d’Algérie »).

Enfin la moindre des malhonnêtetés du journaliste n’est-elle pas, lorsque pour minimiser la portée de cet événement, il rapporte le nombre de victimes à celui de la population totale d’Oran (400 000 ha)! Alors que s’agissant d’une chasse au faciès, elle ne concernait que la population qui restait encore à Oran, soit tout au plus 50 000 Européens, et quelques musulmans qui avaient le « look espagnol », comme dirait Tchi Tchi, mon personnage…

  • Enfin 3ème et dernier « événement traumatisant » : les Européens sont victimes d’enlèvements. 3700, durant le printemps 62, et sur l’ensemble du territoire, nous dit P.D. Quand, selon un témoignage au débat avec Harbi autour de mon film, un spectateur tint a témoigner que, Relizane, sa ville, se vida de ses habitants européens, après l’enlèvement de 6 personnes durant le mois de Mai, on peut imaginer l’effet que put avoir l’enlèvement de 3700 personnes sur l’ensemble du territoire algérien ! Car l’exode concerna bien toute l’Algérie, et non pas les seules villes où se manifesta l’OAS ! D’ailleurs  quand il affirme que ces enlèvements «plus ou moins ciblés » n’étaient qu’une « réponse aux assassinats aveugles perpétrés par l’OAS », P.D ne remarque même pas qu’il se contredit, puisqu’une ligne après, il signale que « de 1954 à 1961, (il y en eut) quelques centaines », c.a.d à une époque où l’OAS n’existe pas.

Les violences dont la population non-musulmane fut la cible se résumeraient-ils à ces seuls « 3 événements traumatisants »  de fin de guerre ? P.D ne va pas jusque-là. On ne le prendra pas si facilement en défaut de déontologie. Le terrorisme contre les civils non-musulmans commis depuis le 1er Nov 54, et les massacres d’Août 55 ? Il en parle…… dans une note de 3 petites lignes, écrite en caractères minuscules, au bas d’un « reportage » qui occupe 2 pages centrales de l’Hebdo !

Et alors que compte tenu du parti pris annoncé d’emblée – démentir l’explication de l’exode par l’insécurité – on se serait attendu à ce que la question du terrorisme contre les civils soit examinée avec soin, P.D se débarrasse de l’objection essentielle en 3 petites lignes d’une note de fin de page !!!

Et pourquoi pas l’inverse ? Des chiffres dans le corps du texte et tout le reste en encadré ou en petites notes ?

Car les chiffres sont plus qu’éloquents.

S’il existait un Prix de la CUISTRERIE, douterait-on du lauréat ? Et ce n’est encore là qu’un aperçu.

« Combien sont-ils ? » est le 2ème   encadré.

Après avoir lu en exergue, et en très grosses lettres, que : « 200 000 PN avaient décidé de demeurer dans le nouvel Etat », le lecteur doit là aussi sortir du corps du reportage, pour apprendre dans cet encadré, qu’aujourd’hui, il n’en resterait plus que………… 300 !

Pour quelles raisons sont quand même partis « 200 000 personnes qui avaient décidé de rester », qui n’avaient pas « plébiscité l’OAS», et qui de surcroît faisant montre d’une étonnante psycho-flexibilité, avaient même réussi leur « réversion mentale » ? La spécialité du journaliste primé,  étant apparemment d’esquiver les objections majeures, on ne le saura jamais. Ou presque. Car l’objection de l’insécurité est à nouveau pulvérisée. Même les intégristes islamistes, durant « la décennie noire », n’ont pas touché un seul cheveu des P.N. « Aucun Européen n’a été tué », a-t-il le front d’affirmer !

Pourquoi ce nouveau mensonge, alors que tout Alger a pleuré celui qui fut un de ses meilleurs libraires, Vincent, chrétien d’origine espagnole, parlant parfaitement arabe, assassiné en plein centre ville, Rue Didouche Mourad, ex-Michelet ? Puis quelques jours après, dans la même rue, quasiment en face, l’oculiste juif tunisien d’en face, Ray Louzoum, qui a joué dans presque tous les films algériens, et à qui on ne voulut jamais accorder la nationalité algérienne, alors qu’il avait opté pour l’Algérie juste après l’indépendance ! Puis quelques mois après, le Juif algérien de la grande famille des BelaIch d’El Biar, assassiné au Square Port Saïd, ex Bresson… Puis la Pied-Noire qui travaillait au Consulat français d’Alger pour payer des soins à son enfant. Tous assassinés à Alger.

Comment, Père Denis Gonzales, lui aurait caché l’assassinat à Oran de l’Evêque pied-noir Pierre Claverie, victime d’une bombe qui explose chez lui dès son retour de voyage ?

Ceci seulement, pour les gens connus… Car, il y eut aussi des anonymes assassinés sans publicité, comme je viens de l’apprendre récemment par quelqu’un qui fut son élève et que l’article de P.D a révolté : Lucien Marelle professeur de mathématiques à l’Ecole Normale d’Oran, assassiné en 1995 à plus de 80 ans, dans sa maison, à Aïn El Turk près d’Oran.

Avec un tel mensonge, P.D qu’a-t-il cherché ? Sinon à invalider une nouvelle fois l’argument d’insécurité pour les P-N, aujourd’hui comme hier durant cette nouvelle et terrible guerre qui a déjà fait plus de 200 000 morts (selon le Président Bouteflika).

Quoi qu’il en soit, si sur des événements encore proches, ce « journaliste » s’autorise de tels écarts avec la vérité, on peut imaginer ce qu’il croit pouvoir se permettre pour des périodes plus éloignées… ?

3 – Les Témoins.

Familiarisés avec les pratiques déontologiques du journaliste, peut-on imaginer que les témoins soient autre chose qu’un tremplin vers la fameuse thèse de P.D – Stora – Branco : Tout allait très bien. Juste un homopiednoirus psycho-rigide, raciste, atavique comme il respire… ?

Invités à se confier sans le filet des initiales, quelle autre alternative avaient-ils d’ailleurs : abonder dans le sens souhaité ou se taire ?

Familier du contexte historique, des lieux évoqués, et même d’une partie des témoins, je n’ai il est vrai pas eu à faire beaucoup d’efforts pour exercer mon sens critique.

Premiers témoins à la barre : le couple Serra.

Il confirme la 1ère partie de la thèse. La pagaille, c’est l’OAS : « La valise ou le cercueil, c’est pas vrai !». Que ce slogan fût celui non de l’OAS, mais du 1er parti nationaliste algérien, le PPA, dès les années 40, ni Serra, ni P.D ne doivent le savoir. Et les conseillers en histoire n’ont pas informé ce dernier.

Le second témoin, Vialin plante le décor : « On s’imagine mal à quel point le racisme régnait en Algérie… Les Européens habitaient en dur, et les Musulmans pataugeaient danss les gourbis. » Bref, « ce n’était pas l’Afrique du Sud mais presque». P.D aurait-il déjà oublié que dans les mêmes années, à deux pas de l’Arc de Triomphe, c’était pareil… pour les Musulmans du bidonville de Nanterre ?

Et comment surtout explique-t-il que dans le pays de l’apartheïd absolu, les racistes aient été capables de « réversion mentale », alors que là où c’était « presque », ils ne le furent pas ? Pour être logique avec lui-même, P.D n’aurait-il pas dû écrire que l’Algérie c’était encore « pire » que l’apartheïd  et non pas « presque »!

Pire apartheïd donc oblige, n’importe quel PN peut se trimballer son p’tit colt et quand ça lui chante, abattre son sale Arabe. « L’image (du meurtre) s’est gravée dans les yeux du jeune garçon » nous dit P.D. « Dans les yeux » ou « dans la mémoire…collective » ? Car Vialin ne donnant de la scène aucun détail qui puisse nous convaincre qu’il en a bien été un témoin oculaire, comment ne pas penser au fameux verre d’eau qu’un colon aurait refusé à un soldat, fait divers sans doute vrai une fois, mais que beaucoup de soldats ont par la suite repris à leur compte…

Qu’importe, l’essentiel, c’est que ceux qui, comme ses parents, « désiraient la vraie égalité » sont restés en Algérie. Et que « finalement il se sente algérien, avant tout ». P.D ne nous dira naturellement pas pourquoi les 199 700 PN qui depuis sont aussi partis, n’ont pu « finalement » se sentir algérien… A moins qu’eux aussi n’aient été rattrapés « finalement » par le racisme congénital de l’homopiednoirus…     

Le 3ème, André Bouahana, lui, « a grandi en Ville Nouvelle » un quartier musulman d’Oran, et parlait l’arabe. Ce témoin aurait-il pris P.D en défaut ? Non, rappelez-vous, « ce n’était pas l’apartheïd, mais presque »… Cet enfant du peuple – oui ça existe et P.D a dû quand même être drôlement secoué d’en rencontrer – marque sa différence de classe et il a raison : « Ce n’est pas comme ces Européens qui habitaient le centre-ville…. Donc a l’indépendance, pourquoi j’aurais eu peur ? ». P.D, ne nous dit pas si tous ceux qui sont partis habitaient « le centre ville »… Il ne nous dit pas non plus si ce témoin est resté en Ville Nouvelle jusqu’à la fin. Ce qui serait étonnant. Car les Européens même favorables à l’indépendance durent quitter les quartiers à dominante musulmane, sur l’incitation même de leurs amis. Il faut savoir par ex, que les voitures piégées qui explosent dans ce quartier, en Février 62 je crois, si elles ont bien été revendiquées par l’OAS, n’ont pu y être acheminées que par des Arabes, ce quartier étant interdit à tout Européen. Pour échapper à un « tueur isolé » ou au lynchage assuré, comment Bouhana aurait-il pu se déplacer autrement qu’encadré dans le moindre des déplacements par une escouade de musulmans armés ? Ignorant sans doute que Ville Nouvelle fut le QG de l’Etat major FLN-ALN, après les Accords d’Evian, ce genre de question ne vient même pas à l’esprit de P.D. Par contre, n’ignorant pas la réalité des massacres d’Européens, le 5 Juillet 62, pourquoi, se trouvant en face d’un témoin privilégié, le journaliste a-t-il refoulé sa curiosité ? A moins que, l’ayant au contraire satisfaite, il n’ait estimé qu’elle illustrait mal sa thèse de départ…

Car, pour vous donner un exemple entre dix de ce qui se passa dans ce quartier, voici les propos qu’un ami m’a fait il y a quelques mois. Compte tenu de ses fonctions, je ne peux en donner le nom, même pas les initiales, ce que P.D, comprendra aisément. Son récit autobiographique, celui d’un jeune qui grandit en Ville Nouvelle, venant d’être publié en Algérie, et s’achevant précisément le Jour de l’Indépendance, fait silence sur les massacres du 5 Juillet 62. Comme je lui en demande la raison, il m’avoue n’avoir pu parler des 2 terribles scènes de lynchage dont il fut le témoin ce jour-là. Puis après un silence, il me raconte un autre fait, plus facile à dire, mais me prévient-il, révoltant… 

Ce jour-là donc, le 5 Juillet 62, en Ville Nouvelle, il se trouve sur une terrasse où des jeunes démontent, nettoient, huilent et remontent des armes. Un jeune arrive et prend une arme de poing. On lui dit qu’elle est rouillée. Il la démonte, l’huile, le remonte et sort. Notre témoin, de la terrasse, le voit alors se diriger vers un Européen et le tuer à bout portant. Quelques minutes après, il revient et peut fièrement déclarer : « Voilà, vous avez vu, elle n’était pas rouillée. ».

Félix Collosi.

Il se trouve que je le connais. Et si Daum a fait avec les autres ce qu’il fait avec lui, on aura idée de sa pratique du journalisme ! Dans un petit paragraphe de 5 lignes, il y n’y a pas moins qu’ 1 mensonge et 2 silences.

F.C n’a jamais été dans les maquis mais dans les groupes armés communistes de la ville d’Alger, avec Iveton. Dans les maquis du FLN, de nombreux communistes furent assassinés, dont Georges Raffini, rédacteur à Alger Républicain qui se battit en Espagne contre Franco, aux côtés des Républicains.

F.C, a bien été en prison, mais même dans ce lieu propice à la fraternité, certains nationalistes prenaient plaisir, au moment des prières et notamment durant la période du ramadhan, à lui faire sentir ses handicaps d’Européen d’origine catholique et pire, non-croyant…

F.C a bien été ingénieur d’Etat dans les entreprises « nationales », mais à son retour d’études faites à l’étranger, et en représailles à son opposition au coup d’Etat de 1965, au sein de l’UNEA, on lui retira la nationalité algérienne. Et depuis, malgré ses multiples demandes, elle ne lui a jamais été restituée.

F.C. s’est-il auto-censuré ?  Ou est-ce Daum qui l’a censuré ?

Père Denis Gonzales.

Daum l’ayant crédité d’une « toujours très vive intelligence », on s’étonne qu’il ne lui ait accordé que 4 lignes, exactement 4 lignes ! Et qu’il ait manqué l’occasion de l’interroger sur une actualité qui fait la Une des journaux algériens et français la situation des Chrétiens en Algérie : du meurtre de Père Jacquier poignardé en plein jour dans une rue centrale d’Alger en 1976, aux 19 Mères et Pères chrétiens assassinés par le GIA, jusqu’au harcèlement que subissent aujourd’hui les Chrétiens, essentiellement d’origine berbéro-arabe. Le dernier en date étant cette jeune femme de Tiaret, Habiba K. contre laquelle le procureur vient de requérir la peine de trois ans de prison ferme pour avoir pratiqué « sans autorisation … un culte non musulman » !

Que le Père D.G ne puisse en parler publiquement, qui ne le comprendrait ? Par contre, et alors même que pour la 1ère fois  des centaines d’intellectuels algériens ont dénoncé par pétition cet état de fait, le silence du journaliste est plus que coupable. Scandaleux !

Il est vrai, qu’en parler aurait mis à mal la thèse de son article…  Et quand ne pouvant certes passer sous silence l’assassinat des 7 moines de Tibhérine (toujours en bas de page, dans une note en caractères minuscules comme vous l’avez déjà deviné), P.D. s’empresse aussitôt de préciser qu’il n’y eut aucun PN assassiné, que veut-il prouver ? Que les chrétiens PN, auraient eux bénéficié d’un traitement de faveur ? ! P.D est-il à ce point mal informé, ou plutôt a-t-il eu pour mission de désinformer ?

Prosper Chetrit.

Avec lui, au moins, on sait que la situation par rapport aux Juifs, s’est détériorée à Oran moins de 10 ans après l’indépendance, lorsqu’on a transformé la synagogue en mosquée.

Mais pourquoi P.D s’est-il arrêté en plein élan en se gardant de fouiller cette piste de la « détérioration » à l’endroit des Juifs ? Pourquoi ne parle-t-il pas de la disparition de toutes les synagogues d’Algérie (celle de Constantine ayant été elle complètement rasée, et transformée en … parking) ?

Pourtant, pour parler des Juifs, P.D. n’avait que l’embarras du choix : 2 mois avant la sortie de son papier, en Février 2008, dans un quotidien arabophone Ech Chourouq, la Ministre de la Culture n’annonçait-elle pas une collaboration avec l’Espagne pour … déjudaïser la musique andalouse… ?

Justement, pourquoi n’a-t-il pas cru utile de rappeler, même avec une note en bas de page, que l’assassinat en Juin 61 du chanteur constantinois Raymond Leyris précipita le départ de milliers de Juifs de toutes les autres villes d’Algérie ? Et si notre « meilleur historien », constantinois de surcroit, mais très discret sur l’exode de sa famille, ne pouvait lui dire que le FLN signa cet attentat, pourquoi n’a-t-il pas cité tout simplement cet avocat algérois connu, à qui en Oct 2005 le Quotidien d’Oran offrit 2 pages entières pour justifier cet assassinat, sans recevoir, depuis, le moindre démenti du FLN historique ou du FLN actuel ?

Si P.D s’intéresse tellement aux P-N et aux Juifs engagés dans la lutte pour l’indépendance, pourquoi n’a-t-il pas évoqué ce que l’on fit de la mémoire de Ghenassia, ce communiste juif, infirmier dans l’ALN, sous les ordres du Cdt Azzedine, qui préféra mourir plutôt qu’abandonner ses blessés ? S’il l’avait voulu, P.D. n’aurait-il pu facilement apprendre que la « Rue Ghenassia », ainsi baptisée à Ténès, fut, quelques années seulement après l’indépendance, débaptisée en… « Rue de la Palestine » ? ! !

Ou encore pourquoi, juste à ce moment, ne s’est-il pas plongé dans le dernier tome des œuvres incomplètes de son historien de référence, à la page 139 : « Juifs d’Algérie, les trois exils » : « Dans les premiers mois de l’année 56, les agressions se multiplient, le samedi de préférence : contre le rabbin de Batna, en mai 56 ; contre les cafés juifs de Constantine, et en Juin 56, contre la synagogue d’Orléansville qui est incendiée. En Novembre de la même année, une bombe placée dans la maison d’Isaac Aziza, rabbin de Nédroma, le tue ainsi que plusieurs membres de sa famille. ».

Ceci pour ne citer que les premiers mois de l’année 56 !

Mais on l’aura compris, le journaliste veille à être en phase avec sa démonstration plutôt qu’avec la réalité, avec les déclarations d’intention plutôt qu’avec leur mise en pratique.

« La plupart des PN de France semblent avoir complètement oublié que durant la guerre, la direction du FLN a pris soin, à plusieurs reprises, de s’adresser afin de les rassurer », écrit-il. Et de citer preuve à l’appui l’Appel du GPRA du 17 Fev 1960 « Aux Européens d’Algérie » :

« L’Algérie est le patrimoine de tous… Si les patriotes algériens se refusent à être des hommes de seconde catégorie, s’ils se refusent a reconnaître en vous des supercitoyens, par contre ils sont prêts à vous considérer comme d’authentiques Algériens. L’Algérie aux Algériens, à tous les Algériens, quelle que soit leur origine. Cette formule n’est pas une fiction. Elle traduit une réalité vivante, basée sur une vie commune. ».

Qui aurait résisté à une telle prose ? Et on comprend que son témoin suivant, JP Grangaud, à l’époque, ait bu ces mots comme du petit lait, « avec délectation » comme il le dit.

Mais si ce témoin l’ignore, pourquoi P.D. n’a-t-il pas cité cette archive, que l’historien algérien Mohamed Harbi, bizarrement absent de son article, a révélé depuis plus de 20 ans, et où l’un des grands chefs du FLN-GPRA, Ben Tobbal harcelé par des militants furieux contre ce texte, les rassure à 3 reprises en leur répétant : « c’est purement tactique !».  Ajoutant même la 3ème fois pour les radoucir : « Il n’est pas question qu’après l’indépendance, il y ait des Juifs et des Européens, dans le gouvernement ».  Ces propos n’ont pas été des propos isolés. Ils ont été confirmés longtemps après l’indépendance :

« Heureusement, le caractère sacré arabo-musulman de la nation algérienne était sauvegardé. », Réda Malek (négociateur des « Accords d’Evian » – Le Seuil, 1990)

« En refusant notamment la nationalité algérienne automatique pour un million d’Européens, nous avions prévenu le danger d’une Algérie bicéphale », Ben Khedda, qui fut Président du GPRA (« La fin de la guerre d’Algérie », Casbah Ed. 1998)

Et effectivement le FLN qui dirigea le pays comme parti unique jusqu’en 1989, tint parole : il n’y eut jamais aucun non-musulman au gouvernement. Les éminents Professeurs de Médecine Jean-Paul Grangaud ou Pierre Chaulet ne furent jamais ministres. Pourtant ce dernier, collaborateur du Service information du GPRA à Tunis, fut membre de la direction du FLN pendant près de 30 ans.

JP Grangaud est certes depuis quelques années « conseiller du ministre ». Mais P.D se garde bien de dire que cette nomination est advenue pour l’extraire de l’hopital d’Aïn Taya où les intégristes le menaçaient de mort. Sans doute, parce que ça contredit sa thèse que les PN auraient été épargnés par le terrorisme islamiste.

Comment d’ailleurs, P.D, après avoir cité l’Appel du GPRA : « L’Algérie aux Algériens, à tous les Algériens, quelle que soit leur origine. Cette formule n’est pas une fiction. », peut-il qualifier de simple « déception », un Code de la Nationalité adopté en 1963 qui en est la négation totale, puisque pour être « Algérien » automatiquement, il faut être musulman ? !!!

Comment, loin de s’en offusquer, cherche-t-il encore à en minimiser la conséquence (« c’était après le grand départ des P-N ») ? !!! Ce Code ne fut-il pas à l’origine du départ de la quasi-totalité des P-N qui s’étant engagés dans la lutte pour l’indépendance et avaient passé de nombreuses années en prison, en subirent violemment l’humiliation quand ce ne fut pas la double humiliation de se la voir refuser après l’avoir demandé ? ! Du départ aussi de ces milliers de petits entrepeneurs ou petits exploitants de moins de 10 ha, qui devenaient donc subitement des « étrangers », et dont on pouvait donc s’emparer des biens, dits par la loi « biens vacants », et ce faut-il le préciser en violation des Accords d’Evian signés 7 mois plus tôt ? Ne fut-il pas surtout un message clair aux centaines de milliers d’Européens partis dans la panique : « ne revenez pas ! » ?

Il va de soi, pareilles vétilles ne sauraient dévier P.D de la course vers sa découverte épistémologique décisive, rappelons-le : le racisme congénital de l’homopiednoirus. Mais avant d’en arriver là, il lui faut encore écarter la dernière objection possible : l’insécurité post-indépendance. Ce dont il s’acquitte grâce notamment à « l’un des historiens les plus reconnus », celui qui derrière le masque de ses initiales affirme : « Dès Aout 1962, plus un seul coup de feu n’a été tiré en Algérie ».

Quand l’on sait que c’est précisément durant ce mois d’Août que l’armée dite des frontières fit sa première grosse bataille… en écrasant les maquisards de la willaya 4, au prix d’un millier de morts au moins, dit-on, j’aimerais croire que P.D a tout simplement mal compris ou mal retranscrit. Car « des coups de feu », il y en eut encore, quelques mois plus tard avec le maquis kabyle d’Aït Ahmed, réduit de la même manière. Ce dernier épisode concerna au moins un Juif : Hadjadj, le boulanger d’Azzefoun. Devenu Maire après l’indépendance, après avoir ravitaillé en pain l’ALN, durant toute la guerre, il continua à faire pareil avec les résistants du FFS d’Aït Ahmed. Ce qui lui valut la prison. Libéré, il quitta l’Algérie. Comme son frère communiste, Georges, qui en 1957, dans les mains des paras, fut le compagnon d’infortune de Maurice Audin.

Les propos de Mme Grangaud, sont par contre plus réalistes « Nous n’avons jamais senti le moindre esprit de revanche alors que presque chaque famille avait été touchée… ». La propagande nationaliste a en effet tellement identifié la population non-musulmane, appelée jusqu’à aujourd’hui « population coloniale », au système colonial lui-même avec ses forces de répression, que l’on peut comprendre son étonnement. Or, le fait est là, hier comme aujourd’hui, la grande majorité de la population n’a pas suivi cette propagande et tous les PN qui reviennent en Algérie, de plus en plus nombreux, sont magnifiquement accueillis.

Vétille encore, P.D, pressé de nous épater, mijote son meilleur coup pour la fin qui approche… Sauf que comme dans les mauvais policiers, le lecteur a tout compris depuis le début.

4 – Suspense

La devinette de P.D est donc la suivante. Suivez bien.

Si les P.N et les Juifs, n’ont été sérieusement menacés ni avant l’indépendance ni après, ni pour leurs biens, ni pour leurs personnes. Si donc, les 800 000 personnes qui sont parties n’ont fait que céder à une grosse peur, de quelle nature était cette peur ?

Il n’y a plus que 2 concurrents-témoins en lice.

Mme Grangaud, qui évoque « le sentiment de supériorité » de son propre milieu familial, dont elle a eu, nous dit-elle, du mal à se défaire ?

Et la chercheuse Hélène Bracco, qui en récoltant une soixantaine de témoignages de P-N demeurés, est arrivée à diagnostiquer pour l’ensemble des 800 000 partis un symptôme de psycho-rigidité irréversible et ce tient à nous le préciser P.D, après « avoir entre 92 et 93, parcouru l’Algérie à la recherche de pieds-noirs… encore vivants ».

« Des témoignages de Pieds Noirs encore vivants », vous avez bien lu. Ce nouveau lapsus résume somme toute assez bien la philosophie du journaliste : un bon PN, est un PN mort, ou en passe de l’être. Ce qu’avec son dessin principal d’illustration – une vieille dame tout rabougrie – le dessinateur Aurel a parfaitement pigé. Les deux ont bien retenu la leçon du Maître : « Abattre un Européen, c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé » écrivait en 1960, l’existentialiste Jean-Paul Sartre (préface aux « Damnés de la terre » de Frantz Fanon. 1960.)

Revenons à nos deux concurrentes. Qui remportera le gros lot ? Derniers tic-tac de l’horloge pied-noire…

Mme Grangaud est facilement disqualifiée. Car André Bouhana, l’enfant du peuple, qui « habitait avec les Musulmans, avait des copains arabes et parlait avec eux l’espagnol et l’arabe », nous a déjà expliqué qu’il était à l’opposé de ceux des beaux quartiers « du Centre-ville ». Et comme nous savons que l’écrasante majorité des P-N et des Juifs n’habitait pas les beaux quartiers, « le sentiment de supériorité d’une Fille de la bourgeoisie algéroise», ne peut pas être un argument solide. P.D et la logique…

La Palme d’Or revient donc à la « chercheuse ». Triomphe sans gloire, car le journaliste pour arriver à ses tristes fins utilise deux procédés assez méprisables.

Il écarte soigneusement tous ceux qui, chercheurs ou pas, professeur des universités ou pas, ont honnêtement fait leur travail. Et pour ne citer que deux d’entre eux, Jeannine Verdès-Leroux, « Les Français d’Algérie de 1830 à nos jours ». (Paris, Fayard, 2001), qui nous donne 17O entretiens de PN répartis sur tout le territoire français, et Jean-Jacques Viala « Pieds-Noirs en Algérie après l’Indépendance ». (Paris, L’harmattan, 2001) qui interroge une vingtaine d’agriculteurs, médecins et membres de quelques autres professions, qui avaient choisi de vivre dans l’Algérie indépendante et durent partir progressivement, sous la pression des lois foncières de 1963 (nationalisation), ou suite à des brimades aussi violentes que diverses.

Et d’autre part, dans un pays où un Ministre peut sans la moindre sanction, se permettre publiquement des propos anti-sémites, où les Chrétiens, même ceux qui appartiennent à la majorité ethnique berbéro-arabe, sont quotidiennement harcelés, le journaliste jette dans l’arène des témoins dont certains sont quasi mutiques.

Ces témoins d’origine juive et chrétienne, n’étant « même pas une minorité, à peine quelques particules », comme le dit le peintre algérien Martinez dans un de mes films, peuvent-ils dire ce qu’ils pensent, tout ce qu’ils pensent, et non pas seulement ce qu’ils peuvent dire ?

Lorsque l’on n’est qu’un « dhimmi », la parole publique peut-elle échapper au Syndrôme de Stockolm ?

De quelle validité même peut se prévaloir une enquête qui ne se pose même pas ce genre de questions ?

A contrario, ce qui ne peut être qualifié que de faux reportage comment n’appellerait-il pas une autre série de questions ?

Pourquoi subitement, Pierre Daum et le Monde Diplomatique s’intéressent-ils tant à l’exode des Pieds-Noirs ? Qu’est ce qui dans l’actualité aurait bien pu le provoquer ? Pourquoi subitement éprouvent-ils le besoin de voler au secours de l’Etat algérien en reprenant l’argumentaire d’une histoire officielle de façon si grossière que l’exercice ressemblerait presque, comme dirait l’autre, à une commande… diplomatique ?

Entre un film interdit en Algérie depuis le mois de Juin 2007 pour avoir laissé des Algériens d’origine berbéro-musulmane répondre précisément à la question du débat organisé ce 26 Mai à Paris * : « de quoi les Pieds-noirs ont-ils eu peur ? », et ce faux reportage qui aurait pu commencer par la fameuse invitation à n’y voir aucun lien, l’étrange silence du journaliste à l’endroit d’un film qu’il réclama pourtant avec insistance en Novembre dernier, et visionna 3 mois avant la sortie française, ne répond-t-il pas en définitive à toutes ces questions, bien plus éloquemment ?

*La Ligue des droits de l’Homme,  la section de Paris des Amis du Monde diplomatique et l’association Coup de soleil  organisent  le lundi 26 mai 2008, à l’Hôtel de Ville de Paris, une conférence-débat  animée par Georges Morin, président de Coup de soleil, avec Pierre Daum, Jean-Pierre Lledo, Mohammed Harbi, Gilles Manceron et Benjamin Stora,sur le thème : « Algérie 1962 : de quoi les Pieds-noirs ont-ils eu peur ? »

Germaine Tillon

Et les chiffres

L’Algérie doit aussi demander pardon (Paris 17 juin 2009)

Demande de réponse à Respublica.

17 juin 2009

Chers amis,

J’apprécie souvent les contributions de Respublica et notam­ment celles de H. Arabdiou.

Son dernier article, paru dans votre dernière édition : « La barbarie du 8 mai 1945 en Algérie : la France doit demander pardon », appelle cependant trois remarques de ma part :

 

1 – Dès les premières heures de l’insurrection nationaliste du 8 mai 45, à Sétif, puis dans tout l’est-algérien « des hom­mes, des femmes et des enfants d’origine européenne, quel­quefois plusieurs membres d’une même famille », sont « tués, mutilés, ou massacrés… », et ce avec « des gourdins, des ha­ches et des couteaux ». Il y aurait eu « 103 morts d’origine européenne » (et juive, je précise !).

Après un tel tableau, et connaissant les positions humanistes de l’auteur, je m’étonne que seul les crimes de l’armée fran­çaise soient caractérisés comme de la « barbarie ». Et qu’en conséquence, ne soit pas exprimée la même demande de « pardon » vis-à-vis des chefs nationalistes de 1945 qui devien­dront, pour l’essentiel, les chefs du FLN durant la guerre, puis les chefs de l’Algérie jusqu’à aujourd’hui.

« Barbarie » et « pardon » ont-ils une signification universelle ou ethnique ?

2Je précise que la plupart de ces victimes furent ciblées au faciès. Nombreuses étaient des antiracistes comme le maire de Sétif Deluca, ami de Ferhat Abbas, le Président du Tribunal d’Alger qui disculpa un Imam accusé d’avoir assassiné le muphti d’Alger en 1938, pour lequel était requis la condam­nation à mort, et le postier communiste Albert Denier, connu comme un partisan de l’émancipation de la population arabo-musulmane.

 

3 – Ces massacres d’Européens et de Juifs, sont attribués à « des campagnards musulmans », laissant penser à un mouve­ment spontané, une sorte de jacquerie. Or ce mouvement « spontané » se produisit simultanément dans tout l’Est algé­rien, et même ailleurs (Ouest, Centre et Kabylie).

Pas une seule fois, l’auteur ne dit qu’une insurrection se préparait depuis plusieurs mois, dont le but était de former un gouvernement provisoire qui aurait envoyé un représentant à la Conférence de San Francisco (avril-juin 1945) qui était en train de créer l’ONU. Ce que quelques dirigeants nationalistes algériens et histo­riens ont déjà écrit, notamment Mohamed Harbi et Roger Vétillard dans Sétif , Mai 1945 Massacres en Algérie (éd. Paris), dernier ouvrage le plus complet sur la question, sorti en 2008.

Merci de me dire s’il sera possible de publier ce texte.

Bien à vous

Jean-Pierre Lledo, Cinéaste algérien

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N.B. : Bien entendu, cette réponse envoyée par email n’a jamais été publiée dans Respublica…

« Hors-la-loi » : il n’y a pas de guerre de mémoires ! (Paris le 1er juin 2010.)

Réponse au Monde (refusée)

Hors-la-loi menacé d’interdiction ?

Le 5 mai 2010, dans vos colonnes, plusieurs historiens, écrivains et cinéastes, et le président d’une société d’auteurs, français et algériens, ont signé un point de vue pour soutenir Rachid Bouchareb et son dernier film Hors la loi, lequel, que je sache, n’a été menacé d’aucun interdit émanant des institutions françaises, puisque – coproduit par plusieurs chaînes de télévision françaises, sélectionné par le Festival de Cannes, soutenu par le Ministre de la Culture – il sortira sans problème très bientôt sur le grand écran et un peu plus tard sur le petit.

On ne peut pas dire autant de la part des institutions algériennes dont ont eu à souffrir, il y a trois ans, mon propre film Algérie, histoires à ne pas dire, toujours interdit, et récemment le long métrage également documentaire de Malek Bensmaïl  La Chine est encore loin.

J’aurais aimé voir vis-à-vis de ces cinéastes, dans les mêmes  colonnes, ces mêmes signataires exprimer le même soutien, et s’indigner d’une censure, là, hélas bien réelle.

Enfoncer une porte largement ouverte

Évoquer la répression militaire française durant « la guerre d’Algérie », comme durant les « événements de mai 45 »,  n’est pas, en France, enfoncer une porte, largement ouverte depuis des décennies par des historiens de renom, des centaines de romans et de films, depuis moins longtemps par les manuels scolaires, et le film documentaire, enfin depuis ces cinq dernières années par des déclarations de chefs de l’État,  d’ambassadeurs français en Algérie, par les partis politiques, et abondamment par la presse à grand tirage et spécialisée…

L’Algérie bâillonnée : vérités officielles et sujets tabous

En Algérie, 48 ans après l’indépendance, et 21 ans après une nouvelle Constitution instituant le pluralisme et la liberté d’opinions, il n’y a par contre ni liberté de recherche pour les historiens, ni liberté de création pour les artistes, romanciers, et encore moins, cinéastes, ni liberté de parole pour les simples citoyens.

Quand il s’agit de l’histoire de la guerre d’indépendance et du nationalisme algérien, et de trois autres sujets tabous (Islam, Berbères et Juifs), l’Algérie est bâillonnée. Les artistes sont conviés à la représentation des vérités officielles, les historiens mis au pas. Et hormis les cinéastes précités, on censure les écrivains, notamment Boualem Sansal, Anouar Benmalek et Salim Bachi. Ou mieux encore, on tue : le chanteur kabyle Matoub Lounes, et le fils de l’autre chanteur kabyle Ferhat Mehenni, en lieu et place du père, par ailleurs aussi dirigeant politique opposant.

Les tabous de la guerre d’Algérie

L’histoire de la guerre 1954-62 ?

Il ne faut pas dire, notamment, qu’elle a commencé et fini par un massacre des non-musulmans, essentiellement des travailleurs (le 1er novembre 1954, le 20 août 1955 à Philippeville, et le 5 juillet 1962 à Oran).

ll ne faut pas dire non plus qu’elle a aussi été un grand massacre de tous les musulmans qui refusaient de se plier au FLN  du début à la fin (des messalistes aux harkis). Et ce sans distinction d’âge, de sexe. Et ce avec un raffinement de barbarie que seuls les islamistes ont égalé, durant ce qu’on appelle en Algérie « la décennie noire » (années 90).

La double stratégie du FLN

Il ne faut pas dire non plus que le FLN avait une double stratégie. L’une honorable, officielle destinée à l’ONU et à la gauche internationale : mettre fin à la relation coloniale. L’autre, officieuse, soigneusement dissimulée, la véritable stratégie mise en pratique sur le terrain, en appelant toujours aux sentiments religieux, le djihad, afin de cibler le non-musulman, au faciès, transformant l’idéal proclamé de Liberté en processus d’épuration ethnique qui s’est bien gardé de dire son nom. Cette stratégie a, comme on le sait, été couronnée de succès, l’islamisme finissant le travail, pour les rares qui comme moi sont restés jusqu’en 1993.

Le massacre des Juifs

Il ne faut pas dire surtout que cette stratégie était déjà, avant le FLN, celle du nationalisme, et qu’elle fut mise en pratique pour la première fois, en août 1934, à Constantine par le massacre des Juifs : plus d’une vingtaine, puis justement en mai 1945, toujours dans l’Est algérien – ce bastion du nationalisme et du mouvement religieux des Oulémas – par plus d’une centaine de morts, ciblés en tant que non-musulmans. Et ce dans les deux cas, seulement en quelques heures.

La stratégie terroriste génocidaire du FLN

Égorger, décapiter, violer en trois heures de temps, comme à El Halia (Philippeville), le 20 août 1955, presqu’une cinquantaine de personnes sur les 150 personnes de village de mineurs, n’était-ce pas à l’échelle d’un village déjà une stratégie génocidaire, dont le but évident n’était pas de vaincre l’armée française, mais d’épouvanter l’ensemble de la population non-musulmane d’Algérie afin de l’inciter à quitter son pays avant même l’indépendance ? N’est-ce pas cette journée aux faits d’armes si peu glorieux qui est devenue depuis l’indépendance la Journée officielle du Combattant ?

Si des cinéastes algériens veulent vraiment bousculer la vérité officielle, tâche effectivement qui incombe aux intellectuels, et non pas se voir combler par les satisfécits des gouvernants, gardiens d’une histoire mensongère – comme cela a été le cas récemment du film Hors-la-loi – n’est ce pas ce à quoi ils devraient s’atteler ?

La répression : la manipulation des chiffres

En 1945 comme en 1955, la répression fut terrible : l’immense majorité des victimes était des innocents qui n’avaient pas cru bon fuir dans les montagnes, comme les membres des commandos, lesquels sont restés, eux, pour la plupart bien vivants. L’un d’entre eux est même devenu général, après  l’indépendance. Voilà qui est plus que tragique. Il y eut des milliers de morts musulmans, sur une durée de quatre à cinq semaines. Mais cette vérité n’est plus un scoop depuis 1945, depuis au moins le rapport d’enquête du Général Paul Tubert.

Le scoop ce fut quand un quotidien algérien annonça ces dernières années qu’il y eut 100 000 morts. Il est vrai que quand « le grand spécialiste de l’histoire d’Algérie », l’unique apparemment à en juger par les grands médias français, signataire du texte qui me fait réagir, Benjamin Stora, est capable de donner des chiffres complètement différents selon les émissions auxquelles il participe… Mettre fin à ces spéculations aussi odieuses qu’irresponsables n’était pourtant pas si compliqué ! Pour connaître le nombre des victimes avec une grande exactitude, n’eut-il pas suffi que lors des cinq ou six recensements nationaux réalisés en Algérie depuis l’indépendance, soit ajoutée une seule question : « En mai 45, ou durant la guerre de libération, avez-vous eu dans votre famille un parent tué ou qui a disparu ? ». Chacun se souvient encore de ce qui a pu arriver à son père ou à son grand-père ! Pourquoi les historiens n’ont-ils jamais adressé une telle demande à l’Etat algérien ?

Occulter ou respecter la chronologie ?

Mais si l’on veut vraiment être iconoclaste et bousculer la doxa, ne faudrait-il pas commencer par rétablir tout simplement la chrono-logie ? L’histoire, n’est-ce pas un présent, un après, mais toujours aussi un avant ? C’est cet avant que l’historiographie officielle algérienne occulte, mais aussi les films sur mai 45, produits, réalisés et diffusés en France, documentaires, et à présent fiction.

Mai 1945 : une insurrection spontanée ou bien préparée ?

Car « les événements de mai 45 » furent une insurrection préparée durant plusieurs mois. Leur but était la formation d’un Gouvernement provisoire qui se serait fait représenter à la Conférence de San Francisco d’où allait sortir l’ONU (avril-juin). Mal coordonnée, elle n’éclata réellement que dans l’Est, mais dans sa conception elle fut bien nationale. Que la mort du porte-drapeau Saâl Bouzid ait servi de prétexte au déclenchement d’une tuerie de non-musulmans, baptisée « insurrection », c’est assez évident. Mais laisser croire que sur un territoire grand comme deux ou trois départements français, elle n’ait été que la conséquence d’un malheureux hasard, n’est-ce pas prendre tout bonnement les gens pour des imbéciles ? Où et quand a-t-on vu qu’une insurrection d’envergure nationale, ou même régionale, pouvait n’être qu’un mouvement spontané, déclenché dans la précipitation ?

Mai 45 : « Tuons les chrétiens, tuons les juifs ! »

Le meilleur démenti n’en est-il pas que ce 8 mai 1945 à Sétif, jour du grand marché hebdomadaire du mardi, l’assassinat du préposé aux taxes communales Gaston Gourlier devança de deux heures le début de la manifestation, et donc aussi le massacre des Européens, avec le cri de guerre « Nkatlou nsara… nkatlou yahoud » (« Tuons les chrétiens, tuons les juifs ! »).

Peut-elle être non-préméditée une tuerie qui vise dès les premiers instants, non pas « d’affreux colons », mais trois éminentes personnalités, connues précisément pour leur bienveillance vis-à-vis des Arabes, comme le maire Edouard Deluca, le juge Vaillant qui acquitta en 1938 le dirigeant des Oulémas Tayeb El Oqbi (défendu par Camus), accusé d’avoir assassiné le muphti d’Alger ? Ou comme le secrétaire du Parti communiste algérien de la ville, Albert Denier à qui on laissa certes la vie, puisqu’on ne lui prit que les mains, coupées – pour l’empêcher d’exercer son métier de facteur, ou de saisir la trompette de la fanfare municipale à laquelle il appartenait ?

Benjamin Stora et le mirage de la « guerre des mémoires »

Enfin et à l’intention du même historien précité dont c’est le thème-dada, je voudrais m’inscrire en faux : il n’y a de guerre de mémoire que dans son imagination. Les témoins algériens, passifs ou actifs, de tous les massacres de non-musulmans, racontent (quand ils le peuvent) exactement la même chose que les survivants non-musulmans, et ce pour toutes les dates fortes déjà évoquées, 1945, 1955, et 1962. Presqu’au détail près ! Raison pour laquelle, précisément, mon dernier film Algérie, histoires à ne pas dire a été interdit.

De plus, demander que les victimes non-musulmanes soient mentionnées au même titre que les victimes musulmanes, en quoi cela peut-il être qualifié de  « guerre » ? Guerre de mémoire ou lutte pour la Vérité, toute la Vérité ? Si enfin les archives étaient accessibles en Algérie comme elles le sont en France, si les témoins, les historiens, les intellectuels et les artistes algériens pouvaient témoigner chacun à leur manière, sans craindre pour leur vie, cet historien pourrait-il encore parler de « guerre des mémoires » ? Cette « guerre de mémoire », n’a-t-elle pas été plutôt inventée pour en masquer les causes véritables ? Une Algérie, enfin, démocratique le prouverait aussitôt. Mais en attendant, et on risque d’attendre encore très longtemps, les témoins auront disparu. L’histoire de l’Algérie indépendante ne se résume-t-elle pas d’ailleurs à celle de la disparition des témoins gênants ?

Donner la parole aux terroristes ou aux victimes ?

Devant cette situation qui peut s’éterniser en Algérie, que peut faire, que devrait faire la France ? Continuer à donner dans ses grands médias TV, comme pour se racheter des fautes passées, une représentation unilatérale, univoque, de l’histoire et de la mémoire algéro-française ? Continuer à donner la parole aux seules poseuses de bombes, dites joliment « porteuses de feu », en omettant de la donner aussi aux petites filles d’ouvriers qui perdirent leurs jambes et leurs bras, dans le meilleur des cas ?

Pour se disculper d’un passé qui ne fut certes pas toujours glorieux, la France n’a-t-elle vraiment d’autre alternative que de reprendre à son compte les mythes de l’histoire officielle algérienne ? Ou que de substituer à l’imagerie coloniale représentée par les fameuses cartes postales, une nouvelle imagerie cinématographiée, cette fois anticoloniale, mais toujours aussi simplette ? Si c’était le cas, à cette France qui par la force des choses deviendra de plus en plus algérienne et musulmane, on peut déjà lui prédire des lendemains difficiles.

Un demi-siècle après l’indépendance, n’est-il pas un peu tard pour défendre la cause anticolonialiste ? Si « l’attardé du colonialisme » n’est pas un sort enviable, l’attardé de l’anticolonialisme vaut-il mieux ? Pour ne pas être un attardé de la vérité historique, n’est-il pas temps de dire la vérité sans fard, et d’ouvrir les yeux aussi grands sur l’Algérie que sur la France ?

Et ceci non pas seulement pour la paix des mémoires, mais aussi pour comprendre le présent. Le tragique présent de l’Algérie précipitée par un islamisme qui a singé son prédécesseur nationaliste dans une guerre civile qui a fait 200 000 victimes. Mais aussi le présent français où le même islamisme, avec à peu près les mêmes méthodes (prières dans la rue, contrôle des femmes par la burqa obligatoire, agressions physiques pour intimider et neutraliser les élites qui résistent) se prépare sans doute à la même guerre civile.

Enfin, le lecteur doit savoir que mon enfance ayant baigné en Algérie dans un milieu communiste engagé pour l’indépendance, certes une indépendance non-épurée de ses enfants juifs et chrétiens, et donc n’ayant aucun des complexes qui semblent paralyser bon nombre d’historiens ou d’intellectuels français, de plus ayant été en Algérie de toutes les luttes pour la démocratie et la liberté, j’ai acquis me semble-t-il le droit de dire la réalité, telle qu’elle est, et non telle que je l’aurais voulue.

Jean-Pierre Lledo, Cinéaste algérien

Paris le 1er juin 2010.

*  A ce jour et à ma connaissance, l’ouvrage le plus complet, le dernier sur ce sujet, qui tient compte de toutes les sources, qui suit scrupuleusement la chronologie des événements, et dont l’honnêteté est unanimement saluée, a été écrit… par quelqu’un qui n’est pas historien : « Sétif, Mai 45, Massacres en Algérie » de Roger Vétillard.

Le romancier algérien Boualem Sansal bientôt au Festival International des Ecrivains de Jérusalem (13-18 Mai 2012)

(Texte publié par l’Agence de Presse MENA)

Boualem Sansal a donc été invité au Festival International de Jérusalem qui aura lieu dans ce magnifique quartier de Jérusalem, Mishkenot Sha’ananim, que l’on doit à l’infatigable Lord juif Montefiore, qui reçut l’autorisation des autorités ottomanes de le construire il y a deux siècles, dans les années 60, tant les Juifs vivaient jusque-là dans la plus grande misère, à quoi s’ajoutait l’humiliation du joug musulman. Quotidien qui alarma même Marx. Ce premier quartier juif construit en dehors de la Vieille Ville entourée de murailles, mais juste en face, peut être considéré en tous cas comme un signe architectural et urbanistique gros de tout le processus d’auto-émancipation des Juifs qui allait suivre, cette nouvelle ‘’sortie d’Egypte’’, jusqu’à la création de l’Etat d’Israël en 1948.

Quand on est un citoyen d’un pays arabe et musulman, dire qu’arriver à Jérusalem est une aventure, est un euphémisme. Car l’entreprise est périlleuse à de multiples titres. Surtout lorsqu’on est un homme public, un écrivain, renommé de surcroit. En amont, il aura fallu affronter ses propres préjugés, combler ses ignorances, et avoir le courage de se mesurer à ce qui représente le Tabou des Tabous dans le monde arabo-musulman, Israël. En aval, l’enjeu n’est plus d’ordre intellectuel et symbolique. Il faut s’attendre à un déferlement de violences, verbales au début, prônant dans le meilleur des cas, l’excommunication. Et se préparer à y parer. Surtout lorsque malgré les diagnostics sur son pays de plus en plus sévères qu’il nous livre de roman en roman, d’article en article d’opinion, l’écrivain ne s’est pas résolu à quitter l’Algérie.

Le récent appel du mouvement palestinien nazislamiste Hamas à condamner l’écrivain, destiné au monde arabe et musulman, à ceci de bon qu’en ouvrant le feu, il rendra plus délicat le positionnement des intellectuels algériens et arabes sollicités pour condamner Sansal. Il faut en effet savoir que dans le monde arabe et musulman, même lorsque l’on peut tirer à boulets rouges sur le pouvoir, décrier le système politique mafieux, et mettre à nu les travers de la société patriarcale, l’intellectuel est tenu, par compensation, de s’affirmer un bon nationaliste, et surtout un contempteur d’Israël.

Or Boualem Sansal est sans doute le premier intellectuel du monde arabe et musulman à ne pas respecter ce seuil de tolérance. Le premier, si l’on excepte Rezak Abdelkader, petit-fils de l’Emir Abdelkader, ce premier chef résistant à la pénétration française de 1830. Né en Syrie et parfait connaisseur de tous les pays arabes environnants, il avait dans deux livres sur le conflit judéo-arabe, publiés chez Maspéro dans les années 60, émis un jugement définitif sur leurs dictatures patriarcalo-religieuses, et pris parti sans équivoque pour Israël, fruit prometteur pour lui car démocratique, de ce mouvement mondial du 20ème siècle vers l’autodétermination. Au point de se marier avec une Israélienne juive et de vivre puis de mourir à ses côtés, dans un kibboutz galiléen longeant le lac de Tibériade.

La littérature algérienne a eu ses enfants prodiges, lesquels eurent beaucoup d’épigones. Kateb Yacine et sa fougue poétique éclatant l’ordre patriarcal. Rachid Boujedra et sa prose fascinée par Céline, s’attaquant à l’un des grands tabous du monde musulman, le sexe. Rachid Mimouni qui le premier commença à fustiger les mécanismes totalitaires du système politique, mais par le biais de la parabole et de la satire. Tahar Djaout qui sans doute serait devenu l’un des plus grands écrivains algériens s’il n’avait été assassiné en 1993 par les islamistes. Aucun d’entre eux cependant n’avait encore osé bousculer, ou n’avait eu le temps de le faire, la mort les ayant tous emporté prématurément, à l’exception de Boujedra, le code de respectabilité fondé sur les deux unanimismes fondateurs de l’imaginaire populaire, le nationalisme et le fait antijuif. Lesquels s’abreuvent dans l’Islam lui-même. Non pas dans l’islamisme, mais dans le Coran et les Hadiths eux-mêmes, puisque, rappelons-le, l’expulsion des tribus juives de Yathrib (future Médine), et le massacre  de 600 à 900 Juifs (selon les Hadiths) des Banu Qurayza auquel a participé le Prophète himself, est un moment fondateur de l’Islam, et la source essentielle de l’antijuivisme qui s’en est suivi, faisant du Juif un dhimmi, c’est-à-dire un discriminé et un humilié au quotidien, selon un Code élaboré par les juristes dès le 8ème siècle, et appelé pacte d’Omar.

La meilleure incarnation de cette triche intellectuelle, étant sans aucun doute Yasmina Khadra. S’il dit sa nostalgie de ses anciens copains pieds-noirs d’Oranie, c’est pour taire que le 5 juillet 62, le jour même de l’indépendance, on les avait massacrés et jetés dans un lac par centaines. Et s’il va jusqu’à mettre en scène le terrorisme palestinien, c’est pour finalement le justifier, comme quelques décennies plus tôt le FLN avait justifié le sien. Au Salon du Livre 2008 à Paris, qui fit d’Israël l’invité d’honneur, eu égard à son 60ème anniversaire, celui qui tente de se faire passer pour un déboulonneur de mythes, ne s’était-il pas joint à l’appel au boycott  du monde arabe ? Cela valut en tous cas à l’ex-officier de la Sécurité Militaire d’être nommé à la tête du Centre Culturel Algérien à Paris, alors que Boualem Sansal, lui,  venait quelques années plus tôt d’être éjecté de son poste au Ministère de l’Industrie.

Rapport aux Juifs, l’Algérie comme le reste du monde arabe a toujours été en pleine schizophrénie. Ainsi, l’actuelle Ministre de la Culture Khalida Toumi, ex-Messaoudi, maintenue à ce poste depuis trois mandats par le Président Bouteflika dont elle fut d’abord le porte-parole, n’hésita pas à déclarer en février 2008 au quotidien arabophone El Khabar qu’elle : « travaillait, avec l’Espagne, à déjudaïser la musique andalouse », dite en Algérie, ‘’arabo-andalouse’’. Pas moins ! Sauf que la même personne dix ans plus tôt, alors qu’elle n’était qu’une militante extrémiste du féminisme en butte à l’ire islamiste qui sévissait à l’époque, n’avait pas hésité à se rendre en Israël, et même à se faire interviewer et photographier par le quotidien Haaretz… sans que, soit-dit en passant, ‘’la presse indépendante’’ algérienne n’en dise mot.

Je n’ai pas encore questionné Boualem Sansal sur ce qui l’a poussé à renverser le Tabou arabo-musulman concernant Israël. Mais il suffit de lire ses romans, et de constater dans quel sens son œuvre a évolué pour en avoir idée. Dès son premier roman, Le Serment des Barbares – quel titre ! – on comprend que l’écrivain s’est engagé dans un combat pour la vérité historique, et pour nous dire que les mafias qui ont fait et surtout défait l’Algérie ont un lien ombilical avec celles qui ont dirigé le combat ‘’libérateur’’ contre la France. Les romans qui ont suivi, L’Enfant fou de l’arbre creux, Dis-moi le paradis, Harraga, ont creusé le même sillon, démontrant chaque fois différemment, au travers de nouveaux échantillons sociaux, et de magnifiques personnages, combien le présent était hypothéqué par le passé, comment les violences d’aujourd’hui éructaient d’un volcan de secrets masquant des violences antérieures, aussitôt dissimulées. Dans l’avant-dernier roman, Le Village de l’Allemand, les personnages de deux frères adultes vivant en France, ne découvrent-ils pas, après la mort de leur père en Algérie, qu’il avait été un nazi, et pas n’importe lequel, un ingénieur-chimiste qui avait mis au point un certain gaz exterminateur, et qui après la défaite hitlérienne en 1945 avait d’abord reçu l’asile en Egypte, avant de servir d’instructeur militaire aux ‘’combattants de la libération’’ du FLN-ALN, et qui à ce titre avait reçu la nationalité algérienne après l’indépendance. Après quoi, il ne restait plus à Sansal qu’à ouvrir le tiroir des secrets familiaux, que je ne vous dévoilerai pas ici : La Rue Darwin, son dernier.

Que ce soit par ses romans, ou par ses essais, Petit éloge de la Mémoire, Poste restante : Alger, Boualem Sansal n’arrête pas de nous dire finalement que l’Algérie, comme le reste du monde arabe, est malade d’abord de sa mémoire, du déni de ce qu’il a été réellement, de ses mythes, en un mot de son identité falsifiée. Faut-il s’étonner alors que dans ses deux derniers romans, surgisse l’impensable, l’indicible, l’innommable, je veux dire, le fait juif ? Le Rabbin de son enfance dans La Rue Darwin, et la Shoah dans Le Village de l’Allemand, faisant de Sansal, le premier écrivain à évoquer la tentative d’anéantissement du peuple juif dans un monde arabe où Meïn Kampf est encore de nos jours un best-seller, et les négationnistes Garaudy et Dieudonné, des personnes adulées.

Dans quelques jours, du 13 au 16 Mai, Boualem sera donc pour la première fois en Israël, dans sa capitale de toujours, celle de Judée, débaptisée par les Romains en Palestine en l’an 70, après la destruction du second Temple, que l’Islam conquérant commença de recouvrir par ses propres temples, dès le 7ème siècle. Et alors, sans doute aura-t- il l’occasion, de nous préciser le sens de la progression de son itinéraire littéraire autant que personnel.

Le lieu n’étant pas ici à l’analyse littéraire, dommage, qu’il me suffise donc d’encourager à lire le romancier. Car avec Sansal on sort des sentiers battus chers à la littérature du monde arabe, de l’obsessif, de l’onirique, du romantisme poétique, et de la poisseuse nostalgie de l’âge, soi-disant, d’or, pour aller, dans des formes de plus en plus classiques vers un réalisme, certes tout à fait spécifique à l’écrivain, qui lui permet d’inventer enfin de vrais personnages, y compris de femmes, qui ne sont plus de simples marionnettes mises en mouvement, pour nous faire voir, sans filtres, le REEL, aussi calamiteux que tragique.

Chacun doit savoir qu’il y trouvera un immense plaisir, car ce réalisme sansalien n’a rien d’une didactique édificatrice et ennuyeuse. Avec le lecteur pris pour un égal avec qui on peut parler, réfléchir, voire plaisanter, l’écrivain ne cesse jamais de faire pétiller humour et jubilation, aussi fins, que ravageurs. Certes pour dissimuler une douleur d’écorché vif, qui est  à la hauteur du retard et du gâchis, matériel, social, et spirituel, de l’ensemble du monde arabo-musulman. Immense. Et l’on ne sait jamais, s’il faut en rire ou en pleurer.

Il est sûr en tous cas, qu’au travers des réactions à l’acte courageux de l’écrivain algérien, nous aurons une nouvelle occasion de vérifier que la libération spirituelle du monde ‘’arabo-musulman’’, passe par sa réconciliation avec ses origines, juives, c’est-à-dire par la reconnaissance de l’héritage, en lieu et place de la tentative actuelle, inverse, qui consiste à faire des Juifs, de leur Tora, et de leurs prophètes, des pièces rapportées de l’Islam.  Cette manipulation de la plus élémentaire chronologie, donnant idée de la profondeur du mal.

Rêvons un peu : et si les intellectuels palestiniens, géographiquement les mieux placés pour commencer ce travail, devaient être les sauveurs du monde arabo-musulman, c’est à dire ceux qui le ferait passer du délire à la réalité, à la vérité ?

Voilà, Boualem Sansal est reparti. (Jeudi 17 Mai 2012).

Voilà, Boualem Sansal est reparti. Voyage éclair.

Mais pour toutes celles et ceux qui ont pu l’approcher durant ces 4 jours (13 au 16 Mai), à Jérusalem ou à Tel Aviv, à l’occasion de sa participation au Festival International des Ecrivains 2012 de Jérusalem, la lumière de l’éclair ne disparaitra jamais. Pour d’innombrables raisons.

Malgré sa notoriété qui grandit de roman en roman, Boualem est resté le même, modeste, à l’écoute, doux, n’élevant jamais la voix, naïf et pas faussement, tellement sans masque qu’on a envie de le lui en tendre, au moins un, on sait jamais. Comment ne pas penser à cette autre force tranquille, l’écrivain Tahar Djaout qui, lui en plus, roulait adorablement les ‘’r’’ ? (Il fut assassiné le 27 mai 1993 par les islamistes alors qu’il venait de sortir de son immeuble et d’entrer dans sa voiture, dans une lointaine banlieue d’Alger).

Même les énormités ne perturbent pas plus Boualem qu’elle ne perturbait Tahar.

Et autant le dire de suite, Boualem n’en entendit pas une seule, là.

Les énormités, faut aller les chercher sur le net : haine, antijuivisme primitif le disputant à un aussi primitif anti-israélisme, insultes nauséabondes, baignant souvent dans ce nazislamisme déjà dénoncé par l’auteur dans ‘’Le Village de l’Allemand’’.

Même aussi dénué de préjugés que lui, arriver à Jérusalem quand on vient d’Algérie n’est pas une mince affaire. Que doit surmonter le citoyen arabe, y compris l’intellectuel ? Je lui ai posé la question. Réponse : ‘’la peur’’.

Et Boualem refuse d’avoir peur, car ‘’c’est entrer dans leur logique’’. Celle du censeur, du dictateur, du sectateur, et de tous les autres bien-penseurs. Il faudrait écrire panseurs.

N’ayant pas peur, il a pu savourer ses sensations, celles du lieu magique, Yérouchalaïm (Jérusalem prononcé en hébreu), celles des rencontres avec ses habitants-lecteurs-auditeurs, et en éprouver du bonheur. C’est beau de voir un visage émerveillé. Il a beau avoir dépassé la soixantaine, c’est celui d’un enfant. Rien de mystique ni du fameux syndrome de Jérusalem, pourtant.

Et il en sera ainsi de tous les Arabes qui viennent et viendront en Israël.

Planter ses dents dans le fruit défendu, c’est quand même le plaisir des plaisirs.

Ensuite, retrouver ces Juifs qui ont été chassés de tous les pays arabes. Six cent des neuf cent mille, ce n’est pas rien. Et donc forcément qu’à chaque coin de rue, vous avez de fortes chances de vous retrouver nez à nez avec un d’eux, un pote de Tlemcen, ou de Constantine, ou du Mzab, ou du bled de la Kahena dans les Aures… Et le nez, les Juifs comme les Arabes, ils ne plaisantent pas avec.

Ensuite, quand on vient du monde arabe, et qu’on a dû prendre son visa à Paris, donc traverser plusieurs pays d’Europe, où insensibles aux tueries et aux discriminations les plus intolérables du monde musulman, vis-à-vis des Noirs, des Chrétiens, et de tout musulman qui ose déroger, Israël est devenu le seul motif d’indignation, la grosse surprise c’est, bien sûr, de marcher dans des rues où se croisent des Arabes et des Juifs le plus normalement du monde, ou bien de traverser tout Jérusalem et ses quartiers plutôt arabes ou plutôt juifs, dans ce fameux tramway à peine inauguré, sans que l’on y voit un seul policier, sans que le moindre ‘’crime talmudique’’ ne soit commis pour faire de la galette avec du sang d’enfant arabe, puisque tel est le thème favori d’une bonne partie de la production romanesque dans le monde arabe…

Boualem m’a d’ailleurs demandé comment étaient habillés les policiers. Je lui ai répondu que je me posais la même question, car je n’en avais pas encore vus depuis que j’étais arrivé pour préparer mon film, et que je me demandais même comment d’aussi grandes villes pouvaient s’autodiscipliner.

Et lorsque Boualem s’est rendu au lycée français de Jérusalem qui tient à s’afficher ‘’laïque’’ bien que situé dans le couvent St Joseph, ce qui l’a éberlué, c’était que hormis quelques profs et le proviseur, des Français, le reste, profs et élèves étaient Juifs et Arabes… Soient israéliens, soit venant des Territoires administrés par l’Autorité Palestinienne. Les keffiehs que portaient certains élèves ne lui ont pas échappé non plus. C’est vrai que c’était le jour de la ‘’Naqba’’ (catastrophe), que depuis quelques années les dirigeants palestiniens tiennent à commémorer, sous ce nom, le même Jour que l’indépendance israélienne de Mai 1948. ‘’Naqba’’, presque l’équivalent en arabe  de ‘’Shoah’’, excusez du peu.

Quand les Arabes et les Palestiniens pourront librement – c’est à dire sans que les intellectuels n’aient peur pour eux et leur famille – se réapproprier leur histoire, ils devront sans aucun doute conserver une Journée Naqba, mais en la situant bien, bien avant…

Par exemple, au tout début du 20ième  siècle lorsque les premiers mouvements politiques arabes – ils ne se disaient pas encore ‘’palestiniens’’ puisque les premiers palestiniens de cet endroit furent … Juifs – au lieu de s’employer à bâtir les institutions de leur futur Etat, comme le fit le mouvement sioniste, consacrèrent toute leur énergie à nier le droit national des Juifs à avoir leur propre Etat… D’abord par la parole… Puis par le boycott de leurs produits économiques… Puis par les assassinats de simples gens… Puis en commençant par chasser les Juifs de Galilée, de Hébron, et de Jérusalem, c’est-à-dire ceux qui n’avaient jamais quitté cette terre… Enfin par la guerre dirigée par le Hadj Amin El Husseini et financée dès les années 30 par les nazis.

Fourvoyés par leurs chefs et par des pays arabes dont les frontières ont toutes été dessinées par la puissance dominante, l’Angleterre, telle est la véritable Naqba des Palestiniens arabes, chrétiens et musulmans.

Le jour où l’on verra des intellectuels arabes et palestiniens le dire et l’écrire, alors la solution du conflit israélo-palestinien ne sera plus très loin…

Sansal, quant à lui, est persuadé qu’un jour la paix arrivera.

Et il a même une petite idée toute simple qu’il ne nous a pas dissimulée…

‘’Il faudra qu’autour de la table, il n’y ait que des Palestiniens et des Israéliens.’’. Pas d’autres.

‘’Ni des Européens, ni des Américains, ni des Russes, car tous n’ont en vue que leurs intérêts’’. 

Ni des Arabes d’ailleurs, surtout eux, qui aujourd’hui se sont livrés aux islamistes…

Les islamistes, et on l’avait compris depuis ‘’Le Village de l’Allemand’’, sont pour Boualem le mal absolu.

Aussi a-t-il tenu à s’élever contre ceux qui en Europe défendent l’idée que c’est ‘’un mal nécessaire’’.

Traverser le Mal pour aller vers le Bien ? ‘’Ridicule, suicidaire !’’, hausse à peine la voix, Boualem : ‘’Pour aller vers le bien, il faut s’ ECARTER du Mal’’.

Mais les élections dans le monde arabe qui lorsqu’elles sont libres portent partout au pouvoir les islamistes, laissent-elles un espoir, lui ont demandé maintes fois ceux qui firent salle comble à chacun de ses débats ?

‘’Pas à brève échéance’’, admet l’écrivain. Et précise-t-il, le temps à lui seul n’y fera rien.

De débat en débat, Boualem ne craint pas de se répéter : ‘’les intellectuels du monde arabe doivent se mettre au travail’’, pour élaborer une pensée indépendante des pouvoirs consacrés, une pensée qui ne recule devant aucun tabou.

Et comme Boualem ne veut pas désespérer, il énumère quelques exemples (peu nombreux) de réactions positives de compatriotes à son voyage actuel en Israël, qui certes par ces temps de fange haineuse, illuminent…

La question qui est revenue le plus souvent est : ‘’Pourquoi restez vous en Algérie ?’’. Certains le prièrent même, larmes aux yeux : ‘’Ne tentez pas le diable, partez !’’. 

Et Boualem de citer un échantillon de la longue liste des bêtes noires du pouvoir qui depuis 1962 ont toutes été assassinées dans différentes villes d’Europe, sans même que les polices de ces pays dotés pourtant d’Etats de droit et de justices indépendantes n’aient mené la moindre enquête.

‘’Ce n’est pas moi qui doit partir, ce sont eux (les pouvoirs) !’’.

Evidemment, le public israélien n’a pas l’habitude de rencontrer pareils énergumènes.

Surprise. Etonnement. Effarement. Ahurissement. Stupéfaction. Ebahissement. Eblouissement. Emerveillement. Fascination….

Ce sont tous les synonymes de ‘’surprise’’ que me propose l’ordinateur. Et il est certain que le charme, comme l’éclair dont je parlais au début, n’est pas prêt de s’estomper.

Tant de mots du cœur lui ont été dits… En aparté : ‘’Beaucoup vous admirent, moi je vous aime’’, lui a soufflé Ziva. Et en public : ‘’si Primo Lévi était vivant, il serait votre ami, Boualem !’’. Suprêmissime compliment par quelqu’un qui, nous dit-il, avait perdu 60 personnes de sa famille dans tous les camps hitlériens.

Là, où passe Boualem, l’effet est durable. Et au moment de se séparer, le seul mot que son public et lui n’ont pas prononcé, est ‘’adieu’’,  tant il était évident pour tous, qu’une grande histoire d’amour vient de commencer. Vient ou avait déjà commencé depuis si longtemps, il y a 2000 ans ou plus, lorsque les premiers Juifs arrivèrent après avoir été chassés de leur Judée et qu’ils furent adoptés par les Berbères, leurs frères ?

Car s’il est bien un sentiment qui, en arrivant pour la première fois à Jérusalem, vous prend à la gorge ne vous quitte plus, et a sans doute aussi submergé Boualem, c’est que cette ville est bien le lieu où l’histoire brisée et violente de l’humanité se recollera et s’apaisera…

Que les artistes et intellectuels du monde arabe qui auront un peu de son courage sachent ce qui les attendent et ce qu’ils auront à ressentir : combien il est bon d’être aimé par ceux que l’on nous avait présenté comme d’éternels  ennemis !

Ses derniers moments hiérosolomytains, Boualem tint à les passer avec ses compatriotes de Tlemcen, Miliana, Blida, Alger, et j’en oublie, (cf toutes les photos ci-dessus) dans une superbe maison du quartier juif de la Vieille Ville, rasé après 1948, quand il tomba dans les mains de la Jordanie, et reconstruit après la victoire israélienne lors de la guerre des six  jours en 1967.

Avant de se séparer, on monta sur la terrasse. Il faisait grand nuit, et le Dôme du Rocher luisait de sa dorure. On pouvait rêver à la grande réconciliation entre les enfants d’Abraham que venait à peine d’évoquer notre hôte, lui aussi Abraham, dans une magnifique envolée lyrique, applaudie avec enthousiasme par Boualem…

Moi je ne pus m’empêcher de penser à ce SMS reçu à Paris d’une intellectuelle algérienne, il y a 2 ans, et qui disait : ‘’En ce moment les buldoozers deTsahal sont en train de détruire El Aqsa’’, alors qu’en réalité l’on venait juste d’inaugurer la grande synagogue ‘’Hourva’’ explosée, avec de nombreuses autres en 1948, par la Légion jordanienne…

PS : Ah, j’allais oublier… On a aussi beaucoup parlé de littérature durant ces quatre jours, à Jérusalem ou à Tel Aviv, à l’Institut français.

Mais pour cette fois, je crois que là n’était pas l’essentiel…

Comment faire reconnaître le massacre du 5 juillet 1962 (05/11/2013)

Je ne suis pas historien, mais cinéaste. Mon intérêt pour cet épisode provient de plusieurs choses. Mon enfance s’est faite à Oran et j’ai toujours gardé le lien avec cette ville, mes amis d’enfance et ceux de mes parents. J’ai été marié à une Oranaise (d’origine arabe). Enfin, j’ai fait un film (Algérie, histoires à ne pas dire) dont la quatrième partie est consacrée à cette tragédie, et qui a été interdit en Algérie.

J’ai su très tôt qu’il s’était passé quelque chose de terrible le 5 juillet 1962 à Oran, où je n’habitais plus depuis 1957. Seules les opinions pro-indépendantistes et communistes de mon père, qui furent aussi les miennes par la suite, m’ont empêché de vouloir en savoir plus, et ont provoqué chez moi leur occultation de fait. Circonstance atténuante: j’ai vécu en Algérie jusqu’en 1993, et ce sujet comme d’autres était tabou. Ce que j’avancerai ci-après est le résultat de mes propres réflexions, fondées essentiellement sur des témoignages d’Algériens arabes et de Pieds-noirs, simples citoyens ou militaires, recueillis personnellement, et sur quelques lectures.

Bilan

Il y a eu beaucoup de morts ce jour-là. Environ 700 tués et disparus, d’après les archives françaises auxquelles a pu avoir accès l’historien Jean-Jacques Jordi (Un Silence d’Etat, Ed. Sotéca. 2011). Mais sans aucun doute beaucoup plus. L’ouverture des Archives algériennes, celle de l’ALN, du FLN, les registres de l’hôpital d’Oran et des cimetières, la mise à nu des charniers dont certains sont parfaitement localisés, le démontreraient aisément.

Mais plus que l’aspect quantitatif, ce qui caractérise ce massacre, c’est sa qualité. C’est un massacre raciste. Durant toute la journée du 5 juillet, célébration officielle de l’indépendance algérienne, on fait à Oran la chasse au faciès non-musulman.

Jules Molina, militant oranais éminent du Parti communiste algérien, avait été libéré de prison par la France en mars 62, en vertu des ‘Accords d’Evian’. Il se met aussitôt au service du FLN et fait redémarrer la CLO, une usine de conditionnement du lait, à l’arrêt suite à l’exode des techniciens pied-noir. Le 5 juillet, à peine sorti de l’usine, il est aussitôt arrêté, mis dans une voiture et emmené sans ménagement au commissariat du quartier déjà bondé d’Européens. Quelques moments plus tard, un militant FLN le reconnait et le libère. Il sait alors qu’il vient d’échapper miraculeusement à la mort.

Halima Bourokba, la femme du troisième Président de la république algérienne, Chadli Bendjedid, jeune fille alors, faillit faire les frais aussi de cette terreur ethnique. Habillée en robe, prise pour une Européenne, elle ne dut son salut qu’en criant qu’elle était musulmane, qu’en récitant illico un verset du Coran, puis comme le tueur le lui intima, qu’en marchant sur le corps de la victime européenne, là à ses pieds. Cet incident qui ne fut pas sans traumatisme sur son psychisme, un fait transmis par sa famille et connu à Oran.

Commis par un peuple et ses dirigeants, le jour même de son indépendance censée mettre un terme à un système colonial dit  »raciste », le massacre du 5 juillet 1962 est donc devenu LE crime fondateur de la nouvelle identité algérienne. C’était suffisant pour qu’il soit biffé de la mémoire nationale.

Silence algérien redoublé par le silence français, lui aussi compréhensible: ce jour-là, et les suivants, on tue devant 18.000 soldats français, sommés par De Gaulle de ne pas intervenir. Silences d’Etats nullement dérangés par les historiens officiels, français et algériens, plus intéressés à légitimer la guerre d’indépendance du FLN, comme si cela faisait encore problème, qu’à faire leur métier d’historien: dire la vérité de l’histoire.

Deux ans après la sortie du livre de Jean-Jacques Jordi, l’Etat français n’a toujours pas entrepris la moindre démarche vis-à-vis de l’Algérie.

En Algérie, l’unanimisme nationaliste fait de la quasi-totalité des intellectuels, des  »intellectuels organiques » comme les appelait Gramsci. Seule exception, l’universitaire oranais Karim Rouina eut le courage dans sa thèse universitaire (rédigée en France dans les années 80) de communiquer des témoignages très précis d’arrestations, de détention et d’extermination des civils non-musulmans, mais n’intervint plus jamais à ce sujet par la suite… Quant à Fouad Soufi qui fut le directeur des Archives d’Oran, il fut le premier historien à communiquer sur cette tragédie, mais en prenant la précaution de l’expliquer par la violence de l’OAS… Quand je lui demandai pourquoi il n’avait pas mené une enquête auprès des chefs FLN d’Oran de cette époque, encore vivants, il me répondit:  »J’ai une famille ».

Le massacre

Je n’ai pas rencontré un seul Oranais qui ait vécu ces 3 journées (les 5, 6, 7 juillet 1962) et qui m’ait dit ne pas savoir. Un vieux militant communiste Tayeb Malki me raconta qu’à la gare d’Oran, un homme de 40 ans criait, alors qu’on l’arrosait d’essence, et avant d’être immolé:  »Je suis un ouvrier

! Je suis un ouvrier! ». Et à  »Victor Hugo », quartier arabe où il avait dû s’exiler par peur de l’OAS, tout près du petit Lac où l’on jetait les cadavres suppliciés, il vit un homme tuer un Européen, lui ouvrir le ventre, et manger son foie… Tout comme récemment le commandant de l’opposition syrienne de la brigade Omar Al-Farouq, mutilant puis mangeant le foie du cadavre d’un soldat syrien. Le militant communiste qui me raconta cela, savait comme tout musulman un peu lettré que le meurtrier croyait venger, 14 siècles après, le chef militaire Hamza b. Abdalmouttalib, oncle du Prophète Mohamed, qui une fois tué, se fit dévorer précisément le foie…

Un ex-diplomate algérien de l’Onu, Hadj-Chikh Bouchan publia il y a quelques années un récit personnel sur son adolescence à Oran,  »Les barbelés du village nègre », et son engagement au sein du FLN oranais. Le récit s’achevait le 5 juillet sans un mot pour le massacre. Je lui en demandai la raison. Sa réponse, devant son épouse, fut celle-çi:  »Je n’ai pas pu. Ce que j’ai vu est trop horrible ».

Comme j’insistai, il me raconta le fait suivant.

Le 5 juillet, il se trouvait dans le quartier  »Ville Nouvelle », plus précisément sur la terrasse d’une maison. Plus précisément, avec d’autres jeunes, en train de démonter des revolvers, de les huiler et de les remonter (le jour de la  »fête » du 5 juillet…). Un autre jeune arriva et s’empara d’un pistolet abandonné.  »Il est enrayé, laisse tomber ! ». Le nouvel arrivé ne se découragea pas, le démonta, le huila, le remonta, et sortit avec.

L’auteur poursuit :  »Je le vis sortir de la maison, aller vers un Européen et lui tirer dessus. ( »Ville Nouvelle » était un quartier exclusivement musulman durant la guerre, mais l’Européen, peut-être même un sympathisant de l’indépendance, avait cru pouvoir s’y aventurer, un jour de fête…). L’homme tomba, mort. Le jeune homme remonta à la terrasse, et laconique, dit à ses compères :  »Le pistolet n’était pas enrayé ».

Des récits de ce type, de témoins arabes, j’en ai entendu de très nombreux. Ils n’infirment nullement le récit des dizaines de survivants européens durant ces journées sanglantes que l’on peut lire dans les 3 livres de Geneviève de Ternant ‘L’Agonie d’Oran. Pour ce massacre comme pour celui du 20 août 1955 dans la région de Philippeville (Skikda), par lequel commença vraiment la  »guerre de libération », il n’y a absolument aucune  »guerre de mémoires » (dada de l’historien officiel Benjamin Stora, particulièrement discret à ce sujet).

Algériens arabes et pieds-noirs disent exactement la même chose, la même violence, la même tuerie.

Ce qui est sûr, c’est que le 5 juillet 1962 pèse lourd, très lourd sur la conscience des Oranais, qu’ils aient été des témoins actifs ou passifs. Quand je demandai à mon copain d’enfance Smaïn, en 2002, lors du tournage d’un film précédent Un Rêve algérien, s’il avait vu quelque chose le 5 juillet (à Oran, inutile de dire  »massacre », évoquer le  »5 Juillet 62 » suffit…), voici quelle fut sa réponse:  »Tu sais Jean-Pierre, quand on se rassemble entre copains de l’époque, on se dit que ce qui nous arrive à présent (le terrorisme islamiste), c’est pour payer ce qu’on a fait le 5 juillet… ».

 

Algérie: qui est l’auteur du massacre du 5 juillet 1962 à Oran? (06/11/2013)

Compte tenu du fait qu’il n’y a pas encore, sur cet événement, un ouvrage de la dimension de ceux de Roger Vétillard sur les massacres du 8 Mai 1945 ou du 20 août 1955, voici quelques réponses et hypothèses.

C’est l’OAS !

C’est ce qu’on entend à Oran de la part des militants FLN. Le peuple fête l’indépendance et l’OAS lui tire dessus. Suscitant sa furie. Cet argument ne tient pas. Les OAS étaient peut-être furieux, mais pas fous. S’il en restait ce jour-là à Oran, ils se terraient. De plus, la tuerie ne démarre pas en un seul endroit pour ensuite faire tache d’huile, mais simultanément dans tous les quartiers d’Oran, dès la matinée (sans parler des enlèvements, les jours et les semaines précédentes).

Certains historiens algériens, tel Fouad Soufi, évoquent aussi l’OAS, mais pour justifier la fureur populaire: des hommes et des femmes lynchent, crèvent les yeux, arrachent les membres, éventrent, étripent, etc. Argument tout aussi faible que le précédent. La violence OAS a été pareille à Alger (voiture piégée du port, mortiers sur Belcourt, etc…) mais point de massacre final.

Le peuple

Il a effectivement pris sa part au massacre. Même s’il y a eu des Justes qui ont prévenu, protégé, caché, sauvé. 10 à 15% de la population, comme dans tous les génocides du monde. Mais faire endosser au  »peuple » l’idée même du massacre relève de la lâcheté des véritables concepteurs et encadreurs. Ce qui s’est passé le 5 juillet 1962, puis le 6, et le 7, l’a été sur une trop grande échelle (Oran était la 2e ville d’Algérie), et mobilisé une logistique de trop grande ampleur pour que l’on puisse croire une seule seconde en la spontanéité du  »peuple ». Ni simultanéité, ni spontanéité.

Durant ces trois journées, on gère des dizaines de milliers de personnes, victime comprises. Des milliers de civils non-musulmans sont arrêtés, emmenés, à pied, dans des voitures, ou dans des camions, vers les lieux de détention déjà préparés à cet effet (commissariats de la ville, le central et ceux des quartiers, les Abattoirs, et d’autres grandes surfaces, dans différents quartiers), puis acheminés vers le quartier périphérique du  »Petit Lac » pour être livrés à une foule ivre de sang.

Anticipation, organisation, mobilisation de moyens humains et matériels, encadrement: seules des organisations puissantes et rôdées sont capables d’une telle performance.Les meneurs sont des militants du FLN oranais, et des forces militaires et policières (arabes), mises en place après l’accord de cessez-le-feu du 19 mars, conjointement par le FLN-ALN et la France, en principe pour assurer l’ordre et prévenir tout débordement.

En fin d’après-midi de la première journée, des officiers de la future Sécurité militaire de Boumediene (MALG à l’époque) interviennent démonstrativement, trop démonstrativement, pour arrêter certains de ces meneurs et empêcher quelques massacreurs. (Et ce, puisque les 18.000 soldats de l’armée française, à quelques exceptions près, observent le massacre sans réagir). Ces officiers sont en relation avec le Capitaine Bakhti qui dirige les troupes de l’ALN envoyées depuis quelques jours à Oran par le chef d’Etat major Houari Boumediene, qui, venu du Maroc, se trouve lui à Tlemcen avec Ben Bella…

On peut donc dire que la gestion de la tuerie du 5 juillet 62 a été l’œuvre de deux forces, celle du FLN d’Oran, et celle de l’ALN de Boumediene.

Division du travail ou manipulation?

Division du travail entre ces deux forces, il y a eu objectivement. Mais cela ne s’est fait ni volontairement, ni consciemment, pour la simple raison que ces deux forces sont en opposition. Il faut savoir en effet qu’à cette époque, la  »Révolution » est bicéphale. Son pouvoir est partagé entre deux forces. D’un côté le GPRA (Gouvernement provisoire) qui a une certaine légitimité internationale puisqu’il l’a représentée depuis sa création en 1958. En juillet, il se trouve déjà à Alger. Et de l’autre, l’Etat-Major de l’ALN (armée) et sa Sécurité militaire qui représentent la force réelle. Boumediene s’est déjà choisi son premier Président de la République, Ben Bella. Trois années après, le 19 juin 1965, il le destitue. Boumediene est mort en 1978, mais sa créature, la Sécurité Militaire, dirige toujours l’Algérie.

Or à Oran, le FLN a prêté allégeance au GPRA, et représente un obstacle à la marche vers le pouvoir central. Son chef est  »Abdelhamid » ou  »Hamid », de son vrai nom Chadly Benguesmia (En 2006, j’avais essayé de le rencontrer. Son neveu, avocat, me dit que c’était possible, puis se rétracta, prétextant l’état de santé de l’oncle). On peut donc dire que le 5 Juillet, c’est aussi la prise d’Oran par l’ALN de Boumediene, représenté par le Capitaine Bakhti qui placera Abdelhamid en résidence surveillée les jours suivants. La marche vers Alger est désormais possible. Elle est finalisée en septembre après les affrontements d’Août qui font des dizaines de milliers de morts (non comptabilisés à ce jour) dans la région d’Alger entre les willayate fidèles au GPRA et l’armée moderne de Boumediene venue de Tunisie et du Maroc.

Dans la 4e partie d’Algérie, histoires à ne pas dire‘, un activiste FLN parle élogieusement d’Abdelhamid, et nous apprend qu’il a dirigé le FLN oranais durant toute la guerre, clandestinement, habitant à la Marine, le quartier le plus espagnol d’Oran. Puis, qu’après les  »Accords d’Evian » du 19 mars, il installe son QG au Petit Lac. Enfin, qu’à l’approche du 5 juillet, il s’installe plus centralement dans le quartier musulman de la Ville Nouvelle. Or, nous savons que la Ville Nouvelle comme le Petit Lac ont été des hauts lieux du massacre. Au Petit Lac, où sont jetés d’innombrables corps généralement mutilés, officient les lieutenants d’Abdelhamid, les deux frères Attou (le cadet vivait tranquillement à Marseille ces dernières années).

S’il est évident que ces deux forces, bien qu’opposées, ont objectivement collaboré, qu’est-ce qui les réunissait, hormis l’indépendance? Les écrits des dirigeants nationalistes n’en font pas mystère. La seule chose qui unit le GPRA de Ben Khedda à l’ALN de Boumediene, c’est bien le refus de cohabiter avec une forte population de non-musulmans (un million à l’époque, d’origines juive et chrétienne, pour 9 millions d’Arabo-Berbères musulmans). L’idéologie  »nationale », en fait nationaliste, excluait l’éventualité d’une Algérie multiethnique. La  »guerre de libération » a donc d’abord été une  »guerre d’épuration ». Du premier au dernier jour. Les victimes civiles non-musulmanes représentent la moitié des victimes militaires. Cette stratégie de la terreur avait un but : inciter les non-musulmans à quitter l’Algérie, si possible avant même l’indépendance.

Or, en 1961 et 62, trop de Juifs et de Chrétiens pensent encore qu’il ne faut pas céder à la panique et que peut-être  »les choses vont s’arranger ». On décide donc de leur envoyer deux messages dénués de toute ambigüité. Le 22 Juin 1961, à la communauté juive. Raymond Leyris, musicien de Constantine et symbole d’une possible fraternité judéo-arabe, est assassiné. Et le 5 juillet à Oran à la communauté pied-noire chrétienne. Même si beaucoup de Juifs figurent aussi parmi les victimes. Viviane Ezagouri dont le père a  »disparu » et qui elle-même échappa miraculeusement avec son fiancé au lynchage, raconte que la tête du patron du bar juif de la Rue de la Révolution, Mr Fellous, servit de ballon de foot.

Le message du 5 juillet a en fait deux destinataires. A ceux qui avaient projeté de rester, on leur dit: Partez ! Et à ceux qui, partis en grande panique, espéraient revenir après l’indépendance: Surtout ne revenez pas, restez où vous êtes!

Malgré ce but commun, les deux forces, GPRA et ALN, demeurant opposées, comment s’est faite la gestion concrète du massacre, avant, pendant, et après ? Pour répondre à cette question, comme à d’autres, il faudrait que les archives algériennes soient ouvertes aux historiens (dans un siècle ?). Seuls des décisionnaires de l’époque auraient pu nous apporter quelques lumières… La plupart sont morts. Et aucun historien algérien n’a été assez courageux, pour les interroger. La peur est une donnée constitutive de l’intelligentsia en pays totalitaire. Seules sont donc permises des hypothèses. Celle d’un chercheur sur cette tuerie, Jean-Claude PAYA, est celle qui me séduit le plus, car elle permet d’expliquer deux démarches apparemment contradictoires: selon lui, l’ALN de Boumediene aurait été pyromane puis pompier.

La Sécurité militaire (alors MALG) a fait montre, depuis, de tout son savoir en matière de manipulation. Les Algériens en savent quelque chose.

Connaissant les coups tordus de toutes les polices secrètes, on peut très bien imaginer que le 5 Juillet, la Sécurité militaire lance l’opération, laisse croire au chef du FLN d’Oran, Abdelhamid, qu’il est le seul décideur, lui permettant même d’opérer suffisamment longtemps pour que la terreur s’empare des non-musulmans, pour, en fin de parcours, commencer de façon très démonstrative à s’y opposer…

Boumediene gagne ainsi sur tous les tableaux. Les Européens et Juifs se précipitent vers les bateaux et les avions… L’opinion internationale, et surtout la France, sont rassurées: l’ALN de Boumediene est en mesure de garantir la stabilité interne (et donc l’exportation des hydrocarbures) à un moment où l’Afrique post-indépendance est en plein chaos et guerre civile… Déjà légitimée par sa force militaire, l’ALN gagne ainsi une légitimité politique internationale.

Les ordres de De Gaulle au Général Katz de ne pas intervenir pour sauver du massacre les Oranais (encore citoyens français !) peuvent aussi s’expliquer. La France tient à être bien représentée auprès des nouvelles autorités… Et elle le sera. Quelques mois plus tard, Hervé Bourges (sans doute un grand flic) devient conseiller (très) spécial du premier Président de la RADP (République Algérienne Démocratique et Populaire), Ben Bella !

Conclusion.

En 2006, pour filmer le quatrième épisode de mon dernier film,  »Algérie, histoires à ne pas dire », j’avais choisi le quartier de la Marine avec sa fameuse Calère, car elle était peuplée à peu près également d’Arabes et de Pieds-noir d’origine espagnole, tous aussi pauvres les uns que les autres et parlant tous l’espagnol (les vieux Oranais arabes le parlent encore entre eux !).

Les résultats de mon enquête préliminaire me laissèrent penser que ce quartier avait été l’exception du 5 juillet à Oran. Partout on avait tué, sauf là. J’avais voulu y voir la conséquence d’une fraternité quasi-prolétarienne qui flattait mes opinions d’alors.

Jusqu’au moment où, vers la fin du tournage, le personnage le plus assimilé à la culture pied-noir, dit  »Tchitchi » lâcha le morceau : dans la maison où lui-même avait habité, appartenant à son beau-père, chef du FLN du quartier, une trentaine de Pieds-noir avaient été détenus le 5 Juillet 62, et parmi eux, même un couple communiste.

Que leur était-il arrivé?

Lors de notre premier contact, il passa en silence la main sur sa gorge.

Devant la caméra, il bafouilla et se contredit plusieurs fois en quelques minutes…

Ainsi, il n’y avait pas eu d’exception à la Marine.

Ici comme ailleurs, la rage nationaliste et la haine ethnique avaient pareillement fonctionné, chez ceux-là mêmes qui avaient tété des femmes espagnoles, puisque dans ce quartier presque tous, chrétiens et musulmans, étaient frères ou sœurs de lait…

Ne pas instrumentaliser les massacres du 5 Juillet 1962 à Oran

Le cinéaste documentariste Jean-Pierre Lledo a lancé le 5 novembre 2013  une pétition internationale intitulée « 5 Juillet 1962 à Oran, Algérie », fondée sur une vision partielle des événements survenus à Oran le jour où était célébrée l’indépendance de l’Algérie, qui instrumentalise les massacres d’Européens perpétrés alors dans cette ville.

Les massacres d’Européens du 5 juillet à Oran ne doivent faire l’objet d’aucun déni. Il apparaît que les deux États n’ont pas communiqué aux familles des disparus toutes les informations qu’ils avaient pu réunir sur leur sort tragique et qu’elles étaient en droit d’attendre. Ces crimes méritent d’être encore davantage étudiés et reconnus.

Le film Algérie 1962. L’été où ma famille a disparu, par exemple, relatant l’enquête honnête et scrupuleuse que la documentariste Hélène Cohen a menée sur la disparition tragique de cinq membres de sa famille à Oran ou dans ses environs, mérite d’être davantage diffusé. Mais, en ce qui concerne les auteurs des ces crimes, tout en n’écartant l’examen d’aucune responsabilité, y compris au sein du Fln d’Oran ou de l’Aln des frontières, il ne faut pas non plus en venir à mettre en cause de manière globale et simpliste les indépendantistes algériens, ni négliger les nombreux témoignages qui relatent des faits de délinquance pure, commis dans un moment d’anarchie, de parcellisation extrême ou de vacance du pouvoir.

En affirmant que ces crimes sont « passés sous silence », ce sont en réalité les importants travaux d’historiens effectués depuis vingt ans, en France et en Algérie, sur ces massacres que cet appel passe sous silence. En isolant ces enlèvements et assassinats de leur contexte, il s’interdit d’en faire une véritable approche historique.

Or en 1993, l’historien Charles-Robert Ageron, dans sa préface à l’ouvrage du général Joseph Katz, L’honneur d’un général, Oran 1962, a expliqué comment cet officier français commandant du corps d’armée d’Oran, qu’il qualifie de « courageux défenseur de la République face à la rébellion de l’Oas à Oran », a servi la légalité en cherchant à éviter au maximum les victimes civiles parmi les Européens de la ville qui soutenaient alors majoritairement l’Oas. Il a décrit comment, durant les mois précédant l’indépendance proclamée le 5 juillet, l’Oas d’Oran, composée et commandée par des civils armés organisés en « collines », a déployé des actions dont ont été victimes, de manière ciblée, les éléments minoritaires de la population pied-noire qualifiés par eux de « gaullistes », « socialistes », « communistes » et autres « traîtres », ainsi que, de manière aveugle, les personnes de la population musulmane d’Oran.

Des quartiers où vivaient ces dernières furent l’objet de tirs de mortier; le 6 avril, par exemple, 14 Algériens ont été tués dont quatre carbonisés dans leur véhicule. Et la spécificité de ce drame du 5 juillet à Oran qui n’a heureusement pas eu d’équivalent dans les autres villes d’Algérie ne peut se comprendre si on omet le fait que l’Oas d’Oran, en refusant l’accord de cessez-le-feu que l’Oas d’Alger avait conclu le 17 juin avec le Fln, a continué pendant deux longues semaines à tuer, à détruire et à incendier au nom d’une folle stratégie de la terre brulée.

Charles-Robert Ageron a donné le bilan publié officiellement par les autorités françaises, des victimes de ce terrorisme de l’Oas à Oran entre le 19 mars et 1er juillet 1962: 32 morts parmi les membres des forces de l’ordre françaises, 66 morts parmi les civils européens et 410 parmi les Algériens musulmans.

Des historiens algériens tels Fouad Soufi et Saddek Benkada ont publié aussi des travaux sur ce drame. En novembre 2000, lors d’un colloque à la Sorbonne en l’honneur de Charles-Robert Ageron, Fouad Soufi a montré notamment qu’à lui seul l’attentat aveugle de l’Oas du 28 février par un véhicule piégé qui a explosé en plein cœur du plus important quartier musulman d’Oran, la Ville Nouvelle, avait fait 35 tués dont une petite fille âgée de 10 ans et 50 blessés.

Il a rappelé la véritable guerre livrée par l’Oas à l’armée française, les assassinats par elle au mois de juin de ses officiers, le lieutenant-colonel Mariot le 12 juin, du général Ginestet et le médecin-commandant Mabille, en plein hôpital, le 15 juin. Ensuite, aux alentours du 27 juin, les commandos de l’Oas ont quitté la ville sur des chalutiers et autres navires qui les ont conduits en Espagne franquiste, avec leurs armes et les centaines de millions de francs résultant de leurs hold up faciles des mois précédents.

C’est dans ces conditions que le 5 juillet des crimes odieux ont été commis contre des civils européens, dont beaucoup n’étaient pas des extrémistes, se croyaient protégés par leurs bonnes relations avec des Algériens musulmans et étaient disposés à continuer à vivre là où ils avaient toujours vécu, dans l’Algérie indépendante.

Ce n’est pas en écrivant une histoire hémiplégique qui ne s’intéresse qu’à une seule catégorie de victimes, qui occulte le rôle crucial de l’Oas et isole ces crimes sans les replacer dans la longue suite de ceux qui les ont précédés, que l’on peut écrire réellement l’histoire, ni parvenir à une véritable reconnaissance réciproque de tous les drames qui ont marqué cette guerre. Les massacres d’Européens le 5 juillet 1962 doivent assurément être reconnus et éclairés, mais attention à ne pas s’écarter du nécessaire travail historique et ni à basculer dans une instrumentalisation partisane et caricaturale de l’histoire.

Les massacres d’Européens le 5 juillet 1962 doivent assurément être reconnus et éclairés, mais à les renvoyer, comme le fait Jean-Pierre Lledo, à une soi-disant barbarie inhérente aux Arabes, de l’Algérie d’alors à la Syrie d’aujourd’hui, on s’écarte du nécessaire travail historique et bascule dans une instrumentalisation partisane et caricaturale de l’histoire.

Qui parle d’honnêteté sur le massacre à Oran en 1962?

Si le scrupule est ce qui différencie les historiens des idéologues, Stora et Manceron font assurément partie de la seconde catégorie. Leur dernier texte fait étalage de plusieurs formes de manipulation indignes d’historiens. Et pour m’en tenir aux seules mises en cause de ma personne, en voici de multiples preuves.

1 – « Le cinéaste documentariste Jean-Pierre Lledo a lancé le 5 novembre 2013 sur le site du Huffington Post une pétition internationale intitulée « 5 Juillet 1962 à Oran, Algérie » « .

Deux mensonges dès la première phrase. J’avais pourtant donné toutes les informations dans mon billet. Il indiquait que je n’en étais qu’un des co-auteurs. Et dans le site de la pétition, également communiqué, on pouvait lire que la pétition a été écrite le 5 Juillet 2013. Ces deux mensonges ont une fonction: amalgamer une pétition émanant d’un collectif, avec mon propre article. Or l’amalgame est l’un des principaux procédés de tous les commissaires politiques de la pensée.

2 – Dès la première phrase le lecteur apprend que je suis  »cinéaste documentariste »

Mais bizarrement ces historiens occultent le seul film réalisé à ce jour sur le massacre du 5 Juillet 1962 à Oran, le mien:  »Algérie, histoires à ne pas dire ». Les 40 minutes de la quatrième et dernière partie de mon dernier film raconte précisément ce que fut cette journée et les suivantes, dans un quartier d’Oran, La Marine. Et les protagonistes sont tous Algériens d’origine arabo-musulmane. Tous des témoins actifs ou passifs.

Occultation doublement problématique, puisqu’ils m’opposent un film qui témoigne d’une agression contre une famille juive, qui n’a eu lieu ni à Oran, ni ce jour-là. Pourquoi citer alors un film qui ne peut être un contre-témoignage. C’est une  »enquête honnête et scrupuleuse », précisent-ils. Sous-entendent-ils que mon film serait malhonnête et faussaire? Je ne sais comment caractériser cette forme subtile de rhétorique qui consiste à diffamer en occultant l’objet même du  »délit ». Mais elle n’est ni  »honnête (ni) scrupuleuse ».

Si mon film est tel que Stora et Manceron le laissent entendre, pourquoi alors ce dernier a-t-il soutenu mon film durant l année 2008, au nom de la Ligue des Droits de l’homme, m’accompagnant dans de nombreux débats en France? Pourquoi encore ces derniers jours a-t-il tenu à m’écrire ceci:  »J’ai soutenu Algérie histoires à ne pas dire, je ne le regrette pas et je continue à le soutenir, car c’est un beau film et je ne peux pas revoir la séquence finale sans avoir les larmes aux yeux. ». Schizophrénie?

La cinéaste Hélène Cohen, que je ne connais même pas, a cru bon de se solidariser d’une telle accusation. Au nom de quoi, je n’en sais rien. Moi, si ma famille avait disparu, puisque tel est semble-t-il le sujet de son film, j’aurais exigé de ces historiens qu’ils signalent qu’entre le 19 Mars 1962 (cessez-le-feu signé à Evian) et le 5 Juillet 1962, il y eut des milliers de disparus juifs et chrétiens, sur l’ensemble du territoire algérien, preuve que le FLN et l’ALN avaient opté pour une nouvelle forme de guerre afin de ne pas paraitre remettre en cause ce soit disant  »cessez-le-feu »…

S’agissant du massacre du 5 Juillet 1962 à Oran, des historiens dignes de ce nom, loin d’occulter mon film, n’auraient-ils pas dû au contraire le prendre en compte, puisque c’est le seul document existant où l’on peut voir des acteurs de cette journée témoigner? Plus, n’auraient-ils pas dû, sans même crier à la censure, au moins s’étonner qu’un tel document inédit n’ait jamais été programmé, à ce jour, par aucune chaîne de TV française? Y compris durant l’année du 60eme anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie et de son indépendance en 2012, année durant laquelle au moins une centaine de programmes divers relatifs à cette guerre ont été produits et diffusés?

Mais comment ceux qui parrainent en France une historiographie plus vouée à substituer aux mythes coloniaux d’autres mythes anti-coloniaux, en auraient-ils pu être capables?

 »Algérie, histoires à ne pas dire » fut en Février 2008, je le signale, présenté en avant-

première par le Directeur de la Cinémathèque française, Serge Toubiana et salué par toute la presse française de cinéma, le Monde lui accordant même un troisième de page.

Les cosignataires, essentiellement algériens, n’auraient ils pas dû de leur côté en profiter pour s’élever contre l’interdiction de ce film en Algérie depuis 2007, pays coproducteur, et dont j’ai la nationalité? Le bannissement de la censure n’est-elle pas la condition préalable pour que puisse s’écrire une histoire véritable, apaisante et réconciliatrice? Signataires et cosignataires, tous ensembles, n’auraient-ils pas dû exiger de l’Etat algérien qu’il ouvre enfin ses archives afin que les historiens algériens puissent commencer à faire leur travail?

Non, tous ensembles, ils préfèrent recommander…. que l’on rediffuse plus largement le film qui leur sied. A commencer par son auteur, la cinéaste Cohen elle-même (charité bien ordonnée…!). Qui parlait d’honnêteté et de scrupule?

Je note par ailleurs l’absence bien curieuse parmi les cosignataires algériens de Fouad Soufi et de Saddek Benkada, cités comme les seuls universitaires algériens à avoir communiqué sur le 5 Juillet 62. Est-ce parce que le premier a été longtemps à la direction des Archives, oranaises d’abord, nationales ensuite, et le second longtemps Maire d’Oran, postes qui auraient dû leur permettre d’accéder à des archives plus qu’intéressantes pour ce massacre d’Oran?

Leur absence s’explique-t-elle par la peur de ceux qui les ont placés à de telles responsabilités, puisque chaque Algérien sait qu’on ne peut y accéder sans l’aval du FLN, ou/et de la Sécurité militaire? A moins que ce ne soit tout simplement la peur d’avoir à répondre de cette trahison vis-à-vis de leur propre conscience professionnelle qui consiste à s’accommoder de ce scandale qu’est l’inaccessibilité des Archives?

3 – Ayant commencé leur réponse par deux mensonges, ces auteurs ne pouvaient finir que par une diffamation.

Plus riche, j’aurais pris un avocat. Selon eux, j’expliquerais  »les massacres d’Européens le 5 juillet 1962 » par une  »barbarie inhérente aux Arabes, de l’Algérie d’alors à la Syrie d’aujourd’hui ». Je sais qu’en France la meilleure manière de déstabiliser son adversaire est de le traiter de raciste, vu que tout le monde est devenu, dernièrement, antiraciste (quelle bonne nouvelle!). Mais la mode n’en rend pas moins délictueux les auteurs, ni moins manifeste leur volonté de nuire.

Je parle, il est vrai, de  »massacres », mais ces historiens spécialisés dans l’histoire franco algérienne, s’ils n’ont jamais cru de leur devoir d’écrire sur la journée la plus sanglante de la guerre d’Algérie, ne peuvent non plus les nier. Ils précisent même:  »crimes odieux ».

Mon texte insistait lourdement sur le fait que tenter de faire porter  »au peuple », la responsabilité de ces massacres est une lâcheté. Tous les grands génocides ont mêlé l’organisation par le haut et la barbarie par le bas de certaines parties de la population. Et à Oran, ce 5 Juillet 1962, il en fut ainsi. Le constater serait-ce du racisme quand il s’agit de populations arabo-musulmanes?

Alors sur quoi se fonde leur jugement sans appel? Sans doute sur le témoignage de cet ouvrier communiste arabe, ami de mon père, qui me fit le récit de cet Européen tué devant ses yeux, dans le quartier Victor Hugo, dont on avait ouvert le ventre et mangé le foie. Au moment du montage, je l’écartai pour ne conserver que les témoignages du quartier choisi, la Marine, mais ce témoignage, filmé, est toujours conservé dans mes rushes, et dans ma propre mémoire.

J’avais donc toute légitimité pour le citer dans le Huff Post. Et c’est précisément pour éviter d’encourir le reproche qui m’est injustement fait par ces historiens, que je pris la précaution de le replacer dans une histoire, celle de l’islam même. Tout musulman sait en effet que pareille mésaventure arriva à l’oncle du Prophète Mohamed, Hamza b. Abdalmouttalib, et que depuis cette époque, dans des périodes de djihad, de pieux combattants, sans doute par vengeance, font subir le même sort à leurs victimes.

Ce fut le cas dernièrement en Syrie, dont fut témoin le monde entier, puisque l’acte chirurgical fut filmé en direct. Ce dépeçage, doublé de cannibalisme n’a jamais cessé d’être pratiqué depuis les débuts de l’Islam, et il continue de se pratiquer, sous toutes les latitudes par toutes sortes de djihadistes. En Algérie, il y a quelques années, par les djihadistes du GIA, et encore quelques années avant par ceux de la  »guerre de libération ».

Mieux connaitre l’islam, outre que c’est un minimum quand on se spécialise dans l’histoire d’un pays musulman, aurait évité aux deux historiens de considérer que de tels faits sont des bavures ou  »des faits de délinquance pure ». Mais aussi d’identifier Arabes et islam, (comme s’il n’y avait pas des Arabes chrétiens) et d’attribuer aux premiers une procédure qui relève du second. Enfin, de m’accuser de façon diffamatoire de  »renvoyer à une soi-disant barbarie inhérente aux Arabes », comme ils l’écrivent!

Mensonge direct ou par omission, occultation, amalgame, fausse accusation, déduction abusive, tout cela en deux pages. Plutôt qu’une conception de l’histoire et une déontologie de chercheurs soucieux uniquement de vérité, ne sont-ils pas la marque d’une velléité totalitaire plus proche de celle d’un procureur à la Vychinski?

LE REVE ASSASSINE, roman vrai de Maïa Alonso. Editions Atlantis – 2017

Il fallait être courageux, car il y va de sa propre santé mentale, pour se mettre à une telle entreprise, la description du processus qui mènera à l’assassinat d’un rêve, à un échec, un échec quasiment programmé, que modestement Maïa Alonso appelle « roman vrai » mais qui n’est rien moins qu’une tragédie, c’est-à-dire une structure sans issue, où la seule liberté est de se cogner contre des parois de plus en plus rétrécies, en attendant le coup fatal.

Les héros, ici, Felix Vallat, maire d’un petit village agricole du Sud-Ouest algérien vers la fin des années 40 et des années 50 du siècle dernier, et son épouse Madeleine, institutrice, pris dans leur volontarisme missionnaire pétri d’humanisme, se rendent-ils compte que leur temps est compté ? La réalité sanglante de la guerre déclenchée par le FLN, qui, à partir de 1955, fait des fermiers européens ses premières victimes, ne pouvait pas ne pas le leur faire pressentir.

Aussi, si la première partie du roman consiste à reconstruire le décor où se façonnent leurs espoirs, dans la seconde se joue une course contre la montre, où chaque minute de vie, de bonheur familial, chaque décision et initiative, pouvant améliorer le sort de tous les administrés, arabes et pieds-noirs, est un défi à la mort, patiente mais résolue à officier.

La Vie, incarnée par notre couple héroïque, n’a pas la partie facile. Ils ont a à se battre contre une France qui croit de moins en moins en son propre engagement pourtant civilisateur et séculaire, contre l’inertie d’une société musulmane et rurale qui, incapable de défendre ses propres intérêts, est prise en otage par quelques élites citadines religieuses et laïques en mal de pureté ethnique et religieuse, et dont la tâche est facilitée par certaines élites politiques pieds-noirs trop peu sensibles aux injustices subies par cette société rurale, et surtout incapables de penser les contours d’une nouvelle société façonnée par ce rêve de fraternité qui anime notre couple, laquelle, sans couper ses liens avec la France, se serait autogérée. Et même entourés de quelques autres rêveurs, cela faisait beaucoup trop pour nos chers illuminés par « la bienfaisante Lumière bleue ».

La Mort, elle, avait donc beau jeu. Beau jeu de terroriser les ruraux des alentours pour s’en faire des complices involontaires. Beau jeu, et suprême sadisme, d’inoculer aux héros une dose d’espoir minimale mais suffisante pour anesthésier même l’instinct de survie. Beau jeu de laisser au couple quelques instants d’amour avant de resserrer l’étau jusqu’à l’étouffement final, dont le point d’orgue est ce huis-clos sidérant entre le bourreau et sa future victime…

Il faut donc lire la nouvelle œuvre de Maïa Alonso, qui de livre en livre explore toujours plus profondément le même sillon, celui d’une Algérie qui finalement n’a pas voulu d’elle, petite fille qui survit grâce à de petites pierres imaginaires toujours enserrées par ses petits poings. Il faut donc la lire, non pas seulement pour l’éloge funèbre qu’est ce livre pour le couple héroïque, mais pour réfléchir à notre présent, et être un peu plus lucides que nos deux rêveurs.

Car notre présent, qui dans un processus similaire à celui déclenché par la colonisation il y a près de deux siècles, et qui aujourd’hui porte le nom d’ »émigration », n’est ni plus ni moins qu’une remise en contact violente du monde musulman et du monde chrétien. Le refus islamique des valeurs de l’autre qui est arrivé à mettre en échec le projet émancipateur républicain de la colonisation, et qui tente aujourd’hui, dans un premier temps, de s’imposer dans le paysage européen, en attendant, grâce au nombre, de le submerger, processus cliniquement décrit par Michel Houellebecq dans Soumission, et contre lequel Boualem Sansal ne cesse de mettre en garde (2084), est aussi la grande question posée par ce livre.

Et si l’Europe ne réagit pas à temps, ses chrétiens (je ne parle même pas des Juifs, et eux ont au moins Israël !), qu’ils le soient de par la foi ou de par la civilisation, connaîtront le sort des chrétiens du Moyen-Orient, chassés d’abord du Liban, hier d’Irak et aujourd’hui de Syrie, celui des Coptes d’Égypte n’étant guère plus enviable…

C’est l’algerie qui a trahi maurice audin… et le FLN instaura une algerie arabo-musulmane. 25 septembre 2018

Récemment honoré au plus haut sommet de l’État après qu’Emmanuel Macron a présenté des excuses officielles à sa veuve, le communiste Maurice Audin s’était engagé non pas au nom de la France, mais au nom d’une Algérie indépendante. Il est donc absurde de le traiter de «traître» à la nation française.

Qu’un député LREM, mathématicien issu d’une famille pied-noir, Cédric Villani, le lui ait fortement conseillé, comme cela se dit, ou que ce soit sous une autre impulsion que, n’étant pas dans le secret des dieux, je ne peux deviner, il reste que la décision du nouveau président Macron de soulever la chape du silence d’Etat qui recouvrait, depuis 1957, la disparition du jeune prof de maths à l’université d’Alger, Maurice Audin, membre du PCA clandestin (Parti communiste algérien), alors qu’il avait été arrêté, puis torturé par les parachutistes de Massu en 1957 durant la «Bataille d’Alger», surligne également tous les autres silences de l’État français en rapport à la guerre d’Algérie.

Et même si cette subite décision se voulait le début d’un mea culpa contagieux et réciproque qui apurerait tous les comptes entre la France et l’Algérie et cicatriserait définitivement toutes les blessures encore béantes, on pourrait encore s’interroger : mais pourquoi avoir commencé par Audin ?

 

Pourquoi faire passer Audin avant les autres ?

En effet, en admettant qu’avant de reprocher au FLN ses exactions, ses purges, son terrorisme et une pratique généralisée de la torture et de la mutilation des corps, à l’encontre de tous ceux qui refusaient son autorité, ou simplement pour appliquer une stratégie de purification ethnique qui sera couronnée de succès par un des plus grands déplacements de population de l’histoire humaine en 1962, le président français ait voulu montrer qu’il commençait par balayer devant sa propre porte, la question têtue demeure : oui mais pourquoi d’abord Audin ? Parce qu’il était «Français» ?

Or si l’on se place uniquement du point de vue de la responsabilité de l’armée française vis-à-vis des «Français», il y avait pourtant de quoi faire, et à une bien autre échelle.

D’abord vis-à-vis des Harkis, ces musulmans qui avaient préféré s’engager dans l’armée française plutôt que dans l’ALN, non pas parce qu’ils étaient des «traîtres» mais tout simplement parce qu’ils se sentaient plus en sécurité avec la France qu’avec leurs frères, rivaux de clans et de tribus, lesquels au demeurant continuent de régir le destin chaotique de l’Algérie depuis l’indépendance jusqu’à aujourd’hui, en passant par l’intermède tragique de cette deuxième guerre civile que fut la «décennie noire» des années 1990, et qui fit autant de morts que la première des années 1950 et 1960.

Sur ordre du président De Gaulle, 150 000 harkis furent désarmés et abandonnés, c’est-à-dire jetés en pâture à tous les instincts sadiques de vengeance des soldats de l’ALN, et des membres des clans et des tribus opposés. Plus de la moitié périrent, le reste, grâce à la désobéissance de nombreux officiers français, arrivèrent à s’échapper, et à rejoindre une France qui, pour les remercier de leur loyauté, les parqua dans les mêmes camps qu’avait ouvert pour les Juifs le Maréchal Pétain, juste avant de les envoyer à Auschwitz, à la demande de qui vous savez… Au moins ces derniers auront-ils reçu des excuses à titre (très) posthume, d’un autre président, lui ni maréchal ni général.

 


harki massacré sous les yeux de sa femme et de son enfant, Paris-Match, 24 février 1962

 

 

De Gaulle n’a pas protégé les non-musulmans

enlevés par le FLN

Par ordre d’importance numérique des méfaits de l’armée française vis-à-vis des «siens», on pourrait dans un second temps l’accuser, ainsi que son chef, le président-général De Gaulle, de n’avoir pas protégé les non-musulmans enlevés, par milliers, par le FLN-ALN, dans les villes comme dans les campagnes, disparus eux aussi à jamais, et ce à partir du 19 Mars 1962, alors que les «Accords d’Evian» dits de «cessez-le-feu», en faisaient obligation à la France et à son armée.

Dans un troisième temps, et à l’instar de ce nouveau scénario macabre à l’œuvre en catimini dans toute l’Algérie, il y a responsabilité de l’armée française dans le massacre spectaculaire du 5 Juillet 1962 à Oran, alors que l’Algérie était déjà officiellement indépendante depuis deux jours. Sur ordre de son chef local, le Général Katz, qui lui-même en avait reçu l’ordre du président-général De Gaulle, elle laissa faire durant plusieurs jours le massacre organisé tant par les chefs du FLN d’Oran que par l’ALN aux ordres de son chef d’état-major Boumediene déjà positionné à Tlemcen.

Et alors que juifs et chrétiens tentaient d’échapper à la foule hystérisée, elle leur ferma au nez ses casernes, ne leur laissant plus que l’horreur d’être égorgés et étripés sur place ou d’être emmenés dans des centres de détention, et d’y être affreusement torturés avant d’être flingués, enfin jetés dans le sinistre «Petit Lac», escale prisée, depuis, des oiseaux de proie migrateurs.

 

Un silence d’État

Le seul historien qui a eu le courage d’écrire sur cet épisode, après des années d’épluchage de toutes les archives disponibles sur le sol français, Jean Jacques Jordi (Un Silence d’État) chiffre le nombre des tués (et des disparus à jamais) à plus de 700 personnes, chrétiens, juifs, mais aussi des musulmans. Et lorsque les gouvernants de France auront le cran d’exiger de leurs homologues algériens, l’ouverture des archives algériennes, ce chiffre se démultipliera sans aucun doute par deux ou trois.

 

 

 

Enfin, dans un quatrième temps, il y a évidemment cet affreux carnage du 26 Mars 1962 commis toujours par la même armée française et toujours avec l’aval du même président-général, qui en plein cœur d’Alger tira à bout portant et au fusil mitrailleur sur des milliers de pieds-noirs de tous âges, sans défense, en tuant plus de 80 et en endeuillant des centaines.

Sauf à considérer qu’il y a des bons et des mauvais disparus, on voit donc bien que Maurice Audin était loin d’être la seule victime «français» du fait des manquements de l’armée française, et que la tragédie endurée par l’épouse Josette et la famille Audin est bien loin d’être exceptionnelle. La récente décision du président Macron ne la réduit d’ailleurs qu’en partie, puisqu’à ma connaissance on n’a toujours pas révélé où se trouvaient les restes du défunt sans sépulture.

J’ose espérer en tout cas que l’épouse et la famille Audin se solidariseront désormais avec toutes les autres épouses et familles de victimes «françaises» de l’armée française.

 

Et le FLN vira à l’islamo-nationalisme

Il me faut à présent envisager l’angle de vue de ceux qui ont déjà soulevé la responsabilité multiple de l’armée française, et par là-même rectifier quelques affirmations abusives. Beaucoup ont qualifié Audin de «traître». Traître à qui ? À la France ? Mais Audin, membre du Parti communiste algérien, s’était engagé non pas au nom de la France, mais au nom d’une Algérie indépendante, non pas comme «Français  mais comme «Algérien».

Se serait-il d’ailleurs engagé s’il avait su que dès l’indépendance acquise, les députés de la première Assemblée constituante algérienne, s’empresseront d’adopter un Code de la nationalité n’accordant automatiquement la nationalité algérienne qu’aux seuls musulmans, obligeant les autres à en faire la demande, humiliation à laquelle se refusèrent la quasi-totalité des communistes non-musulmans, dont son épouse Josette et sa famille, quitte à aller habiter dans le pays combattu, la France, et à en garder la nationalité ?

L’ironie de l’histoire ne fait pas toujours sourire, et les communistes non-musulmans n’en ont pas été les seules cibles. Les Harkis et les pieds-noirs qui s’étaient voulus «Français» n’ont-ils pas été pareillement «trahis» par ceux qu’ils croyaient être les leurs, par celle qu’ils désignaient comme leur «mère-patrie», et que, faute de mieux, eux aussi se sont résignés à rejoindre ? Ce qui rend compréhensible la récente initiative en faveur d’un peuple pied-noir en quête d’un territoire, et qui se dote aussi d’un «État». Si la démarche peut paraître tardive et/ou utopique, du moins est-elle émouvante et chargée de sens.

 

Beaucoup voulaient rester en Algérie

En vérité, les uns et les autres ont été victimes de leur propre naïveté, des lois implacables de la géopolitique, d’une foi respectable mais aveugle, et donc aussi de leurs propres faiblesses, idéologiques et numériques.

Le peuple pied-noir venu de tout le bassin méditerranéen depuis un siècle et les Juifs, présents depuis vingt siècles pour les uns et cinq siècles pour les autres, lesquels dans leur grandes majorité n’avaient jamais mis les pieds en métropole, aspiraient à rester en Algérie. Mais tel n’était le vœu ni du mouvement islamo-nationaliste depuis sa naissance dans les années 20, ni plus tard de son bras armé le FLN-ALN : l’adoption du Code de la nationalité en 1963 n’étant que la conséquence du projet ancien d’une Algérie exclusivement arabo-musulmane.

 

 

 

Face à cette exclusion et au nombre, que pouvaient donc faire les pieds-noirs et les Juifs ?  S’identifier à la France pour qu’elle les protège ?

Mauvais calculs de tous ceux qu’ils se donnèrent comme représentants politiques. Les quatre méfaits de l’armée française contre «les siens» n’étaient pas en effet un hasard, mais la conséquence logique de ce qui était devenu l’unique impératif catégorique de la France : éloigner l’Algérie de l’influence soviétique et conserver la mainmise sur le pétrole saharien.

Passer à la lutte armée pour défendre le droit des non-musulmans à demeurer en Algérie comme les y convièrent les chefs de l’OAS ? C’était bien la pire des solutions, sachant qu’ils seraient pris entre les feux du FLN et de l’armée française.

 

Quand le Parti communiste défendait

une nation algérienne plurielle

À la limite, une stratégie d’affirmation pacifique pour s’imposer à la table de négociations, alors que le FLN-GPRA s’autoproclamait «seul représentant du peuple algérien», aurait pu donner quelques résultats… En tout cas, cela aurait eu l’avantage de démontrer à l’opinion internationale que la guerre de «libération» du FLN était au moins autant une guerre d’épuration.

Le projet communiste qui se voulait indépendantiste et internationaliste, incluant pour sa part les non-musulmans dans une Algérie autonome et indépendante, aurait-il pu être une alternative ?

C’est ce que pensèrent beaucoup de pieds-noirs et de Juifs qui rejoignirent massivement le Parti communiste algérien dès les années 1920. Bab El Oued la rouge était loin d’en être le seul symbole.

En 1939, Maurice Thorez, le dirigeant du PCF en tournée en Algérie fit une série de conférences pour défendre l’idée d’une «nation en formation» algérienne à partir des différentes origines, berbère, juive, arabe, méditerranéenne et africaine… La flèche fit mouche et les islamo-nationalistes touchés dans leur fondement ethnique réagirent bien sûr comme un seul homme, faisant savoir que l’Algérie était une nation depuis toujours. Et qui plus est arabo-musulmane, si pour d’aucuns cela n’allait pas de soi ! Même les Berbères, pourtant les premiers habitants de cette terre, en étaient exclus et il n’est pas étonnant de les voir aujourd’hui réclamer leur indépendance.

 

Maurice Thorez en Algérie, février 1939

 

 

Un grand espoir déçu

Ces discours qui drainèrent des foules, et pas seulement communistes, suscitèrent un grand espoir chez tous ceux qui, comme les modérés du parti de Ferhat Abbas, voulaient croire en une Algérie «plurielle» en vertu du «vivre-ensemble» en vogue aujourd’hui…

Et c’est cet espoir – qui grandissait au fur et à mesure de la politisation de la société algérienne dans les années 50, toutes origines confondues – que les islamo-nationalistes voulurent mettre en échec avant qu’il ne devienne une réalité irréversible, en créant le FLN-ALN, puis en déclenchant la guerre le 1er Novembre 1954 : acte qui ne constitue que le premier coup d’Etat du FLN contre la société algérienne, car il y en aura ensuite une quantité d’autres, visibles et invisibles.

25 septembre 2018

 

 

 

 

 

Et le FLN instaura une Algérie arabo-musulmane

La guerre d’«algérianisation» de l’Algérie

par Jean-Pierre LLEDO

 

On sait qu’en Algérie la justification du choix de la lutte armée par l’impraticabilité de la voie politique est devenue un dogme indiscutable et indiscuté. Jusqu’à aujourd’hui. Or, cette «vérité» reprise sans esprit critique par nombre de spécialistes français de l’histoire algérienne n’est qu’un gros mensonge.

Il suffit pour s’en convaincre de mettre en coordonnées, des années 1920 aux années 1950, la croissance du nombre des associations, politiques, syndicales ou autres, de leurs adhérents, du nombre de meetings, de défilés et des participants à toutes sortes d’élections, du nombre de journaux, y compris nationalistes et communistes, du nombre de revues intellectuelles et artistiques, de livres édités, de galeries, etc. pour voir se dessiner les courbes uniformément ascendantes de la politisation de toutes les populations, mais aussi de leur cohabitation tranquille. Démonstration mathématique que la voie pacifique, loin d’être impraticable, était au contraire en train d’ouvrir des horizons nouveaux à des millions de gens de toutes origines, les intellectuels jouant un rôle catalyseur…

 

La paix dont on ne voulait pas

Et contrairement à ce que certains ont dit, les intellectuels non-musulmans, libéraux ou communistes, humanistes, pacifistes, de gauche ou apolitiques avaient les meilleures relations avec leurs collègues musulmans, de Mouloud Feraoun à Emmanuel Robles, de Mohamed Dib à Jean Pélégri, de Kateb Yacine à Jean-Pierre Millecam, de Malek Haddad à Jean Sénac, de Mohamed Khadda à Sauveur Galliéro, de Mohamed Issiakem à Louis Bénisti, et j’en passe des dizaines d’autres à commencer par le grand frère incompris Albert Camus qui, pourtant, voyait mieux et plus loin que tous.

 


Emmanuel Roblès et Mouloud Feraoun en Kabylie

 

Cette histoire intellectuelle de l’Algérie des années 1930, 40 et 50, personne n’a osé la faire, et pour cause, elle ferait éclater les dogmes islamo-nationalistes, et l’idéologie manichéiste de ces historiens qui se proclament «anticolonialistes».

On pouvait imaginer alors qu’une telle évolution de la cohabitation et de la politisation de la société algérienne où s’apprenaient peu à peu les rudiments de la démocratie (on ne frappe ni on ne tue son adversaire, mais on l’écoute avant de le contredire, et éventuellement on peut même le ridiculiser par l’ironie ou la caricature), comme en témoignent toutes les rubriques des journaux de cette époque, aurait pu déboucher sur une indépendance soft qui n’aurait porté préjudice à aucune des populations, ni aux liens avec la France, et qui aurait épargné à tous tant de sang et de misères, et surtout pour l’Algérie, tant de régressions ultérieures.

Au lieu de quoi nous avons eu la guerre. En privilégiant la lutte armée, on a marginalisé et délégitimé les élites politiques algériennes, toutes idéologies confondues, puis transmis le pouvoir aux militaires et aux extrémistes de tous bords. Scénario décrit avec précision par le trop lucide Camus. Et l’Algérie paye jusqu’à aujourd’hui la note.

En l’absence d’une société civile détruite par la première guerre des années 50, puis par la gouvernance totalitaire post-indépendance, enfin par la deuxième guerre des islamistes dans les années 90, l’Algérie continue d’être pilotée par une police politique originellement appelée SM («Sécurité militaire»), omnisciente, omniprésente et omnipotente, mais qui pour donner le change place à la tête de l’Etat des potiches, quand ce ne sont pas des fantômes comme avec l’actuel Bouteflika, ne reculant même pas devant leur assassinat lorsqu’ils ont des velléités d’indépendance, comme ce fut le cas avec Boudiaf.

 

S’algérianiser, c’est-à-dire s’arabiser

Dans ce nouveau contexte du déclenchement de la «guerre de libération», le 1er Novembre 1954, que pouvait donc le Parti communiste algérien, où contrairement aux partis islamo-nationalistes, l’on ne devait pas jurer sur le Coran pour adhérer et où l’on pouvait donc être musulman, juif ou chrétien ? Que pouvait donc un parti qui se réclamait des valeurs républicaines modernes, dans un environnement où les neuf dixièmes de la population se voulait «arabo-musulmane», laquelle trente années après l’indépendance accordera la majorité de ses suffrages à un mouvement islamiste dont Daech n’est qu’une pâle copie ?

Le Parti communiste algérien (PCA) ne pouvait que se soumettre ou disparaître. Et c’est ce qu’il fit, il se soumit. Et, depuis plus de deux décennies, on peut même dire qu’il a disparu, après avoir réapparu clandestinement en 1966, sous le nom de Parti de l’avant-garde socialiste (PAGS). La soumission idéologique du PCA avait d’ailleurs commencé quelques années plus tôt, dès la fin de la Deuxième Guerre mondiale, à la suite des évènements de Sétif en mai 1945.

Les islamo-nationalistes avaient organisé une insurrection qui visa essentiellement la population civile non-musulmane (plus de 120  morts) et qui devait mener un « gouvernement provisoire » devant la tribune de la Conférence de San Francisco, alors qu’en ce printemps-là, elle était en train de poser les fondements de la future ONU. En réaction, et sous le drapeau français, les Tirailleurs sénégalais et les Tabors marocains se livrèrent à une répression impitoyable (6 000 à 8 000 tués) comme en témoignent tous les anciens de cette région.

Sur le moment, le PCA (dont le secrétaire de Sétif, Albert Denier, avait eu les poignets tranchés, sans doute parce que facteur et membre de la fanfare municipale), taxa cette insurrection irresponsable de «fasciste». Mis sur la défensive à cause de ces propos, le PCA fit tout pour faire amende honorable et trouva un bouc émissaire : la proportion trop importante des non-musulmans dans ses rangs. Il allait falloir «s’algérianiser», c’est-à-dire en fait s’arabiser…

 


Albert Denier était contrôleur à la Poste, secrétaire du PCA de Sétif

 

 

Le PCA, un dhimmi comme un autre ?

Le PCA renonçait ainsi de fait à sa vocation internationaliste pour faire sienne lui aussi la stratégie ethnique des nationalistes. Et le déclenchement de la guerre en 1954 accentuera ce renoncement. Mais du coup, il ne pouvait plus se distinguer en tant que seul parti portant le projet d’une Algérie plurielle et ne pouvait plus se prévaloir de représenter le prolétariat non-musulman. Sur l’autel d’une Algérie indépendante et socialiste qu’il appelait de ses vœux, il sacrifia donc son projet et son électorat pied-noir et juif. Les militants communistes non-musulmans, eux, avalèrent la couleuvre avec discipline, on les avait habitués à ça, le Parti avait toujours raison.

On pourrait certes objecter que le PCA exprima ses réserves quant à la politique du terrorisme urbain pratiqué par le FLN contre la population civile chrétienne et juive. Il y a de nombreux écrits qui le prouvent. Mais il est tout aussi vrai que jamais il ne la condamna, et que jamais il n’en fit une condition du maintien de son appui au FLN.

La raison en est très simple : le FLN-ALN l’aurait liquidé en quelques semaines. Quand on sait comment le mouvement MNA de Messali Hadj, pourtant chef divinisé du nationalisme algérien depuis les années 1930, fut liquidé, on peut imaginer ce qui serait advenu des communistes dont plusieurs membres furent assassinés sans état d’âme par l’ALN dès leur arrivée dans le maquis des Aurès (Laid Lamrani, Georges Raffini, André Martinez, Abdelkader Belkhodja et Roland Siméon).

Cependant et à moins d’être contredit par des historiens qui auraient obtenu des documents le prouvant, on ne peut pas dire non plus, comme je l’ai lu en plusieurs endroits ces derniers temps, que «Maurice Audin était un collaborateur des terroristes», ou que «le PCA avait aussi participé au terrorisme FLN». Comme preuve, on cite les noms de l’étudiant en médecine Daniel Timsit et de l’ingénieur Giorgio Arbib qui effectivement montèrent un laboratoire de fabrication de bombes et formèrent plusieurs militants du FLN… Sauf que ces deux-là étaient en rupture de ban avec le PCA auquel ils reprochaient ses réserves, sa mollesse et son refus de se fondre entièrement dans le FLN… !

À ma connaissance l’on peut affirmer que le PCA n’incita, ni n’organisa de sa propre initiative aucun acte de terrorisme «aveugle» contre des civils (comme c’était la règle pour le FLN), à l’exemple de son militant Fernand Iveton qui, malgré les risques et les dangers, renvoya la bombe qu’on venait de lui remettre afin de faire retarder l’heure d’explosion après le départ des ouvriers de son usine (la bombe sera désamorcée, lui-même arrêté, mais il n’en sera pas moins guillotiné).

Pour autant, le PCA peut-il se soustraire à l’accusation de complicité avec une organisation de tueurs, célébrés comme des combattants de dieu, («moudjahidine»), alors qu’au plus fort du terrorisme urbain du FLN, en 1956, il signa un accord «d’alliance» avec lui ?

Cet «accord» arraché à un FLN plus que rétif à l’idée de se laisser infiltrer par les communistes, mais qui espérait en retour obtenir plus facilement la caution et le soutien du «camp socialiste», ne prévoyait aucune participation communiste à l’élaboration de la stratégie du FLN et encore moins, comme on peut l’imaginer, un partage d’autorité. Le PCA venait de se comporter comme tous les dhimmis du monde musulman (catégorie islamique pour désigner la soumission des «gens du Livre» auxquels on doit protection, moyennant impôt et acceptation de diverses humiliations dans la vie quotidienne).

 

Histoires à ne pas dire

Une des clauses de cet «accord» était que les militants communistes qui rejoindraient les maquis devaient s’intégrer dans l’ALN à titre individuel, et en coupant tout lien organique avec leur parti. De ce fait, si l’on peut décharger le PCA de l’accusation de terrorisme, on ne saurait en faire autant de la totalité de ces communistes devenus soldats de l’ALN : à l’armée on obéit aux ordres ou l’on se fait fusiller.

Mésaventure qui dut arriver à Abdelkader Djidel, ce militant communiste arabe qu’avait recruté mon père à la fin des années 1940 et qui était resté un de mes héros… Jusqu’au moment où alors que je tournai à Oran l’épisode du massacre du 5 Juillet 1962 (de mon dernier film Algérie, histoires à ne pas dire, interdit en Algérie depuis 2007), je compris en le questionnant, et alors qu’il s’empêtrait dans divers mensonges, qu’il s’était retrouvé ce jour-là, à faire le guet dans le quartier de la Marine, tandis que d’autres étaient en train d’assassiner des Juifs et des pieds-noirs…

Et j’eus beau me dire qu’à l’armée on obéit, ce fut pour moi la fin d’un de mes derniers héros, et la cerise sur le gâteau d’un désenchantement déjà sérieusement entamé…

 

* articles parus dans Causeur.fr les 25 et 26 septembre 2018

Lettre ouverte aux intellectuels algériens. (7 Mars 2009)

Halte à la nouvelle hystérie anti-juive dans le monde musulman

Cher(e)s Ami(e)s,

Les récents événements de Gaza ont été le prétexte au déferlement d’une nouvelle hystérie anti-juive dans le monde musulman, de la part de gouvernants, d’ organisations et de médias qu’ils contrôlent, la démocratie « cette perversion de l’Occident » n’étant pas encore une denrée locale.

J’ai donc cru de mon devoir d’intellectuel algérien d’interpeller mes amis, notamment ceux qui ont quitté l’Algérie, le plus souvent en raison justement de cette oppression anti-démocratique, ou pire ces dernières années, parce qu’ils avaient été eux-mêmes menacés par  les islamistes, mais aussi le Manifeste des Libertés, qui est un mouvement nationalement plus large, dont un des objectifs constitutifs est justement de se montrer vigilant vis-à-vis des divers usages de l’Islam.

Et je leur ai donc envoyé 4 documents :

  • L’hommage dans un quotidien algérien « Le Courrier d’Algérie » rendu par un journaliste algérien en exil, récemment agressé par des islamistes, M. Sifaoui, à la fille de Raymond Leyris, « chantre de la musique arabo-andalouse », dont il rappelait qu’en 1961 il avait été « assassiné lâchement et pour de fallacieuses raisons par un militant du FLN en 1961. »
  • La réponse de la rédaction de ce quotidien, par Mohamed Abdoun où il était notamment écrit : « L’élimination de l’ennemi du FLN qu’était Cheikh Raymond a donc été un acte brave et courageux à inscrire à l’actif de notre non moins glorieuse ALN. »
  • Une revue de la presse du monde arabe et musulman après Gaza, où l’on pouvait lire concernant l’Algérie, que pour Echorouk : « Israël est un cancer qu’il faut extirper », et aussi : « Dieu a révélé dans le Coran que les musulmans finiront par tuer tous les juifs ». Et où l’on apprenait aussi que dès le 5 janvier 2009, l’imam algérien Chamseddine Bourouba rendait publique une fatwa autorisant les musulmans, où qu’ils se trouvent, à « tuer des juifs, car tout juif est une cible légitime que les musulmans doivent abattre », cette fatwa étant la troisième circulant en Afrique du Nord et dans la communauté nord-africaine en France et en Europe appelant à tuer des Juifs.
  • L’éditorial du blog de Mohamed Sifaoui, intitulé « Al-Qaradhaoui pire que Williamson », signalait d’abord que ce théologien de l’Islam, considéré aujourd’hui, y compris en Europe, comme une référence et une sommité, membre du « conseil européen de la fatwa », avait émis le souhait que « les Juifs déjà punis en raison de leur comportement une première fois par les Babyloniens, une seconde fois par les Romains et enfin par Hitler (le soient cette fois) des mains des Musulmans », le journaliste algérien rappelait aux autorités officielles européennes qu’elles avaient « le devoir de réagir ».

J’accompagnais ces documents plus qu’inquiétants de quelques commentaires, pour ne pas me cantonner dans la neutralité de celui qui se limite à informer.

Où je disais qu’effectivement Al-Qaradhaoui (était) pire que Williamson, et que Sifaoui avait raison de souligner que : « l’Europe démocratique a le courage de s’attaquer à l’un mais pas à l’autre. »

Mais où je constatais aussi « le silence de la grande majorité des intellectuels du monde musulman, y compris de ceux qui ont quitté leurs pays à cause des émules d’El Qaradhaoui, et qui, eux, jouissent de la liberté de parole. »

Et concernant Raymond Leyris, après avoir signalé que : « En Octobre 2005, un juriste, Nassereddine Lehzar, avait déjà dans un des principaux quotidiens francophones algériens « Le Quotidien d’Oran », attribué l’assassinat de Raymond au FLN » et constaté que le silence des dirigeants du FLN de l’époque, et d’aujourd’hui (parti au pouvoir), équivalait à un consentement, j’en appelais avec toute « la solennellité possible, le Manifeste des Libertés ainsi que les artistes et intellectuels algériens, à élever enfin leur voix et à ne pas laisser salir la mémoire de Raymond. »

Or je dois tristement constater qu’hormis la réaction tourmentée d’un intellectuel algérien vivant au Canada et avec lequel j’ai engagé un débat fructueux dans le respect mutuel, les premières réactions ont été celles, réitérées, de Bachir Hadjadj, dernier lauréat du Prix Séligman, avec son livre autobiographique « Les Voleurs de Rêves », qui m’écrit d’abord brièvement ceci : « Je ne sais pas pour qui tu roules. », et hier tout aussi brièvement : « je voudrais te demander de ne plus utiliser ma boite mail pour la diffusion de ta propagande. ».

N’était-ce la notoriété récente de celui que je croyais être un ami, de surcroit faisant partie du bureau directeur de l’ Association « Coup de Soleil », dont l’objectif est le dialogue entre les Maghrébins de toutes origines ethniques et religieuses,  je me serais seulement attristé de constater la tétanisation, hormis quelques réconfortantes exceptions donc, de l’intelligentsia algérienne, pour ne parler que de celle que je connais, face à ce qu’il faut bien appeler l’hystérie antijuive qui déferle en Algérie et dans le monde arabo-musulman.

Ayant abandonné depuis longtemps toute envie de « convaincre » qui que ce soit, je reste néanmoins ouvert à l’échange intellectuel, même, surtout, contradictoire.

En attendant qu’il advienne, je réitère mon appel aux artistes et intellectuels algériens, surtout ceux qui, vivant hors d’Algérie, peuvent librement s’exprimer, en leur demandant si eux aussi, comme Bachir Hadjadj, ils considèrent, que les propos signalés dans les 4 documents envoyés ne sont que pure « propagande ».

Le FLN et les Juifs durant la GUERRE D’INDEPENDANCE (1954 – 1962)

….. En effet, d’Algérie puis de Tunis, le FLN appelle dans plusieurs « Lettres » Juifs et Européens à le rejoindre. Qualifiés d ‘’Algériens’’, il leur assure que son vœu est celui d’ « une Algérie multiethnique, multiconfessionnelle… où toutes les communautés seront respectées… ». Et du haut de la tribune de l’ONU, la diplomatie du GPRA 9  le confirme : « L’Algérie est le patrimoine de tous…. L’Algérie aux Algériens, à tous les Algériens, quelle que soit leur origine. Cette formule n’est pas une fiction. Elle traduit une réalité vivante, basée sur une vie commune. ». (Appel du 17 Fev 1960 « Aux Européens d’Algérie »).

Mais sur le terrain, les insurrections, comme en Août 55 dans le constantinois, se mènent au nom de Dieu (‘’Djihad fi Sabil Illah’’), et l’on appelle à tuer les Infidèles, les chrétiens et les Juifs (‘’Nkatlou Gouar, Nkatlou Nsara, Nkatlou Yahoud’’). Quant au terrorisme dans les villes, au pistolet ou à la bombe, il vise sélectivement les civils non-musulmans, Pieds-noirs et Juifs, au facies. « Dans les premiers mois de l’année 1956, les agressions se multiplient, le samedi de préférence : en mai contre le rabbin de Batna; en juin contre les cafés juifs de Constantine ; synagogue d’Orléansville incendiée. En Novembre, une bombe placée dans la maison d’ Isaac Aziza, rabbin de Nédroma, le tue ainsi que plusieurs membres de sa famille. » 10.  Précisons qu’à Constantine, suite aux attaques à la grenade des cafés juifs en 1956, des groupes de jeunes juifs, préparés à cette éventualité par des instructeurs venus d’Israël, ripostent et très durement, selon Robert Attal, instituteur, qui conclut ainsi le témoignage désapprobateur qu’il me donne de cet événement : « l’ombre du pogrom de 1934 planait » (R. Attal est l’auteur d’un livre sur ce pogrom du 5 Août où a péri son propre père.). L’année 1957 est aussi dure… Assassinats à Oran du Dr Cohen (le FLN s’excuse) et en Mars du grand Rabbin de Médéa. Bombe extrêmement meurtrière à Alger le 9 Juin, placée sous l’estrade du Dancing de la Corniche fréquenté surtout par des Juifs de Bab El Oued et non par des parachutistes comme le dit la propagande FLN, qui pulvérise notamment sa vedette Lucky Starway (Lucien Séror), son orchestre et des danseurs (7 morts, 85 blessés dont 10 très graves)… En Août, à Alger, David Chiche (65 ans) est arrosé d’essence.

Les années suivantes et ce jusqu’à l’indépendance, les exactions contre les Juifs sont d’autant plus retentissantes qu’elles s’exercent dans des lieux sacrés et lors de fêtes religieuses : grenades dans les synagogues de villes du Sud, Boghari en Mars 1958 (1 mort), et Bou Saada en 1959, la veille de Kippour (la petite fille du Rabbin tuée). En Décembre 1960, durant les grandes manifestations populaires, où le slogan « Algérie musulmane » se substitue à « Algérie algérienne », à Oran le cimetière est profané, et à Alger la grande Synagogue de la Casbah est dévastée aux cris de ‘’Mort aux juifs’’, les Rouleaux de la Loi profanés, des croix gammées dessinées sur les murs, et le drapeau indépendantiste planté. En 1961, assassinat en Juin à Constantine  du célèbre musicien Raymond Leyris; en Septembre à Oran, le jour de Rosh Hashana, un père se rendant à la synagogue avec ses 2 enfants est poignardé et un coiffeur ambulant, Choukroun, tué, le cimetière juif profané et la maison du gardien pillée (ce qui provoque des réactions et des affrontements communautaires). En 1962, assassinat en Janvier à Constantine du frère de René Samuel Sirat qui deviendra le Grand Rabbin de France, attaque  du Consistoire toujours à Constantine en Février, assassinat à Alger de 2 enfants juifs. Et le 5 Juillet 1962 à Oran, le jour même de l’indépendance, massacre de très grande ampleur dans plusieurs quartiers simultanément, et notamment les quartiers juifs, visant au faciès les non-musulmans (plus de 400 morts officiellement recensés) 11 , comme un message à ceux qui ne sont pas encore partis, et à ceux qui auraient eu l’idée de revenir…

Cette énumération, loin d’être exhaustive, montre que les civils juifs, à l’instar des civils d’origine chrétienne, furent une cible du terrorisme FLN. Ce choix de stratégie, est clairement mis en évidence par le bilan total des victimes : 5000 civils non-musulmans assassinés, pour 10 000 soldats français tués au combat. 50% donc… (les civils musulmans furent aussi une cible du FLN, plus de 10 000 tués, mais le but est autre : soumettre les siens à sa seule autorité, voire à l’autorité de certains chefs…).

POST-INDEPENDANCELe double langage éventé.

Cette stratégie a un but: faire partir les non-musulmans avant l’indépendance.  Mais soigneusement dissimulée par ses promoteurs, ou par ceux qui défendirent la cause indépendantiste, elle ne sera révélée que par la suite. Cependant même ces tardives révélations n’ont pas encore conduit les historiens à formuler de nouvelles hypothèses : ce qui est plus troublant.

1981 –  Les Archives De La Révolution Algérienne (ed. Jeune Afrique), Mohamed Harbi, dirigeant FLN, puis historien, livre un PV de réunion au Maroc en 1961, où l’un des plus importants dirigeants, Lakhdar Ben Tobbal, harcelé par des militants furieux contre les appels du GPRA aux Juifs et aux Européens, les rassure à 3 reprises en leur répétant : « c’est purement tactique !».  Ajoutant même, la 3ème fois, pour les radoucir : « Il n’est pas question qu’après l’indépendance, il y ait des Juifs et des Européens, dans le gouvernement. ». 

1990Les Accords d’Evian (Le Seuil). Signés en Mars 62 par la France et le GPRA, ces Accords sont ainsi commentés par l’auteur, un des négociateurs, Réda Malek : « Heureusement, le caractère sacré arabo-musulman de la nation algérienne était sauvegardé.». Précisons que Réda Malek, qui dans les années 90 a comme premier ministre mené une guerre sans concession aux islamistes, s’est de tout temps  considéré comme un moderne et un « progressiste »… On peut donc imaginer l’état d’esprit de la majorité des dirigeants qui au contraire, sont considérés comme des « traditionalistes », des « conservateurs »  ou des « réactionnaires ».

1998 – La fin de la guerre d’Algérie (Casbah Ed). Ben Khedda, qui fut le Président du GPRA au moment de la signature de ces Accords d’Evian explicite : « En refusant notamment la nationalité algérienne automatique pour un million d’Européens, nous avions prévenu le danger d’une Algérie bicéphale ».

1991 – La guerre d’Algérie et les intellectuels français (Ed. Complexe), Jean-Marie Domenach, intellectuel français catholique et résistant, ayant soutenu la lutte pour la décolonisation en Indochine et en Algérie, directeur de la Revue Esprit, fait ainsi état d’une rencontre avec un dirigeant du FLN, qui sera d’ailleurs égorgé par les siens, quelques mois après en 1957 :  « Je me rappelle en particulier une discussion qui a été  d’une violence extrême avec Abbane Ramdane… Je lui ai parlé du sort qui serait fait à la population ‘’pieds-noirs’’. Je lui ai dit : ‘’Vous n’allez pas mettre tous ces gens à la porte comme ça‘‘ . Il m’a répondu : ‘’S’ils ne sont pas contents, ils n’ont qu’à s’en aller’’ ».

2004 –  Cet étranger qui me ressemble. Entretiens avec Jean Daniel. (Grasset). Dans un avion privé se dirigeant vers Melun, lieu d’une négociation, en 1960, le directeur du Nouvel Obs, lui-même juif algérien de Blida, demande aux diplomates du GPRA, Boumendjel et Benyahia : « Croyez vous qu’avec tous ces fanatiques religieux derrière vous, il y aura dans une Algérie indépendante un avenir pour les non-musulmans, les chrétiens, les juifs auxquels vous avez fait appel ? ».

Après que Boumendjel ait dit à Benyahia : « Il ne faut pas mentir à Jean », voici ce qu’il s’entend répondre : « Le pendule a balancé si loin d’un seul côté pendant un siècle et demi de colonisation française, du côté chrétien, niant l’identité musulmane, l’arabisme, l’islam, que le revanche sera longue, violente et qu’elle exclut tout avenir pour les non-musulmans. Nous n’empêcherons pas cette révolution arabo-islamique de s’exprimer puisque nous la jugeons juste et bienfaitrice. ».

AIT AHMED – l’exception qui confirme la règle.

Responsable nationaliste de premier plan, partisan de la lutte armée, un des principaux créateurs du FLN, son opposition à la ligne arabiste du PPA-MTLD (ancêtre du FLN) le marginalise avant 1962, puis l’exile après.

En 1963, lors de la 1ère Assemblée Constituante, il est un des très rares députés à s’opposer à l’inscription de l’Islam dans la Constitution comme « religion d’Etat », puis au Code de la Nationalité discriminatoire, qui stipule que l’on est Algérien si l’on a un père et un grand-père nés en Algérie…. musulmans.  Les non-musulmans considérés comme étrangers doivent donc en faire la  demande : beaucoup de ceux qui avaient payé leurs convictions indépendantistes par la torture et la prison, trouvant la démarche humiliante, s’y refusent et quittent l’Algérie.

On ne peut donc être étonné de lire, lorsqu’il évoque « la tragédie humaine » de l’exode de 1962 : « N’oublions pas que les religions, les cultures juives et chrétiennes se trouvaient en Afrique du Nord bien avant les Arabo-Musulmans, eux aussi colonisateurs, aujourd’hui hégémonistes… Avec les Européens et leur dynamisme – je dis bien les Pieds-noirs et non les Français – l’Algérie serait aujourd’hui une grande puissance africaine, méditerranéenne.  Hélas, je reconnais que nous avons commis des erreurs politiques stratégiques. Il y a eu envers les Pieds-noirs des fautes inadmissibles, des crimes de guerre envers des civils innocents et dont l’Algérie devra répondre au même titre que la Turquie envers les Arméniens. » (Propos accordés à Francis Rugas, in Les Français d‘AFN, Mai 1987).

Ces propos d’un grand courage politique, même s’ils sont restés assez confidentiels, ont l’intérêt de situer le problème au niveau de la stratégie. Cette stratégie est en fait l’expression d’une conception excluant de la future nation toutes les minorités non-musulmanes qui sera le fondement non écrit du nationalisme algérien depuis les années 30 : ‘’La Valise ou le cercueil’’ est le slogan de son principal parti, le PPA, à partir du milieu des années 40.

André Beckouche, communiste juif constantinois, se rappelle que dans un de ces débats d’étudiants algériens à Paris, qu’il situe en 1955, Réda Malek avait ainsi conclu : « L’Algérie, n’est pas un manteau d’Arlequin »… Puis ajoute : « je suis resté en Algérie jusqu’en 1965. J’ai dû me résoudre à quitter l’Algérie, mon pays natal et la terre de mes parents depuis des siècles et des siècles. Car l’Algérie n’a pas pu ou su garder les non-musulmans et je n’y trouvais pas ma place tout comme des camarades de grande valeur. Je pense à Henri Alleg, et à combien d’autres, Sixou, Timsit… La vérité, c’est que la France les a mieux accueillis et traités, eux qui avaient combattu sa politique coloniale, que l’Algérie pour laquelle ils avaient combattu. » (Interview réalisé par la cinéaste Brigitte Stora, en 2007). Il se rappelle aussi des propos tenus par un autre dirigeant nationaliste Bélaïd Abdeslam : « Avec un million d’Européens, l’Algérie serait ingouvernable… »

L’Algérie pour laquelle il combattit, voici ce qu’elle fit de la mémoire d’un autre communiste juif, Pierre Ghenassia, qui s’engage à 17 ans dans l’ALN, et qui, infirmier, préféra mourir plutôt que fuir et abandonner ses blessés, comme le lui proposa son chef, le Cdt Azzedine : à Ténès, sa ville natale, sa rue fut en 1963 baptisée « Rue Pierre Ghenassia », puis quatre années après, l’année de la guerre entre Israël et les pays arabes, débaptisée en… « Rue El Qods ».

Force est donc de constater que malgré la relative profusion de faits, de propos et de textes de dirigeants nationalistes qui dévoilent assez clairement que la guerre d’indépendance n’eut pas que le seul objectif déclaré d’obtenir le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », mais aussi et simultanément, celui d’anéantir l’autre droit, tout aussi légitime, « le droit des minorités à demeurer dans le pays de leurs ancêtres », ce 2ème objectif de la stratégie nationaliste reste occulté par les historiens spécialistes de cette période, tant algériens que français. On peut même parler de dénégation. Et dans le cas de l’un d’eux, Benjamin Stora, de comportement schizophrénique. 

Quand il témoigne de sa propre vie d’enfant juif constantinois dont les parents vont quitter leur pays juste avant l’indépendance, alors qu’il n’a que 12 ans,  on peut constater que dans le seul chapitre consacré à la guerre « Une enfance à Constantine » 12, la peur comme réalité et comme imaginaire est déclinée selon de multiples occurences : « J’avais très peur… j’avais peur qu’il (le père) lui arrive quelque chose, qu’il soit victime d’un attentat, qu’il puisse mourir… La nuit, j’entendais mes parents parler. Ils étaient inquiets, surtout vers la fin de la guerre… les peurs nocturnes venant s’accumuler aux attentats, construisaient un climat d’angoisse… Enfant, j’avais intériorisé cette peur communautaire, d’autant qu’elle faisait référence à un événement lointain qui s’était imprimé dans l’imaginaire des Juifs de Constantine, avec les récits sur les affrontements sanglants du 5 août 1934, entre Juifs et Musulmans. Les ‘’événements d’août 34’’ continuaient d’exister dans les conversations… ‘’Ils ont tué Raymond !’’ C’était quelque chose d’énorme, de gigantesque. La communauté juive de Constantine était choquée, bouleversée… Une procession gigantesque a suivi la dépouille de Raymond qui a été enterré, si mes souvenirs sont bons, tout à fait au début du cimetière. C’était le grand tournant, le moment où ce qui restait de la communauté juive de Constantine en 1961 a choisi de partir vers la France. »

Mais l’historien spécialiste de l’Algérie, qui dans son livre Les trois exils donne pourtant une liste impressionnante quoique non-exhaustive du ciblage juif par le terrorisme FLN durant la guerre, a semble-t-il du mal à concilier cette réalité, et ses propres souvenirs, avec ses convictions anticolonialistes.  Car lorsqu’il intervient dans des espaces politiques, en France ou plus encore en Algérie, c’est généralement pour minimiser la terreur FLN. « Depuis qu’ils sont rentrés en France (sic !), les rapatriés (resic) ont toujours cherché à faire croire que la seule raison de leur départ était le risque qu’ils couraient pour leur vie et celle de leurs enfants. Et qu’ils avaient tous été obligés de partir…. » . C’est avec ces mots qu’il apporte sa caution scientifique à un reportage scandaleux du Monde Diplomatique (Mai 08) 13, cherchant à démontrer que Juifs et Pieds Noirs, « incapables de toute réversion mentale », avaient quitté l’Algérie non en raison d’une peur qui aurait eu quelques fondements objectifs, mais par…  racisme, par refus d’être gouvernés par des Arabes. Quelques jours après la sortie de cet article, lors d’un débat (filmé) à Paris, il nie que ses parents aient quitté leur pays par peur, et répondant furieux à une personne qui lui avait demandé si leur départ n’avait pas un lien avec l’assassinat de Raymond Leyris, s’exclame : « Ils sont partis parce qu’ils aimaient la France  (26 Mai 08) 14.

Cette crainte de l’avenir dans un pays dont il était prévisible que l’islam y deviendrait religion d’Etat, ne provenait pas seulement du statut passé de dhimmis, mais aussi de l’actualité et du voisin marocain où l’accès à l’indépendance en 1956 est aussi marqué par des violences antijuives.

CONCLUSION

Alors même que je venais à peine de prendre conscience au bout d’une année de quête filmée, qui deviendra « Algérie, histoires à ne pas dire », que les 130 000 Juifs d’Algérie comme les 800 000 Pieds-noirs, avaient été poussés hors de leur pays par la stratégie ethnique du FLN, il me fallut oser ouvrir des livres d’histoire, pour découvrir que de l’Iran jusqu’à l’Afrique du Nord, près de 800 000 Juifs furent forcés de quitter des terres qu’ils avaient pourtant habitées des siècles, voir des millénaires, avant que n’apparaisse l’Islam…28

Ainsi dans les pays musulmans, la question juive avait disparu… avec la disparition des Juifs, encore que, comme on l’a vu, elle pouvait ressurgir, au moindre blues de nostalgie juive.

(Ainsi en 2005, lorsque 150 Juifs tlemcéniens revinrent dans leur ville natale et que se déclencha dans la presse algérienne une hystérie antijuive, dont on peut avoir idée avec entre autres cet exemple : « Le temps de l’enjuivation ! La façon provocante et plus qu’officielle avec laquelle les juifs ont été reçus à Tlemcen indique qu’il existe des musulmans, issus de notre sang, qui sont encore davantage enjuivés que les juifs eux-mêmes. ». Ech-Chourouk El-Youmi)

Mise au point de JP Lledo au Rédacteur en chef du quotidien algérien LIBERTE (25/05/2011)

Mise au point de Jean-Pierre Lledo

 En finir avec tous les délires !

Messieurs les Directeurs et Rédacteurs en chef de Liberté, vous dirigez un quotidien national au nom prestigieux et vous vous revendiquez démocrates.

Comment alors avez-vous pu publier un commentaire aussi complaisant du ‘’roman historique   »Derb Lihoud » (Quartier juif) d’un certain Saïd Kessal, journaliste par ailleurs à Echourouk, ce quotidien national en langue arabe bien connu pour ses obsessions anti-juives ?

Comment ne vous-êtes vous pas aperçu, qu’il s’agissait d’une simple resucée de deux fantasmes anti-juifs parmi les plus connus : le crime rituel des enfants (avec le sang duquel les Juifs feraient leurs galettes de Pâques), et la domination mondiale par le complot et l’argent, thème central des ‘’Protocoles des Sages de Sion’’ ?

Depuis le début de l’ère chrétienne, le premier a servi de prétexte à la persécution des Juifs. Quant au second, l’on sait depuis un siècle qu’il s’agit d’un plagiat d’un ouvrage de Maurice Joly dirigé contre Napoléon III, mais qui fut détourné par la police tsariste vers la fin du 19ème siècle, pour justifier les pogroms massifs de Russie. Les  ‘’Protocoles’’ racontent donc comment les ‘’Sages de Sion’’, réunis secrètement, comptent s’y prendre pour dominer le monde !

Liberté devrait aussi savoir que cet ouvrage reste, avec Mein Kampf, un des titres essentiels de l’édition du monde arabe,  ce qui a permis à ‘’l’écrivain’’, d’y puiser la source de son inspiration.

‘’Sacrifiés sur l’autel du rite talmudique attribué aux sionistes’’ !!! Liberté ne pourrait-il pas lui expliquer que le Talmud n’est pas un ‘’rite’’ ? !!! A l’ère du net comment peut-on écrire de pareilles inepties ?

Si l’on veut qu’un jour le monde arabe s’approche des rives de la démocratie, ne revient-il pas aux élites qui au moins s’en réclament, d’en finir avec tous les délires, notamment anti-juifs, générateurs de haine et surtout de crétinerie, sans quoi ses peuples seront maintenus dans une nuit sans fin ?

Espérant à l’avenir votre vigilance, mes salutations.

25 Mai 2011, JP Lledo

Réponse (non publiée) à Abed Charef, journaliste du Quotidien d’Oran, à propos du musicien juif assassiné, Raymond Leyris. (14 Octobre 2011)

Monsieur le directeur du Quotidien d’Oran.

La presse nationale ne faisant plus partie de mes lectures favorites, lorsqu’on m’a signalé un article sous la signature d’Abed Charef, dont la virulence le dispute à la désinformation, et, plus dommagablement pour votre respectabilité, au ridicule le plus absolu, je me suis dit qu’il fallait attendre quelques jours, persuadé qu’une avalanche de protestations, allaient s’abattre sur votre quotidien. *

Constatant la nouvelle trahison de nos clercs, permettez-moi donc de vous interpeller : comment un quotidien ‘’national’’ qui se veut en Algérie un des plus importants en langue française et un journaliste ayant ‘’de la bouteille’’ qui se prend aussi pour un ‘’grand’’ **, peuvent –ils commettre autant de mensonges, presque un par ligne ? !

A commencer par le sensationnel scoop à l’aulne duquel peut s’évaluer la déontologie de ce journaliste et la qualité informative de votre quotidien, mais qui a dû faire s’écrouler de rire tous les Constantinois : Raymond Leyris – celui qu’à Constantine on appelle par admiration Cheïkh Raymond – n’aurait donc jamais eu d’enfant, et aurait même adopté Enrico Macias qui, lui, aurait été orphelin !!!

N’importe qui à Constantine sait pourtant que Macias avait bien un papa, le célébrissime violoniste de l’orchestre de R. Leyris, Sylvain ! Et que sa femme – décédée depuis peu – n’était autre  qu’un des six enfants de R. Leyris !!!

Passons aussi sur la filiation des Ghenasssia de Constantine avec ceux de Cherchel : il est vrai que tous les Mohamed ont la même origine !

Ou encore sur le ‘’A Chelghoum Laïd, où il (Macias) a enseigné, son nom est connu mais il est presque impossible de trouver des gens qui l’ont côtoyé’’

Qu’est ce que ça veut dire ‘’presque’’ ? S’est-il rendu dans cette ville ? A-t-il interrogé le ‘’presque’’ ? Et quelle a été sa réponse ?

*  A vrai dire, je ne suis pas arrivé à connaitre la date exacte de parution que le site internet du Quotidien ne révèle pas.

* * Il est vrai que ses premières prestations durant les massacres d’octobre 88 en Algérie, à la belle époque du parti unique, et sa manière de mettre en doute les dires des membres de la Commission des Médecins du Comité contre la Torture qui visitaient quotidiennement les morgues (pour rappel ces ‘’événements’’ firent plus de 600 morts, en quelques jours), me le rendirent plus que suspect.

Et pour ce qui est de la ‘’territoriale’’,  je ne sais si Macias en a fait partie, mais vos jeunes lecteurs auraient dû être informés qu’il s’agissait d’une institution de l’armée française à laquelle tout citoyen, à partir d’un certain âge et quels que soient ses opinions, était astreint durant quelques jours dans l’année.

Par contre d’où votre brillantissime limier tire-t-il que le petit gus Gaston frayait avec Papon, le préfet qui selon mes infos n’était pas un fan de musique andalouse ?

Est-ce ainsi que vous informez vos lecteurs ? Les méprisez-vous à ce point de les prendre pour aussi crassement ignare que vous ?

Venons-en au plat de résistance : les rocambolesques aventures policières de R. Leyris et du futur Macias. Commençons par constater que votre salarié n’a fait que copier-coller l’essentiel d’un papier sorti en 2005 – déjà dans vos colonnes – signé par un certain Mr Lezzar ! Sa qualité de ‘’juriste’’, et l’excellente réputation des hommes de loi de chez nous, l’ont-ils abusé au point de lui faire oublier le b-a-ba de la profession : toujours vérifier ses infos, et ses sources ?

Mais vous, en tant que directeur, qui aviez publié à l’automne 2005 – Ô miracle – la cinglante réponse de Jacques Leyris, fils de son père Raymond, seriez-vous déjà atteint d’alzeimer ?

A peu près à la même époque que le papier de Lezzar, était sorti dans un autre journal, également au-dessus de tout soupçon, arabophone cette fois – ‘’El Khabar’’ – la liste des noms de tous les Juifs de la liste d’élus du FIS (Front islamique du salut) de l’année 1990 !!! Encore un scoop ! Les ‘’Juifs’’ en question, étaient pourtant de bons musulmans, et même des meilleurs, puisque salafistes. Ils avaient simplement un nom de famille partagé par des Juifs : Saadoun, Khalfa et quantité d’autres…!

Alors si El Khabar a été capable de nous livrer la liste ‘’officieuse’’ des Juifs du FIS, pourquoi un quotidien aussi nationalistement correct que le vôtre ne serait-il pas en mesure – afin de nous démontrer qu’ Enrico Macias est bien un fieffé tueur – de nous exhiber la ‘’sorte de liste rouge officieuse qui comporte les noms de militaires, colons et ultras ayant commis des exactions. ’’ ? Ca couperait au moins l’envie aux ‘’nombreux «ouled el bled» (fils du pays) qui lui rendent visite régulièrement en France’’ !
Mais écrire ‘’une sorte’’ de liste, n’est-ce pas déjà montrer que vous n’êtes même pas dupes des ragots que vous-mêmes colportez ?

Savoir qui étaient vraiment Raymond Leyris et son futur beau-fils, n’est pourtant pas très compliqué dans nos villes où tout se sait. Il suffit d’aller interroger ceux qui partageaient leur vie, du matin au soir, et du dimanche au vendredi : les musiciens qui travaillaient avec eux, ou les mélomanes.

Je les ai rencontrés lorsque j’ai fait mon film ‘’Algérie, histoires à ne pas dire’’ (toujours interdit à ce jour, sans que n’ayez jamais écrit une seule ligne pour protester). Et personne ne m’a dit rien de ce que vous avancez à leur sujet, mis à part un illuminé, portant bien son nom, qui affirma devant la caméra que  ‘’Raymond ne valait même pas la balle qui l’avait tué’’ ou encore que si ‘’la révolution lui avait demandé d’assassiner Beethoven , ou Mozart’’, il l’aurait fait !

Et si donc Charef s’était aventuré jusqu’à Constantine, il n’aurait pas pu écrire, non plus, que  « Raymond Leyris est… riche ! », car en se rendant au 75 rue Georges Clémenceau face au pont d’El Kantara, en montant jusqu’au 2ème étage, puis en prenant le couloir à gauche qui mène à la porte du fond il aurait découvert l’Ile au trésor : 2 pièces et une cuisine où nous vivaient 8 personnes ! Et peut-être les locataires actuels ont-ils encore conservé le lit-cage dans la cuisine que devait concéder Jacques, le fils unique, aux invités…

Venons-en enfin à l’assassinat de Raymond Leyris. Et d’abord votre version.

Si le ridicule ne vous a pas déjà terrassé, relisez-vous un brin : ‘’Quel est le rôle exact de Raymond Leyris ? Difficile à dire.’’ , puis : ‘’Mais peu à peu, les réseaux FLN acquièrent la certitude que Cheikh Raymond n’est plus un artiste aussi innocent.’’, puis ‘’ L’émissaire envoie un message à Raymond Leyris, et prend rendez-vous.’’, puis ‘’L’émissaire du FLN est tué alors qu’il gagnait le lieu du rendez-vous.’’, puis : ‘’L’organisation du FLN en tire une conclusion : seul Raymond Leyris pouvait avoir organisé la fuite pour permettre aux autorités coloniales d’éliminer le responsable du FLN.’’, puis : ‘’ Mais le doute planait…’’, puis ‘’Raymond Leyris croise Amar Benachour, dit M’Djaker, membre d’une cellule locale de fidayine, qui l’abat en plein marché, devant des dizaines de témoins.’’

Si le brave promeneur qui a fait ça devant ‘’10 témoins’’, était bien ‘’membre d’une cellule locale de fidayine’’, bras armé de la révolution comme on disait, c’est donc bien un assassinat en vertu d’une sentence FLN, non ? Pourquoi laisser entendre que le tueur aurait pu subir l’influence de la ‘’mafia du milieu’’, alors que tout le monde sait que la première chose que fit le FLN dès le début de la guerre, ce fut de la mettre justement  au pas, au nom d’un ordre moral islamique, technique reprise plus tard par… les islamistes ?

La seule interrogation qui serait d’ailleurs une belle enquête pour votre journaliste-qui-a-de-la-bouteille, c’est de savoir qui a pris la décision de cet assassinat.

En 2005, j’ai interrogé le chef militaire de l’ALN qui reçut les clés de la ville d’un général français, au moment de l’indépendance. Il accepta de mener une enquête auprès des responsables FLN-ALN qui dirigeaient le secteur avant son arrivée. Il m’affirma qu’aucun de ces responsables n’avait ordonné la mort de R. Leyris. Et je le crus d’autant plus volontiers que ma conviction est que l’ordre aurait trop d’importance politique pour que l’initiative soit laissée à un petit chef local. Car le but de cette opération était tellement évident qu’il n’a cette fois pas échappé à votre journaliste – mais n’a-t-il pas encore une fois gaffé ? – : ’’ La mort de Raymond Leyris accélère le départ massif des juifs de Constantine’’.

Oui, incontestablement tous les petits Juifs d’Algérie ont dû se dire que si un Juif célèbre et de surcroit de gauche, en rien hostile à l’idée d’indépendance, qui ne lisait qu’Alger Républicain (obédience communiste) avant son interdiction, et le Monde, (considéré à l’époque comme un journal français communiste !), avait été assassiné, alors oui ils leur fallait déguerpir au plus vite.

Il m’a fallu faire mon dernier film, et entendre des quantités de récits de ‘’moujahidine’’ pour enfin comprendre que notre ‘’guerre de libération’’ avait été menée, et très consciemment, comme une guerre d’épuration : Non-musulmans, ouste !

Ben Khedda, dernier chef du GPRA le dit expressément dans son livre « La fin de la guerre d’Algérie », (Casbah Ed. 1998 ), lorsqu’il qualifie de ‘’danger’’ l’éventualité ‘’d’une Algérie bicéphale’’, cad multiethnique !

Ben Tobbal, lui, protégé par la discrétion de la clandestinité, y alla plus franco avec les militants qui s’inquiétaient des différents Appels du GPRA et du FLN assurant aux Juifs et aux Européens d’Algérie qu’ils seraient des citoyens algériens : « Ces textes sont purement tactiques ! »  (archives du FLN, révélées par M. Harbi).

Et donc ma conviction est que Raymond Leyris a bien été assassiné par le FLN, à partir d’un ordre qui ne pouvait provenir que du plus haut de la direction de la révolution algérienne, donc soit du GPRA (Gouvernement provisoire de la république algérienne), soit de l’Etat-major de l’ALN (Armée de libération nationale) dirigé par Boumedienne.

Le ‘’fidaï’’ tel Amar Benachour, ‘’dit M’Djaker’’, n’a donc pas été ‘’manipulé’’, encore moins par une ‘’mafia du milieu’’, comme le dit Charef, mais a tout simplement exécuté un ordre que, sans aucun doute, il ne pouvait savoir venir de si haut. Si Tawra (Révolution) le lui avait demandé, lui aussi aurait assassiné Beethoven ou Mozart !

Cet assassinat n’a en tous les cas rien à voir avec la fiction, inventée ou rapportée par Lezzar, puis plagiée par Charef,  selon lequel R. Leyris aurait averti la police du rencart que lui avait donné ‘’un émissaire du FLN’’ ! Où a-t-on vu une organisation clandestine prendre rendez-vous, puis s’y rendre sans précaution ? !!!

Examinons à présent le nouveau morceau de bravoure de votre journaliste-qui-a-de-la bouteille, et qui a aussi échappé à votre vigilance éditoriale :

‘’Mais la mort de Raymond Leyris sonne également le début d’une opération de vengeance meurtrière, à laquelle Enrico Macias participe, selon des moudjahidine de la Wilaya II. Il est impossible d’établir exactement le bilan exact des expéditions punitives. En 1956, après l’attentat de la rue de Constantine, Gilbert Meynier n’écarte pas le chiffre de cent trente morts. En mai 1961, la même folie furieuse se déchaîne mais…’’

Suite à l’assassinat de R. Leyris, les Juifs se seraient donc vengés… en 1956, et en Mai 61. C’est bien ce qu’il faut comprendre, non ? Votre préposé au ridicule ne sait-il donc pas que R. Leyris a été tué le 22 Juin 1961 ? !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Trève de balivernes, celles et ceux qui voudront vraiment connaitre la vie et l’œuvre de Raymond Leyris n’auront qu’à lire, dans les jours à venir un livre, sérieux cette fois, édité il est vrai en France : Cheikh RAYMOND, Une histoire Algérienne, de Bertrand Dicale (Edition First). Et comme une bonne nouvelle ne vient pas sans une seconde, un coffret de 3 CD accompagné d’un  livret de 50 pages, vient de sortir chez Universal.

Examinons à présent la seule information qui soit vraie – pas étonnant, elle n’émane pas de vous, mais du journal israélien Maariv – encore que vous ne savez même la rapporter !

En Mai 2005, s’étaient rencontrés près de 2000 Juifs constantinois venus du monde entier, à Jérusalem, vu qu’ils ne peuvent plus le faire dans leur ville d’origine. (Incriminé par la presse nationale prise d’un délire antisémite, d’y avoir participé, Benjamin Stora se crut même obligé de se justifier !)

Lors de cette rencontre, effectivement, Shlomo Havilio, avait raconté qu’en 1956, le Mossad l’avait chargé, à partir de Paris, d’organiser l’autodéfense des Juifs en Algérie, notamment à Constantine, compte tenu du mauvais souvenir du massacre d’Aout 1934 qui coûta la vie à plus de deux dizaines de personnes, à l’organisation duquel participèrent le dirigeant Bendjelloun et par ses sermons, le chef des oulama, Ben Badis.

Et lorsque le FLN – qui, du début à la fin de la guerre, et ce dans toutes les villes, petites et grandes, n’a cessé d’assassiner des rabbins et des simples Juifs, précisément le jour du shabbat – passa à l’action à Constantine en 56, comme l’avait prévu le Mossad, en lançant des grenades dans les bars juifs, il est vrai que les jeunes Juifs ripostèrent. Et même au-delà de ce qui était prévu pour dissuader le FLN de recommencer : le témoignage que m’en fit Mr Attal, m’a semblé d’autant plus crédible, qu’il avait déjà écrit un livre sur le pogrom d’Aout 34, où son propre père avait été assassiné.

Pour finir. Evidemment je me suis demandé quel frelon avait bien pu vous piquer pour pondre, 6 ans après, et à la va vite, une resucée de l’article de Lezzar.

Votre quotidien participerait-il de la tentation bien connue des nomemklaturas arabes de sortir l’épouvantail juif, et/ou israélien, chaque fois que le vent des révoltes populaires point ? Ce qui pourrait expliquer pourquoi en mai dernier l’on a fait un tel tapage médiatique dans toute ‘’la presse nationale indépendante’’ pour un soi-disant roman, “Derb lihoud”, relatant un ‘’tragique évènement durant la guerre de libération’’, à Rio Salado, la ville natale de l’auteur, je cite : ‘’l’histoire de deux enfants, Mohamed et sa sœur Mériem, sacrifiés sur l’autel du rite talmudique attribué aux sionistes’’. Talmudique rien de moins, de surcroit sioniste, diantre ! ’’.

‘’J’ai voulu, à travers ces témoignages, mettre en évidence le rêve du grand projet que l’État d’Israël veut concrétiser au détriment du sang et de la richesse des Algériens dans la mesure où les juifs d’Algérie avaient à cette époque la mainmise sur le commerce et l’argent’’, nous explique Saïd Kessal, qui en fait n’a fait que plagier l’abondante littérature provenant du Moyen-Orient, mêlant au crime rituel – se servir du sang musulman pour faire la galette juive de Paque – le thème de la toute-puissance juive empruntée aux ‘’Protocoles des Sages de Sion’’, faux de la police tsariste rédigé à la fin du 19ème siècle, mais qui reste, avec Mein Kampf, un des titres-clés de l’édition contemporaine arabe !

Face à ce délire, qui donnerait tort à Adonis quand il dit que nous assistons à l’extinction de la civilisation arabe ? Et les révoltes actuelles qui, comme en Algérie des années 80-90, servent de tremplin à l’islamisme, risquent fort d’en accélérer la dégénérescence.

Le 14 Octobre 2011

Jean-Pierre Lledo

L’Algérie et la disparition des Juifs. (17Avril, 2014)

Impliqué à de multiples titres par l’histoire de la guerre d’Algérie, en tant que citoyen et cinéaste, en tant que Juif et Algérien, puisque je n’ai quitté l’Algérie qu’en 1993, la Tribune du CRIF accordée à B. Stora le 4 Avril, ne peut me laisser indifférent, comme d’ailleurs l’ensemble des propos de cet historien, juif aussi, mais ayant quitté l’Algérie enfant, une année avant l’indépendance.

Se donnant, là, pour tache d’expliquer les raisons du départ des 130 000 Juifs d’Algérie, je note avec satisfaction qu’il évoque le ciblage des Juifs  ‘’… Victimes d’attentats individuels ou collectifs, par des bombes dans des lieux publics, et des attaques à l’arme blanche.’’. Et même ‘’la dimension arabo-musulmane de l’identité nationale’’ du nationalisme algérien qui exclut, de fait, tous les non-musulmans du projet de la future Algérie indépendante : le Code de la Nationalité, deuxième loi adoptée en 1963, après la Constitution, stipulera en effet que seuls les musulmans sont automatiquement algériens  (l’historien aurait pu le notifier).

Tout cela est en effet d’une autre tonalité que les propos tenus par le même historien, dans le Monde diplomatique de Mai 2008. Présenté comme « un des meilleurs historiens de l’Algérie », il affirmait : « Depuis qu’ils sont rentrés (sic ) en France, les rapatriés (resic) ont toujours cherché à faire croire que la seule raison de leur départ était le risque qu’ils couraient pour leur vie et celle de leurs enfants. Et qu’ils avaient tous été obligés de partir….». Le 26 du même mois, à l’Hôtel de Ville de Paris, lors d’une conférence-débat  de l’Association ‘’Coup de soleil’’, à la question : pourquoi vos parents ont-ils quitté l’Algérie ?, il répond agacé : ‘’Mes parents aimaient la France, la France est partie, alors ils ont suivi la France.’’ Il reste que dans cette Tribune du Crif, aussi, l’historien continue de privilégier cette raison. Il commence par elle et lui consacre l’essentiel de son papier. Pour le résumer : Français par Crémieux, les Juifs tenaient à le rester. L’historien pourra toujours se défendre. Il cite effectivement bien d’autres raisons : dhimmitude, nationalisme, islam, agressivité, durant ‘’la guerre d’Algérie’’… Mais – comment dire… ? –  sur un mode mineur d’atténuation, et de façon désincarnée.
La dhimmitude islamique : ‘’un mélange de protection et de soumission’’. Ah, seulement ? Et la discrimination, la ségrégation, le racisme, l’apartheïd, l’humiliation au quotidien, la rouelle jaune ancêtre de l’étoile des nazis, le coup sur la nuque du représentant de la communauté qui venait apporter l’impôt supplémentaire, la savate qui devait laisser dépasser le talon, les couleurs interdites pour l’habillement, les travaux dégradants, les pogroms à répétition, les conversions obligatoires, etc, etc… ? Après un tel régime, comment les Juifs n’eussent-ils pas sauté au cou des Français ? Paul Fenton et David Litman ont donné 800 pages de preuves (L’Exil au Maghreb, PUF).
Le nationalisme : ‘’il insiste sur la dimension arabo-musulmane de l’identité nationale’’. Il ne ferait qu’insister ? Le nationalisme algérien n’aurait-il usé que de rhétorique ? La première victime, et non la seule, des émeutes de Mai 1945, n’est-elle pas une petite juive de 10 ans ? Durant ces émeutes, ne crie-t-on pas dans les rues des villes et des villages ‘’Nkatlou Yahoud ‘’ (Tuons les Juifs) ?
La guerre d’Algérie : ‘’De nombreuses familles juives, ce qui est peu connu, ont été touchées aussi bien comme Juifs que comme Français’’. L’historien spécialiste de l’Algérie devrait savoir que du point de vue des fidayîn et des moudjahidine qui tuent au faciès, comme par exemple le 20 Août 1955, encore dans le Constantinois, il n’y a pas de ‘’Français’’, mais uniquement des ‘’Yahoud’’ et des ‘’Nsara’’ (chrétiens). Quand aux Juifs, on les vise bien parce que Juifs. L’historien ne devrait avoir aucun doute là-dessus. N’a-t-il pas écrit lui-même dans ‘’Trois Exils’’ qu’on tuait les Juifs, ‘’de préférence le samedi ‘’ ? Et on les vise, selon différents modes opératoires, en les arrosant d’essence dans la rue (David Chiche, 65 ans, Alger), en les tuant à l’entrée ou à la sortie des synagogues (comme à Constantine, quelques mois avant l’indépendance, Edmond Baruch Sirat, frère du Grand Rabbin de France René Sirat), ou avec des bombes, y compris chez eux (Isaac Aziza, rabbin de Nédroma, tué avec sa famille). Ils sont pourchassés en tout lieu : devant leur magasin commeEmile Atlan (héros de l’Opération Torch, mise au point par des Juifs, qui permit aux Américains de prendre Alger sans combat), à l’intérieur de leur lieu de travail, ou en des lieux de détente (grenades dans les cafés de Constantine) ou de loisir (Casino de la Corniche qui pulvérise notamment l’orchestre de Lucien Séror, dit Lucky Starway)… Les synagogues, elles-mêmes ne sont pas épargnées :  grenades dans les synagogues de villes du Sud, Boghari en Mars 1958 (1 mort), et Bou Saada en 1959 la veille de Kippour (la petite fille du Rabbin tuée). Celle d’Orléanville est incendiée. La grande Synagogue d’Alger,  en Décembre 1960, dévastée aux cris de ‘’Mort aux juifs’’, les Rouleaux de la Tora profanés, des croix gammées dessinées sur les murs, et le drapeau indépendantiste planté.
La fin de la guerre d’Algérie. L’historien nous dit certes qu’elle a été ‘’dramatique’’. Pour exemple, il  cite ‘’l’assassinat du célèbre musicien Raymond Leyris en 1961’’. C’est déjà mieux que dans le grand livre récent qu’il a parrainé avec A. Meddeb, sur les relations entre juifs et musulmans dans le monde arabo-musulman, où le musicien n’est évoqué que pour illustrer la symbiose judéo-arabe, sans que l’on sache qu’il a été assassiné ! (Ce livre exclut même même de sa bibliographie, des historiens comme Bat Yé’Or, Weinstock, Fenton, Bensoussanqui ont été pourtant des pionniers dans l’histoire judéo-musulmane non-idéalisée, sans parler de ‘’La fin du judaïsme en terres d’Islam’’, dirigé par Trigano). Mais l’historien rate une nouvelle occasion de combler un immense trou dans son historiographie de la guerre. En effet, il continue à ignorer ce qu’a été la journée la plus meurtrière de la guerre d’Algérie : 700 morts et disparus à jamais (lire ‘’Silence d’Etat’’ de JJ Jordi). Il s’agit du 5 Juillet 1962 à Oran, premier jour officiel de la célébration de l’indépendance qui venait d’être votée 2 jours plus tôt. Ce jour-là, du matin au soir, on a tué, étripé, démembré, du matin au soir, encore une fois, au faciès. Et naturellement, Oran étant numériquement la  ville la plus juive d’Algérie, nombreuses et nombreux furent les ‘’Yahoud’’ assassinés et, à ce jour, disparus. La YahoudyaViviane Ezagourimembre comme moi du Collectif 5 Juillet 1962, se tient à la disposition de l’historien pour lui raconter comment, avec son fiancé, elle échappa miraculeusement au lynchage, chance que n’eut guère son père…
Les 130 000 Juifs partis, soit vers la France, soit vers Israël, la nouvelle Algérie ‘’libre’’ va-t-elle les regretter, se les remémorer, les rappeler, leur donner envie de revenir, leur montrer qu’après la guerre et ses horreurs, et la fin du ‘’colonialisme’’ une nouvelle ère de communion pouvait commencer ? Que nous dit l’historien ? ‘’Les pouvoirs successifs ont reconstruit une histoire de l’Algérie en supprimant les traces de toutes les diversités, donc la présence des Juifs dans ce pays’’. C’est le moins que le puisse dire ! C’est très peu, trop peu pour signifier que le départ des Juifs, loin de l’atténuer, n’a fait que décupler la judéophobie, surtout depuis la ‘’libéralisation’’ politique et médiatique… Même le président de la république Bouteflika qui avait invité Enrico Macias doit se rétracter ! Les 150 Tlemcéniens qui en 2005 reviennent dans leur ville, déclenchent surtout dans les journaux arabophones, une des plus grandes hystéries antijuives (« Le temps de l’enjuivation ! La façon provocante et plus qu’officielle avec laquelle les juifs ont été reçus à Tlemcen indique qu’il existe des musulmans, issus de notre sang, qui sont encore davantage enjuivés que les juifs eux-mêmes. ».Ech-Chourouk El-Youmi).
A peu près au même moment, un grand quotidien national francophone (Quotidien d’Oran), donne 2 immenses pages à un avocat (Lezzar) pour ‘’prouver’’ que Raymond Leyris avait été sciemment liquidé par le FLN, en raison de ses accointances avec l’OAS !!! Raymond Leyris et son beau-fils Enrico Macias sont régulièrement salis dans la presse algérienne. Dans mon film ‘’Algérie, histoires à ne pas dire’’ un musicien qui se présente comme un ancien moudjahid, lance, en parlant de l’assassinat de R. Leyris : ‘’Il ne valait même pas la balle qui l’a tué’’, tandis que plus prosaïquement, un patron de hammam de Constantine nous dit que chez eux, Arabes et Juifs ne se lavaient pas aux même heures, à cause de ‘’l’odeur’’ de ces derniers… Enfin B. Stora aurait même pu donner un exemple personnel de la judéophilie ambiante : sa participation à la grande rencontre des Constantinois, à Jérusalem en 2005, déclenche une autre  avalanche de réactions agressives dans la presse algérienne. On lui demande des comptes. Et fait surprenant, il croit nécessaire d’en rendre…
Les communistes : ‘’Une petite minorité de Juifs, surtout proche du Parti communiste algérien, restera après 1962… Ceux-là aussi partiront dans les années 1990, au moment de la terrible guerre civile…’’.  Comparée aux 9 millions de musulmans et aux 130 000 Juifs de 1962, on pourrait penser qu’il s’agit là d’un millier de personnes, ou même d’une centaine… Or, la ‘’ petite minorité de Juifs’’,  c’est à peine une dizaine de personnes après  62 ! Le sens de la mesure, ce n’est pas rien en histoire, non ? Quand à ceux qui partirent au début des années 90, il n’y en eut que deux (dont moi). Parce que pour qui voulait voir, les choses étaient visibles dès le début de l’indépendance : en 1963, à Ténès, la Rue Pierre Ghenassia (communiste, infirmier dans les maquis de l’ALN, qui préféra mourir plutôt que fuir – comme le lui proposa son chef, le Cdt Azzedine – et abandonner ses blessés) ne fut-elle pas débaptisée en Rue El Qods ? !!
Les choses étaient claires depuis longtemps d’ailleurs. Le communiste juif André Beckouche, constantinois comme B.Stora, se rappelle que dans un de ces débats d’étudiants algériens à Paris, qu’il situe en 1955, Réda Malek, jeune dirigeant nationaliste, avait ainsi conclu : « L’Algérie, n’est pas un manteau d’Arlequin »… 35 ans plus tard, relatant les négociations sur ‘’Les Accords d’Evian’’ dont il avait été partie prenante (Le Seuil, 1990), il persiste et signe : « Heureusement, le caractère sacré arabo-musulman de la nation algérienne était sauvegardé.». Et les lecteurs du CRIF doivent savoir que cet homme n’était pas un fanatique, qu’il se voulait un ‘’moderne’’ et qu’il combattit autant qu’il put les islamistes lorsqu’il fut chef du gouvernement en 1994. Quelques années plus tard, lorsqu’il évoque la signature de ces Accords d’Evian, Ben Khedda, qui fut le Président du GPRA de 1958 à l’indépendance, souvent présenté comme un ‘’démocrate’’ face au ‘’dictateur’’ Boumedienne, est encore plus explicite : « En refusant notamment la nationalité algérienne automatique pour un million d’Européens, nous avions prévenu le danger d’une Algérie bicéphale » (La fin de la guerre d’Algérie, 1998 – Casbah Ed).
Les Juifs sont certainement le peuple qui a donné, et continue de donner, à toutes les ‘’révolutions’’ le plus fort contingent d’idiots utiles. C’est un constat. Que je fais en connaissance de cause puisque j’avoue sans fierté en avoir été. Mais quand ils sont censés écrire l’histoire, cette mission ne devrait-elle pas les encourager à distinguer, au moins, entre leur rêve de fraternité et l’histoire réelle, et au plus à se remettre en question ?  Auteur en 1969, de ‘’Le sionisme contre Israël’’, considéré par l’extrême gauche comme la Bible de l’antisionisme, l’historien Nathan Weinstock  a montré qu’il ne fallait pas désespérer, puisqu’il nous a offert ces dernières années un des meilleurs livres d’histoire qui se soit écrit sur le conflit israélo-palestinien : ‘’Terre promise, trop promise’’.
Enfin, la seule atténuation légitime, mais dont l’historien ne dit mot, est qu’il faut se garder d’identifier le comportement des chefs à celui de tous les individus, parmi lesquels, il y eut comme partout des Justes. Ils furent comme partout très minoritaires. Et parmi eux ne brillèrent que très peu d’intellectuels, lesquels dans leur grande majorité ont préféré jusqu’ici emboucher les trompettes de la vindicte et de l’excommunication. Dans le monde arabo-musulman, rapport aux Juifs, l’Algérie n’est certes pas une exception. Déplorant que depuis le jour de son enterrement, plus personne n’ait pu réciter de Kaddish sur la tombe de son frère assassiné, René Sirat le Grand Rabbin de France constatait il y a quelques années : ‘’Aujourd’hui, l’Algérie est l’un des rares pays au monde Judenrein”.

Mon point de vue sur la controverse Sifaoui-Riposte Laïque. (11/09/2009)

Allais-je participer à un débat qui avait pris une tournure aussi violente, surtout entre des personnes dont j’estime l’engagement pour la liberté de pensée, et dont je partage les engagements essentiels ? Je m’y résous parce que les sujets abordés sont trop importants pour l’esquive, mais aussi parce que je m’aperçois que je ne partage pas les thèses centrales des débatteurs, ce qui peut ôter le soupçon de ‘’parti-pris’’.

Si j’ai bien compris, Riposte Laïque (RL) affirme que le problème n’est pas seulement l’islamisme, mais l’islam, un de ses rédacteurs, Mohamed Pascal Hilout (MPH) précisant que pour lui l’Islam = Coran + Mahomet, tandis qu’au contraire Mohamed Sifaoui (MS) proteste qu’islam et islamisme sont l’un à l’autre opposés.

La Turquie étant le seul pays où la laïcité s’est imposée, il y a aujourd’hui je crois 57 pays qui se disent musulmans. C’est-à-dire que l’Islam y est religion officielle, que la juridiction doit respecter la chariaa, en tous cas ne pas la contredire. Aucun de ces pays ne peut être classé comme un pays « démocratique » et dans tous, l’Etat aux ordres d’organisations religieuses officielles, quelquefois doté de polices religieuses, sanctionne, quelquefois jusqu’à la mort, toutes personnes ayant contrevenu à la chariâ. Il serait trop long d’en faire la liste, un Livre Noir de 1000 pages n’y suffirait pas. Et je dis bien violences au quotidien, non pas violences des « islamistes » comme en Algérie (plus de 100 000 morts) ou aux USA avec les Tours jumelles, ou en Europe avec les bombes dans les transports publics…

Cela va, en Algérie, de la protestation des Hautes autorités religieuses contre la présence dans un livre de Cheikh Khaled Bentounès de l’étoile de David sur la photo de l’Emir Abdelkader, au procès contre une jeune femme détenant une Bible, à la condamnation de la soudanaise qui a porté un pantalon, à la punition des femmes afghanes refusant la relation sexuelle à leur mari par la justice de Karzaï , au meurtre des Coptes en Egypte ayant tenté de défendre leur élevage de cochons, jusqu’à la pendaison publique des femmes adultères et des homosexuels… Les atteintes à la liberté, à l’intégrité psychique et physique de chaque individu, sont le quotidien de tous les musulman(e)s, et surtout de toutes les minorités, à commencer par les femmes puisqu’elles sont, par la loi, considérées comme telles. Et les médias (essentiellement étrangers !) ne se font l’écho que du plus spectaculaire (genre les statues de Buddha en Afghanistan).

L’islamisme n’a pourtant pas triomphé dans ces 57 pays. Or partout, ce que nous considérons comme des restrictions à la liberté, vu d’un pays démocratique, est justifié comme la normalité. Normalité fondée sur le droit musulman, lequel tire sa légitimité du Coran.

L’offensive islamiste progresse dans le monde

Est-ce à dire pour autant que les juridictions sont partout pareilles, qu’il n’y a pas ici et là des percées de libéralisme ? En Turquie, Ataturk n’avait-il pas imposé la laïcité (prise d’assaut aujourd’hui ) ? Bourguiba n’a-t-il pas réussi à faire interdire la polygamie, même s’il échoua à imposer d’autres règles d’héritage ? Les femmes ne peuvent-elles pas conduire une voiture et porter le pantalon en Afrique du Nord ? Le premier film ne vient-il pas d’être projeté en Arabie Séoudite ? Le Mali ne vient-il pas de se doter d’une nouvelle loi qui libère la femme de l’obéissance à l’homme ? Nojud Mohammed Ali, une fillette de 8 ans ayant été forcée d’épouser un homme de 30 ans, n’a-t-elle pas obtenu le divorce et suite à cela le Parlement yéménite n’a-t-il pas fixé l’âge minimum du mariage à 17 ans (une « fatwa » a été aussitôt lancée contre cette loi, par le recteur de l’Université Al-Eman, le cheikh Abdul-Majid al-Zindani, et 16 autres personnalités religieuses yéménites, qui exigent le retrait de cette loi qui n’a pas de fondement islamique et viole la chariaa…) ?
Malgré ces signes réjouissants de résistance dans ces pays, le tableau reste sombre. Et s’assombrit même avec ce qui est en train de se dérouler en Europe et aux USA, direction privilégiée des très fortes émigrations de ces deux dernières décennies, émanant de ces 57 pays. En effet, alors que d’aucuns y voyaient une chance pour l’Islam de s’adapter à la modernité, de se libéraliser et d’inventer de nouveaux modèles de religiosité compatibles avec la liberté des individus, qui ensuite auraient profité à tous celles et ceux qui, dans ces 57 pays, luttent pour plus d’émancipation, c’est le contraire qui est en train de se passer !!!

 

De l’américaine Rifqa Bari menacée par les siens pour avoir choisi une autre religion, aux slogans vouant les Juifs à la mort tranquillement exhibés en Angleterre et aux USA, de l’espagnole d’origine marocaine poignardée par son père ayant découvert une photo où sa fille pose avec un infidèle, de la mère célibataire germano-kurde de 23 ans abattue en pleine rue à Berlin par son frère alors mineur (selon un rapport du Conseil de l’Europe qui réclame la création d’une infraction spécifique, les “crimes d’honneur”, commis au nom de l’islam, augmentent en Europe)… De l’abbé obligé de quitter son quartier, excédé par les agressions contre sa personne, et sa chapelle de la Croix-de-Metz, à Toul en France, dont les vitres volaient régulièrement en éclat, aux femmes sur les plages d’Australie agressées à cause de leur bikini par des jeunes d’origine libanaise…

Sont-ce là des manifestations isolées, conséquences de combats d’arrière-garde d’un monde bousculé par un monde de liberté satanique ? Non, puisque là aussi la liste serait trop longue, et qu’un Livre Noir de 1000 pages n’y suffirait pas non plus. Non, puisque pour quelques intellectuels et imams courageux qui se battent pour un islam de la modernité, combien d’autres peuvent tranquillement faire appel contre les lois de la République, de l’incitation à la simple désobéissance civile à l’appel explicite au meurtre (cf par ex : ‘’L’Islam made in France’’ de Mâamar Metmati) ? Non, puisque ce sont ces derniers qui ont le soutien de la société politique européenne, laquelle de plus en plus, notamment en Grande Bretagne, en Belgique, en Suède, et en Italie, acceptent le port du hijeb et même de la burqua…

N’a-t-on pas obligé des policières anglaises à porter des burqas pendant un jour pour “mieux interagir avec la communauté musulmane” ? N’a-t-on pas vu des députées italiennes de gauche, d’origine chrétienne, se baignant même avec pour banaliser la chose !!! Le Danemark ne vient-il pas, au mépris de sa propre loi, d’autoriser une femme musulmane, à témoigner dans un tribunal le visage couvert ? Le président des USA, Barack Hussein Obama, n’a-t-il pas immédiatement après son élection, nommé une conseillère d’origine égyptienne dûment voilée ? Le Vatican ne vient-il pas de découvrir que la finance islamique pouvait sauver les banques occidentales en crise, découverte que Christine Lagarde la ministre française avait déjà faite ? N’en est-on pas à demander en Grande Bretagne l’instauration de tribunaux islamiques pour juger des citoyens britanniques, tel l’écrivain Sebastian Faulks, compte tenu que pour ce qui est des musulmans, c’est déjà fait (pour les mariages et les divorces)? Tariq Ramadan, l’intellectuel d’une internationale islamiste, n’est-il pas devenu la coqueluche de la gauche « altermondialiste » ?

La palme ne revient-elle pas à la ville de Lille dirigée par l’actuelle Chef du Parti Socialiste, Martine Aubry ? N’a-t-elle pas imposé dans les piscines des horaires spéciaux pour les femmes musulmanes ? En 2008, le Tribunal de Lille n’a-t-il pas annulé un mariage pour cause de non virginité de la mariée ? Et en 2005, toujours la même Mairesse, n’a-t-elle pas bloqué une décision de justice permettant à 3 enfants d’enterrer leur père suivant ses dernières volontés – être incinéré – d’un homme, Amar Bergham qui ne se considérait pas musulman, et ce suite à l’intervention du recteur de la mosquée de Lille-Sud Amar Lasfar, président de la Ligue islamique du Nord, d’obédience islamiste ? Et finalement, la Cour d’Appel de Paris ne choisit-elle pas de casser les décisions de 3 tribunaux français en décidant que le défunt soit inhumé selon le rite musulman, pour suivre « l’avis religieux » du recteur de la mosquée, qualifié de « fatwa » par l’avocat des enfants et où l’on peut lire que : « Seule une autorité judiciaire musulmane dans un pays musulman doit définir et vérifier les causes de l’apostasie d’une personne. » ?

L’Europe des Lumières a failli

D’ailleurs l’Europe « des Lumières » n’est-elle pas morte le jour où elle a lâchement accepté, sans protester au plus haut niveau, uniment et diplomatiquement, la condamnation à mort par l’Iran du romancier britannique d’origine indienne Salman Rushdie, résidant pourtant à Londres ? N’a-t-elle pas récidivé en offrant à Genève en avril dernier, une tribune de choix à son actuel président Ahmadinéjad ? Quand touchera-t-elle le fond de sa pusillanimité, puisqu’elle n’a même pas le courage de soutenir vraiment le peuple iranien qui vient d’infliger un camouflet, durement payé, à la dictature des mollahs ? Comment cela se pourrait-il d’ailleurs lorsque la Commission des Droits de l’Homme de l’Onu, est successivement dirigée par des pays où les libertés individuelles sont les plus bafouées, tels que l’Iran, le Koweït ou la Lybie ?

En attendant de voir si la libre pensée reprendra ses droits durement acquis durant des siècles contre l’absolutisme chrétien, il nous faut bien convenir qu’aujourd’hui la source principale d’agression contre les individus et leurs libertés fondamentales, que ce soit dans les 57 pays musulmans, ou ailleurs dans le monde chrétien, se justifie toujours par la loi du Coran.

Je comprends que cela agace un musulman même laïque comme Mohamed Sifaoui, puisque moi-même pourtant athée mais issu du même pays musulman que lui, en ressent les mêmes démangeaisons, et que tout comme lui j’ai (longtemps) trouvé plus commode de n’y voir que la marque de l’islamisme. A notre décharge, il faut dire qu’en matière de religion, et ce dans un des plus libéraux des 57 pays musulmans, l’Algérie, la résistance à l’islamisme est la seule rébellion étatiquement et sociétalement corrects : au-delà c’est le lynchage.

Lorsqu’il résume par l’équation : Islam = Coran + Mahomet, Mohamed Pascal Hilout aurait-il alors raison ? Je ne le pense pas non plus. Car je pense que l’Islam, comme toute autre religion, c’est tout à la fois, et au moins : une foi dans l’au-delà, un livre, un médium (prophète), des interprètes (les théologiens), des croyants (divers), des lois (qui peuvent être aussi celles de l’Etat), des rites, des pratiques (qui peuvent évoluer), et des luttes continuelles internes (entre croyants et entre théologiens), et externes (avec les autres religions, les non-croyants, les intellectuels se recommandant uniquement de la Raison, et avec les laïques, lorsque la religion a peur de perdre son pouvoir sur l’Etat ou au contraire tente de l’y soumettre)… Ceci sans parler du contexte historique, d’internet, de l’évolution des sociétés et donc des mentalités…

L’équation de Mohamed-Pascal Hilout ne laisse-t-elle pas entendre que tout est joué à jamais, alors que si la panislamisme semble être aujourd’hui à un de ses plus hauts niveaux, qui peut certifier qu’il en sera toujours ainsi, et qu’au flux ne succèdera pas le reflux… ?

A condition, naturellement, que la Raison n’abdique ni devant la peur, ni devant la menace, ni même devant la mort, ce qui certes n’est pas peu demander à l’homme, l’Europe, le Monde démocratique ne pourraient-ils pas au contraire soutenir les efforts de toutes celles et ceux, théologiens, simples croyants, ou intellectuels laïques et agnostiques du monde musulman qui tentent de mettre en adéquation « un texte du 7e siècle avec une grille de lecture du 21e siècle » pour reprendre les mots de MS ?

Est-il possible aujourd’hui, même dans un Etat non-laïque, même dans un Etat religieux très fortement marqué par la Tradition, de garantir la liberté d’expression, cad de préserver la vie de tout homme qui remettrait en cause la légitimité des pratiques et même du dogme religieux ? Selon l’équation de MPH, il faudrait dire non. Pourtant le cas d’Israël est là pour dire que c’est possible. La seule question que l’on puisse donc se poser est la suivante : quand et que faire pour qu’un film mettant en scène les amours homosexuelles de deux théologiens, comme les montre le film israélien qui vient juste de sortir, « Tu n’aimeras point »’, puisse être vu un jour en Arabie Saoudite ?

L’avènement d’un régime démocratique, où c’est le poids de la société civile qui est déterminant, et où la liberté individuelle ne peut être remise en cause par qui que ce soit, donc y compris par les religieux, est évidemment la condition nécessaire et absolue. Ce qui s’est passé avec le judaïsme et le christianisme, de façon différente dans les deux cas, pourquoi n’adviendrait-il pas avec l’islam ?

Il est vrai que l’islam, tout en puisant comme le christianisme à la source de la Bible juive, s’est voulu non seulement le seul vrai message divin, comme le christianisme déjà quelques siècles plutôt, mais aussi l’ultime. Plus, en proclamant le Coran « Oum El Kitab » (Mère du Livre), n’inverse-t-on pas la filiation et ne délégitime-t-on pas les deux Ecritures saintes précédentes avec leurs adeptes, qualifiés de « réfractaires », « déviants », « pervers » , « infidèles », et de quelques autres amabilités… ? Mais de la même manière que les chrétiens ont bien dû renoncer à cette prétention de représenter à lui tout seul le « Nouvel Israël », et à l’idée fondatrice du déicide de Jésus par les Juifs, ne peut-on imaginer qu’un jour, les Musulmans sauront aussi accepter de n’être qu’une des trois branches bibliques, pas la seule ‘’vraie’’, juste la dernière (en termes de chronologie et non de perfection) et non « l’originelle » ?

La critique de l’islam et du ramadan n’a rien à voir avec le racisme

Il est vrai que ça faciliterait les choses, tant il est vrai que si les évolutions technologique et sociale influent les mentalités, l’inverse est aussi vrai, puisqu’un Texte, référence fondatrice à plus d’un milliard d’individus, peut aussi servir à boucher l’horizon de la modernité et du développement, qui passe par la liberté de l’individu, de penser et de faire, dans les limites de la stricte égalité vis-à-vis de l’Autre… Mais alors les musulmans ne devront-ils pas inventer une institution mondiale de concertation qui pourrait faire autorité, et avoir le pouvoir de modifier ce qui apparait aux fondamentalistes comme intouchable ?

Accepter la triplicité du monothéisme, et renoncer à imposer par la force sa Vérité serait déjà une ‘’concession’’ extraordinaire qui pourrait fonder une ère de paix avec l’Autre, en religion… Après quoi, tous les espoirs seraient permis pour que dans la foulée, l’on réforme l’islam afin d’accepter tous les autres Autres, en particulier et d’abord, l’Autre en sexe (féminin et masculin). Et avec quelques efforts encore, au point où nous en sommes, avec ses propres pratiques… Prendre quelques distances avec « un texte du 7e siècle », n’implique-t-il pas la même approche vis-à-vis de pratiques pareillement datées, afin de les confronter à « une grille de lecture du 21e siècle » ?

En tous cas je ne peux y voir ni de l’irrespect vis-à-vis des croyants, ni encore moins du racisme. Combien de fois en Algérie, n’ai-je pas lu dans les journaux, y compris du parti unique, des reportages faisant état, en cette période du ramadan, de la montée d’agressivité, liée à la fatigue, et donc effectivement à une sollicitation plus grande des services de santé (psychique et physique), ce dont tout citoyen peut d’ailleurs se convaincre par lui-même, de visu, dans la rue. Je veux aussi témoigner que, déjà au siècle précédent, j’ai entendu des musulmans algériens extrêmement pieux admettre que le ramadhan, avec ses 30 jours de jeûne, (équivalent en Algérie, par ex, à 30 jours de congés supplémentaires), était une pratique inadaptée aux rythmes de vie et de travail de notre siècle, qui devait donc subir des aménagements en fonction des efforts à fournir et des capacités de résistance de chaque individu. Je veux enfin témoigner de ce que m’ont dit des militants politiques algériens qui allaient apporter la bonne parole indépendantiste dans les campagnes des années 50 : des paysans, donc extrêmement pieux, les avaient encouragés à boire voire à manger, dans la période ‘’sacrée’’ du ramadhan. Sans parler évidemment de Bourguiba et du jus d’orange bu à la TV devant ses citoyens, considérant que le jeûne avait des conséquences désastreuses pour l’économie… Ni d’Ataturk, lequel s’éleva contre la prétention à se réclamer de Dieu pour « régler la forme de la constitution, les moindres faits et gestes de la vie de chaque citoyen, sa nourriture, ses heures de veille et de sommeil, ce qu’il apprend à l’école, ses coutumes, ses habitudes et jusqu’à ses pensées les plus intimes. ». Chefs d’Etat à qui leurs pays doivent leur modernité et qui ne peuvent en tous cas pas être accusés de ‘’racisme’’…

Si donc concrètement réformer veut dire (tout à la fois, ou petit à petit) : considérer le musulman comme l’égal du juif et du chrétien, la femme comme l’égal de l’homme, en pouvoir et en liberté, la fillette comme une enfant, l’homosexuel comme l’égal de l’hétérosexuel, et le musulman lui-même comme un être libre de pratiquer l’islam selon son entendement et ses capacités, de pouvoir renoncer à sa religion d’origine, d’en choisir une autre, ou tout de renoncer à jamais à l’idée même de Dieu, considérer en somme que la religion n’est pas un héritage obligatoire, mais un choix de chaque individu, on voit bien que l’islamisme n’est pas le seul obstacle…

Car c’est bien dans le Coran que l’on peut lire :

Concernant les Juifs

« Malheur à eux à cause de ce que leurs mains ont écrit. Malheur à eux à cause de ce qu’ils ont fait. » (II, 79). (Le Coran comme parole venue directement de Dieu, opposée à la Bible écrite par la main des hommes).

« Mais ceux qui étaient injustes substituèrent une autre parole à la parole qui leur avait été dite » (II, 59). (Les Juifs comme falsificateurs de la Bible).

« Si on leur dit : Suivez ce que Dieu révèle, ils répondent : Nous suivrons plutôt la voie de nos ancêtres. Et si les ancêtres n’avaient rien compris, s’ils avaient perdu la voie juste ? » (II, 170).

« Ils furent frappés par l’humiliation. La colère de dieu les éprouva… parce qu’ils tuaient injustement les prophètes, parce qu’ils étaient désobéissants et transgresseurs » (II, 61).

Concernant les Juifs et les Chrétiens

« C’est Dieu qui a envoyé son messager avec la direction droite et la religion de la vérité, pour qu’il la fasse triompher sur la religion dans sa totalité, malgré l’aversion des associateurs » (IX, 29-35). (Juifs et Chrétiens, cette fois, qui « prennent des seigneurs autres qu’Allah » et qui osent s’en croire « les préférés »).

« après que les mois sacrés expirent, tuez les associateurs ou que vous les trouviez. Capturez-les assiégez les et guettez les dans toute embuscade. Si ensuite ils se repentent, accomplissent la Salat et s’acquittent la zakat, alors laissez -leur la voie libre, car Allah est Pardonneur et Miséricordieux » (IX, 29).

« Ô vous qui croyez ! Ne prenez pas pour amis les juifs et les chrétiens. Ils sont amis les uns des autres. Ceux qui parmi vous, les prend pour amis est des leurs » (V, 51).

« Combattez ceux qui ne croient pas en Dieu et au jour dernier ceux qui ne déclarent pas illicite ce que Dieu et son Prophète ont déclaré illicite, ceux qui parmi les gens du Livre ne pratiquent pas la vraie religion… Ils répètent ce que les incrédules disaient avant eux. Que Dieu les anéantisse. » (IX, 29-30).

Concernant les non-musulmans

« Ceux qui ne croient pas à nos versets (ou à nos signes), nous les pousserons au feu. Chaque fois que leur peau sera brûlée, nous leur donnerons une autre peau pour qu’ils goûtent le tourment.» ( IV, 56)

« Nous avons préparé pour les coupables un feu dont les flammes les envelopperont. S’ils crient au secours, nous les secourrons avec une eau comme du bronze en fusion pour leur brûler la face.» (XVIII, 29).

Concernant les athées

« Aux incroyants l’affreux tourment (un châtiment douloureux).» ( II, 98)

« Les incroyants, je les tourmenterai terriblement (ou je les punirai d’un châtiment cruel) en cette vie et dans l’autre et ils seront sans recours.» ( III, 49)

« Vous ne les avez pas tués, c’est Allâh qui les a tués.» ( VIII, 17)
Concernant les apostats.

« Quiconque a renié Allah après avoir cru… – sauf celui qui y a été contraint alors que son coeur demeure plein de la sérénité de la foi – mais ceux qui ouvrent délibérément leur coeur à la mécréance, ceux-là ont sur eux une colère d’Allah et ils ont un châtiment terrible. » (XVI,106).

« Ils aimeraient vous voir mécréants, comme ils ont mécru : alors vous seriez tous égaux ! Ne prenez donc pas d’alliés parmi eux, jusqu’à ce qu’ils émigrent dans le sentier d’Allah. Mais s’ils tournent le dos, saisissez-les alors, et tuez-les où que vous les trouviez; et ne prenez parmi eux ni allié ni secoureur » (IV, 89).

Concernant les femmes

« Les hommes ont autorité sur les femmes en vertu de la préférence que Dieu leur a accordée sur elles et de ce qu’ils dépensent de leurs propres biens… Celles dont vous craignez l’insoumission, admonestez-les, désertez leurs couches, frappez-les. Mais si elles reviennent à l’obéissance, ne leur cherchez pas querelle » (IV, 34).

« Vos épouses sont pour vous un champ de labour; allez à votre champ comme [et quand] vous le voulez et œuvrez pour vous-mêmes à l’avance. » (II, 223)

« Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu’elles rabattent leur voile sur leurs poitrines; et qu’elles ne montrent leurs atours qu’à leurs maris, ou à leurs pères, ou aux pères de leurs maris, ou à leurs fils, ou aux fils de leurs maris, ou à leurs frères, ou aux fils de leurs frères, ou aux fils de leurs soeurs, ou aux femmes musulmanes, ou aux esclaves qu’elles possèdent, ou aux domestiques mâles impuissants, ou aux garçons impubères qui ignorent tout des parties cachées des femmes. Et qu’elles ne frappent pas avec leurs pieds de façon que l’on sache ce qu’elles cachent de leurs parures. Et repentez-vous tous devant Allah, ô croyants, afin que vous récoltiez le succès. » (XXIV, 31)

La liste pourrait, là aussi, être très longue, mais si citer de tels versets montre que les islamistes, appelés aussi intégristes, n’ont rien inventé, donne-t-il raison pour autant à l’équation de MPH ? Je ne le pense pas, car notamment dans les périodes d’ouverture, les Musulmans ont montré au cours des siècles qu’ils pouvaient les ignorer ou considérer qu’ils ne les concernaient pas, ou enfin leur donner un sens lié à une histoire déterminée et dépassée, n’ayant aucune conséquence dans leur comportement et leurs pratiques quotidiens.

Les défenseurs de la liberté doivent-ils divorcer à l’amiable ?

Il reste que n’importe quel Musulman pourra toujours légitimement se référer à la Mère du Livre, pour appeler à la soumission et au meurtre de l’Autre, tant qu’une Autorité centrale reconnue de tous les Musulmans du monde, n’aura pas proposé une conception moins violente de la cohabitation humaine, et de si possible compatible avec la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, remise en cause il est vrai, par l’organisation dont elle est la Charte même, l’ONU, et ce par le biais du nombre des pays à régimes autoritaires ou totalitaires (parmi lesquels les 57 pays…), aujourd’hui majoritaires en son sein !!!

L’aggiornamento d’un texte dont le processus de canonisation dura près de 3 siècles, que les Mutazilites disaient « créé », donc historiquement daté, donc interprétable avec le temps, mais que les Hanbalites imposèrent comme « incréé », substance même de Dieu, donc intouchable, et inaccessible à la Raison humaine, cela est-il envisageable ?

C’est évidemment aux principaux concernés de le dire, compte tenu du fait que depuis sa Révélation, le monde a changé, que la conquête religieuse est devenue illégitime, que la démocratie républicaine fait de toutes les femmes et de tous les hommes des égaux (quels que soient la couleur de leur peau, leur sexe et leur inclination, leur croyance ou leur incroyance) et que les hommes n’attendirent pas son avènement pour faire entendre la voix de la Raison (même lorsqu’il leur en coûta la Tête)…

Et que par conséquent, ils (les théologiens, politiciens et intellectuels du monde musulman) ont des comptes à rendre à toute l’humanité, et non pas seulement aux affidés.

La Paix ne vaut-elle pas ce courage ?

Quoi qu’il en soit, pour les partisans de la liberté, l’heure est-elle au « divorce à l’amiable » comme le propose Mohamed Sifaoui, ou au compagnonnage de la raison (et de la survie) ?

A propos du blocus de Gaza… (4 Juin 2010)

Certains croient que ce blocus n’est le fait que d’Israël.

Certains ignorent aussi que Gaza a une frontière avec l’Egypte…

Et que les militants ‘’pacifistes et humanitaires’’ pourraient forcer le blocus en passant par l’Egypte…

Mais ceux qui le savent ont déjà oublié que :

  • Ces militants ‘’pacifistes et humanitaires’’ ont déjà essayé il y a quelques semaines, de passer par l’Egypte. N’ayant ni couteaux, ni haches, ni revolvers, on ne leur a administré qu’une très sévère bastonnade. Puis ils furent renvoyés à l’envoyeur, par avion, en leur faisant payer le billet retour. Mais la Ligue Arabe et Mahmoud Abbas ne se sont pas réunis pour élever une vive protestation. La Commission des Droits de l’Homme de l’ONU non plus. Ce qui soulagea Golstone au calendrier déjà débordant.
  • Le blocus n’est pas une décision israélienne, mais internationale ! L’Etat de Gaza-Hamas est en effet considéré par l’Europe et les USA comme un Etat terroriste ! La prise de pouvoir par les islamistes du Hamas eut en effet une conséquence immédiate : l’élimination physique des dirigeants du Fatah et de l’Autorité palestinienne. Et ceux qui sont restés en vie le doivent à Israël où ils se réfugièrent. Mais ni l’Autorité palestinienne, ni la Ligue Arabe La Commission des Droits de l’Homme de l’ONU, ni Golstone ne se réunirent pour remercier ‘’l’entité sioniste’’.
  • Les premiers à craindre et à refuser la levée du blocus à Gaza, sont précisément l’Autorité palestinienne, et la Ligue Arabe ! Ce qu’a encore bien expliqué l’ex-Ministre palestinien de la culture Ibrahim Abrash (Interview à EURO-NEWS, le 2 Juin 2010), en soulignant que la position jusqu’au boutiste de la Turquie embarrassait fortement la Ligue Arabe : ‘’avec la fin du blocus de Gaza, le Hamas gagnerait son indépendance et c’en serait fini d’un Etat palestinien qui unirait ses deux parties, Cisjordanie et Gaza’’. Les premiers donc à s’être réjouis de la riposte isrélienne sont précisément l’Autorité palestinienne, et la Ligue Arabe. Mais en privé ! Ce dont a encore témoigné un autre palestinien, le journaliste Sami El Soudi, qui a ses entrées à la Mouquata à Ramallah. Car publiquement comme vous le savez on condamne ! Et l’on peut penser que, n’était-ce la crainte de voir se rétablir l’entrée d’armes venant d’Iran, de Syrie et d’ailleurs, Israël pourrait mettre fin pour sa part à ce blocus, ce qui serait un coup fatal à l’Autorité Palestinienne, du moins à la moitié de l’Autorité, qui du coup ne serait plus du tout une Autorité !

Ceux qui savent tout cela se gardent bien de dire aussi que l’Egypte est en train de construire un mur souterrain en acier pour interdire l’accès de son territoire aux Gazaouis par les dizaines de tunnels où, les nouveaux esclaves du Hamas, des jeunes gagnent leur vie et souvent la perdent aussi.

Pour autant la population gazaouie, souffre-t-elle ? De famine ? Certainement pas. Et ceci grâce non au pays frère arabe et musulman, l’Egypte, mais grâce à ‘’l’entité sioniste’’ ! Chaque jour d’énormes camions israéliens font entrer des produits pour l’alimentation et la construction, arrivés au port d’Ashdod, les seuls produits interdits étant les machines à fabriquer des armes et des fusées. Et pour ce qui est des grands malades, tout le monde sait que les hôpitaux israéliens leur sont grands ouverts.

Ce dont souffrent, surtout, par contre les Gazaouis, comme tous les musulmans du monde soumis à des régimes islamistes, c’est du manque d’oxygène, c’est de l’absence de libertés. Ni s’exprimer, ni créer, ni éditer, ni se réunir. Seulement subir la terreur au quotidien. Tout récalcitrant est traité de ‘’collaborateur’’ et immédiatement exécuté. Les jeunes eux n’étant autorisés à  ‘’s’éclater’’ qu’au sens propre.

Mais de cette grande souffrance-là, de cet asphyxie-là, de chaque instant, personne n’en parle, ni  l’Autorité palestinienne, ni la Ligue Arabe, ni la Commission des Droits de l’Homme de l’ONU, ni la gauche du monde entier, ni les O’’N’’G pro-palestiniennes !!!

Car le vrai souçi de ces gens-là, ce n’est pas le bonheur des Palestiniens, mais l’obsession d’Israël.

Depuis sa réapparition comme Etat souverain, l’humanité n’en dort plus. Elle n’a plus sous la main son petit juif, son petit Jud, son petit Yahoud, sur qui déverser ses propres malheurs ou/et sa haine. Elle n’a plus ses 6 millions de Juifs à envoyer en fumée avec son entière complicité.

Jean-Pierre Lledo, le 4 Juin 2010.

Cinéaste algérien, témoin de la terreur islamiste du FIS et du GIA dans son pays, qui ont inventé un nouveau type de meurtre, l’intellectocide, dont furent victimes des centaines de romanciers, poètes, cinéastes, dramaturges, journalistes, théologiens, ingénieurs, sans parler de ces simples villageois ou citadins, le bilan s’élevant en quelques années de la décennie 90, à 200 000 morts, poignardés, égorgés, décapités, éviscérés, défoetusés, ne laissant plus qu’un seul espoir, celui de mourir par balles. Faut-il ajouter que l’Europe et les USA, ses gouvernants et une grande partie de son intelligentsia, n’ont cessé de soutenir ces deux organisations criminelles, et par extension l’islamisme mondial, qu’après la destruction des Tours jumelles de New York le 11 Septembre 2001, avec ses milliers de personnes qui, s’ils n’avaient pas été tués sur le coup par le choc des deux avions, moururent asphyxiés, brûlés, ou préférèrent se jeter dans le vide… Mais cette horreur, semble-t-il a déjà été oubliée. L’Iran peut annoncer tranquillement qu’elle se prépare à faire disparaître la fameuse entité, comme l’avait fait 6 décennies plus tôt l’illustre moustachu, et l’Europe et les USA, de décision différée en décision reportée, surseoit…

Egypte : vers un remake algérien (09/07/2013)

J’ai vécu en Algérie, pendant les années 1988-92, le scénario du changement politique avec des militaires jouant le jeu des élections, puis l’interrompant quand il s’avéra que les islamistes allaient avoir plus des deux tiers du Parlement, ce qui les autorisait à modifier la Constitution ( »Algérie, République islamique ») sans même un référendum.

Aussi ai-je eu dès le début de l’année 2011 l’impression de vivre un remake, à quelques nuances près. J’avais donc prévu qu’après les révoltes, les islamistes prendraient le pouvoir partout où il y aurait des élections au suffrage universel, ce qui eut lieu en Tunisie et en Egypte.

Puis, dans Révolution démocratique dans le Monde arabe… Ah si c’était vraij’écrivis que ce changement que d’aucuns appellent imprudemment  »révolution », n’avait été possible que parce que les militaires l’avaient bien voulu, qu’elle n’était donc pas  »spontanée », mais la conséquence d’une sorte de deal entre les militaires, les islamistes… et les États-Unis en superviseurs. Deal qui pourrait être rompu si les lignes rouges des accords secrets, tacites ou formalisés, entre ces trois forces, venaient à ne plus être respectées. C’est apparemment ce qui vient de se passer.

La seule différence peut-être c’est que la gauche et les démocrates européens, comme les Américains, après avoir crié au coup d’Etat en 1992, tirèrent à boulets rouges sur l’armée algérienne, et qualifièrent les démocrates algériens ciblés et assassinés par les islamistes de  »suppôts du pouvoir militaire », tandis qu’aujourd’hui on se contente  »de prendre acte » du coup de force, d’attendre le résultat de  »nouvelles élections » et de se pâmer devant le retour  »du peuple ».

Ces futures élections, à moins d’être truquées, devraient pourtant donner les mêmes résultats, car dans l’ensemble du monde arabe et musulman, il est incontestable que la première force politique est celle des Frères musulmans, quelles que soient les appellations locales, la seconde étant celles des nationalistes, certes usée par le pouvoir, mais avec toujours de réelles capacités de mobilisation, façade politique en vérité de l’armée, c’est-à-dire d’abord de son service d’espionnage, réel détenteur du pouvoir.

De fait, et à moins de prendre ses désirs pour la réalité, la question démocratique n’est pas une question à l’ordre du jour dans cette partie du monde. Quelles que soient les configurations politiques, avec des pouvoirs militaires s’appuyant sur le nationalisme (Algérie) ou sur l’islamisme (Iran) ou avec des compromis divers entre ces deux modèles (Turquie), la résultante ne saurait être  »démocratique ». Pour une simple raison: ni le programme des militaires, ni celui des nationalistes, et encore moins celui des islamistes ne peut bénéficier de cette appellation.

 »Les forces démocratiques » d’ailleurs non plus ! Ces forces, hormis le fait qu’elles sont dramatiquement squelettiques (que les journalistes et les  »experts » arrêtent de laisser croire que sur la Place Tahrir, il n’y avait que des démocrates, car alors c’est à des démocrates violeurs que l’on aurait eu affaire) ont été façonnées par des courants de pensée qui n’ont rien de  »démocratique »: du panarabisme du premier grand chef palestinien Amin El Husseini (frère musulman et également nazi), au nassérisme; du baâthisme laïc syrien et irakien, au communisme arabe… Aucun de ces trois grands courants n’avait jamais juré sur les Droits de l’Homme ! Et même le leader tunisien des Droits de l’Homme Marzourki, une fois placé à la tête de l’Etat par les islamistes, sans doute pour respecter  »la ligne de route américaine », semble, depuis, les avoir oubliés.

Dans mon dernier livre Le Monde arabe face à ses démons. Nationalisme. Islam. Juifs‘, j’énonce une lapalissade: il ne saurait y avoir de  »Révolution démocratique » dans le monde arabe, tant que n’arrivera pas à se forger, puis à émerger, puis à se maintenir, une pensée démocratique au sens universel du terme. Or pour l’instant dans tout le monde arabe et musulman, trois obstacles de taille font obstacle à sa naissance. Ils façonnent ce que j’appelle  »des unanimismes », sortes d’écran qui empêchent tout débat, donc toute pensée, et qui agrègent toutes les forces sociales, y compris celles qui se réclament de la démocratie, par le miracle de la bouc-émissairisation excluant toute brebis galeuse qui cherche à comprendre (par le meurtre, l’exil, la marginalisation, ou l’autocensure).

Nationalisme, Islam, Juifs, ces matrices essentielles de la pensée du monde arabe et musulman, fonctionnent comme de véritables tabous. Aussi, sont-ils rares les courageux qui osent déconstruire les mythes nationalistes ou les dogmes de l’islam du Prophète (à laquelle l’islamisme s’identifie totalement), lequel, comme le disait l’islamologue algérien Arkoun, a subi  »une clôture dogmatique » depuis le 9e siècle… Quand à ceux qui oseraient affronter la pensée antijuive -dans un monde, rappelons-le, où les best-sellers de l’édition sont  »Mein Kampf » et  »Les Protocoles des Sages de Sion », et où l’on continue à accuser les juifs, quasi quotidiennement, de crimes d’enfants pour faire de la galette de Pâques- il n’y en a quasiment pas. Plus encore que pour le nationalisme ou l’islam, ils mettraient en péril leur propre vie et celle de leurs familles.

Ce travail sur l’herméneutique qui seul aura une chance de modifier en profondeur les mentalités et de modeler une nouvelle pensée démocratique nécessiterait, dès à présent, que s’ouvrent de grands chantiers intellectuels, ce qui prendra selon moi des siècles: l’Egyptien Gamel El Banna, frère du fondateur des Freres Musulmans, censuré à près de 90 ans par El Azhar, n’a-t-il pas dit que le monde musulman a quatre siècles de retard sur la modernité?

D’ici là, il faut juste espérer que ceux qui se revendiquent de la démocratie, dans toutes ses significations, arrivent à se faufiler au travers des fissures des configurations politiques à venir qui seront toutes et pour longtemps, à des degrés divers, des configurations autoritaires, et ce quels que soient les noms des présidents.

Quant aux forces démocratiques européennes et américaines, il vaudrait mieux qu’elles ne resombrent pas dans le même délire du  »printemps arabe » mâtiné de jasmin. L’Egypte est riche d’une intelligentsia à nulle autre comparable dans le monde arabe et la meilleure façon d’aider les démocrates égyptiens, qui heureusement existent, est de dire la réalité. Non de la travestir par ses propres fantasmes orientalistes.

« Peuple d’Israël, lève-toi »: le lapsus de Nabil Ayouch (04/08/2014)

Cette tribune est une réponse à celle publiée par Nabil Ayouch, intitulée « Peuple d’Israël, lève-toi! ».

« Tsahal s’est remise au travail… Comme dans un jeu de massacre, on enferme des êtres humains dans une boîte et on tire au hasard. »

Après avoir d’entrée de jeu campé la situation, une tuerie à ciel-ouvert, le cinéaste franco-marocain Nabil Ayouch s’adresse au « Peuple d’Israël » (en fait au peuple juif d’Israël), essentiellement pour l’incriminer, le culpabiliser.

Il fait d’abord le constat d’un peuple insensible, aveugle et sourd à un autre sort que le sien, et donc à la tragédie des Gazaouis:

« Les terroristes sont morts. Ton Etat est sauf. La vie peut reprendre son cours. Tu retourneras faire tes courses au supermarché du coin de ta rue, faire ton jogging sur la plage… »

La raison immédiate, le cinéaste la connait, la haine de l’Arabe: « On t’a appris à les haïr… Depuis que tu es né, on t’a appris qu’ils n’ont rien à faire sur cette terre…. »

La raison profonde aussi, le judaïsme: « le même sang que toi, les mêmes prières, le même complexe de supériorité et la même faculté à nier l’existence de l’Autre ». En un mot: « L’humanité a tort et toi tu as raison. »  »Toi », naturellement, c’est le peuple élu.

Sans oublier la raison intermédiaire, le sionisme: « Tes dirigeants réclament avec force la reconnaissance de ton Etat comme Etat juif, au mépris de la diversité culturelle et religieuse qui le compose. »

Après avoir expliqué au « Peuple d’Israël » de quoi il est la résultante, le cinéaste l’avertit: « Peuple d’Israël, j’aimerais te dire qu’on te ment… ton gouvernement te ment… Tes médias te mentent. Tes manuels scolaires te mentent… », et pour finir le met en garde: « Tu n’es plus une victime depuis longtemps… tu es devenu le bourreau… tu es en train de creuser ta tombe. »

Le cinéaste Nabil Ayouch s’aperçoit-il qu’il a écrit là le scénario le plus manichéen de sa vie?

Un remake besogneux au demeurant, puisque De Gaulle avait résumé tout cela en cinq mots: « Un peuple fier et dominateur« . S’ aperçoit-il que sa litanie d’imprécations n’est qu’un recyclage des clichés les plus ressassés de la judéophobie universelle, mis en image par la caricature européenne puis reprise par l’imagerie arabe, sous la forme d’une pieuvre s’emparant du globe avec ses tentacules fourchues?

A trop vouloir forcer le trait, un réquisitoire se fait hommage. Le cinéaste doit le savoir, mais ses passions l’emportent.

Au point de ne pas sentir le cocasse de choisir précisément le peuple juif, pour lui asséner: « Beaucoup de civilisations ont disparu car elles n’ont pas su se regarder. », lui, l’un des rares à s’être maintenu depuis 3000 ans, justement parce qu’il n’a cessé de faire de la remise en question, un sport national.

Pourtant le texte d’Ayouch témoigne de bien d’autres choses:

1) D’abord d’une grande souffrance qui mériterait respect si elle n’était souffrance sélective d’un égo arabe profondément blessé, comme après toutes les guerres déclarées à Israël puis perdues par le monde arabe. Et si surtout on avait entendu le cinéaste élever sa voix par exemple contre les abominations de l’EIIL (l’Etat Islamique en Irak et au Levant): plus d’un millier d’étudiants chiites d’Irak de la faculté de la force aérienne de Tikrit tués l’un derrière l’autre une balle dans la tête, le 15 Juin dernier, et par le même procédé, le 14 Juillet, 270 ouvriers chrétiens, lors de la prise d’un gisement de gaz en Syrie. Sans parler la mise en fuite de tous les Chrétiens de Mossoul

2) D’une ignorance totale de la réalité arabo-juive d’Israël. Du fait par exemple que Madame Abbas se fait soigner à Tel Aviv, la nièce d’Hanieh à Jérusalem, que ses trois sœurs sont israéliennes, et que des centaines de nourrissons palestiniens se font chaque année opérer du cœur en Israël. Du fait aussi qu’au moment où j’écris des centaines de familles arabes et juives de Jaffa mangent des brochettes sur le gazon du Front de mer, tandis que des centaines de soldats arabes et druzes se battent contre le Hamas.

3) Enfin ce texte est une nouvelle illustration des mécanismes de la pensée dominante qui prévaut dans le monde arabo-musulman, dont j’ai tenté par ailleurs de décrire les principales figures: déni du réel, bouc-émissairisation, et idéalisation de soi sous la forme d’une nostalgie (d’un passé forcément glorieux).

Aussi n’est-il pas étonnant que parmi les 1207 mots de ce texte, on ne trouve ni guerre, ni Hamas.

Tsahal qui a déjà perdu à ce jour plus de 60 soldats, se battrait-il contre des Djinns?

Si le Hamas, sa charte, sa judéophobie enracinée dans les textes sacrés de l’islam, ses chefs, son Etat voyou et totalitaire, sa barbarie, ses médias, son armée de 20.000 hommes surentraînés, parmi lesquels plus d’un millier d’enfants, n’existent pas, alors oui les milliers de prisonniers et de tués, ne sont que des civils, forcément innocents. Logique.

Seuls existent le « MONSTRE », Israël, et face à lui, un peuple-enfant orphelin, « le-peuple-pa-les-ti-nien ». Imparable.

Ce déni du réel, justifié par l’ignorance ou l’absence de liberté d’expression, confine pourtant à la malhonnêteté intellectuelle lorsque l’on habite en France, qui plus est à l’ère d’internet. Pourquoi Ayouch inverse-t-il la chronologie, procédé très courant dans l’historiographie arabe, sinon pour transformer un agresseur en victime…?

Ayouch doit urgemment écouter Hanina, cette ingénieure palestinienne réfugiée, sur France Info!

Car nul n’est censé ignorer que:

– Israël n’a usé de son droit de légitime défense, qu’à partir du 200e missile. Près de 3000 à ce jour, ciblant 70% de la population israélienne, Juifs et Arabes, ces derniers n’étant pas plus épargnés que les Juifs…).

– Depuis presqu’une décade, le Hamas s’est lancé dans une des plus grandes entreprises terroristes que l’humanité ait jamais connue, la construction de centaines de tunnels aboutissant en territoire israélien, et destinés le jour  »J » à permettre une grande tuerie des populations civiles environnantes (La technique des tunnels n’est pas nouvelle. C’est son utilisation contre les populations civiles qui l’est. Les Vietnamiens, eux, en avaient fait un instrument de lutte uniquement contre des armées).

Tunnels partant de domiciles privés ou de bâtiments publics, et même de cliniques de l’ONU.

– Des écoles de l’ONU, des mosquées, des hôpitaux, servent tout à la fois d’entrepôts d’armes, de rampes de lancements, de centres de commandement et de boucliers humains. (Ne rater à aucun prix ce reportage de France 24!).

– Des journalistes palestinien et étrangers, une fois qu’ils ont quitté Gaza, révèlent qu’ils ont été les otages du Hamas, soit terrifiés soit menacés . Et même que le bombardement de l’hôpital Shifa fut le fait du Hamas, ses miliciens « vus en train d’enlever les débris d’obus ».

 

Certes le Hamas n’existant pas, l’homme d’image qu’est Ayouch ne pouvait s’étonner de l’absence d’images de ses combattants dans toutes les TV du monde. Reconnaissons qu’il a quand même eu la décence de ne pas reprendre à son compte les deux clichés en tête du hit parade médiatique, « blocus » et « Gaza-prison-à-ciel-ouvert ». Difficile, certes, à présent que l’on évalue le stock de missiles à près de 20.000, et que l’on sait à quoi ont servi les milliers de tonnes de matériaux de construction détournés…

Et il ne pouvait arriver à Ayouch que ce qu’il arrive à tous ces intellectuels du monde arabe, qui, impuissants à bousculer les tabous fondateurs, se refusent à dire la réalité. Il ne leur reste plus alors qu’à projeter sur l’Autre sa propre responsabilité, mais aussi ses propres tares (teigneux, hideux, haineux, vaniteux, oublieux, monstrueux, consumériste, colonialiste, etc…). Comme chacun le sait, le monde arabe n’est pas judenrein, et en Israël, le cinquième de la population n’est pas arabe.

Tares qui sont celles de tous les totalitarismes et donc du monde arabo-musulman: absence de liberté d’expression, presse bâillonnée, historiographie trafiquée, mensonge, double discours, déliquescence, persécutions de toutes les minorités, sexuelles ou spirituelles, haine anti-juivesauvagerie. Chaque citoyen arabe peut donner des quantités d’exemples.

A la décharge d’Ayouch, il a un ancêtre tutélaire prestigieux, un des intellectuels les plus raffinés du monde arabe, chrétien arabe palestinien; de mère libanaise, ayant vécu aux USA depuis l’âge de 15 ans, Edward Saïd.

Sa technique consistait à culpabiliser l’Occident. Plus habilement que par son bras armé, l’Occident coloniserait le mental arabe par l’image orientaliste qu’il lui renvoie. Victimes du regard de l’Autre, les Arabes pour s’en libérer, n’auraient plus qu’à changer ce regard. Non la réalité. Subtil!

Moins connue, mais non moins cinglante, fut la réfutation* du philosophe égyptien Fouad Zakariya: « Si nous (les Arabes) rejetons le regard orientaliste, c’est d’abord parce qu’il lève ce voile protecteur… Ces vérités, quel que soit le mobile de ceux qui mettent le doigt dessus, ont beau nous faire mal, nous ne nous relèverons pas tant que nous refuserons de les voir… L’orientalisme désenchante l’histoire des sociétés musulmanes et orientales en général. Il fait de l’histoire islamique une histoire profane produite par de simples mortels… ».

S’étant abstenu d’analyser le lait tété jusqu’à aujourd’hui par les intelligentsia arabes, l’islam et sa version laïque le nationalisme arabe, s’étant gardé de déconstruire leur postulat commun d’une Oumma mohammedienne parfaite, le saïdisme, loin d’être une idéologie de la libération, ne pouvait être qu’une technique visant à repolir un narcissisme constamment fissuré par une réalité certes impitoyable.

Et cette technique, concédons-le lui, Nabil Ayouch en use avec talent: en témoigne son gémissement lunaire et victimaire que lui arrache la nouvelle confrontation entre la branche palestinienne des Frères musulmans et Israël…

« Peuple d’Israël, lève-toi! », titre avec aplomb le cinéaste franco-marocain de mère juive, né à Paris, ayant toujours vécu en France (on soigne comme on peut son complexe de dhimmi).

Ne voulait-il pas dire plutôt « Peuple arabes, levez-vous! »?

Il serait temps. Non plus pour faire la guerre aux Juifs, mais pour enfin leur procurer ces bonheurs tout simples, comme Ayouch le laisse échapper: « faire ses courses, faire son jogging, rejoindre ses amis, défiler à la Gay Pride, puis retourner étudier, bâtir son avenir, aller dans les meilleures écoles, faire l’armée, voyager, travailler, vivre, mourir etc, etc… ».

Vivre quoi!

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« Les Arabes à l’heure du choix ». F. Zakariya. Ed La Découverte et El Fikr. Paris/Le Caire, 1991. Je résume sa réfutation en onze objections, in « Le Monde arabe face à ses démons : Nationalisme, Islam, Juifs. ». JP Lledo. Ed Colin. Paris. 2013. Pages 144-148. *

Que penser du « manifeste des quatre intellectuels musulmans »? (16/02/2015)

Le Point vient de présenter en France « le  »manifeste » de quatre intellectuels musulmans appelant à relancer la réflexion critique sur l’islam, aujourd’hui mis à mal par les dictateurs et les extrémistes ». Il s’agit de Ghaleb Bencheikh, Anwar Ibrahim, Felix Marquardt, Tariq Ramadan.

« Nous devons prendre les prétentions de l’État islamique et celles de Boko Haram de pratiquer un islam rigoureux pour argent comptant : se contenter de dire que leur barbarie n’a « rien à voir » avec l’islam n’est pas sérieux.»

Très bien, mais la signature de Tariq Ramadan, représentant des Frères Musulmans en Europe, mouvement interdit récemment en Egypte qui a toujours prôné la dictature de l’islam et pratiqué la terreur contre ses opposants, enlève toute crédibilité à ce texte, lequel ne fait que pointer l’inconfort de certains penseurs musulmans lorsque les tueries commises au nom de l’Islam ne se passent plus seulement en Arabie saoudite, au Pakistan, au Soudan, et dans les 54 autres pays musulmans, mais en plein Paris.

Ce texte est encore moins crédible, lorsque sans doute sur la suggestion de Tarik Ramadan, l’on se permet de critiquer, sans le nommer (quel courage !) le seul dirigeant du monde arabe à avoir appelé les théologiens d’El Azhar à entreprendre dare dare la réforme de l’Islam, c’est à dire le Président Sissi, présenté par les signataires comme un  »dictateur » :

« Les dictateurs peuvent appeler à réformer l’islam tant qu’il leur plaira ; qu’il n’y ait aucune ambiguïté : nous ne sommes pas et ne serons jamais du même bord ».

Enfin ce texte perd le peu de la crédibilité qu’il lui restait lorsqu’au lieu de braquer les projecteurs sur les textes et les pratiques de l’islam à réformer de toute urgence, les signataires préfèrent reprendre à leur compte la chansonnette de la victimisation : « Et lorsque la liberté et la démocratie souffrent, ils souffrent aussi, tout comme les bouddhistes, les sikhs, les chrétiens, les hindouistes ou les juifs. ».

Comprendre ainsi : quand l’islam tue, ce sont les musulmans qui souffrent !

Sans oublier le refrain de l’islamophobie, en évitant soigneusement de prononcer ce mot : « Ceux qui cherchent à diviser l’humanité se servent de raccourcis malavisés pour associer l’islam et le barbarisme… »

Et en fin de compte, le texte s’anéantit de lui-même de sa propre contradiction. D’un côté, en introduction, on nous dit que la barbarie a « à voir avec l’islam », puis en conclusion, exactement le contraire, lorsqu’au lieu de s’en prendre à toutes les nomenklaturas théologiques, l’on préfère dénoncer ceux qui «insinuent qu’il y a une violence intrinsèque dans notre religion »

Ces intellectuels et/ou théologiens qui affichent une bonne volonté devraient donc nous expliquer clairement d’où provient la violence dans le monde musulman, contre les femmes et les Noirs, contre les homosexuels et les lesbiennes, contre les libres penseurs et les athées, contre les Chrétiens et les Juifs…

Est-ce vraiment parce que les musulmans ne mangent pas bien, ou que l’occident ne les flatte pas assez, ou encore à cause du conflit israélo-arabe ?

N’est-ce pas plutôt parce que pas un seul pays musulman n’est encore arrivé au stade de la démocratie qui signifie que l’on peut s’exprimer sans avoir peur pour sa vie, et que sans doute l’islam, en tous cas tel qu’il est aujourd’hui, dans ses textes, ses lois, et ses pratiques, n’y incite pas vraiment, c’est le moins que l’on puisse dire… ?

Si les intellectuels n’ont que le choix du silence, de la complaisance, ou de l’exil, si l’on coupe les mains des voleurs et la tête des femmes accusées d’adultères, si l’on a condamné à mort la pakistanaise chrétienne Asia Bibi parce qu’elle  »a bu de l’eau d’un puits musulman », si tant d’autres avanies font souffrir plus d’un milliard de citoyennes et citoyens du monde musulman, est-ce vraiment à cause de l’impérialisme américain ou du complot judéo-sioniste ?

Ne serait-ce pas plutôt parce que les 57 pays musulmans de la planète sont régis par une loi, appliquée plus ou moins rigoureusement selon les pays, qui a un nom bien précis : la charia ?

Ne serait-ce pas plutôt parce que ces pays ont cru bon adopter à l’unisson une  »Déclaration des Droits de l’homme en islam » (notez bien  »en islam » !), où à presque chaque article l’on se réfère expressément à la  »charia ».

Curieux quand même que ces quatre théologiens aient fait l’impasse sur ce mot-clé : la charia ! Car, s’ils avaient voulu que l’on prenne un tant soit peu au sérieux leur appel à réformer l’islam, n’était-ce pas par là qu’ils auraient dû commencer ?

Car il est évident que même s’il y avait, ô miracle, un désir réel de tous les théologiens du monde musulman de réformer en profondeur l’islam, dès aujourd’hui, cela prendrait des décennies pour ne pas dire plus. Or le véritable défi à relever, ne serait-ce pas plutôt de mettre fin le plus rapidement possible à toutes les pratiques barbares qui mutilent le quotidien de tous les citoyens du monde musulman et depuis ces dernières décennies aussi du monde non-musulman ?

Si ces quatre intellectuels musulmans étaient vraiment soucieux de la bonne image de l’islam, pourquoi n’ont-ils pas appelé les théologiens du monde musulman à modifier la charia, et à proposer une charia compatible avec la modernité, et la nécessité d’établir l’égalité entre les femmes et les hommes, entre les Blancs et les Noirs, entre les hétérosexuels et les homosexuels, entre les Juifs, les Chrétiens et les Musulmans, la liberté d’expression pour toutes et tous, enfin l’interdiction des pratiques les plus condamnables en pays d’islam, et notamment l’abolition des châtiments corporels, voire même de la peine de mort ?

Au lieu de quoi les signataires ont cru bon s’attaquer au seul dirigeant du monde arabe, le Président Sissi, qui, yeux dans les yeux de tous les théologiens d’El Azhar, a osé le 28 décembre dernier, ainsi conclure :

« Je le répète : Nous devons révolutionner notre religion… Honorable imam (le grand cheikh d’Al-Azhar), vous êtes responsable devant Allah. Le monde entier est suspendu à vos lèvres, car la nation islamique entière est déchirée, détruite, et court à sa perte. Nous sommes ceux qui la mènent à sa perte…. ».

Désolé, mais ce texte n’honore pas l’intelligentsia des pays musulmans. Des intellectuels qui se sont prononcés pour la réforme de l’islam, de ses textes et de ses pratiques, il y en a, mais ils ne font pas partie de ces quatre-là.

Déni ou/et ignorance de l’implication de l’islam dans le terrorisme mondial ? (8 /12/2015)

C’est évident, il y a un déni massif, en Europe comme aux USA, de l’implication de l’islam dans le terrorisme mondial. Et ce n’est pas nouveau.

Lorsqu’en Algérie, dans les années 90, le FIS (Front Islamique du Salut) décida de passer à l’action armée et se transforma en GIA (Groupes Islamiques Armées) pour mener une guerre[1] dont l’objectif était clairement la substitution d’un Etat islamique (comme celui que vient d’instaurer l’ISIS au Moyen-Orient) au système politique mis en place par les nationalistes après 1962, et dont la clé de voûte était (et demeure) l’armée, que firent les dirigeants, et les médias, surtout de gauche, européens et américains ? Ils soutinrent les islamistes, ignorèrent les quelques véritables démocrates, et s’attaquèrent à la seule force en mesure de leur tenir tête, l’armée (elle-même, au demeurant, infiltrée par les islamistes) !

Pour vous en convaincre, pour ce qui est de la France, rouvrez les pages du Monde, de Libération, du Nouvel Obs, de ces années-là…

Quant à leurs Etats, ils offrirent généreusement des dizaines de milliers de visas aux dirigeants et militants islamistes en fuite, et le Président Mitterand proposa même ses bons offices de médiateur !

Le résultat nous le voyons aujourd’hui : de Saint-Denis en France à Malmö en Suède (avec 300 000 personnes, ils sont désormais la majorité de la population) en passant par Molenbeek, en Belgique.

Que ces Etats, et une grande partie de leurs médias et de leurs intellectuels, profondément trempés dans un libéralisme ayant des racines d’au moins quatre siècles, aient pu aussi allègrement soutenir des forces politiques qui ne dissimulaient nullement ni leurs programmes politiques totalitaires  (‘’la démocratie est mécréance’’ avait dit en 1990, le leader islamiste algérien Ali Benhadj) ni leur philosophie obscurantiste de la vie, restera toujours pour moi un grand mystère.

Car c’est au nom même de leurs valeurs démocratiques que ces Etats et qu’une grande partie de leurs intelligentsia se firent les alliés des islamistes ! Puisque les islamistes étaient visiblement la majorité, eh bien c’était à eux que devaient légitimement revenir le droit de diriger leurs pays !

La démocratie se résumerait-elle à la loi de la majorité ?

Foin de la liberté de penser et d’agir ? Foin de l’alternance ?  Foin du pluralisme ?

Ces Etats et ces intelligentsias seraient-ils ignorants ? C’est la seule hypothèse que je risquerais. Il semble n’être pas en mesure de prendre en compte une réalité pourtant très visible : depuis plusieurs siècles, seule une partie du monde a réussi à faire émerger des systèmes politiques démocratiques.

Cette émergence n’ayant été que la résultante d’une révolution culturelle, puis économique, puis sociologique, ayant remis en cause des modèles de pensée, de comportements, de production jusqu’au statut même des individus, constitués depuis presque l’origine de l’humanité.

Or ces Etats et leurs intelligentsias se sont comportés et continuent de se comporter comme si la démocratie, réduite aux seules élections, était un ‘’produit’’ qu’une civilisation plus avancée pouvait ‘’vendre’’.

Les islamistes captèrent vite le message et persuadés qu’ils étaient bien la majorité un peu partout dans le monde musulman, ils se convertirent à  la démocratie… le temps d’un vote.

Ce faisant, ces Etats et ces intelligentsias, faisaient l’impasse sur la réalité profonde de ce monde particulier, longtemps appelé ‘’sous-développé’’, comme si le ‘’sous-développement’’  (économique) était la cause et non la résultante.

L’idéologie communiste tenta d’expliquer le retard par le ‘’colonialisme’’, puis – les indépendances ne s’avérant pas la panacée – par le ’’néo-colonialisme’’. 

Et après Frantz Fanon, Edward Saïd devint la coqueluche des universités occidentales : l’Orient était malade du regard que l’Occident portait sur lui !!! Pas de son propre corps, mais du regard de l’Autre !!!

Les théories de Fanon fondées sur l’idée que la fin des colonisations mettraient fin aux aliénations des ex-colonisés, femmes et hommes, eurent beau être démenties par l’histoire post-coloniale, et celles de Saïd, pulvérisées par le philosophe égyptien Fouad Zakarya[2] qui démontre à Saïd que seule son ignorance de la réalité du monde arabe (Said a presque toujours vécu aux USA) avait pu mettre à la charge de l’Occident les multiples tares du monde musulman dues pour l’essentiel à son incapacité à se voir tel qu’il est. (Précisons à la décharge des intellectuels du monde musulman, que la lucidité et l’esprit critique sont des délits souvent passibles d’exécutions).

Un constat s’impose : malgré le démenti de l’histoire, Fanon et Saïd demeurent les maitres à penser des intelligentsia américaines et européennes, et consciemment ou non, les inspirateurs de cette stratégie du déni de la réalité, et notamment de la réalité de l’islamisme… c’est-à-dire de sa relation avec l’islam.

Réalité massive que ces deux ‘’penseurs’’ n’ont même pas eu l’idée de penser ! Car hormis Zakarya, il y eut bien d’autres penseurs du monde arabo-musulman qui osèrent  (le plus souvent assassinés)! L’Algérien Malek Bennabi[3], qui après avoir fait le constat du marasme de la pensée musulmane, osa même le concept de ‘’colonisabilité’’, concept qui mettait fin à la déresponsabilisation des sociétés précoloniales, ce qui lui valut naturellement une avalanche de critiques des nationalistes comme des communistes, lesquels, pour expliquer l’état de délabrement du monde musulman, ne sont capables que d’alléguer des raisons extérieures.

Et si le Mal ne vient pas de l’intérieur, il suffit alors de l’arracher, comme une mauvaise peau, par la force si besoin est. La force devient un moyen légitime pour s’en libérer. Et tous les moyens sont bons. Y compris le terrorisme. Un terrorisme en soi rédempteur. Sartre a validé cette vision de son renom[4]. Et les intelligentsias occidentales sont toujours prisonnières de cette ‘’pensée’’. Tant qu’elles ne réussiront pas à s’en émanciper, elles continueront à chercher à justifier la terreur et les terroristes. Car on ne peut combattre le terrorisme… en en épousant sa philosophie !

C’est d’ailleurs la mésaventure advenue aux Algériens. L’armée vainquit les forces armées islamiques. Mais la victoire militaire ne fut jamais prolongée en victoire idéologique. Il eut fallu pour cela que l’Etat et son intelligentsia soient capables de faire deux choses : établir la relation entre islamisme et islam ; mais aussi délégitimer le terrorisme.

C’était trop demander à un Etat, héritier du FLN qui dans la foulée du grand Mufti de Jérusalem, Amin el Husseini (oui, celui qui fut le collaborateur d’Hitler à Berlin dans les années 40), pratiqua le plus vil des terrorismes : la guerre d’Algérie commença par un massacre de civils, celui du 20 Aout 55 dans l’Est-algérien, et se termina par un autre massacre de civils, le plus important de toute la guerre, celui du 5 Juillet 62 à Oran, le jour même de l’indépendance : massacres avec crânes enfants fracassés contre les murs, têtes décapitées avec lesquelles on jouait au ballon, hommes émasculés et femmes aux seins coupés… Près d’un millier de morts, au moins.

C’était trop demander à son intelligentsia qui depuis l’indépendance s’était voulu un simple relai de l’Etat ‘’anti-impérialiste’’. C’était trop demander aussi aux simples citoyens élevés au biberon nationaliste qui ne pouvant pas dire, ne savait plus comment penser le problème suivant : comment aujourd’hui condamner la bombe du GIA qui vient de tuer mes enfants et ma femme dans le marché du quartier, tout en m’étant réjoui des bombes posées par mes parents qui tuèrent aussi des mères et des enfants non-musulmans, et ne pas voir aujourd’hui la troublante similitude ?

Seule la reconnaissance qu’il n’y a pas un bon et un mauvais terrorisme peut faire sortir de l’impasse intellectuelle. Mais en Algérie personne n’en fut et n’en est capable. Et le mot lui-même ‘’terrorisme’’, employé au début, faute de mieux, fut rapidement retiré de la circulation et remplacé beaucoup plus avantageusement par ‘’décennie noire’’. L’expression connut un succès immédiat. Plébiscitée par tous, gouvernants et gouvernés, terroristes et soldats, intellectuels et simples citoyens. On pouvait ainsi continuer à vivre sans se remettre en cause. Et le président Bouteflika paracheva le processus de déni en faisant approuver par referendum une ‘’Concorde nationale’’ qui accordait le pardon aux terroristes sans le moindre jugement (et même les salaires impayés, lorsque les islamistes avaient dû quitter leur poste de travail dans l’administration pour le maquis) !!!

Et en appelant tous les Français à pavoiser, qu’a fait le Président Hollande sinon plagier la recette de son homologue ?

Si les Français veulent savoir ce qui les attend, qu’ils interrogent les Algériens qui chaque jour débarquent dans leur pays et ils sauront que malgré ses immenses richesses, l’Algérie est un pays en train de pourrir.

De son incapacité à mettre des mots sur le réel.

La France de Descartes régresse au stade de la magie (noire) : en arriver à un stade où l’on croit pouvoir dissimuler le Mal avec un bout de tissu !

Prenez garde, votre drapeau pourrait n’être qu’un linceul, Monsieur Hollande.

[1] 200 000 morts après sept ans de guerre.

[2] ‘’Laïcité ou islamisme. Les Arabes à l’heure du choix’’.  Fouad Zakarya. Ed La découverte 1991, Et aussi un chapitre de Le Monde arabe face à ses démons : Nationalisme, Islam, et Juifs , JP Lledo, ed Colin, 2013

[3] Les Conditions de la renaissance. Malek Bennabi.(1949)

[4] Préface-essai de 50 pages au livre de Frantz Fanon ‘’Les Damnés de la Terre’’. On peut y lire notamment : « Car, en ce premier temps de la révolte, il faut tuer: abattre un Européen c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé… »

‘’Paix maintenant’’ ou ‘’Paix pour demain’’ ou ‘’Paix pour après-demain’’ ? (15/05/2016)

La raison essentielle est le déni de réalité. Pour un individu cela mène à l’HP (hôpital psychiatrique) pour une nation, à la mort civilisationnelle. Les gouvernants actuels qu’ils soient de gauche, du centre, ou ‘’démocrates’’ en sont les principaux responsables.

Ils refusent d’accepter qu’une guerre leur a été déclarée en tant qu’incarnant les valeurs de la démocratie, ‘’kofra’’ (mécréance) à leurs yeux, non pas depuis l’arrivée de l’ISIS-EI, mais au moins depuis l’arrivée de Khomeiny et depuis leur lâcheté après la condamnation a mort de l’écrivain Salman Rushdie, dont ils furent incapables de défendre la liberté. Et aussi depuis la constitution de l’OCI (rassemblement de 57 pays musulmans) qui a adopté une Charte des Droits de l’homme fondée sur la charia et, en tous points, opposée à celle de l’ONU, dont ils ne sont pas seulement membres, mais aussi quasiment les leaders grâce à leur poids numérique !!!

Et quand ils sont obligés, du bout des lèvres, de reconnaître qu’on leur fait la guerre, sans doute pour juguler la colère populaire, ces gouvernants occidentaux désignent un adversaire abstrait, sans identité religieuse alors que c’est au nom de cette identité-là que le crime s’organise et se commet au niveau de la planète entière, et donc ils se vouent à une défaite annoncée : pourtant depuis l’attentat du Musée de Bruxelles, les polices connaissaient les futurs tueurs et leurs penchants. A Orlando, c’était même un agent de sécurité…

Les gouvernants actuels d’Europe et des USA sont les véritables responsables, ce sont eux qui devraient aller devant les Tribunaux !

Les futures élections aux USA nous renseigneront sur la capacité des peuples à prendre conscience de leur mise à mort programmée. Et si elles mettaient fin au camp et à la culture du DENI, alors peut-être cela provoquerait-il un tsunami salutaire en cette Europe-mouton endormie…

Ce qui différencie Israël du reste du monde occidental chrétien c’est justement cela : l’adversaire a toujours été identifié, et d’emblée convaincus que le diagnostic vital était engagé, ses gouvernants ont pris toutes les mesures pour défendre leur peuple, un peuple en armes par précaution, et quelquefois pour mieux se défendre, attaquer ceux qui publiquement appelaient à l’éradiquer, chantant déjà leur victoire…

Il est vrai que les Juifs visés depuis des millénaires en tant que peuple, en tant que civilisation et en tant que religion, avaient quelques longueurs d’avance épistémologique. Et dès qu’ils ont commencé à mettre en pratique le vœu d’être ‘’l’année prochaine à Jérusalem’’, ils ont vite su que les derniers à l’accepter seraient les descendants des conquérants musulmans du 7em siècle, et ce non pas par nationalisme, mais par islamisme puis arabisme.

Le chef du front du refus au retour des Juifs dans leur patrie, dont chaque pierre témoigne pourtant de leur histoire, Amin el Husseini, ‘’Grand Mufti de Jérusalem’’, n’est-il pas à l’origine des deux mouvements les plus importants du 20ème siècle, le panislamique et le panarabisme ? Et que leur a-t-il demandé d’autre, sinon de s’opposer à la présence juive en une terre que tous les musulmans, ou presque, considèrent à jamais musulmane, de la combattre et enfin de la ‘’jeter à la mer’’ ? Les résolutions des multiples congrès sont là pour l’attester amplement !

Et de fait, c’est dans ce creuset négationniste, que l’identité falestinienne s’est concoctée, n’ayant eu longtemps que ce seul contenu négatif : le refus du retour des Juifs en cette terre dont le moindre nom, arabisé phonétiquement depuis (Siloe devenant Silwan et Beit Hamikdach, Beit El Maqdis, quand l’Occident disait encore Le Temple et ne s’était pas encore dhimmisé au point de le désigner par ‘’Esplanade des mosquées’’ !) dit pourtant une histoire trimillénaire !

Il n’est pas de pire danger qu’ignorer les véritables (res)sentiments de ses voisins surtout lorsqu’on sait qu’ils sont le prélude au passage à l’acte. Aussi considérais-je (et ai-je souvent sonné la sonnette d’alarme ces derniers temps), que ceux qui en Israël reprennent à leur compte cette culture du DENI, et tentent de s’auto-persuader qu’ils auraient la paix s’ils cédaient la moitié d’un pays aussi grand qu’un département français, sont les agents inconscients de leurs propres ennemis, en un mot ce sont des suicidaires[1].

Eux qui se disent de ‘’gauche’’, préférant ignorer le bilan criminel du communisme, et la virulence des convictions antisémites de Marx (encore un Juif mal dans sa peau), devraient pourtant savoir que les islamistes ne font aucune différence entre Juifs de ‘’gauche’’ ou de ‘’droite’’… La preuve par le dernier attentat où l’une des victimes a été revendiquée par le mouvement ‘’Shalom Archav’’ (Paix Maintenant)…

Aussi déplorè-je que dans un pays où la moindre déclaration provoque des tempêtes, les propos du Maire de Tel Aviv faisant partager la responsabilité de l’attentat aux gouvernants actuels coupables ‘’d’occupation’’, aient fait si peu de vagues, tant chez les politiques, même ‘’de droite’’, que parmi  les intellectuels et les médias.

Les Juifs de ‘’gauche’’ comme ceux de ‘’droite’’, d’Israel comme d’ailleurs, devraient pourtant méditer les propos de l’islamologue égyptien Hamad Abdel Samad [2] : « Le conflit israélo-arabe serait la cause de toutes ces crises ? Le prophète Mahomet a promis que le jour du jugement ne viendra pas à moins que les musulmans combattent les juifs. Imaginez qu’Israël dise aujourd’hui : «  Prends Jérusalem, prends Haïfa et Tel-Aviv aussi. » Serait-ce la fin de notre inimitié avec eux ? Dans ce cas, nous n’aurions pas droit au jour du Jugement. Notre Dieu établissait un lien entre le jour du Jugement et notre conflit avec les Juifs. L’histoire ne parle pas de terres, d’occupation et de droitLa source de la crise est que nous ne considérons pas ces gens comme des êtres humains. » (Vidéo mise en ligne le 21 mars 2016) [3]

Ce que dit cet intellectuel, hélas trop rare dans le monde arabo-musulman, est tellement connu par ses corrélégionnaires, qu’il s’est contenté de l’esprit, n’ayant même pas cru nécessaire de nous en préciser la lettre, que citait encore récemment un imam égyptien de Port Said, Cheikh Mansour Riadh[4] : ‘’[Selon le hadith], le Prophète Mahomet a dit : « Le Jour du Jugement ne viendra pas avant que les musulmans aient combattu les juifs, et que les musulmans les tuent. Les juifs se cacheront derrière les pierres et les arbres, et les arbres et les pierres diront aux musulmans : ô musulman, ô serviteur d’Allah, il y a un juif derrière moi. Viens le tuer. » C’est ce que le Prophète Mahomet a dit. « Il y a un juif derrière moi. Viens le tuer. » Le Prophète Mahomet a dit que l’arbre gharqad serait la seule exception, car c’est l’un des arbres des juifs.’’

Jugement tout aussi valable pour l’Occident chrétien, comme il est en train peut-être de s’en apercevoir, surtout depuis que ces dernières années de plus en plus nombreux sont les chrétiens qui tiennent à rappeler qu’ils ne sont qu’une branche… de cet arbre juif.

Alors la Paix, c’est pour quand ? Certainement pas pour ‘’maintenant’’ comme le sigle de cette organisation, israélienne à l’origine, l’affirme naïvement sans se mettre à jour depuis…. 40 ans !!! 

Alors ‘’Paix pour demain’’ ? Oui, car de nature optimiste, mais un demain qui sera forcément un après- après- après- après- après- après- après- après- après- après-demain fort éloigné (peut-être dans 3 siècles), c’est-à-dire quand, sous la poussée des intellectuels et des médias, les théologiens du monde musulman seront en mesure de dire à leurs peuples qu’il ne faut plus retenir des textes sacrés (Coran, Sunna et Sira) que les messages métaphysiques, d’expurger leur tradition de tout ce qui relève de la politique et de laisser aux politiques la gestion des rapports entre les peuples, ce qui leur permettrait également d’actualiser les corpus juridiques toujours empreints l’esprit du djihad, de conquête et de dhimmitude.

D’ici là, des compromis peuvent être imaginés, mais on devra toujours garder à l’esprit qu’ils ne seront jamais la Paix, mais seulement une guerre différée… A bon entendeur salut [5]!

Contribution de Jean Pierre Lledo

[1] http://coolamnews.com/il-ny-a-pas-eu-dattentat-terroriste-mercredi-soir-a-tel-aviv-par-jean-pierre-lledo/

http://www.europe-israel.org/2015/10/misere-de-lhistoire-et-historien-de-misere-par-jean-pierre-lledo/

[2]   http://www.causeur.fr/israel-antisionisme-antisemitisme-islam-christianisme-38610.html

[3] http://www.europe-israel.org/2016/06/video-lislamologue-hamed-abdel-samad-le-fascisme-islamique-et-la-haine-des-juifs/

[4] http://www.memri.fr/2016/04/07/sermon-du-vendredi-en-egypte-moshe-dayan-a-reconnu-que-les-pierres-et-les-arbres-appelleront-les-musulmans-a-tuer-les-juifs-le-jour-du-jugement/

[5] Deux livres par JP Lledo sur le Monde arabe (Editions Colin, France). ‘La révolution démocratique dans le monde arabe. Ah ! si c’était vrai’’ /  ‘Le Monde arabe face à ses démons : Nationalisme, Islam, et Juifs’’.

Camus au Panthéon – 20 Novembre 2009.

La nouvelle vient de tomber, je n’ose y croire ! Plus de 50 ans après le Prix Nobel !

Par ces temps de veulerie intellectuelle, de double langage, et d’irresponsabilité, où une intelligentsia hyper-médiatisée a remis à la mode, ce qu’il y eut de plus mauvais dans la pensée de Sartre, l’idolâtrie de la violence soi-disant révolutionnaire, et le soutien aveugle accordé à ceux qui s’y adonnent, et ce malgré l’expérience qu’ainsi se préparent les dictateurs et les bourreaux de demain, cela réconforte !

Camus n’eut qu’un seul tort, celui de voir juste, avant tout le monde, sur tous les grands sujets : l’Algérie, le terrorisme, le totalitarisme, la morale.

Ainsi, à la fin, il y aurait toujours une justice, une vraie justice, celle qui honorent les Justes ?

Ainsi à la fin, triompherait toujours l’unique morale qui vaille, celle qui respecte dans l’homme ce sans quoi il n’est plus rien, sa liberté de pensée et d’expression ?

Justice, intégrité, fidélité, modestie, Camus est synonyme de tous ces mots et de bien d’autres encore…

Camus, mon voisin de Belcourt, Albert mon frère ainé !

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Craignant une « récupération », le fils d’Albert Camus refuse le transfert de son père au Panthéon, hommage que souhaitait lui rendre le Président Nicolas Sarkozy.

Je pense que son fils a eu tort.

Le Panthéon, c’est toujours aussi de la politique.

La France aurait bien besoin de se replonger dans la pensée camusienne et cela en aurait été une belle occasion. Seuls les tenants de la nouvelle bien-pensance se réjouiront de cette décision.

JP Lledo

Négationnisme : Je romps avec Riposte Laïque… (8 avril 2015)

Ayant fait partie des gens qui ont soutenu ce journal à qui revient le mérite, historique en France, d’avoir été un des premiers à montrer ce qui est devenu une évidence pour presque tous aujourd’hui : entre l’islamisme et l’islam il y a bien une relation, je tiens à faire savoir publiquement ma décision.

Ma rupture, définitive, avec Riposte Laïque, est motivée par l’article d’un certain Jean-Louis Burtscher, intitulé ‘’Chambres à gaz : je suis excédé par la nouvelle affaire Le Pen’’ [1].

Cet ‘’article’’ est une compilation de tous les ‘’arguments’’ du négationnisme concernant la SHOAH, dont, en France, le couple Faurisson-Dieudonné s’est fait le héraut.

J’ai écrit au directeur de ce journal, Mr Cassen, pour lui dire que j’en étais scandalisé, et je lui demandai de rectifier et de prendre position contre cet article. Sa réponse a été que cet article avait été publié dans la rubrique ‘’Point de vue’’, et que cela pouvait susciter ‘’un débat’’ qui ferait ‘’pédagogie’’, ma demande étant qualifiée ‘’d’inquisitoriale’’.

Par le passé, il m’était arrivé de défendre auprès de mes amis Riposte Laïque au nom de l’honorable ‘’liberté d’expression’’, quand il s’agissait d’articles ‘’litigieux’’. Mais le négationnisme n’est pas une ‘’question litigieuse’’, encore moins une question qui puisse faire ‘’débat’’.

La banalisation ou la négation de l’extermination de tout un peuple, idéologiquement justifiée, rationnellement programmée, et méthodiquement réalisée, commise au siècle dernier avec la complicité de l’Europe et l’absence de réaction des gouvernants du monde, est un crime aussi grand que le crime.

La liberté d’expression, comme toutes les libertés, a des limites. Et le négationnisme sera donc toujours la ligne rouge de mes fréquentations.

Dans l’attente d’un mea culpa de la rédaction de Riposte Laïque, qui seul pourra me faire changer d’avis, je tiens à faire savoir que je romps définitivement avec ce journal.

[1]http://ripostelaique.com/chambres-a-gaz-je-suis-excede-par-la-nouvelle-affaire-le-pen.html

Charlie Hebdo : Qui est responsable du massacre ? (7 Janvier 2015)

Ces véritables responsables de l’assassinat de mes quatre frères oseront-ils se mettre au premier rang des Français qui leur rendront hommage lors des obsèques ? J’ose espérer que non. A moins que comme tous les commanditaires mafieux ils aient jusqu’à ce culot.

Je ne peux pleurer mes frères Charb, Cabu, Tignous et Wolinsky
Je n’ai pas le droit
Pas aujourd’hui
Je ne peux pleurer aujourd’hui pour réfléchir demain
Je ne peux laisser à demain ce qui doit être dit de suite
Demain c’est trop tard
Inutile de faire la chasse aux tueurs
Il faut faire la chasse aux véritables responsables
Les tueurs vont être rattrapés
Mais si les véritables responsables ne sont pas mis hors d’état de nuire
Il y en aura d’autres
Qui sont les véritables responsables ?

Le premier responsable, c’est le Gouvernement français et le président de la république…

pour non-assistance à personne en danger : comment avoir laissé l’organe de presse le plus menacé de France sans protection policière ?

pour son refus de désigner l’islamisme comme le principal ennemi de la France, de la liberté, de la démocratie, de par le monde…

Pour sa mémoire courte depuis les assassinats de Toulouse en 2012…

pour son refus de tenir compte de l’expérience algérienne où les intellectuels furent les premières cibles de l’islamisme…

pour son refus de faire la relation entre l’islamisme assassin et sa source non moins assassine, l’Islam, tel qu’il est aujourd’hui enseigné et transmis dans le monde musulman mais aussi en Europe et en Amérique, non plus comme une métaphysique égale à d’autres, mais comme une idéologie de conquête du monde non-musulman, et de mort pour tous ceux qui résisteraient .

Le premier responsable, ce sont aussi les médias…

pour les mêmes raisons susdites.

mais aussi parce que depuis la mise en œuvre terroriste de l’islamisme en Algérie à partir du début des années 90, ces médias ont préféré soutenir les islamistes au nom de la liberté d’expression plutôt que les démocrates qui résistaient et se faisaient assassiner : en Algérie près de 100 journalistes furent liquidés une balle dans la tête, après que les plus illustres de ses artistes aient subi le même sort, du romancier Tahar Djaout au dramaturge Abdelkader Alloula. Et ces médias ont récidivé récemment avec l’Egypte lorsque l’armée a décidé de mettre hors d’état de nuire les Frères musulmans.

parce qu’ils ont fait de Tariq Ramadan, le chantre des Frères musulmans, la vedette de tous les plateaux de TV.

parce que, inversement, on préfère faire la chasse au seul journaliste français qui ose appeler un chat un chat, Eric Zemmour.

La radio Europe N°1 en parlant des tueurs qui ont pourtant crié qu’ils étaient venus venger leur prophète, ne vient-elle pas, dans l’intervalle de quelques minutes, de gommer leur référence à l’islam ? !

Oui les premiers responsables, ce sont bien le gouvernement français, le président de la république, et les gros médias français !

Pour leur stratégie politique et médiatique qui vise à banaliser le danger islamiste et islamique (en arabe il n’y a qu’un seul mot pour ces deux notions).

Pour leur refus de dire que l’islamisme tente aujourd’hui, d’une autre manière, ce que l’Islam a entrepris en son nom propre sous l’étendard du prophète puis de ses successeurs, les divers Califes : la conquête du monde.

Pour leur refus de dire que l’OCI fort de ses 54 pays musulmans a déjà réussi dans les faits à changer la nature de l’ONU en lui substituant sa ‘’Charte des droits de l’homme … en Islam’’ fondée sur la chariaa.

Pour leur refus de comprendre que ce qui menace la Paix au Moyen-Orient et par conséquent dans le monde, ce n’est pas Israël, mais bien l’islamisme et l’islam représenté aujourd’hui par le Dach, le Hamas, le Hizbollah, mais aussi par l‘Iran des Mollahs qui pend publiquement chaque semaine ses récalcitrants et prépare tranquillement sa bombe atomique, la Turquie d’Erdogan dont les prisons sont remplies d’intellectuels et de journalistes, le Qatar qui a déjà acheté quantité de gouvernants et médias européens. Cela de nombreux artistes et intellectuels du monde arabe l’ont déjà dit, mais on préfère taire leur nom même comme ils sont aussi connus que Sansal ou Adonis.

Pour leur engagement aveugle et militant aux côtés d’un mouvement national palestinien noyauté par les islamistes qui n’attendent que des élections pour en prendre la direction, lequel refuse de reconnaitre Israël comme le seul Etat du peuple juif (contre 22 pays arabes et 54 pays musulmans !) et enseigne quotidiennement dans ses médias et ses écoles la haine du juif…

Et récemment encore pour le vote de la France au conseil de sécurité de l‘ONU pour la résolution palestinienne qui consiste à imposer son option à Israël sans aucune négociation.

Aujourd’hui je ne peux pleurer mes freres Charb, Cabu, Tignous et Wolinsky
Je le ferai demain
Aujourd’hui je me dois dire que le gouvernement français, le président de la république et les gros médias français sont bien les premiers responsables
Et faute d’avoir prévu les bons voeux que la France allait recevoir
Ils devraient démissionner collectivement.

Car s’ils continuaient ainsi à tolérer en France et en Europe la présence islamiste
et banaliser la chasse aux Juifs, de Toulouse à Bruxelles, de Ilan Halimi à la jeune fille de Créteil, les véritables démocrates français et européens doivent s’attendre au pire.

Quand donc les gouvernants français européens, le président de la république, et les gros médias comprendront-ils que le fascisme nazislamiste s’il commence par les Juifs, finit toujours par les non-juifs qui lui résistent ?

Ces véritables responsables de l’assassinat de mes quatre frères oseront-ils se mettre au premier rang des Français qui leur rendront hommage lors des obsèques ?
J’ose espérer que non.
A moins que comme tous les commanditaires mafieux ils aient jusqu’à ce culot.

PS : je n’ai voulu parler ici que des principaux responsables. Mais tous ceux qui parmi les ‘’intellectuels’’ qui ont eu la même démarche de déni et de banalisation sont également responsables. Ils devraient par décence se taire et surtout ne pas s’adjoindre au cortège des obsèques.

Le mal est profond (15/11/2015)

ATTENTATS – Je m’incline devant les nouvelles victimes de l’islamisme international, mais plutôt que de laisser l’émotion ou la colère me submerger, il me semble qu’il est plus urgent de réfléchir.

A propos de la nouvelle tragédie infligée à la France le 13 novembre 2015.

Je m’incline devant les nouvelles victimes de l’islamisme international, mais plutôt que de laisser l’émotion ou la colère me submerger, il me semble qu’il est plus urgent de réfléchir.

En France, le MPCT, mouvement pour la paix contre le Terrorisme a été pionnier dans la nécessaire lutte contre le terrorisme, mais c’est peu dire qu’il a fallu bien du temps pour qu’il soit entendu. Et encore, je doute fort qu’il l’ait été vraiment, bien que le terrorisme islamique n’ait fait qu’élever la quantité et la qualité de ses nuisances.

En effet, même après les massacres de Janvier, la France, l’Europe et les USA, leurs médias et leurs journalistes ont refusé de voir la réalité: c’est l’islamisme qui tue; l’islamisme est un mouvement international qui pourrait s’imposer dans presque tous les pays musulmans si les élections y étaient libres et si l’armée ne s’y opposait (armées locales ou étrangères); il a partout la même vision totalitaire et la même stratégie violente, quels que soient la diversité de ses mouvements et des appellations; enfin la plate-forme idéologique de tous les mouvements islamistes violents depuis ces quatre dernières décennies n’est rien d’autre que l’islam, d’où précisément lui vient sa force, et sa très large influence. Un islam dont le Président égyptien Al-Sissi appelle avec force la réforme, mais assurément l’islam.

La France modifiera-t-elle sa manière de voir? Je ne le crois pas. La première réaction du président Hollande est de cibler Daech. Mais Daech dont la visée principale est la renaissance du Califat, vœu désiré par la grande majorité des musulmans du monde, n’est que la nouvelle forme de tous ces mouvements aussi meurtriers qu’Al Qaïda, que le GIA algérien, que les Frères musulmans, et que le régime des Ayatollahs inauguré par Khomeiny.

Ce que les Présidents d’Europe et des USA semblent ne pas vouloir comprendre c’est qu’une guerre a été déclarée à la démocratie, depuis longtemps, par l’islamisme mondial, en s’imposant d’abord dans les pays musulmans, ensuite en leur propre sein, en profitant des politiques d’immigration laxistes, et s’appuyant sur les populations musulmanes. S’élever contre Dach et se taire devant le fait que les périphéries de toutes les grandes villes européennes échappent presque totalement à l’autorité centrale, pour n’obéir qu’à de nouvelles autorités, islamiques, est une mascarade.

Le mal est profond. Autant les Etats du monde qui à l’époque se disaient  »libres » se mobilisèrent sans arrêt, et notamment sur le front idéologique, contre l’URSS et le  »camp socialiste », autant, dès le début de la résurgence du mouvement islamique, il a baissé les bras. Ce moment peut-être daté au carbone 14: c’est lorsque Khomeiny condamna à mort Salman Rushdie et que  »l’Occident » accepta la sentence, sans la moindre condamnation à l’ONU. Près de quatre décennies plus tard, les USA signent un Accord incroyable avec le même régime (qui n’en croit pas ses yeux), et la France, n’était-ce cet événement tragique, allait accueillir l’actuel président Rohani, malgré le fait qu’il venait de déclarer Israël illégitime, et ce à la télévision de l’Etat français, sans la moindre réaction du Quai d’Orsay…

Comme la plupart des intellectuels démocrates et persécutés du monde arabe et musulman, j’avoue ne pas arriver à comprendre la logique d’un tel aveuglement et d’une telle lâcheté à l’endroit de l’islamisme. Surtout que s’il est vrai que c’est la gauche politique et intellectuelle qui se fait le héraut d’une telle orientation, on ne peut dire non plus que leurs homologues de droite se soient montrés plus perspicaces et plus courageux.

Ce refus d’aller à la cause vient d’être symboliquement consacré par le Prix littéraire Goncourt attribué à un roman lénifiant sur la concorde Orient-Occident plutôt qu’au roman  »2084 » plus que lucide et courageux de l’écrivain algérien, résidant toujours en Algérie, Boualem Sansal, lequel décrit avec précision ce qu’est le totalitarisme islamique.

Ce déni aura comme par le passé une inévitable conséquence: s’en prendre à un bouc émissaire plus faible, le Juif et plus précisément Israël, puisqu’aujourd’hui on ne peut plus être frontalement antisémite… Passés les premiers jours de la commotion, on nous expliquera que le Bataclan était une propriété juive, où s’étaient tenus des galas en faveur d’Israël, où se produisaient des musiciens juifs et israéliens, et où ce jour-là le groupe de rock invité, était allé en Israël cet été, et ce malgré les menaces de BDS, ce mouvement de boycott toléré par l’Europe et les USA. Puis après quelques jours, on ajoutera l’autre refrain : tout cela n’est que l’exportation du conflit israélo-palestinien, qui ne dure que par la volonté d’Israël.

Je ne crois donc pas que cette nouvelle agression de l’islamisme mondial du 13 novembre 2015 dirigé contre la France soit en mesure de provoquer le nécessaire sursaut. Les bien-pensants d’Europe et des USA continueront d’innocenter l’islamisme et de charger Israël. Ils continueront à professer qu’il y a un  »mauvais terrorisme » (celui qui touche les non-juifs d’Occident) et un bon terrorisme libérateur, celui des Palestiniens, qui hier assassinaient les athlètes israéliens en plein Munich et aujourd’hui font la chasse aux Juifs dans les rues et sur les routes d’Israël, sans que leurs dirigeants, d’Abbas aux Hamas, ne soient condamnés, et ce tandis que leurs instances politiques et médiatiques encouragent  »l’intifada des couteaux » et font de leurs terroristes tués des héros et des  »chouhada » (martyrs).

Le mal est profond et peut-être peut-on en situer une des origines dans le traitement par la gauche française de la guerre d’Algérie. Plutôt que Camus, qui condamna très fermement le terrorisme, lui qui avait été un résistant contre les nazis, cette gauche préféra suivre Sartre, lui qui s’était terré face aux nazis. Dans sa préface des  »Damnés de la terre » de Frantz Fanon, on pouvait lire :  »Abattre un Européen, c´est faire d´une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé: restent un homme mort et un homme libre ». Et aujourd’hui, l’historiographie dominante de la guerre d’Algérie, guidée par l’historien officiel du parti et de l’Etat socialiste français, Benjamin Stora, continue de surfer sur cette vision sartienne. Ainsi cet  »historien » pourtant très prolixe, n’écrira rien de la journée la plus sanglante de la guerre lorsque près d’un millier de chrétiens et de juifs furent assassinés, le jour même de l’indépendance, le 5 Juillet 1962… Ainsi on jettera un voile pudique sur les méthodes d’extermination du FLN très proches de celles du Dach (décapitations et autres mutilations du nez et d’autres membres), que ce soit contre les non-musulmans ou contre les musulmans réfractaires, avec la même conséquence: chasser toute la population non-musulmane et tous les opposants musulmans.

La guerre de  »libération » en Algérie n’avait fait que masquer une guerre d’épuration ethno-religieuse et tant que la France refoulera cette réalité, elle se trouvera impuissante à traiter la résurgence, sous d’autres formes, des pratiques du FLN algérien.

Je ne crois pas que l’Europe et les USA dont les universités fonctionnent encore avec les concepts fanoniens soient en mesure d’entreprendre cette grande révolution culturelle qui les libèrerait de leur pleutrerie et qui leur permettrait d’appeler un chat, un chat, et un totalitaire, un totalitaire, uniquement à partir des moyens utilisés.

Après ce que l’on sait du communisme, on ne peut plus dire que l’on puisse contribuer à la libération d’un peuple par les méthodes utilisées hier par le FLN et aujourd’hui par le Dach ou encore par les Palestiniens. La preuve est confirmée par ce qu’est devenue l’Algérie, entrée en dictature dès sa  »libération », dictature dont elle n’est toujours pas sortie, et par ce que sont les dirigeants palestiniens, déjà dictatoriaux et déjà très corrompus.

Tant que la production des nouvelles idées sera sous la coupe de cette intelligentsia indigente, proches de Sartre et vouant aux gémonies Camus, les peuples européens auront à souffrir.

Comme par le passé, ils trouveront des boucs émissaires et comme par le passé ce seront des Juifs. Ces derniers ne devraient se faire aucune illusion à ce sujet.

Mais comme par le passé, ils s’en feront.

Qui est maladroit ? Bensoussan ? Ou Finkielkraut et Jakubowicz ? ! (24/01/2017)

J’avais dernièrement affirmé mon entière solidarité avec Georges Bensoussan attaqué par une organisation islamique de France, pour ne pas dire islamiste… Et je concluais ainsi : La Justice française est-elle déjà en train d’appliquer les nouvelles directives d’Eurislam ? Ce nouvel épisode, démontre en tous cas, s’il en fallait confirmation, que la France où l’on traîne les libres penseurs dans les tribunaux (Philippe Valls, hier, Pascal Bruckner aujourd’hui) avant de les assassiner sur les lieux mêmes de leur job, n’est plus le pays des Lumières. Et à ces Lumières, on ne peut même pas leur souhaiter de reposer en Paix, car si l’incendie du Reichstag en 1933 avait ouvert la voie au totalitarisme nazi, on peut se demander : A quand l’incendie du Panthéon ?

Mais aujourd’hui je voudrais dire ma stupéfaction après avoir entendu messieurs Finkielkraut et Jakubowicz, président de la Licra, évoquer d’une même voix ‘’une maladresse’’ de l’accusé. Appréciation d’autant plus choquante qu’elle donne avant même la délibération du tribunal, déjà raison aux accusateurs !

Dans un film documentaire sur le monde de l’école en France de Georges Benayoun, le sociologue franco-algérien Smaïn Laacher avait dit : “donc cet antisémitisme il est déjà déposé dans l’espace domestique. Il est dans l’espace domestique et il est quasi naturellement déposé sur la langue, déposé dans la langue. Une des insultes des parents à leurs enfants quand ils veulent les réprimander, il suffit de les traiter de juif.’’ 

Et Georges Bensoussan avait traduit cela en disant : ‘‘l’antisémitisme, on le tête avec le lait de la mère’’, ce qui n’est pas ‘’une maladresse’’ de traduction, mais un raccourci, remarquableCar pour téter, telle est la condition humaine, il faut être précisément sur et dans la langue, et pas dans une autre partie du corps, que je sache !

Le sociologue algérien, qui sait lui de quoi il parle, nous dit précisément que l’antisémitisme est déjà là, par la langue et dans la langue qui comme on le sait nous est antérieure, et nous irrigue donc de façon ‘’innocente’’, quasi-inconsciemment, instinctivement, tel le lait de sa génitrice tété par le bébé…

Le sociologue et l’historien, on l’a bien compris, visent un fait de culture, et pour être plus précis de la culture islamique dont les textes fondateurs sont  le Coran, et les Hadiths, pierre angulaire de toute la culture des pays musulmans.

De plus, l’exemple que nous propose le sociologue pour illustrer son propos est dénué de toute ambiguïtés : ‘’Une des insultes des parents à leurs enfants quand ils veulent les réprimander, il suffit de les traiter de juif.’’ :

Ce constat, que tout connaisseur du monde musulman ne peut démentir, n’implique nullement que tous les musulmans soient automatiquement antisémites, et cela ni le sociologue ni l’historien ne l’ont dit.

Portée par la langue et la culture, ‘’dans l’espace domestique’’, mais aussi dans la rue, par la rumeur ou l’opinion générale, par les stéréotypes langagiers auxquels on n’échappe pas toujours même lorsque l’on est un philosémite musulman[1], à l’école, à la mosquée, dans les media, etc…, la judéophobie n’est pas non plus une fatalité et il y a des musulmans qui résistent à cette culture, domestique et pas seulement domestique, puisqu’elle pénètre tout l’espace social, de l’imaginaire au politique. Ces musulmans-là résistent à titre personnel et peuvent transmettre ce refus à leurs enfants…

Mais dans ce monde musulman qui reproduit ‘’naturellement’’ cette judéophobie par l’enseignement du Coran et des Hadiths par le biais de tous ‘’les appareils idéologiques d’Etat’’, et qui de surcroît est un monde totalitaire où la liberté de pensée et d’expression se paye le plus souvent par la liberté, la mort ou l’exil, combien osent vraiment résister, autrement que dans leur for intérieur, lorsque les enfants en quête d’identification et de conformisme peuvent eux-mêmes devenir des délateurs ? !

Messieurs Finkielkraut et Jakubowicz, c’est vous qui êtes en plein délit de maladresse, pas Bensoussan ! L’univers ashkénaze vous est sans nul doute familier mais vous ignorez tout du monde sépharade et du monde musulman.

Si vous aviez seulement lu quelques pages du Coran ou des Hadiths, ou un seul des multiples livres sur l’alliance des grands chefs politiques et religieux du monde musulman avec Hitler (et notamment le grand Mufti de Jérusalem, Hadj Amin El Husseini, fondateur du panislamisme et du panarabisme), ou plus proche de vous, quelques pages même du livre de Bensoussan ‘’Juifs en pays arabes’’ vous n’auriez pas osé l’accuser, car la ‘’maladresse’’ c’est vous qui la commettez, et à quelques jours du procès, c’est en vérité bien plus qu’une ‘’maladresse’’, que je n’oserai pas ici nommer.

Un constat s’impose quand même : face à la nouvelle judéophobie islamique qui croît en proportion du nombre des musulmans en Europe, votre pensée est sur la défensive, ce qui est l’équivalent d’une démission.

Les juges seront-ils plus courageux ?

Je l’espère pour l’historien, mais pour être franc, j’en doute.

 

[1] Lorsque le mot ‘’Yaoudi’’ (juif) est prononcé dans le monde musulman arabe, on le fait suivre quasi-automatiquement du mot ‘’hachak’’ (une sorte d’excuse vis-à-vis de l’interlocuteur, pour le gros mot prononcé)

Qui est communautariste, Bensoussan ou Sifaoui ? (03/02/2017)

J’ai longtemps hésité avant de commencer à écrire tant est incongru de mettre ces deux hommes sur le même plan, même de façon rhétorique… Mais ce qui m’a décidé est le fait que beaucoup de ceux qui ont porté aux nues le journaliste algérien pour ses positions anti-islamistes, se sont étonnés voire offusqués qu’au lieu de défendre l’historien accusé d’arabophobie par un ministère de la justice française fortement sollicité par des organisations musulmanes de France, il ait abondé dans le même sens, allant même jusqu’à témoigner contre lui : mais quelle mouche l’aurait donc piqué ?

Provenant du même pays que lui dont j’ai aussi la nationalité (certes difficilement accordée, compte tenu de mes origines non-musulmanes) et connaissant son parcours depuis plus de deux décennies, je crois pouvoir éclairer ce qui à certains semblent des ‘’contradictions’’…

Avant, pendant et après le récent procès du 27 Janvier de Georges Bensoussan, Mohammed Sifaoui l’a accusé du péché de communautarisme et d’essentialisme, pour ne pas dire de racisme, lui qui reprenant les propos d’un sociologue franco-algérien [1] lors d’un débat radiophonique contradictoire à France Culture avait affirmé que les Arabes tétaient l’antisémitisme dès l’enfance…

Or cette affirmation n’est passible d’aucune des trois accusations pour la simple raison qu’il ne s’agit même pas d’une opinion mais d’une réalité incontestable !

Le monde arabo-musulman a généré depuis ses origines et continue de générer une culture et des pratiques judéophobes, incluant signes distinctifs, qualificatifs humiliants,  et massacres réguliers… Et l’écrivain et sociologue d’origine tunisienne Albert Memmi qui bien des années avant moi avait voulu s’identifier aux indépendantistes arabo-musulmans de son pays est on ne peut plus péremptoire : ‘Je dois être plus clair: la vie idyllique tant vantée des Juifs dans les pays arabes est un mythe ! La vérité, puisque je suis obligé d’y revenir, c’est que dès le début nous étions une minorité dans un milieu hostile… A son époque (du grand-père), tout Juif pouvait s’attendre à être frappé à la tête par un musulman qui passait. Ce rituel « agréable » avait un nom, la chtaka’’ [2]

Dans le monde arabo-musulman, les (faux) ‘’Protocoles de Sion’’ y font office de best-seller, juste battu au hit-parade des ventes par le Coran et  »Mein Kampf » (certes expurgé des passages où les Arabes et les musulmans sont relégués très bas dans l’échelle des valeurs racialistes nazies !)…

Lors de la foire du Livre à Casablanca en 2014, on avait même assisté à une farce, aussitôt dénoncée par le Centre Simon Wisenthal, où la représentante falestinienne auprès de l’Europe, Leila Shahid, fit la promotion d’un livre vantant le ‘’vivre ensemble’’ entre juifs et musulmans dans le monde arabo-musulman, alors qu’elle était entourée de dizaines de livres tous plus antisémites les uns que les autres ! [3]

Leila Shahid, parente d’Arafat, me donne aussi l’occasion de rappeler qu’un autre de leurs parents, le Mufti de Jérusalem Amin Hadj El Husseini (intronisé par les Anglais contre l’avis de ses pairs) fut le protégé d’Hitler à Berlin de 1941 à 45, et l’animateur le plus côté de la propagande diffusée par Radio Berlin en direction du monde arabe. L’idée maitresse de cette propagande qui évita soigneusement d’évoquer les passages litigieux de Mein Kampf à l’encontre des Arabes, et qui par contre sollicita autant qu’elle le put le corpus textuel islamique, était que les Allemands et les Arabes avaient le même ennemi : les Juifs.

L’historien américain  Jeffrey Herf, dans ‘’Hitler, la propagande et le monde arabe’’ [4], citant les discours du mufti (car il ne fut pas le seul dirigeant arabe de Radio Berlin !) donne des dizaines de preuves de ce que ‘’Les Juifs, sont les ennemis jurés de l’Islam’’ (p 171). Je ne mentionnerai ici que deux de ses très nombreux discours.

Le premier est prononcé à l’occasion de l’ouverture de l’Institut islamique de Berlin, le 23 décembre 1942 : ‘’Les Juifs comptent au nombre de ceux qui haïssent le plus les musulmans, et ont déclaré leur animosité depuis les temps les plus anciens… Tout musulman sait que l’animosité juive envers les Arabes remontent à l’aube de l’islam. « Tu verras que le peuple le plus hostile, ce sont les Juifs » dit le Coran’’… En fait, la juiverie mondiale dicte la guerre comme c’était le cas à l’époque de Mahomet (p 178).

Et le second, du 1er Mars 1944 : ‘’Arabes ! Levez-vous comme un seul homme et battez-vous pour vos droits sacrés. Tuez les Juifs où que vous trouviez. Cela plait à Dieu, à l’histoire et à la religion. Cela sert notre honneur. Dieu est avec vous.’’ (p 241)

A cette somme de 400 pages, il faudrait au moins ajouter ‘’Prêcheurs de haines’’ de Pierre André Taguieff (près de 1000 pages), ‘’Juif en pays arabes – 1850-1975’’ de Georges Bensoussan (plus de 800 pages) qui complète ‘’L’Exil au Maghreb – La condition juive dans l’Islam (1148-1912)’’, de Paul Fenton et David Littman, (800 pages), sans parler de l’examen pays par pays de ‘’La fin du Judaïsme en terres d’Islam’’  publié sous la direction de Shmuel Trigano…

Et donc, à moins que ceux qui ne sont pas nés dans le monde arabo-musulman ne veuillent délibérément  ignorer ces textes de base, qui pourrait contester ce trait dominant de la culture arabo-musulmane qui prend sa source dans le Coran, lequel stigmatise les Juifs de diverses manières [5], et dans l’histoire islamo-juive inaugurée par le massacre des Banu Qurayza par la main du prophète himself, devenu pour l’occasion égorgeur au couteau, la séquence étant décrite avec un luxe de détails dans la Sira, cette biographie de Mohamed considérée comme un des textes fondateurs de l’islam ?

Dans mon livre ‘’Le Monde arabe face à ses démons : Nationalisme, Islam, et Juifs’’ (Colin – 2013), je cite de façon non exhaustive les noms de nombreux intellectuels arabes qui ont osé affirmer que les pratiques discriminatoires contre toutes les minorités, religieuses, ethniques et sexuelles qui règnent dans tous les pays musulmans, à des degrés divers de barbarie, ont un lien avec le fondement de la culture musulmane, à savoir l’islam et ses textes fondateurs.

Et comme on peut s’en douter, le nom de Sifaoui n’y figure pas. A sa décharge, il n’a ni la notoriété de l’écrivain Boualem Sansal et encore moins la puissance de ces chefs d’Etat égyptiens, tels hier Nasser ridiculisant la volonté des Frères Musulmans d’imposer le hijab aux femmes[6] , et Sissi aujourd’hui, enjoignant le centre théologique mondial d’El Azhar au Caire [7] à ‘’révolutionner’’ l’islam…

En vérité dans le monde arabe, il y a 3 catégories d’intellectuels : les intellectuels ‘’organiques’’ simple prolongement de la parole étatique et théologique dominante ; à l’opposé, et ils se comptent sur les doigts d’une ou de deux mains selon les pays, les contestataires que je viens d’évoquer; et entre les deux, il y a les gens comme Sifaoui dont le souci essentiel est de cultiver l’art de comment ne pas franchir certaines lignes dites ‘’rouges’’ et de veiller à leur respect, devenant ainsi des vigiles de la ‘’pensée correcte’’.

Ceux qui appartiennent à cette troisième catégorie ne sont pas plus libres que ceux de la première. Eux aussi ne peuvent imaginer rompre avec la loi du troupeau, que j’appelle dans mon livre ‘’l’unanimisme’’. Et quand ils se permettent quelques libertés, de temps en temps, comme celle de critiquer les islamistes, il leur faut immédiatement rassurer leurs communautés en criant par exemple que l’islamisme n’a rien à voir avec l’islam, un peu comme hier les communistes (dont je fus) refusaient de voir la relation entre les crimes, les goulags, la dictature du parti unique et les textes fondateurs du marxisme-léninisme…

Ces intellectuels de la troisième catégorie sont mêmes les pires, les plus agressifs, les plus venimeux, haineux. En perpétuel exercice d’équilibre, ils n’hésitent pas à traiter de déséquilibrés ceux qui mettent les pieds dans le plat. Préoccupés de ne pas trahir leurs communautés d’origine, ils projettent sur ceux qui osent le faire leur propre communautarisme.

Ainsi le courageux Sifaoui ne dira rien des propos du sociologue d’origine algérienne Laacher qui explique que dans le monde arabo-musulman, l’antisémitisme  se trouve ‘’dans l’espace domestique même, sur la langue et dans la langue’’, mais pourfendra allègrement le juif Bensoussan pour la même vérité.

Dans le monde arabo-musulman, c’est un fait, l’antisémitisme est dans l’air que l’on respire au même titre que tous les virus connus à ce jour et à venir. Est-ce à dire que tous les Arabes ou tous les musulmans deviennent automatiquement judéophobes ? Bien sûr que non et Bensoussan n’a jamais dit une telle ânerie. Pareillement, tout le monde n’attrape pas la grippe : à chacun selon ses défenses immunitaires. Dans notre cas, il y a bien sûr des individus qui parmi les élites musulmanes résistent, interrogent, élaguent, refondent, réélaborent (en un mot, sont dignes d’être appelés des ‘’intellectuels’’), et à un niveau plus modeste, des individus ordinaires qui au nom d’un simple bon sens, voire d’une expérience personnelle de bon voisinage, ne se laissent pas emporter par l’unanimisme et les stéréotypes de la haine communautaire…

Oui ces résistants existent mais ils sont l’immense minorité, silencieuse de surcroit, car parler en public de ces sujets est plus que dangereux, et peut mener tout simplement à la mort… Et même en Algérie qui n’est pas le plus totalitaire des 57 pays musulmans, la résistance à l’islamisme est la seule rébellion acceptable : au-delà c’est le lynchage et Sifaoui n’attendit pas le procès Bensoussan pour participer lui-même à la curée. Ainsi il s’en prit à Riposte Laïque qui jusque-là l’avait soutenu dans son combat contre les islamistes, parce que de plus en plus ses rédacteurs franchissaient ses lignes rouges en soulignant la relation entre islamisme et islam[8].

Je pourrais aussi témoigner d’un autre fait, cette fois me concernant. C’était en Mars 2010 et j’avais répercuté à quelques-uns de mes correspondants parmi lesquels figurait Sifaoui, une interview de Mosab Hassan Yosef [9], le fils d’un dirigeant important du HAMAS qui était devenu espion d’Israël. Il disait notamment : “Le dieu du coran hait les juifs de toute manière, qu’il y ait occupation ou pas, alors les juifs ont un problème avec le dieu de l’islam, pas [seulement] avec les musulmans.”  Ce courrier m’attira une réponse de sa part que seule sa vulgarité m’empêche de reproduire. L’homme policé en public m’y apostrophait comme l’aurait fait n’importe quel apparatchik doté d’un peu de pouvoir, allant même jusqu’à nier mon algérianité ! ‘’Chassez le naturel, il revient au galop’’, lui avais-je répondu…

En effet, et afin d’étancher les dernières soifs de comprendre de ceux qui ont été surpris par le parti pris de Sifaoui, il faut avoir en vue que dans le monde arabe, une prise de position est toujours la résultante d’un certain nombre d’allégeances, publiques ou secrètes, qui obligent ces intellectuels de la troisième catégorie à ne pas franchir les ‘’lignes rouges’’. Ces liens varient selon chacun. Pour les plus rares, ils sont uniquement idéologiques. Pour lq majorité, les liens sont autrement plus puissants : familiaux, claniques, tribaux, religieux, auxquels se rajoute, pour presque tous ces pays foncièrement totalitaires, la police politique. Portant diverses appellations, en Algérie, malgré de fréquentes débaptisasions, le peuple lui a conservé son premier nom : la ‘’sécurité militaire’’.

Véritable décideur politique en Algérie, elle est surreprésentée dans toutes les institutions idéologiques et notamment les universités, les journaux et les partis. Même le parti qui se disait communiste en fut victime : la majorité de ses cadres dirigeants émargeaient !  Et dans le milieu des journalistes, il se disait d’ailleurs que Sifaoui en était aussi un aimable correspondant (ce qui pourrait aussi expliquer que quelques années plus tard, il se fit le défenseur du Chef de l’armée algérienne Khaled Nezzar lors d’un procès qui se tint en France au début des années 2000.)….

Seule l’ouverture des archives de la Stasi algérienne pourrait le prouver, et il est certain que de grosses surprises nous seront réservées ce jour-là, et quand je dis ‘’nous’’ je pense plutôt à nos arrières arrières petits-enfants, en étant très optimiste…

Par contre, pour avoir été, des années 70 aux années 90, partie prenante de presque tous les mouvements civiques et politiques d’opposition, y compris clandestins, et l’un des principaux animateurs du RAIS (Rassemblement des Artistes, intellectuels et Scientifiques), je puis témoigner que l’on n’entendit jamais parler de Sifaoui et que l’on ne trouvera jamais la moindre trace de sa signature dans aucune des nombreuses pétitions pour la liberté d’expression ou contre la torture que nous faisions circuler dans toutes les grandes villes d’Algérie… Etrange pour le héraut des grandes causes…

 

[1] Qui est maladroit ? Bensoussan ? Ou Finkielkraut et Jakubowicz. Par JP Lledo… http://jforum.fr/qui-est-maladroit-bensoussan-ou-finkielkraut-et-jakubowicz.html

[2] Albert Memmi, (QUI EST UN JUIF ARABE ? (février 1975) http://www.harissa.com/news555/fr/node/7694
                                   

[3] http://www.huffingtonpost.fr/jean-pierre-lledo/en-europe-on-peut-a-nouveau-tuer-tranquillement-des-juifs/

[4] ‘’Hitler, la propagande et le monde arabe’’ de  Jeffrey Herf (Calman Levy, 2011)

[5] « Mais ceux qui étaient injustes substituèrent une autre parole à la parole qui leur avait été dite » (II, 59). (Les Juifs comme falsificateurs de la Parole de Dieu).

[6] https://www.google.co.il/webhp?sourceid=chrome-instant&ion=1&espv=2&ie=UTF-8#q=video+de+nasser+sur+les+freres+musulmans

[7] http://memri.fr/2015/01/06/le-president-egyptien-al-sissi-a-al-azhar-nous-devons-revolutionner-notre-religion/

[8] Mon point de vue sur le fond de la controverse Sifaoui-Riposte Laïque. 2009 JP Lledo : http://ripostelaique.com/?s=Mon+point+de+vue+sur+le+fond+de+la+controverse+Sifaoui-Riposte+La%C3%AFque

[9] http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2010/03/05/1971943_video-la-terrible-verite-sur-l-islam-dite-par-mosab-hassan-yosef-le-fils-du-hamas.html

2016 ne sera pas meilleure que 2015. (12 Janvier 2016)

Désolé pour l’humanité chrétienne qui aime à se prodiguer des vœux d’espoir (même si le Vatican a déchristianisé le 1er Janvier, originellement fête de la Circoncision, pour faire oublier sans doute les origines juives de Jésus, dont le prépuce béni restera malgré tout sur les toiles de grands maîtres de la peinture) : 2016 ne sera pas meilleure que 2015 .

Le dire n’est pas jouer les Cassandre, mais simplement faire un constat. En Allemagne et en Suède, le viol fait partie du package du nouvel émigré (musulman). En France, au moment même où les Juifs à Paris se recueillent une année après pour les victimes de l’HyperCasher, en présence des plus hautes autorités, ces mêmes autorités autorisent une manifestation antijuive devant l’Opéra Garnier dont le but avoué est d’empêcher la représentation de la fameuse troupe israélienne de danse moderne Batsheva, et ce à l’appel d’une organisation (BDS) qui aurait été interdite depuis longtemps, si elle n’avait pas été à majorité musulmane, et si elle avait été, par exemple, ‘’d’extrême droite’’.

Et à Marseille, une des villes les plus juives de l’Hexagone devenue en quelques décennies une des plus musulmanes, les Juifs sont pris à partis, à la hache. Pour quand la machette ? Il doit bien y avoir dans les parages quelques ‘’réfugiés’’ hutus pour l’apprentissage du maniement.

En Tunisie (pays musulman), l’identité juive continue d’être un motif suffisant pour mériter l’insulte publique de ‘’chiens’’, offense suprême à cette race qui pourtant n’a plus à donner des preuves de son intelligence (je parle bien sûr des chiens, et notamment de ceux qui débusquent des assassins et sauvent des vies de par le monde). Bizarre d’ailleurs que la SPA (Société Protectrice des Animaux) reste silencieuse : l’offense verbale surtout quand elle n’est pas condamnée n’est-elle pas le prélude au meurtre ? S’apprêterait-on en Tunisie à tuer tous les chiens ?

Mais naturellement le must c’était à Tel Aviv. Enfin pour les Juifs. Parce que la tuerie qui a emporté 3 personnes n’a pas suscité beaucoup d’émoi de par le monde chrétien, mais reste-t-il encore des Chrétiens dans ce monde-là ? Sans doute, mais apparemment il devient dangereux de l’avouer.

Deux simples jeunes Juifs tués, en train de boire un pot. Pas gays pourtant, comme s’est empressé de le préciser le Maire, afin de ne pas mettre en danger la future Gay Pride, Tel Aviv étant parait-il au sommet du hit-parade de ce genre de manifestation. Donc dommage pour eux : pas de pub dans le monde occidental.

La troisième victime était encore moins intéressante : un simple taximan auquel l’assassin imposa la course afin d’échapper rapidement à ses poursuivants armés, puis qu’il tua de sang-froid, à bout portant. La victime était bédouine, et en Israël, dans leur grande majorité, les bédouins sont fiers de leur pays qui les a aidés à se sédentariser, de leur Armée Tsahal dans laquelle ils tiennent à s’engager, et de leurs soldats tués pour défendre leur patrie.

Inversement, ils n’ont pas la côte auprès de la majorité des Arabes israéliens qui les méprisent doublement, pour leur loyauté mais aussi pour leur bédouinité (mépris qui ressemble fort à celui des Arabes blancs pour les Noirs, y compris et surtout pour les Noirs de leurs pays). Puisque eux, dans leur majorité, ne rêvent qu’à une chose : chasser les Juifs d’Israël que, fort d’une histoire islamique de 14 siècles, ils considèrent comme des indus occupants malgré 35 siècles d’histoire et de présence juive en cette région du globe !

Et le tueur, un Arabe citoyen d’Israël, a cru bon transformer le rêve en réalité en obéissant aux vœux de leur éternel chef spirituel, allié d’Hitler, le grand Mufti de Jérusalem Amin el Husseini, dont tous les dirigeants arabes actuels  continuent de se réclamer, qu’ils soient religieux, nationalistes ou même communistes (!).

Le fait que le lieu choisi pour la tuerie ait été Tel Aviv, symbole du dynamisme sioniste, et non pas une ville de Judée-Samarie (appelée improprement ‘’Cisjordanie’’ en français), devrait être aussi un message pour cette gauche israélienne qui s’obstine à penser qu’il faudrait donner cette région pour obtenir la Paix. Profondément dévastée par la culture du déni, elle sera malheureusement incapable d’en tirer les conclusions, à l’instar du chorégraphe de Batsheva, lequel malgré sa mésaventure parisienne, continuera sans doute à scander le mantra gauchiste.

Un tel crime en plein Tel Aviv, ne pouvait que mettre en difficulté les leaders arabes d’Israël comme  les autorités ‘’palestiniennes’’. Ils ne pouvaient l’approuver ouvertement et risquer d’être mis au ban de la société israélienne juive, voire perdre le soutien des leaders européens, américains et de la gauche israélienne, ni le condamner comme un terrorisme inacceptable afin de ne pas désorienter leurs propres troupes élevées dans la haine antijuive et risquer d’être lâchés par le monde musulman.

Avec tout le grand art de la dissimulation dite ‘’taqya’’. Sur le champ, on désapprouve l’action, sans prononcer le mot ‘’terroriste’’. Et dès l’annonce de l’élimination du tueur, on le sanctifie comme un héros !

Ces leaders ‘’palestiniens’’ légitimés par le monde occidental et ces leaders arabes israéliens soutenus par la gauche israélienne, voire portés aux nues par certains Juifs, démontrent, s’il le fallait encore, qu’ils ne sont pas des personnages respectables : pris en flagrant délit de duplicité, une de plus, qui devrait être une fois de trop.

Il est plus qu’urgent que la Knesset soit réunie à ce sujet et qu’elle prenne la décision que l’apologie du terrorisme ou sa non-condamnation, ce qui est à peu près pareil, ne sont pas compatibles avec la qualité de représentant du peuple israélien.

Ce qui est vrai pour les leaders arabes israéliens doit aussi s’appliquer aux leaders ‘’palestiniens’’ : tant qu’ils béniront les terroristes, ils ne devraient pas pouvoir prétendre à de quelconques négociations. De plus, en encourageant, en parrainant, voire en organisant la terreur contre le peuple juif d’Israël, ils doivent donc être traités comme les véritables responsables de ce terrorisme qui sévit depuis plus d’une année en Israël, ainsi que pour ce qu’ils sont : des ennemis doublés d’impénitents provocateurs. Leur place n’est plus dans les palaces, mais dans les prisons.

Yitzhak Rabin lui-même, s’il était resté en vie, ne dirait plus : « On ne fait pas la paix avec ses amis. On fait la paix avec ses ennemis ». Comme cela a déjà été démontré par l’histoire mondiale des négociations on fait certes la paix avec son ennemi, mais avec son ennemi défait.

 

 

“Le roi est nu! Trump démasque les tartuffes!” (7/12/2017)

Qu’y a-t-il de plus gravissime dans la vie des Nations que l’appel de l’une d’entre elles à en détruire une autre ?  Hier l’Allemagne, aujourd’hui l’Iran. Qu’y a-t-il de plus gravissime dans la vie des Nations que leur indifférence générale à un tel appel ?

Ainsi, ce ne fut jamais pour condamner les chefs d’Etat iraniens qui depuis Khomeiny incluent cet appel à leur déclaration d’investiture, que le Monde se leva comme un seul homme. Non ! Mais pour condamner le chef d’Etat américain qui, lui, vient de réaffirmer, hier 6 Décembre 2017, que le droit d’Israël à exister commence par le droit à sa capitale ancestrale ! Ce front du refus de ‘’la communauté internationale’’ concernant Jérusalem révèle qu’en définitive elle n’a jamais digéré la renaissance d’Israël.

Comme si ce Monde-là aurait un droit, lui, sur Jérusalem, ou sur Israël !!! Au nom de quoi ? De toutes ses croisades sanglantes, païennes, chrétiennes puis musulmanes (et ce à toutes les époques) ? Au nom des milliers de Juifs expropriés, expulsés, brulés ? Au nom des milliers de Talmud incendiés ou des centaines de Temples détruits ? Au nom de la profanation du Temple juif de Jérusalem par les Grecs, les Romains, puis les Arabes, ces derniers lui substituant le ‘’haram achcharif’’, comme les conquérants musulmans le feront par la suite avec le Temple indou de Bénarès (après l’avoir complètement rasé) ? Au nom de cette dite « Zone internationale » en 1947 qui était censée préserver Jérusalem, mais pour laquelle le Monde ne leva pas le petit doigt lorsque la Jordanie soutenue par 4 autres pays arabes s’empara de sa partie Est, sans que personne n’y trouve à redire, et ce durant 20 ans, de 1948 à 1967 ?  Au nom de son acceptation du diktat de Nasser aux Casques bleus, en 1967, de quitter la zone tampon du Sinaï, pour ouvrir la voie à ses tanks, alors qu’il ne cessait de clamer lui aussi qu’il allait détruire Israël ? Au nom de leur inefficacité à s’opposer aux visées bellicistes de l’organisation terroriste du Hizbollah à la frontière libanaise ?

Mais, nom d’une pipe, qu’a-t-il bien pu dire de si désinvolte ce Trump, classé comme un impulsif ? A quelle dangereuse révélation a-t-il pu se livrer ? Jérusalem est la capitale d’Israël. Il n’a même pas ajouté depuis plus de 3000 ans ! Et le monde en a été retourné, comme ceux du conte d’Andersen, Les Habits Neufs de l’Empereur , où par la bouche d’un petit garçon, ils découvrent subitement, la vérité : Le Roi est nu ! Le monde est nu ! Ou plutôt Trump l’a mis à nu. Il a mis à nu le ressort profond de ce monde-là qui se sachant, dans les tréfonds de sa conscience, coupable depuis l’éternité, vis-à-vis du peuple juif, désigné entre autres gracieusetés de peuple déicide, préfèrerait le faire comparaitre, lui, devant un Tribunal international.

Les Occidentaux, gens de cape, d’épée ou d’onction, restant malgré tout des gentlemen soft, se disent donc sérieusement préoccupés, en désaccord, ils appellent à la sagesse, regrettent, ou se prononcent contre, voire mettent en garde ou même avertissent. Quant aux Arabo-musulmans, que seul Israël arrive à unir, encore une de ses performances, eux, sans même prendre le temps d’essuyer la bave haineuse aux commissures des lèvres, rejettentdénoncentcondamnent, appellent à la rupture des liens diplomatiques, à la colère, à la violence et naturellement promettent le pire ! Abbas se dit même prêt au martyre (l’on imagine, par jeunes intifadistes interposés), persuadé que c’est la seule chose qu’il saurait réussir. Quel aveu !

Trump pourtant n’a fait que joindre l’acte à la parole… de son prédécesseur, Obama himself, certes celui-là un beau parleur, mais dont vous ne verrez aucune trace dans tous les médias occidentaux (!). Discours extrêmement délictueux, comme on peut en juger, prononcé à Jérusalem, en Mars 2013, devant des milliers de jeunes :

« Pour le peuple juif, cette promesse en l’Etat d’Israël s’est transmise à travers d’innombrables générations. Des siècles de souffrance et d’exil, des préjugés, des pogroms et même le génocide de la Shoa. Pendant tout ce temps, le peuple juif a maintenu son identité et ses traditions intactes, ainsi que le désir de revenir à la maison. Alors que les Juifs ont vécu des succès extraordinaires dans de nombreuses régions du monde, le rêve de la vraie liberté a finalement trouvé sa pleine expression dans l’idée sioniste – être un peuple libre dans son pays d’origine… Vos grands-parents ont dû risquer leur vie et tout ce qu’ils avaient pour exister. Ils ont vécu la guerre après la guerre pour assurer la survie de l’Etat juif…. Ainsi, tout comme Josué prit la suite de Moïse, la lutte se poursuit pour la justice, la dignité et la liberté… Bien sûr, Israël ne peut être contraint  à négocier avec quelqu’un qui veut sa destruction…. Les États arabes doivent s’adapter à un monde qui a changé. Le temps où ils pouvaient condamner Israël pour détourner l’attention de leur peuple n’est plus. Il est maintenant temps pour le monde arabe de prendre des mesures de normalisation sur les relations avec Israël. Et les Palestiniens doivent reconnaître qu’Israël est un état juif, et  les Israéliens ont le droit d’insister sur leur sécurité…. Ceux qui adhèrent à l’idéologie de contester le droit d’Israël à exister pourraient ainsi être rejetés de leur propre terre et du ciel au-dessus d’eux, parce qu’Israël n’ira nulle part ailleurs. »

Trump, quant à lui, n’a pas joué au Prophète. Il a parlé comme un homme d’affaires, de choses concrètes et évidentes. En bon gestionnaire, il a commencé par faire le bilan de tout ce qui avait été jusque-là entrepris. Et il a donc constaté qu’en laissant à chaque fois ‘’pour la fin… la question la plus difficile’’, c’est-à-dire Jérusalem, comme cela est écrit dans tous les procès-verbaux de négociations, tous les ‘’processus de paix’’ s’étaient vite transformé en processus de guerre. Son idée serait donc de tenter l’inverse. Partir de la réalité d’abord, pour ensuite arriver à des compromis.

Et le monde, au lieu de reconnaitre que le bougre n’est pas si bête, et qu’il faudrait au moins tenter l’expérience, a préféré, sans doute pour ne pas affronter son passif judéophobe, ruer dans les brancards… Mais gare à vous, comme dirait votre Prophète déchu bien aimé, de n’être pas rejetés de votre propre terre et du ciel au-dessus de vous, parce qu’Israël (pour sa part) n’ira nulle part ailleurs et vous laissera poursuivre votre processus d’auto-remplacement.

Israël n’est légitime en cette terre, qu’en tant qu’Etat juif, qu’il soit démocratique ou non. La démocratie est un objectif politique, réalisée depuis avant même la renaissance d’Israël en 1948. Mais sa légitimité s’ancre dans son identité. Identité, certes résistante, car modelée par une histoire trimillénaire en ce lieu appelé aujourd’hui ‘’Moyen-Orient’’, autant que par des valeurs, lesquelles se trouvent dans un livre bien connu que le monde gréco-latin a préféré traduire Bible, mais qui en hébreu s’intitule Tora (enseignement) : « S’il n’y avait pas eu la Bible, Israël ne serait jamais revenu dans son pays. Aucun livre au monde n’a jamais exercé sur une nation quelconque, une influence aussi grande que la Bible ne l’a fait sur Israël. » avait rappelé Ben Gourion au 7ème Congrès annuel d’études bibliques à Jérusalem.

Sans cela, les 600 000 Juifs de 1948 n’auraient jamais pu réussir à chasser les cinq pays envahisseurs arabes fort de 150 millions de sujets. Or, c’est un fait, c’est une réalité. Tangible. David a vaincu. Et il continuera de vaincre car il n’a pas d’autres choix. Et pour bien se le mettre en tête, les politiciens et chefs d’Etats des 57 pays musulmans feraient bien, avant de se réunir en cette place forte de la démocratie qu’est Ankara, de relire sinon la Tora, du moins leur Coran (et les Occidentaux eux devraient vite si mettre…).

Et pour aller au plus pressé, un condensé pour les nuls. Voici comment Allah s’adresse à ceux qu’il considère siens :

« Ô Enfants d’Israël, rappelez-vous Mon bienfait dont Je vous ai comblés, [rappelez-vous] que Je vous ai préférés à tous les peuples. » (Sourate 2, La Vache, Al-Baqarah, verset 47).

 « O, mon peuple ! Entrez dans la terre sainte qu’Allah vous a prescrite. Et ne revenez point sur vos pas [en refusant de combattre] car vous retourneriez perdants ». (Sourate n°5.V, 21)

«Et au peuple de ceux qui avaient été abaissés, [il s’agit des enfants d’Israël sortant d’Égypte], nous donnâmes en héritage les contrées orientales et occidentales de la terre que nous avions bénies.»  [Les commentateurs du Coran précisent qu’il s’agit de l’Est et de l’Ouest du Jourdain.] (Sourate 7,  Les Murailles, v. 133).

 « Nous dîmes ensuite aux enfants d’Israël : habitez cette terre et lorsque le terme de la vie future sera arrivé, nous vous réunirons tous ensemble… »  ( Sourate 17, Le voyage nocturne, v. 104)

 « À bon escient, Nous les choisîmes parmi tous les peuples de l’univers » (Sourate 44, la Fumée, Ad-Dukhân, verset 32).

A bon escient.
A bon entendeur salut !

L’effet-Trump … ou le hoummous d’Abu Hassan… (15 Décembre 2017)

Avant de vous parler de l’effet-Trump, laissez-moi vous dire comment je vécus ce 6 Décembre 2017 désormais immortalisé.  Comme vous le savez, les jours précédents, dès que l’administration américaine annonça l’intention du Président, le moulin arabe à menaces se mit à tourner. On allait voir ce qu’on allait voir : colère, rage, violence, intifada, sang, sang, sang ! Khaybar, Khaybar, Ô Juifs, nous sommes de retour (pour t’égorger) !  Et bien que venant du monde arabe, et sachant donc qu’il se distingue surtout par la force du vent que ses paroles sont censés produire[1], comment  empêcher son cœur de battre un peu plus vite ? N’étions pas en train de revivre un remake du 29 Novembre 1947 ? Hier, en groupe, l’oreille collée au poste TSF (le Monde allait-il voter la partition de la Palestine en un Etat juif et un Etat arabe ? Ce que refusait déjà tout le monde arabe), aujourd’hui l’œil rivé sur son smartphone individuel (Trump, allait-il vraiment la faire sa déclaration ? Alors que le monde ne cessait de l’implorer de ne pas le faire, par amour pour Israël, naturellement. Israël fut-il jamais autant aimé par ces gens-là que ces jours-là.). Le moment fatidique s’approchait vertigineusement en cette journée du 6 décembre, malgré le décalage horaire. Et puis, enfin oui, la déclaration, la reconnaissance ! Jérusalem, capitale d’Israël ! Les Juifs allaient-ils, comme le 29 Novembre 1947, sortir dans les rues et chanter ? Les Arabes locaux allaient-ils déferler avec leurs couteaux, et les grands frères avec leurs tanks, comme en 47, puis en Mai 1948 lorsque l’Etat juif décida de se proclamer indépendant, malgré, déjà, tous les conseils ‘’d’amis’’ ? Et même si nous n’étions plus au temps de la Haganah, dont une partie de ses forces venait à peine de sortir des camps de la mort nazis, et qui malgré tout réussit à vaincre les armées de 5 pays arabes, elles conseillées par des officiers nazis déjà masqués sous des noms arabes, quand elles n’étaient pas dirigées, comme en Transjordanie, par un général anglais… Et même si nous étions certes au temps de Tsahal, parait-il la 5ème puissance militaire, ne fallait-il pas craindre le pire ?

Or comme vous le savez, il n’y eut ni l’un, ni l’autre. Ni Juifs en joie, ni Arabes en rage. Pour les Juifs, du moins,  pouvais-je à la rigueur comprendre, le discours de Trump n’était pas un scoop, ils savaient depuis 3000 ans que Jérusalem était leur capitale… Mais les Arabes, eux, attendaient toujours le vendredi, le jour de la grande prière musulmane, pour dire ce qu’ils pensaient, ce qui bien sûr, n’avait rien à voir avec l’islam, cet appel universel à la bonté et à la fraternité humaine. Et nous n’étions que le mercredi… Deux jours après, justement, arriva le vendredi, et tous, ‘’amis’’ et ennemis, le tonitruaient, nous allions avoir un concentré de rage (la bubonique). Tout en me disant que, quand même, Trump aurait pu avoir l’amabilité de faire son annonce le lendemain ou le surlendemain, je me dirigeai malgré tout vers Yafo[2] où habitent 20% d’Arabes musulmans, et notamment vers les mosquées. Y lançait-on des morceaux d’asphalte (plus de rues pavées à Yafo) ? Y chantait-on le fameux refrain Khaibar, Khaibar… ? Les fumées qui s’élevaient, était-ce l’effigie de Trump sur le bûcher ?  Et non, c’étaient celles des barbecues des pique-niqueurs arabes qui s’emparent chaque vendredi des pelouses du Front de mer de Tel Aviv ! En face de la principale des mosquées, le pâtissier Aboulafia était assailli, mais lui, bon, ça ne comptait pas, c’était un Arabe chrétien. Allons-donc voir l’autre, construite au 15ème siècle… Même ambiance. En face, comme chaque vendredi, Abu Hassan faisait fureur avec son hoummous, parait-il le meilleur de la contrée. Son resto ne désemplit pas (de clients juifs !). Et lui, c’est pourtant un bon musulman.  Et comme tous ses correlégionnaires, le soir, il doit bien zapper, de l’une à l’autre des TV arabes. N’a-t-il pas entendu le cri de guerre ? Celui du Hamas ? Ou celui d’Abbas ? Ne sait-il pas qu’à en croire le journal français Libération, ‘’Jérusalem est au bord du gouffre’’ ?

Au contraire. Sans doute, Abu Hassan est-il mieux informé que tous. Peut-être même pourrait-il vous dire que Libération n’a pas menti puisqu’il a écrit dit ‘’Au bord’’, et non ‘’Au fond’’, et qu’en matière de déontologie, c’est pas mieux que les journaux falestiniens, kif kif Pallywood ! Car en matière de truquage de photo Libération récidive[3]… Fascinés par les stars-soldates de Tsahal, ses photographes ne voient même pas les ambulances du Croissant rouge palestinien déverser des dizaines d’intifadeurs[4]… Et c’est pourquoi, Abu Hassan préfère s’occuper de son houmous et flatter le palais de ses afficionados, eux au moins des valeurs sûres. Il sait lui aussi que la maladie du monde arabe, c’est de beaucoup parler [5]. A voir ce qu’il voit déjà à Yafo, il doit savoir déjà ce qu’il se passe ailleurs. La prière du vendredi sur le Mont du Temple, pardon sur le Haram Echcherif, est aussi paisible qu’ici et malgré les dirigeants de l’OLP et du Hamas qui ont beau sonner sans arrêt du tocsin, il n’y a pas plus que quelques centaines de jeunes à Jérusalem, quelques milliers dans toute la Judée-Samarie (nom originel de ce que la Jordanie appela la ‘’Cisjordanie’’). Aucun mort sauf dans les bases du Hamas, en riposte à des roquettes : deux morts, et non quatre comme cela a été dit, car les deux autres, selon le Jihad islamique, ont explosé avec leurs explosifs, en moto. Le seul endroit où ça bouge, c’est dans le fief du mouvement islamiste dans le Wadi Ara au Nord d’Israël, mais eux ça compte pas, car ils savent que ce qui leur pend au nez, c’est que sans bouger de chez eux, un jour très proche, ils vont se retrouver… en Falestine, juste avec le déplacement de la ligne de la frontière. Hier Israélien, demain Falestinien, sans bouger ! Un retors ce Liberman[6]. Et puis, Abu Hassan a certainement bien compris que les Arabes sont avec la Falestine comme les Juifs avec le Messie : on l’attend, on le réclame, on l’implore chaque jour, on le revendique d’autant plus fort, qu’on espère qu’il ne vienne que le plus tard possible, pour ne pas dire jamais, car ce mot jamais on n’a pas le droit de le dire. C’est péché.

Venons-en à présent à l’effet-Trump

A constater les réactions qu’il a provoquées, on comprend à postériori pourquoi ce foutu processus de paix pataugeait depuis des décennies. Tout n’était que sous-entendus, allusions, équivoques, ambiguïtés, périphrases, double langage, janotisme, amphibologie, takya, novlangue, cache sexe, pour masquer qu’il n’était qu’un processus de guerre. Le tout bien agité donnait une mixture tellement trouble et opaque où même D. n’aurait pu reconnaitre ses prophètes. Et vint le 6 décembre. Et depuis tout se décante, tout se précipite, tout devient clair ou presque, comme en chimie. Et quand je dis tout, c’est bien tous : Occident, Arabes et Juifs. Tous ont abattu leurs cartes. On savait Trump grand homme d’affaires, le voilà nobélisable es sciences chimiques.

L’occident

Jérusalem ne peut être la capitale d’Israël pour deux raisons. ‘’Elle est la ville de trois monothéismes’’, dixit par exemple Hélène LE GAL, l’ambassadrice française en Israël. Et alors ? Le Vatican aurait-il aussi une visée territoriale ? Et depuis quand installer une Eglise à côté du Temple juif, ou une mosquée juste par-dessus, pourrait-il donner un droit de propriété ? Et tout cela au nom de la laïcité !!! Mais les Juifs, eux, n’ont jamais revendiqué Jérusalem. Ni au nom de leur Temple, malgré son importance, soulignée plus encore par le négationnisme musulman au sein même de l’Unesco que Madame l’ambassadrice n’a jamais dénoncé. Ni au nom de quoi que ce soit d’autre. Et pourquoi donc la revendiqueraient-ils ? Madame l’ambassadrice revendiqueriez-vous votre propre corps ? Et si par bonté extrême vous décidiez de vous consacrer à soulager la misère humaine, vous partageriez-vous, je ne parle pas de votre Avoir, sans doute modeste, mais de votre Être ? Que donneriez-vous ? Vos yeux, votre cœur, votre âme ? De plus, où a-t-on vu deux peuples se partager la même capitale ? Chiites et Sunnites se partageraient-ils La Mecque ou Kerbala ? Et qui plus est, deux peuples en lutte depuis une éternité ! Où donc auriez-vous vu cela? !!! Madame, et Messieurs les diplomates, c’est tout ce que vous avez trouvé pour faire la paix ? Ne manquez-vous pas un peu d’imagination, et plus encore de réalisme ? Ou alors voulez-vous vous livrer à des exercices de laboratoire sur le dos des Juifs et des Arabes ?

L’autre ‘’grand’’ argument, c’est celui de la violation du Droit international. N’étant pas juriste, je ne sais si les résolutions de l’ONU (où siège, aujourd’hui, une grosse majorité de pays totalitaires, qui par définition sont des zones de non-droit) en font partie, mais admettons. Ainsi la résolution du Conseil de sécurité n°478 du 20 août 1980 considère Jérusalem comme « une ville occupée », c’est-à-dire prise à la Jordanie qui l’occupait, par la force aussi, depuis 1949. Sauf que comme l’explique un spécialiste,[7] ‘’depuis le 31 juillet 1988, la Jordanie a renoncé unilatéralement à la Cisjordanie. Elle n’est donc plus occupée et les résolutions 242, 476 et 478 sont désormais caduques’’. La 242, rappelons-le vite, est la fameuse de Novembre 67, venue au secours des 5 pays arabes agresseurs et défaits en 6 jours. Dans sa formulation initiale et officielle, donc en anglais, elle exigeait d’Israël le retrait de territoires occupés (et non, des territoires, comme cela fut traduit en français).

Les Arabes

Eux par contre revendiquent très fort Jérusalem. Jérusalem-Est, précisent-ils, en public et en anglais, lorsqu’en arabe, dans leurs discours et leur sermons du vendredi, leurs plus hauts dirigeants, ne se gênent pas pour expliquer à leurs adeptes, que revendiquer puis obtenir Jérusalem-Est, ou la Falestine, n’est qu’un premier pas pour s’emparer d’Israël. Au demeurant les cartes de géographie de tous les établissements d’enseignement falestiniens ne le disent-ils pas déjà depuis fort longtemps[8] ?

Mais au fait d’où viendrait la légitimité des Arabes sur Jérusalem ? De leur conquête au 7ème siècle ? Du fait que Jérusalem ne fut jamais élue capitale par aucun potentat arabe ou musulman ? Du fait qu’elle ne dût son élection religieuse que pendant un temps et pour concurrencer La Mecque, dans le cadre des luttes inter-islamiques ? Puis pour contrer les Juifs déjà majoritaires dès la moitié du 19èm siècle, et ce malgré les restrictions ottomanes. Mais qui conquiert ne s’expose-t-il pas à devoir déguerpir un jour ? Au fait, pourquoi les Arabes qui sont les plus grands conquérants de toute l‘histoire humaine, et même les plus grands  génocideurs notamment en Inde et en Afrique[9], devraient-ils échapper à la décolonisation ? Les Juifs en reprenant leur bien n’ont fait qu’initier un mouvement qui a fait tache d’huile dans les années 60, et qui à l’avenir ne fera que s’amplifier. Ils ont été les premiers à reconquérir leur droit à un Etat-Nation et ils ne seront pas les derniers. Les Kurdes les suivront. Les Berbères aussi. Pour ne parler que d’eux.  Et n’est-ce-pas à ce titre que Kurdes et Berbères brandissent dans chacune de leurs grandes mobilisations le drapeau hébreu ? Désolé, chers Arabes, s’il y a bien une logique de l’histoire, c’est que la fin des empires donnent le désir à tous les peuples, quels que soient leurs tailles, de se vivre comme une entité distincte, malgré tous ‘’les aspects positifs’’ de votre colonisation, quand il y en eut. Fin de l’URSS. Fin de la Yougoslavie. Et demain fin de l’Iran, et aussi fin de l’Empire ottoman. Oui, je dis bien demain, car ce dernier, contrairement à ce qui se dit, n’a pas disparu avec la première guerre mondiale. La Syrie, l’Irak, et la Turquie elle-mêmes en restent des  morceaux, et des prisons de peuples (ce qui n’intéresse pas les diplomaties occidentales). D’où les guerres actuelles et à venir entre pays arabes et musulmans.

Donc le discours de Trump a eu le mérite de remettre le débat sur ses vrais rails, les seuls qui peuvent vraiment mener à la paix, en pointant la véritable pomme de discorde : les Arabes sont-ils prêts à reconnaitre Israël comme Etat juif ? Non, bien sûr ! Et cette fois, les loups sont sortis de leurs tanières. Voyez ce député arabe de la Knesset, Zahalka, du parti Balad, qui déclare n’avoir : « aucune identification avec Israël, ni en tant qu’individu ni en tant que politicien… Je suis un Palestinien avec une carte d’identité israélienne … Je préférerais mourir plutôt que de chanter cette chanson (l’hymne Hatikva)… Me demander si je l’ai déjà chanté est une insulte. Israël est un occupant. Débarrassons-nous de l’hymne national, du drapeau – un chiffon sans valeur – et du symbole de l’État, et ensuite nous pourrons parler. ». Certes Zakhalka ne pouvait ajouter Israël à sa liste des suppressions, mais tout le monde a bien compris que telle était sa pensée. Les choses n’avaient jamais été dites aussi clairement. Ce chiffon en parlant de l’emblème d’Israël ! Pour moins que ça, on va en prison à vie dans n’importe lequel des pays musulmans, et au peloton d’exécution en temps de guerre. Or en Israël, en guerre depuis un siècle avec le monde arabe, on ne se fait pas éjecter de la Knesset sans discuter, le minimum pourtant !

Il y a des années que je pense que la question falestinienne ne pourra pas être résolue tant que les Arabes d’aujourd’hui n’auront pas, au préalable, résolu leur question juive. Pour cela, il leur faudrait apprendre un peu d’histoire juive, qu’ils pourraient  ensuite mettre en parallèle avec l’histoire arabe, et même en se contentant des seuls historiens arabes[10]. A commencer par le plus grand d’entre eux, Ibn Khaldoun (1332-1406), considéré comme un des fondateurs de l’histoire moderne : La souveraineté juive sur cette terre s’est prolongée sur 1 400 ans… Ce sont les Juifs qui ont implanté la culture et les coutumes en s’y étant installé de manière permanente ». Cette affirmation ne souleva aucune vague tant elle était évidente… en 1377, puis de nombreux siècles après. Après avoir découvert de quelle manière les Juifs d’Arabie furent chassés du temps du prophète Mohammed, puis de quelle manière ils furent asservis, dans leur propre contrée, par les diverses dynasties musulmanes, Abbas et Hamas pourraient enfin, relisant certains passages du Coran[11] reconnaitre que les Juifs ont toute légitimité à se trouver en Israël (qui est le 2ème nom du Patriarche Jacob). Et alors résoudre  la question falestinienne ne serait plus qu’un jeu d’enfant. En attendant ces calendes grecques de la paix des esprits et des cœurs, la realpolitik s’imposera. C’est-à-dire par la force. Et je ne parle même pas de Tsahal, mais de cette force mentale acquise par la certitude d’être une Nation depuis 30 siècles, alors que comme l’ont dit certains chefs falestiniens eux-mêmes, et comme leurs noms de famille même le disent (Masri, Baghdadi,Chems, etc…), la plupart des Falestiniens d’aujourd’hui ont des racines d’une longueur d’un siècle à un siècle et demi. Et si en 48, tant d’Arabes partirent aussi facilement vers tous les pays arabes environnants, c’est aussi parce qu’ils ne s’y sentaient nullement étrangers. Sari Nusseibeh, qui dirigea longtemps l’université de Bir Zeit ne situe-t-il pas dans l’après 1967, le fait que ‘’Les Arabes prenaient conscience d’eux-mêmes en tant que nation palestinienne’’ ? (Il était un pays, JC Lattes, Paris, 2008.)

Les Juifs

L’effet-Trump n’a pas libéré la parole des seuls Arabes. Les Juifs aussi s’y sont mis ! Netanyaou dans sa virée en Europe n’a jamais été aussi clair : la reconnaissance d’Israël comme un Etat juif par les Palestiniens est une condition absolue à toute négociation. Et à ceux qui lui ont demandé s’il soutenait toujours la solution à deux États, il a répondu en leur demandant quel Etat serait le second : « Costa Rica ou Yémen ? ». Si même Netanyaou fait de l’humour… Quant à Liberman, il retrouve sa franchise qu’on croyait égarée dans les tranchées ministérielles : «Ceux qui manifestent en Israël, arborant des drapeaux du Hezbollah [groupe terroriste chiite libanais], du Hamas [groupe terroriste sunnite palestinien] et de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) ne font pas partie de l’Etat d’Israël  A Wadi Ara, vous ne verrez pas de drapeaux israéliens. Eux et leurs députés de la Liste arabe commune, ils exploitent les faiblesses et les avantages de l’Etat démocratique afin de nous détruire de l’intérieur. En ce qui me concerne, ils ne sont pas des citoyens légitimes.».

Quant aux forces politiques juives israéliennes d’habitude si dissensuelles par rapport au Falestiniens, là encore l’effet Trump a été spectaculaire. A l’exception du groupuscule Meretz, elles ont toutes convergé pour se réjouir de sa déclaration. Et même le général Amiram Levin[12], habituellement très à gauche, n’a pu retenir son agacement vis-à-vis des dirigeants falestiniens : « la prochaine fois qu’ils voudront nous faire la guerre ils ne resteront pas là, car Israël les chassera au-delà du Jourdain… Nous avons été trop bons en 1967…». Il est grand temps pour Israël de se faire respecter comme Etat du peuple juif. Et d’entériner, une fois dûment amendée, la nouvelle Loi sur la Nation[13] proposée par le député Dichter, que les propos de Zakhalka rendent encore plus urgente.

A l’extérieur d’Israël, les Juifs discrets ont tenu à ne pas passer par 36 chemins et le CRIF demande à Emmanuel Macron de reconnaître aussi Jérusalem comme capitale d’Israël. Quant aux Juifs mal dans leurs peaux, ils ont tenu, plus fort que jamais, à culpabiliser… Israël. « Netanyahu ne propose rien aux Palestiniens » geint le lettré Alain Finkielkraut[14], après avoir naturellement protesté de ‘son attachement à Israël’’. Ce faisant, l’académicien se comporte comme la plupart des intellectuels du monde arabe qui pour faire passer la critique de leurs sociétés se rattrapent toujours sur Israël, ou plus exactement sur leurs gouvernants… Il devrait faire un tour chez Abu Hassan, ou lire les lignes ci-dessus, pour comprendre pourquoi la région ne va pas ‘’s’embraser’’.

Non le 6 Décembre n’a pas été un remake ni du 29 Novembre, ni du 15 Mai 48. Depuis, 70 ans se sont écoulés. Israël n’est plus un Liliputien. Les chars arabes n’ont pas déferlé et ne déferleront pas. Abbas et le Hamas ne sont revenus des réunions de la Ligue arabe ou de l’OCI (organisation de la communauté islamique) qu’avec des résolutions ronflantes.  Ils devaient le savoir qu’il n’y aurait rien à tirer de ce côté-là. Alors pourquoi se suicider en refusant de prendre la main, rugueuse mais au moins franche, de Trump ? Signe qu’écrasés sous leurs propres mensonges, ils doivent être au bout du rouleau. Pourquoi pas un petit séjour dans un des excellents hôpitaux de la Capitale (Jérusalem), comme en ce moment  leur compère Saeb Erekat… ?[15]

Et à présent que les choses sont claires, il faut des actions.

Impossible de revenir au jeu du chat et de la souris.

Ou alors, au moins, faut aller déguster le hoummous d’Abu Hassan…

© Jean-Pierre Lledo pour Europe Israël News

15 Décembre 2007

[1] Ecoutez ce que disait cet universitaire algerien, il y a quelques années : https://www.youtube.com/watch?v=aLEjdpGA0cM

[2] Nom déjà présent dans la Tora, devenu bien, bien plus tard en arabe Jaffa.

[3] http://www.jforum.fr/manipulation-des-images-a-jerusalem-liberation-plaide-non-coupable.html . Ou voir film de Jacques Tarnero Décryptages.

[4] http://fr.timesofisrael.com/le-croissant-rouge-nie-avoir-amene-des-emeutiers-masques-pour-se-confronter-a-tsahal/

[5] Youssef Al Hosseiny, journaliste égyptien musulman de confession : https://www.youtube.com/watch?v=pRwOTxH0j9I

[6] Liberman : https://infos-israel.news/ministre-de-defense-membres-parti-arabe-de-liste-commune-criminels-de-guerre/

[7] Maître Bertrand Ramas-Muhlbach : http://www.jforum.fr/trump-met-un-terme-au-deni-de-realite.html

[8] Le site auquel tous les diplomates devraient être abonnés www.Palwatch.com documente parfaitement cela, par l’observation quotidienne de tous les médias falestiniens, dont les extraits sont traduits en hébreu et en anglais.

[9] L’historien hindou Kishori Saran Lal dans son livre « La Croissance de la Population musulmane en Inde » estime que la domination musulmane en Inde fit entre 60 et 80 millions de morts de l’an 1000 à l’an 1525. La conquête de l’Afghanistan dans les années 1000 fut suivie par l’anéantissement de la population Hindou. On appelle encore cette région Hindu Kush, ‘’le massacre Hindou’’. Islamic Jihad :  A legacy of forced conversion, imperialism and slavery.’ Universe, Bloomington, IN.  (Ahmed Khan. 2009).

Et pour l’Afrique : le Génocide voilé, par l’historien sénégalais Tidiane N’Diaye (Gallimard, 2008, Paris)

[10] « La Mecque est sacrée pour les Musulmans comme l’est Jérusalem pour les Juifs » écrit le géographe Yaqout (1179-1229). « Il n’y a pas de chose telle que la ‘’Palestine’’ dans l’histoire. Absolument pas. », affirme sans nuancer en 1946, l’historien arabe libanais bien connu Philip Khuri Hitti (1886-1978).

[11] Le roi est nu. JP Lledo. Publié le 7 Décembre par plusieurs journaux dont celui du Mouvement pour l’Indépendance kabyle, le MAK : http://www.europe-israel.org/2017/12/roi-nu-trump-demasque-tartuffes-par-jean-pierre-lledo/

[12] Membre du groupe d’anciens officiers supérieurs de Tsahal « Officiers en faveur de la Sécurité et la Paix », qui prônent depuis longtemps la création d’un Etat Palestinien.

[13] Voir la une critique positive, mais serrée, qu’en fait Trigano : http://menora.info/serpent-de-mer-de-legislation-israelienne/

[14] http://fr.timesofisrael.com/alain-finkielkraut-netanyahu-ne-propose-rien-aux-palestiniens/

[15] http://www.europe-israel.org/2017/12/saeb-arekat-secretaire-general-du-comite-executif-de-lolp-ultra-virulent-vient-se-faire-guerir-en-israel/

ONU-D et ONU-ND… 25/12/ 2017

Ainsi, ce n’est pas pour expulser de son sein un pays qui déclare vouloir rayer de la carte Israel, je veux parler de l’Iran, que vient de se prononcer a une très forte majorité l’ONU, mais pour s’opposer à la décision souveraine des USA de reconnaitre Jérusalem comme la capitale d’Israël. Mais fallait-il s’attendre à autre chose de la part d’une organisation où dominent des pays non-démocratiques et totalitaires ? L’OCI (Organisation de la Coopération islamique) à elle seule pèse déjà 57 pays ! Ainsi, des pays qui sont des zones de non-droit, sans liberté d’expression, où les journalistes n’ont d’autre choix que de marcher au pas ou d’aller en prison (n’est-ce pas Erdogan et tes autres copains du club ?) ont le toupet de se poser en défenseurs du droit international !!! Dictateur chez soi, grand démocrate donneur de leçons à Manhattan !!! UBU, au secours !

Si le monde démocratique ne veut pas se laisser submerger par les dictatures, n’est-il pas urgentissime d’imaginer une nouvelle structure de concertation internationale à laquelle ne pourraient adhérer que les pays vraiment démocratiques ?

Dans ‘’La révolution démocratique dans le monde arabe ? Ah si c’était vrai’’[1], écrit au moment du soi-disant Printemps arabe, j’avais fait une proposition, et j’ajouterai, malgré le ton, sérieuse.

Extraits

….. 192 pays, dont 57, vous vous en souvenez, sont aussi représentés par l’Organisation de la Coopération Islamique. La grande majorité de ces presque deux cent pays sont non-démocratiques, ou ‘’autoritaires’’, beaux euphémismes pour ne pas dire totalitaires et despotiques. On pourrait se dire sans l’ombre d’une inquiétude, qu’après les indépendances, ces pays ont encore un long chemin à faire. Oui, bien sûr, si le chemin allait ‘’inexorablement’’, chaque année un peu plus, vers plus de démocratie et de liberté. Le problème, c’est que la plaque du sens obligatoire a été inversée. Surtout d’ailleurs depuis que l’OCI est apparue. Comme par hasard…

Et de la même manière qu’en Occident ce n’est pas, comme on le pensait, la modernité qui fait évoluer l’islam, mais l’islam qui fait involuer la modernité, que voyons-nous, sinon que le bâtiment de l’ONU, placé au cœur de Manhattan, à quelques 500 mètres, à vol d’oiseau, de l’île de Liberty Island, l’Île de la Liberté, à New York, et de sa fameuse Statue de la Liberté, n’est plus tout à fait le même…

1990, c’est l’année où l’OCI adopte sa propre ‘’Déclaration des droits de l’homme en Islam’’, en totale contradiction avec celle de 1948, fondatrice de l’ONU, puisque là où cette dernière ouvrait des fenêtres, celle de l’OCI y met non pas des moucharabiehs comme à l’époque romantique d’Haroun Rachid et des Mille et une nuits, mais carrément le niquab de la charia ! C’est quand même hallucinant. Dans tous les partis, quand tu adhères, on te fait lire les statuts avant. Et si t’es ok, on te donne ta carte de membre adhérent. Là, à l’ONU, même pas la peine. Non content d’y entrer comme dans un moulin, avec la carte d’un autre parti, tu peux même te permettre de la jeter avec mépris du haut de la tribune cette fieffée Déclaration des Droits de l’Homme de l’ONU, comme l’a fait Kadhafi, sans que pas un seul diplomate de l’Occident démocratique ne quitte la salle, et quand l’assistance toute époustouflée retient encore son souffle, tu lui balances à la gueule ta charia. Et elle n’bronche toujours pas, l’ONU. En termes politiques, quand on change brutalement de constitution, on appelle ça un coup d’Etat, non ? Il est vrai, qu’on n’a pas encore inventé de mot, quand le changement se produit, sans le moindre char, ni képi. Juste par les urnes, et à la majorité, à moins que ce soit cela ‘’la Révolution de jasmin’’ ? C’est-à-dire, ‘’démocratiquement’’, selon la Nov’ Encyclopédia Universalis. Grace aux nouveaux ‘’flux migratoires’’ la composition de l’ONU, a été démocratiquement modifiée. Sa Déclaration fondatrice de 1948 est toujours là, la preuve c’est qu’on la distribue encore aux nouveaux arrivants. Le dernier en date, par anticipation, Mahmoud Abbas a pu ainsi lire, un peu narquois, connaissant bien les us et coutumes de nos localités : «Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction, seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites. »L’article 18 est toujours là, certes. Mais désormais, la Déclaration de 48 n’est plus là que pour la forme. Et si elle a encore une fonction pratique, c’est qu’à l’Assemblée elle sert de papier-cul, en cas de pénurie, enfin pas les Musulmans car vous savez, eux, ils n’utilisent que l’eau, c’est culturel, et j’ai toujours pensé à cause de ça seulement qu’à l’origine c’était quand même une grande civilisation. Mais les Chrétiens, eux n’ont pas d’problème avec le papier, et ils peuvent donc la relire comme ça de temps en temps, juste pour la garder un peu en mémoire. Et personne n’y voit le moindre ‘’blasphème’’. Donc pas de condamnation. Et pas d’onuphobie. On est même très onuphile à l’ONU. A tel point que certains pensent déjà, par respect de toutes les sensibilités religieuses, qu’il faudrait lui changer son nom. L’Ô-nue, surtout depuis ‘’Histoires d’Ô’’, c’est quand même problématique. C’est pas une putain que nous sachions, l’ONU ! Eu égard à notre Envoyé, serait même préférable de la voiler. Qu’est-ce que vous attendez, allez vite me chercher Vladimiroff Javacheff, j’espère qu’il n’est pas mort, Christo.  Et du coup, Woody Allen ne croira pas avoir si bien dit. « La dernière fois que j’ai pénétré une femme, c’était la statue de la Liberté. ». La dernière et l’ultime. D’ailleurs à son âge… C’est quand même pas Abraham, Youdi, pardon Woody….

Ne sourions pas, la situation est gravissime. Comment peut-on imaginer faire progresser la cause de la démocratie, notamment là où elle est la plus en retard, dans le monde arabe et musulman, ce qui devrait être l’objet principal de cette Organisation mondiale depuis la fin des colonisations, si non contente d’être majoritaire, la coalition totalitaire peut se doter tranquillement, sans réprobation aucune, d’une Déclaration qui en en tous points lui est opposée ? Car désormais ne nous trouvons-nous pas dans cette situation quasi ubuesque où dans cette guerre mondiale entre la démocratie et l’islamisme, l’ONU a changé de camp, en catimini ? Ne serait-il pas temps d’éclaircir les choses, et de demander à tous les membres de l’ONU de se mettre en conformité avec la Déclaration de 1948 ? Et si c’est impossible, à cause de la majorité, mais aussi, pourquoi pas ma foi, parce que c’est mieux d’avoir une vraie image du monde, bien transparente, que pas d’image du tout, alors qu’attend l’Occident pour créer à toute vitesse, une nouvelle ONU, elle vraiment démocratique, l’ONU-D ?  Et pour les malveillants qui l’auraient oublié, l’Occident est pour moi ce lieu où l’on peut dire tout ce que l’on pense sans craindre pour sa vie, et celle de ses proches. Cette organisation évidemment perdra toute sa pertinence et disparaitra le jour où toute la planète deviendra démocratique. 3 siècles minimum. Toujours mon côté optimiste.

L’ONU-D, ça serait pas mal en effet, qui serait érigée juste en face de l’autre, l’ONU-ND (l’Organisation des Nations-Unies Non-Démocratiques), comme Berlin-Ouest face à Berlin-Est, mais sans mur entre les deux. D’abord ça rétablirait le symbole des Tours Jumelles détruites par des hommes qui eux aussi croyaient dur comme glaive en la charia, des vrais fans de la ‘’Déclaration des droits de l’homme en Islam’’, voulant juste en accélérer un peu l’application universelle. Ensuite, comme les architectes s’évertueraient à la rendre encore plus transparente que l’originale, y aurait du coup une saine émulation. Et si les débats étaient retransmis en direct dans le monde entier, les peuples pourraient vite s’instruire, même en faisant l’école buissonnière, surtout je dirais… Ça leur donnerait des tas d’idées, et ils veilleraient à bien choisir la qualité de leur jasmin avant de se lancer dans un ’’printemps démocratique’’, et surtout à ce qu’on ne leur refile pas à la place le bon vieil opium, afin que le printemps Tahrir (Libération) ne vire pas hiver Goulag en cours de route.

Trêve de rêveries. On en est loin, de l’ONU-D. Et l’ONU risque fort de demeurer encore longtemps unique. Aux démocrates de tous les pays du monde d’imaginer d’autres formes de solidarité et de collaboration. Le temps presse. Les islamistes ont déjà et depuis 14 siècles, leur Internationale. Ca y fait quelque chose l’ancienneté. Ne méprisons pas l’adversaire. Ni sa pugnacité. Après avoir essayé sans relâche à l’ONU depuis 1999, de faire adopter une résolution sur la ‘’diffamation des religions’’ qui vise ni plus ni moins qu’à étendre la charia du monde musulman au monde non-musulman, le ‘’blasphème’’ notion empruntée à la charia, étant ainsi traduite dans le droit positif international,en ‘’diffamation’’, n’y est-il pas arrivé le 25 mars 2010, au niveau du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, toujours à la fameuse majorité ‘’démocratique’’ ? Faut-il préciser que la résolution a été présentée au nom de l’Organisation de la Conférence islamique, et tenez-vous bien, par le Pakistan ! Ce Pakistan, où actuellement comme vous le savez, croupit au fond d’une prison, Asia Bibi, une chrétienne condamnée à mort pour avoir bu un verre d’eau dans un puits musulman ! …

Il faut donc vite qu’ils la constituent leur Internationale à eux, les démocrates. Oui, qu’ils la forment et l’assument. Les islamistes l’ont déjà leur Machin, avec drapeau et Déclaration, nous aussi on aurait ainsi les nôtres. Etendard contre bannière. Idée contre Idée. Et s’il le fallait, glaive contre glaive, au moins pour empêcher le leur de charcuter l’humanité….

Ci-git l’Europe dhimmie. (29 Mars 2018)

Lorsque le FIS-GIA passa à la lutte armée, en 1993, et qu’il commença par l’intellectocide inauguré par l’assassinat du jeune écrivain si prometteur, Tahar Djaout, je crus naïvement que l’Europe se lèverait comme un seul homme. Se proclamant ‘’monde libre’’ face au totalitarisme communiste, ne s’était-elle pas mobilisée pour défendre les intellectuels et les artistes de ‘’l’Europe de l’est’’ ? N’allait-elle pas aussitôt reconnaitre dans la ‘’pensée’’ et plus encore dans les actions des islamistes, un fascisme authentique, un fascisme vert, comme le nommaient les démocrates algériens ?

Quelle ne fut pas la déconvenue de l’intelligentsia, des femmes qui s’étaient battues contre le Code de la Famille algérienne depuis les années 80, et de tous ceux qui refusaient que l’Algérie devienne une république islamique, qui selon un de ses chefs, Ali Benhadj, s’accommoderait du massacre et de l’exil de 2 millions de personnes ! La Suède fut une des premières à accueillir les chefs islamistes pourchassés par l’armée, suivie par l’Italie, l’Allemagne, sans parler de la bien neutre Suisse, au-dessus de tout soupçon… Quant à la presse, surtout de gauche, elle faisait des islamistes des martyrs, et des démocrates des suppôts du pouvoir. Et Anouar Haddam, dirigeant du FIS-GIA, pouvait tranquillement annoncer sa revendication des assassinats d’intellectuels… de Rome !

Longtemps, cette alliance objective contre-nature entre des gens qui se réclamaient des Lumières, et ce qu’il y avait de pire dans le monde musulman, me déconcerta. Je n’arrivais pas à en saisir la logique.

Plus tard, mon travail de cinéaste me fit revenir sur l’histoire de la guerre d’Algérie. Et en lisant le livre ‘’les Accords d’Evian’’ (Seuil), censés mettre fin à la guerre à partir du 19 Mars 1962 (en fait, ce fut la plus sanglante des périodes, massacre des harkis, enlèvements des non-musulmans, et massacre d’Oran, le jour même de l’indépendance le 5 Juillet 1962, plus de 700 morts chrétiens, juifs, et ‘’traitres’’ musulmans), je fus stupéfait d’apprendre par la plume d’un de ses négociateurs, Réda Malek, que ces ‘’Accords’’ n’avait été qu’un marchandage : en échange du pétrole que la France pouvait exploiter encore durant 10 ans (la nationalisation ne fut proclamée qu’en 1971), elle abandonnait sa revendication de la nationalité algérienne automatique pour les non-musulmans, c’est-à-dire qu’elle se faisait complice d’un des plus grands déplacements de population du 20ème  siècle : 1 million de chrétiens et de juifs qui choisirent la valise au cercueil, slogan du nationalisme algérien depuis 1945 ! Signé De Gaulle, promoteur de cette nouvelle Europe unie au monde arabe. Et Réda Malek pouvait pousser un soupir de soulagement : « Heureusement, le caractère sacré arabo-musulman de la nation algérienne était

sauvegardé. »

Et donc en prenant connaissance d’une partie de l’œuvre de Bat Ye’Or, malheureusement pour moi, trop tardivement, mon propre parcours idéologique m’ayant fait éviter toutes les lectures qui auraient pu remettre en cause mes convictions et plus encore mes refoulements, les choses commencèrent à s’éclaircir.

Pourquoi l’Europe du ‘’monde libre’’ n’avait-elle pas exigé de Khomeiny qu’il annule immédiatement sa condamnation à mort de Salman Rushdie, acceptant que l’écrivain vive en clandestinité en Angleterre ? Même question pour le philosophe français Robert Redeker, obligé de quitter l’enseignement, pour une Tribune au Figaro  dont le directeur crut bon se désolidariser, alors que l’idéo-théo-logue des Frères musulmans, Al Qaradaoui venait de s’en prendre violemment à lui, ce qui dans le monde islamique correspond à une condamnation à mort. Pourquoi, avait-on laissé si longtemps un autre idéologue des Frères musulmans faire sa propagande tant dans les universités que plus encore dans les télévisions, et n’ayant jamais eu le courage de l’attaquer sur son terrain, celui de l’islam, on préférait à présent le coincer sur sa sexualité perverse de violeur de femmes et d’enfants (une enquête est en cours à ce sujet en Suisse où il fut prof de lycée), Tariq Ramadan. Pourquoi tant d’amour pour les dictateurs arabes de Sadam Hussein à Khadafi reçu comme un Prince sous sa tente plantée à l’Elysée ? Pourquoi ce tueur de chrétiens à grande échelle, Omar el-Béchir, échappait encore à la CPI qui pourtant l’avait accusé de ‘’génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre, commis durant la guerre du Darfour’’ ? Pourquoi l’Europe se taisait-elle lorsque l’Iran se permettait de nier l’existence d’un autre Etat (Israël) ? Pourquoi l’Europe ne n’avait-elle pas déclaré aux 57 pays musulmans qui s’étaient unis autour de la ‘’Déclaration des Droits de l’homme… en islam’’, que la charia qui en est l’ossature, était incompatible avec le texte fondateur de l’ONU, la Déclaration universelle des droits de l’homme ? Pourquoi l’Europe avait-elle consenti à l’exode de millions de chrétiens du Moyen orient, du Liban à l’Irak ? Pourquoi l’Europe avait-elle offert le Prix Nobel à un assassin en Chef, qui avait tenté d’assassiner le Roi Hussein de Jordanie en 1970, qui commandita les massacres de chrétiens au Liban dans les années 70 et 80, et de juifs en Israël, et ailleurs par milliers (par exemple en 1974, ces 22 écoliers de Maalot), ou encore des sportifs israéliens en 1972, dans ce haut-lieu de la mémoire démocratique européenne, Munich, comme par hasard ?

A tous ces Pourquoi ?, des dizaines d’autres encore pourraient s’ajouter qui ont longtemps torturé mon désir de rationalité, qui jusque-là n’avait trouvé d’autres explications, qu’une folie suicidaire mais sans arriver à déceler les causes de la dépression, ou alors, en désespoir de raison, qu’une arabo-islamo-philie romantique maquillée en néo-orientalisme post-colonial… Maigre et vague. Autant dire que l’œuvre de Bat Yé ‘Or fut mon sésame qui dépliait toute la panoplie des grands et petits arrangements islamo-européens. Et tout en prenant la précaution de signaler qu’elle n’était pas historienne, elle démontrait preuves à l’appui que s’était mis en place depuis les années 70, une stratégie qui pour sauvegarder des intérêts pétroliers, avait intégré de multiples diktats, politiques, idéologiques et migratoires, qui pouvaient ainsi  se résumer: Pétrole contre Islam. Cette nouvelle diplomatie européenne, avait un précédent : en 1962, De Gaulle s’était fait les dents avec le FLN-ALN, et qu’il en fut l’initiateur n’avait plus rien d’étonnant.

Ces preuves, bizarrement, les détracteurs de Bat Yé ‘Or, ne les citent jamais ! La véritable critique, non idéologique, ne devrait-elle pourtant pas commencer par là ? Ignare, elle allait jusqu’à attribuer à l’auteur l’invention d’Eurabia, alors que tel avait été l’intitulé d’un rapport de  l’Association Parlementaire pour la Coopération Euro-Arabe (APCEA) de l’Union européenne qui préconisait : « la nécessité d’une entente politique entre l’Europe et le monde arabe comme base aux accords économiques ». (Et en 1994, cette association était forte de 650 parlementaires !).

Pétrole contre Islam, et faut-il ajouter, sur injonction de l’OCI (organisation des 57 pays musulmans) Pétrole contre Palestine. Et là encore, il ne s’agit pas d’une imprécation, mais bien des choses qui ont été écrites et que cite Bat Yé ‘Or.

Tout devenait limpide, on pourrait même dire trop limpide, n’était-ce justement la quantité et la qualité des preuves citées, objectives, indépendantes de tout jugement, par définition imparables. Voilà donc pourquoi il devenait quasiment interdit et passible de la loi d’affirmer que l’islamisme avait un lien avec l’islam, sous prétexte que cela serait de l’islamophobie. Comme si le christianisme et le judaïsme n’avaient pas été passés au crible de toutes les critiques possibles… ! Voilà donc pourquoi, 30 ans à peine après que l’Europe ait décimé le peuple juif, elle acceptait de pactiser avec des pays et des mouvements qui avaient le même objectif, mais cette fois sous la forme d’un pays, renaissant, Israël. Voilà donc pourquoi cette Europe acceptait à l’UNESCO toutes les résolutions arabes qui visaient à islamiser le patrimoine juif, y compris le Kotel, (dit Mur des Lamentations), symbole le plus sacré du judaisme depuis la destruction du Mont du Temple, squatté à partir de la conquête arabe du 7ème siècle… ! Voilà donc pourquoi… Voilà donc pourquoi…

L’Europe s’était aplatie. Elle avait commencé à gommer ses propres marques identitaires, et à traquer ses intellectuels qui osaient encore dire au Roi qu’il était nu. L’Europe était devenue dhimmie. Et ironie du sort, elle reproduisait quasi-exactement le processus de dhimmisation de tous les peuples qui avaient subi la conquête arabo-musulmane de l’Afrique du Nord, à l’Espagne, jusqu’aux confins de l’Asie. Majoritaires, la plupart de ces peuples devinrent minoritaires, tout au long des siècles, et ce grâce à tous les ingrédients de la dhimmitude, statut discriminatoire, humiliant, et asservissant, qui déboucha pour le plus grand nombre sur la marginalisation, puis sur la perte d’identité, c’est-à-dire sur leur disparition, donc d’une manière très proche de que qui se passe aujourd’hui en Europe, et que certains appellent le grand remplacement…

On peut donc comprendre que les spécialistes en déni abhorrent ce concept de ‘’dhimmi’’ et plus encore Bat Yé ‘Or comme si c’était elle qui l’avait inventé ! La dhimma, comme elle ne cesse de le répéter, est un fondement de l’islam. Il est directement lié à la division islamique du monde entre Dar el islam et Dar el harb (Terre de l’islam/ Terre de la guerre), qui suppose un djihad idéologique et armé permanent. Lorsque le djihad militaire est mis en échec, on signe une trêve, un Accord de paix (comme celui de Houdaybiya du temps du prophète Mohamed, ou des Accords d’Oslo en 93 par Arafat). Mais lorsque le  djihad est victorieux, alors on assigne les vaincus à la dhimma… Ce qui équivaut à une suspension de la peine mort, là comme une épée de Damocles… Vie contre abaissement moral et physique, et déculturation.

Il est certes dur de se lever un matin et de se voir dans un tel miroir. Comment ne pas avoir une graine de compassion pour ces journalistes et ces historiens qui préfèrent les légendes à la réalité ? Otez-moi cette dhimma que je ne saurais voir…

Après ‘’L’Europe et le spectre du califat’’, et la réédition du ‘’Dhimmi’’, les éditions Les Provinciales nous offre cette splendide ‘Autobiographie politique, De la découverte du dhimmi à Eurabia’’ de Bat Yé ‘Or qui n’est pas seulement un grand résumé de tous les livres précédents, mais aussi le portrait d’une femme courageuse et l’histoire d’une vie partagée avec le non moins courageux David Littman, qui se battit jusqu’à sa mort en 2012, sur le même front que Bat Yé ‘Or, nous donnant un livre exceptionnel sur la réalité de la dhimmitude, l’Exil au Maghreb, La condition juive dans l’Islam (1148-1912), co-écrit avec Paul Fenton, et paru en français et en anglais, soit 800 pages de récits de voyageurs et de diplomates, et autant de preuves des joies de la dhimma, ce contrat entre ‘’protecteur’’ et ‘’esclave’’…

Merci donc mille fois, Bat Yé ‘Or et David Littman, qui ayant préféré ignorer les crachats de vos contempteurs, avez construit une œuvre forte car fondée sur la réalité et la vérité, qui deviendra l’emblème de la renaissance de cette Europe de la Liberté que nous chérissons, ou alors son épitaphe. Ci-git l’Europe dhimmie.

Ne git-elle pas déjà, alors que plus de 20 000 personnes dangereuses ‘’en voie de radicalisation’’ (aveu de défaite que ces euphémismes !) sont déjà fichés dans la seule France, et qu’elle est incapable de défendre ses citoyens, et en particuliers juifs, assassinés parce que Juifs ? Quant à ces derniers, plutôt que de continuer à manifester avec une étoile jaune virtuelle, en attendant d’autres enfumages, ne devraient-ils pas réagir avant qu’il ne soit trop tard, et préserver au moins la vie de leurs enfants ? Car là, ils n’auront plus l’excuse qu’Israël n’existait pas encore…

La valise ou le cercueil, est plus que jamais d’actualité, au moins pour les minoritaires… Le peuple juif doit se sauver lui-même. L’expérience a montré maintes fois que personne ne le fera à sa place.

L’Unesco est en train de couler, son capitaine l’a sabordé (20/01/2014)

e  »Groupe arabe auprès de l’Unesco » (1) a demandé par lettre le 14 janvier dernier l’annulation d’une exposition préparée depuis 2 ans, et sa directrice Irina Bokova a obtempéré 3 jours avant son inauguration.

Fait sans doute unique dans les annales de cette prestigieuse institution, comme de toute institution culturelle respectable. Cette exposition s’intitulait  »Le Peuple, le Livre, la Terre: 3500 ans de relations entre le peuple juif et la Terre sainte ».

Voici copie de la lettre adressée à Mme Bokova.

Cette décision cumule les scandales, tous plus  »énormes » les uns que les autres. Scandale de l’annulation. Scandale du diktat du  »Groupe arabe ». Scandale de l’importation dans ce qui se voulait un Temple de la culture universelle d’un débat de nature politique. Scandale qu’un ensemble de pays puisse à l’Unesco, se regrouper sous une bannière ethnico-politique. Scandale du contenu de la justification de ce groupe. Scandale de l’abdication de sa directrice. Scandale enfin, et celui-là est le plus important, de l’exclusion de la culture et de l’histoire de l’un des plus anciens peuples de l’humanité présente. Scandale absolu !

Les détracteurs de Samuel Phillips Huntington, devront revoir leurs copies. Le Choc des civilisations insistait sur l’importance des oppositions culturelles, civilisationnelles, et religieuses. Sans parler du plus terrible des attentats de tous les temps contre les Tours Jumelles de Manhattan, en 2001, les guerres civiles qui de l’Algérie, à l’Irak, à la Syrie, en passant par l’Afghanistan, ont meurtri et meurtrissent le monde musulman, ne lui avaient-elles pas déjà donné raison? Idem pour les agressions contre les minorités chrétiennes, devenues les cibles et les otages des majorités musulmanes, où les courants islamistes, racistes et fascistes, sont hégémoniques, provoquant des exodes d’une ampleur jamais vue dans l’histoire, que ce soit au Soudan, au Nigéria au Pakistan, en Egypte et au Liban… Et s’il avait encore fallu une nouvelle preuve de la justesse de l’hypothèse d’un gigantesque clash civilisationnel, eh bien, le coup d’Etat qui vient de se produire à Paris, à l’Unesco, est là.

Certes ce coup de tonnerre n’arrive pas dans un ciel serein… C’est le moins que l’on puisse dire. Le fait que le siège de l’Unesco se trouve dans la capitale du même pays où un nazillon se prétendant artiste, porté au pinacle par des cohortes d’admirateurs de toutes les couleurs, a pu récemment vanter les mérites des chambres à gaz, n’est pas pour moi le fait du hasard.

De l’admiration pour les artisans de la Shoah, au négationnisme de l’histoire d un peuple, la boucle est bouclée.

Certains de mes amis m’avaient reproché d’exagérer en voyant dans la quenelle le symbole d’un nouveau type de judéophobie planétaire. La décision de la directrice de l’Unesco, leur donne tort.

La quenelle est aujourd’hui reprise dans de nombreux pays, la plupart du temps dans un décor-signifiant juif. Et récemment en Tunisie, des  »contestataires progressistes », non des islamistes, se le sont appropriés.

Or la quenelle est bien le salut nazi empêché. Le journaliste algérien Arezki Metref vient de nous le rappeler (2), qui en situe l’origine dans le film «Docteur Folamour», où « un scientifique transfuge, nostalgique du régime nazi, n’arrivait à refréner le salut nazi automatique de son bras droit qu’en le retenant de sa main gauche ». Je comprends moins sa tentative de banaliser Dieudonné en en faisant un simple plagiaire de Kubrik, comme si les intentions de l’un et de l’autre n’étaient pas diamétralement opposées. Faudra-t-il demain accepter la promotion de la dictature comme un acte humoristique parce que Chaplin a réalisé  »Le Dictateur » ?

Cette flambée de judéophobie, comme toutes les flambées passées, est le signe certain d’un malaise planétaire profond, certainement dû à la mondialisation économique et médiatique qui rend subitement mitoyennes des mentalités qui ont des histoires et des racines extrêmement différentes, et qui sont encore très loin d’être prêtes au  »dialogue des civilisations », les unes façonnées par des siècles de libéralisme et les autres par des siècles d’intolérance et de crimes contre toutes les minorités, politiques, religieuses, ethniques, culturelles, sexuelles, et intellectuelles, sans même parler de la minorisation de la majorité, les femmes.

Jusqu’à la récente décision d’Irina Bokova, je croyais justement que c’était le rôle d’une institution culturelle comme l’Unesco, de favoriser ce  »dialogue », de faire reculer toutes les intolérances, et en imposant la réalité des cultures et des histoires de faire la nique à tous les dénis de nature politique. Et naturellement, à l’annonce de cette Exposition, je m’étais souvenu de ses premières paroles après son élection en 2009 : « Le serment que je viens de prêter est un engagement au service de l’Humanisme. »

Force m’est de constater aujourd’hui que la directrice a trahi son propre serment. Et plus gravement la mission même de cette prestigieuse institution culturelle internationale, l’Unesco. Loin de tenir à distance la politique et son cortège de divisions, sa décision a exactement l’effet inverse : faire perdre à l’Unesco son indépendance et l’instrumentaliser directement dans les luttes politiques.

L’appel du  »Groupe arabe » à annuler l’Exposition considère qu’elle allait  »faire du tort aux négociations de paix en cours ». Quelles négociations ? L’Appel ne le précise même pas. Dans les hautes sphères de l’Unesco, on se comprend à demi-mots. Mais comme on peut imaginer qu’il s’agit des actuelles négociations israélo-palestiniennes chapeautées par les USA, on aurait bien voulu savoir pourquoi… Pourquoi une telle Exposition  »Le Peuple, le Livre, la Terre: 3500 ans de relations entre le peuple juif et la Terre sainte », mettrait en danger des négociations de paix ? Pourquoi porterait-elle également tort « à l’objectivité et la neutralité de l’Unesco » ?

Pour le  »Groupe arabe », « sous un intitulé en apparence anodin », il s’agit tout simplement d’un des « chevaux de bataille du camp des opposants de la paix en Israël » !!! L’Unesco, qui préparait cette exposition en collaboration avec le Centre Simon Wisenthal, ne s’en serait pas aperçu d’elle-même depuis deux ans… La Ligue arabe, pardon le  »Groupe arabe après de l’Unesco » aurait donc pallié à une carence manifeste… En quoi une iconographie illustrant le fait que le peuple juif a eu un rapport sans discontinuité à sa terre d’origine depuis 3500 ans s’opposerait à la paix ? Ce fait est-il un fait avéré ou un mensonge, un fantasme, une fiction, une manœuvre, un coup bas, une feinte, un croc en jambes, une ignominie ?

Ne serait-il pas vrai que tous les malheurs des Juifs proviennent du fait que refusant de céder sur leurs caractéristiques identitaires et nationales, ils se battirent tant qu’ils purent pour préserver leur intégrité nationale, et demeurer sur leur terre ? Sait-on seulement que la plupart des fêtes juives, dites  »religieuses », sont des fêtes nationales, de résistance à un oppresseur, et plus concrètement aux grandes puissances impériales égyptienne, assyrienne, babylonienne, perse, grecque, romaine?

Ne serait-il pas vrai que lorsqu’ils furent en diaspora, ils ne renoncèrent jamais, hormis des exceptions, ni à leur identité, ni à leur terre d’origine, et se manifestèrent, autant qu’ils le purent, de la solidarité à travers tout le globe ? Ne serait-il pas vrai que trois fois chaque jour ils priaient de revenir  »l’an prochain à Jérusalem » ? Ne serait-il pas vrai que dès que les circonstances historiques le leur permirent, notamment la fin de l’Empire ottoman, ils s’attelèrent à reconstituer leur Etat, dans lequel presque personne ne croyait, et depuis chaque année plus prospère et plus dynamique.

Inversement, tous les malheurs des Arabes, et notamment des Arabes de Palestine, ne proviennent-ils pas précisément du fait qu’ils ont voulu ignorer et continuent d’ignorer le sentiment national et l’aspiration nationale des Juifs, voire même de les nier, allant jusqu’à y voir une sorte de perversité, et un obstacle à la paix, comme l’écrit le  »Groupe arabe » ?

Personnellement, je n’ai pas attendu la nouvelle mode européenne de l’anticolonialisme, pour affirmer le droit des Arabes à l’autodétermination, en Algérie et ailleurs. Je suis resté en Algérie comme Algérien, certes comme un idiot utile, à la condition non-dite de ne rien dire de tous les sujets tabous. Notamment celui des Juifs, et celui de l’exode d’un million de non-musulmans comme conséquence de la volonté du FLN de mettre en place une Algérie arabo-islamique. Déjà chassé par l’islamisme en 1993, je fus ostracisé par l’Etat en 2007, suite à l’interdiction de mon dernier film qui pour la première fois disaient ces choses à ne pas dire (3), mais également vilipendé par l’intelligentsia de gauche qui se comporte plus comme un relai de l’Etat que comme sa contestation.

Je suis donc tout à fait à l’aise aujourd’hui pour affirmer qu’une grande partie du malheur arabe provient de ses obsessions judéophobes. Lesquelles ont précédé la renaissance d’Israël de près de 13 siècles. Je m’explique sur tout cela dans mon dernier livre :  »Le Monde arabe face à ses démons : Nationalisme, Islam et Juifs » (4). J’y explique notamment que de ces trois unanimismes qui font obstacle à la naissance d’une véritable pensée démocratique, le troisième, l’unanimisme judéophobe, est le plus redoutable et le moins remis en cause.

L’intelligentsia du monde arabe a un immense travail à faire pour s’émanciper de ces trois empêchements à penser qui agissent comme des réflexes conditionnés. Même s’il est clair que sa tâche n’est pas facile. Toucher à l’un de ces trois tabous, c’est au minimum l’exclusion de la communauté, et le plus souvent la mort. Qui ne connait pas la liste de cet intellectocide méconnait tout du monde arabo-musulman.

Pour s’être rendu au Salon international du Livre à Jérusalem en Mai 2012, comme invité d’honneur, je rappelle que l’écrivain algérien Boualem Sansal qui venait de recevoir à Paris le Prix du Roman arabe, fut sanctionné par les ambassadeurs du monde arabe qui le privèrent de la dotation ! Lorsque fin Mars 2001, dans un Appel publié par le Monde (5), 14 intellectuels arabes, parmi lesquels Adonis, Darwich, et Edward Saïd, demandèrent l’annulation de la Conférence mondiale du négationnisme qui devait se tenir à Beyrouth, à l’initiative d’un néo-nazi suisse, Jürgen Graf, à qui Khomeiny avait accordé l’asile et la nationalité, ce fut une levée immédiate de boucliers dans le monde arabe. L’Union des écrivains jordaniens demanda des comptes à chacun d’eux. L’histoire retiendra qu’un seul se déjugea et ce fut Edward Saïd. Enfin et pour ne pas multiplier les exemples, rappelons que le grand poète syrien Adonis, depuis longtemps en exil, fut exclu de l’organisation des Ecrivains arabes, uniquement pour avoir dit que les Arabes devaient reconnaitre que les Juifs sont une composante de l’histoire du Moyen-Orient !

En dictant à la directrice de l’Unesco l’annulation de l’Exposition,  »le Groupe arabe » fonctionne selon la même logique que cette organisation des écrivains arabes : ils nient que les Juifs soient une composante nationale du Moyen Orient. C’est l’ignorance de l’histoire juive, et plus encore, la volonté de la nier, qui font réellement tort aux actuelles négociations israélo-palestiniennes. Depuis longtemps j’avais coutume de dire que la question palestinienne ne pourra être réglée tant que le monde arabe ne règlera pas sa question juive. Ce qui vient de se passer à l’Unesco me donne, malheureusement, une nouvelle fois raison. Comment imaginer un seul instant que puissent aboutir des négociations où l’un des deux partenaires nie l’identité de l’autre, et sa légitimité à être une  »composante » de cette région ? ! !

Et s’il est vrai que nier la réalité mène au délire, on aurait pu penser que cette Exposition sous l’égide de l’Unesco, aurait pu avoir des vertus plutôt thérapeutiques. Rappeler que le peuple juif, à force de résister et d’endurer un certain nombre d’avanies, puis de les surmonter, s’était constitué ce qu’on appelle une histoire, laquelle à force d’être transmise de générations en générations, durant 3500 ans, est devenue une mémoire, en quoi cela pouvait-il « porter tort aux négociations de paix en cours ou a l’objectivité et la neutralité de l’Unesco » ?

N’est-ce pas plutôt le diktat du  »Groupe arabe auprès de l’Unesco » et l’abdication de sa directrice convertie en activiste de la campagne de Boycott d’Israël (BDS), qui « porte tort aux négociations en cours, à l’objectivité et la neutralité de l’Unesco » ?

Faut-il rappeler qu’Irina Bokova ne fut élue que parce que la candidature du favori, Farouk Hosni, ministre égyptien de la Culture durant plus de vingt ans, ne fut invalidée qu’in-extrémis en raison de ses nombreux propos judéophobes. N’avait-il pas déclaré en 2008 qu’il irait «lui-même bruler les livres écrits en hébreu» dans les bibliothèques égyptiennes ? Le même qui avait invité au Caire le philosophe négationniste Roger Garaudy, et dénoncé « l’infiltration des juifs dans les médias», n’avait-il pas déclaré en 1997 : « Les juifs volent notre histoire et notre civilisation ; ils n’ont pas eux-mêmes de civilisation ; ils n’ont pas de pays et ne méritent pas d’en avoir. Donc, ils essayent de créer un pays par la force.»

L’annulation de l’Exposition  »Le Peuple, le Livre, la Terre: 3500 ans de relations entre le peuple juif et la Terre sainte », ne procède-t-elle pas de la même pensée? Et si les mêmes causes entrainent les mêmes effets, ce qui avait valu à Farouk Hosni sa non-élection, ne doit-il pas valoir aujourd’hui à Irina Bokova, en toute logique, son éviction?

Car au-delà de sa personne, il y va de la crédibilité même de cette institution. Soit l’annulation est maintenue et l’Unesco perdant toute légitimité se transforme en une nouvelle OIG anti-juive (Organisation Inter-Gouvernementale). Soit le  »Groupe arabe » est désavoué, et Irina Bokova nous doit au minimum un mea-culpa.

Je suis curieux de voir quelle sera la réaction des autres Etats qui financent l’Unesco, et notamment les USA, dont le Président lors de son dernier voyage en Israël en 2013, martela avec force, ovationné par un public d’étudiants, à Jérusalem (et non à Tel Aviv), qu’Israel était bien l’Etat du peuple juif héritier d’une histoire de 3500 ans.

J’attends aussi avec curiosité la réaction de tous ces intellectuels français bien-pensants qui s’étaient insurgés contre l interdiction des spectacles négationnistes de M. Mbala Mbala.

En attendant, mon pronostic est le suivant : si les USA et les Etats européens principaux financeurs de l’United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization fermaient les yeux et la bouche, si la directrice n’était pas obligée de revenir sur sa décision, ou justement congédiée, alors compte tenu de la dimension mondiale de cette institution et par conséquent de cette annulation, comme du fait que le  »Groupe arabe auprès de l’Unesco » s’il n’est pas l’émanation directe de la Ligue arabe, en est extrêmement proche, alors disais-je, on pourrait considérer que nous venons d’assister en direct à l’enterrement des négociations israélo-palestiniennes.

Quelles que seront les suites de cette nouvelle  »Affaire », l’annulation par l’UNESCO, de l’Exposition  »Le Peuple, le Livre, la Terre: 3500 ans de relations entre le peuple juif et la Terre sainte », peut d’ores et déjà être considérée comme une des plus graves agressions symboliques contre les Juifs depuis la Shoah.

Décidément 2014, marquée par le sceau de la judéophobie délirante et consciente, a bien démarré !

___________

(1) La lettre est signée par  »Abdulla Alacalmi, délégué des Emirats arabes unis, Président du groupe arabe auprès de l’Unesco ».

(2)  »Dieudonné et autres énigmes »- Soir d’Algérie- Dimanche 12 Janvier 2014

(3) ‘Algérie, histoires à ne pas dire », écrit et réalisé par l’auteur, diffusé en salles en France en 2008.

(4) – Editions Colin – 2013

(5) Le Monde. 15 Mars 2001

Le Figaro pris en flagrant délit d’esprit partisan (13/04/2014)

J’ai adressé un courrier au directeur des rédactions du Figaro, Mr. Brézet, resté sans réponse. Le voici dans son intégralité.

Monsieur le Directeur du Figaro,

Bien que traditionnellement « de gauche », j’avais bien dû me convaincre que vous étiez plus objectif que vos concurrents portant cette étiquette.

Je m’en étais persuadé notamment sur l’exemple de l’Algérie d’où je viens et où j’ai vécu jusqu’en 1993, lorsque je m’étais aperçu (et indigné) que vos concurrents préféraient les islamistes aux démocrates algériens. Puis plus récemment à propos du conflit judéo-arabe.

D’une façon générale, le clivage droite/gauche ne signifiant plus rien pour moi, seul m’importait la vérité, et il me semblait que vous vous en rapprochiez le plus.

Or l’article de votre correspondant Mr. Louis : Au Proche-Orient, le compromis n’a jamais semblé aussi lointain (Le Figaro du 7 avril 2014), m’a profondément choqué.

Est-ce dû à la seule plume de votre correspondant, ou à une nouvelle ligne éditoriale, je n’en sais rien. Toujours est-il, que je vous prends en flagrant délit d’esprit partisan.

J’avais cru comprendre par le passé que Le Figaro comprenait mieux que ses concurrents de gauche que le monde arabe :

  • ne fonctionne pas selon les normes connues de la démocratie, ce que d’ailleurs bon nombre d’Israéliens ne comprennent pas non plus, immergés qu’ils sont dans un monde de totale liberté d’expression.
  • a un problème sérieux, profond, structurel avec la question juive.

Dans mon dernier livre « Le monde arabe face à ses démons : nationalisme, islam, Juifs (Colin), je résume la difficulté du monde arabe par rapport au conflit judéo-arabe ainsi : la résolution de la Question palestinienne a un préalable, la résolution par le monde arabe de SA Question juive.

Le monde arabe considère que les Juifs ne sont pas une composante du Moyen-Orient. Pour avoir contredit cette position, le célèbre poète syrien exilé, Adonis, s’était fait éjecter de l’Union des Ecrivains arabes ! Plus encore, le monde arabe refuse toute légitimité à Israël, juste acceptée par certains diplomates, comme un fait accompli. Anouar Sadate fut assassiné pour avoir foulé le tabou, comme vous le savez.

Comment imaginer que des négociations, quelles qu’elles soient, puissent déboucher sur quelque chose de positif, quand l’un des partenaires refusent à l’autre de le reconnaitre, c’est-à-dire ici, de reconnaitre sa légitimité d’Etat du peuple juif. 1

Tant que ce préalable ne sera pas accepté par le monde arabe (car malheureusement, les Palestiniens n’ont aucune autonomie de jugement en ce qui concerne Israël), aucune négociation ne pourra aboutir. Dire autre chose, c’est leurrer son public et dépenser de l’argent pour rien.

Ces négociations ont échoué et seuls ceux qui ne veulent pas comprendre cette chose si simple, peuvent jouer à l’étonné. Mais le cas de votre correspondant est plus grave, il ne joue pas, lui, à l’étonné. Il sait, lui, que le seul fautif est Israël !

Or Mr Netanyaou a affirmé et depuis longtemps qu’il acceptait la création d’un Etat palestinien qui sans doute sera immédiatement “arabe et musulman », puisqu’il est déjà représenté dans la Ligue arabe, et dans l’Organisation de la Conférence Islamique dont la Déclaration des Droits de l’Homme, en islam, comme vous devriez le savoir, comporte une référence à la charia, quasiment à chacun de ses articles.

Qui donc a fait échouer à nouveau les négociations, ou le dit « processus » de paix ?

J’espère que votre Courrier des lecteurs acceptera de publier ce texte [Dreuz: non, Le Figaro a refusé avec mépris de publier ce texte] dont j’ai eu beaucoup de mal à en gommer toute forme d’indignation.

J’espère surtout lire des choses plus sensées à l’avenir dans un journal que je m’étais habitué depuis 1993 à respecter.

1 Ce qui, soit dit en passant, n’empêche pas l’existence des minorités ethnico-religieuses avec une citoyenneté égale. Et comme vous le savez Israël peut s’enorgueillir de voir prospérer en son sein une population de près de 20% d’Arabes, alors que le monde arabe a chassé son million de Juifs, de terres qui avaient été habitées par des Juifs comme par exemple en Irak, en Arabie, en Egypte, près de 1000 ans avant l’arrivée des armées musulmanes ! Et par ces temps où les Musulmans n’en finissent pas de s’étriper (et le mot n’est malheureusement pas déplacé) dans presque tous les pays musulmans, Israël peut aussi légitimement s’enorgueillir d’être le seul pays du Moyen-Orient où les Musulmans de divers rites vivent pacifiquement.

En Europe, on peut à nouveau tuer tranquillement des Juifs (10/06/2014)

C’est un constat, pas une appréciation. Bruxelles n’a pas été élue par hasard, par le criminel et l’organisation dont il dépend. C’est la capitale de l’Europe ! Ce crime, spectaculaire, scelle l’union de l’Europe et de l’islamisme, comme le meurtre des juifs dans les années 30 et 40 avait scellé l’union de l’Europe et du nazisme.

Hitler annonça son projet presque 20 ans avant de passer à l’acte. Fut-il arrêté préventivement ? Non ! Fut-il même entravé, alors qu’il le mettait tranquillement en œuvre ? Nullement ! L’Europe, l’ancienne, collabora ! Quant à la nouvelle, outre-Atlantique, ignorait-elle ce qui se tramait dans les camps de la mort? Pas du tout! Bombarder les lignes de chemins de fer eut sauvé des millions de juifs. Le firent-ils? Que nenni!

Tout comme le nazisme, l’islamisme est un totalitarisme. Bien plus dangereux d’ailleurs, car il puise son inspiration dans une religion qui a un milliard d’adeptes. Il nourrit le même rêve fou de conquérir le monde. Et tout comme le nazisme, en préliminaire, de détruire les juifs. C’est-à-dire aujourd’hui Israël, où comme hier en Europe, se trouvent à nouveau 6 millions d’autres juifs, et même un peu plus…

L’expérience nazie a-t-elle servi au moins à se prémunir vis-à-vis d’autres semblables tentatives? L’islamisme, comme idéologie, a-t-il été condamné et combattu, au moins à titre préventif? Non et non! L’Iran a-t-elle été exclue de l’ONU pour avoir menacé de rayer de la carte Israël? Le Hamas qui a inscrit dans sa Charte fondatrice l’objectif de reconquérir toute  »la Palestine », et conformément à l’eschatologie musulmane, de tuer les juifs jusqu’aux derniers, a-t-il été prié de la modifier pour obtenir le soutien de l’Europe et de l’Amérique? Non, toujours non! L’Europe sans la moindre garantie s’est précipitée (à Munich, allais-je écrire) pour adouber le nouveau gouvernement palestinien dit  »d’union nationale » ou encore  »technocratique », et le Hamas, d’un coup de baguette magique est redevenu légitime!

Ce qui donc a été possible hier, est encore possible aujourd’hui. L’idéologie criminelle n’est pas stigmatisée comme telle. Et les différentes étapes du passage à l’acte, qui précède la solution finale, non plus: on peut insulter, cogner, tuer un juif, menacer, boycotter, bombarder Israël. Et même l’effacer – en attendant- des cartes de géographie, dans les écoles de Mahmoud Abbas, sans parler de celles de Gaza, et sans parler des armoiries du Fatah et de l’OLP, sans parler de ces jingles de la TV de l’Autorité palestinienne où le nom des villes israéliennes font partie de la  »Palestine », de Tel Aviv à Jéricho! Sans que tout cela n’émeuve le Consulat français de Jérusalem, qui a pourtant reçu officiellement la mission du Quai d’Orsay de représenter diplomatiquement la France en  »Palestine ». Pas plus d’ailleurs qu’il ne fut ému de la quenelle, ce signe rassembleur de la nouvelle judéophobie planétaire, ostensiblement exhibée par un artiste palestinien accueilli, avec d’autres, dans ses locaux, et dont la photo n’a même pas été dissimulée…

Cette jonction de l’islamisme et du nazisme n’est d’ailleurs pas une nouveauté. Le fondateur du panislamisme et du panarabisme, n’était autre, que le grand Muphti de Jérusalem qui dut son titre à l’Angleterre mandataire, dès les années 20. Et est-ce un hasard s’il se retrouva immédiatement aux côtés d’Hitler, à Berlin, prônant par la parole et le glaive, la destruction des juifs? De tous les juifs. Allant même jusqu’à reprocher à Ribbentrop de ne s’être occupé que des juifs d’Europe! Amin El Husseini avait sa place, toute sa place, au Tribunal de Nuremberg, en tant que grand criminel de guerre. Par quelle grâce y échappa-t-il ? Mais par la grâce de l’Europe, pardi ! Et notamment de la Grande-Bretagne, et de la France de De Gaulle qui l’hébergea luxueusement puis le laissa s’en retourner tranquillement au Moyen-Orient où pullulaient déjà les officiers nazis, arborant de nouveaux patronymes arabes, recyclés dans la propagande anti-israélienne, puis dans  »la juste-cause-du-peuple-palestinien ».

Les descendants politiques et généalogiques d’Amin El Husseini, lequel juste avant sa mort tint à déclarer qu’il partait tranquille puisque  »5 millions de Juifs » étaient partis en fumée, l’ont-ils condamné, banni de leur Panthéon ? Jamais ! Ni Mahmoud Abbas. Ni hier Yasser Arafat qui s’enorgueillit même d’en être le petit neveu. Ni aujourd’hui Leïla Shahid, de la même famille des Hussein (famille d’Arabie, gardienne de la Mecque), et  »ambassadrice de la Palestine auprès de l’Union européenne »… Tiens, à Bruxelles ! Cette ambassadrice a-t-elle élevée sa voix pour défendre le Professeur Mohammed Dajani de l’Université palestinienne El Qods, attaqué de toutes parts pour avoir accompagné en Mars un groupe d’étudiants palestiniens à Auschwitz, et qui ces jours-ci vient d’être obligé de démissionner, démission aussitôt acceptée par le président sortant Sari Nusseibeh, et par son successeur Imad Abu Kishek ? Non, trois fois non !

L’Europe et l’Amérique qui s’émeuvent dès que les partis populistes dépassent le score de 20%, ont-ils de leurs côtés exigé la critique de l’héritage nazi des leaders palestiniens et arabes ? A ce stade, vous devinez tout seul.

C’est donc un constat, l’Europe fait bon ménage aujourd’hui avec l’islamisme, comme hier avec le nazisme. Chassés d’Afrique du Nord et récemment d’Egypte par les armées locales, les islamistes, accueillis à bras ouvert, ont élu domicile dans toute l’Europe, de la Suède à l’Espagne… DANS TOUTE L’EUROPE, occidentale et démocratique ! Dans les années 90, les intellectuels, artistes et démocrates algériens massacrés par les milices du GIA dénoncèrent cette complicité de l’Europe, l’ancienne et la nouvelle, outre-atlantique. Qui les écouta ? Les journalistes des grands titres français  »de gauche » les qualifièrent aussitôt de  »suppôts du pouvoir ».

La conclusion logique est donc qu’en Europe, on continuera à massacrer des Juifs. Autant le savoir ! Et ce, quelles que soient les déclarations de ministres de l’intérieur. Minables, puisque tant pour Merah que pour Nemmouche, ils ont été pris en flagrant délit de faute professionnelle. Fichés comme de dangereux terroristes, on les laisse évoluer à loisir d’un pays à l’autre de cette Europe jusqu’à ce qu’ils atteignent leurs cibles.

Mais peut-on même parler de  »faute » lorsque l’idéologie qui les nourrit, l’islamisme, n’est même pas déclarée hors-la-loi ? A peine, une négligence ! Eventuellement on changera le patron de la police, ou même le ministre…

On continuera à massacrer les Juifs en Europe parce que  »la passion génocidaire » (livre de Georges Bensoussan) n’y est pas une folie passagère, mais inscrite dans son patrimoine culturel et religieux même, dont on s’est bien gardé jusqu’à présent d’en faire l’inventaire critique et surtout la totale épuration.

Et dans le monde arabo-musulman, on continuera de haïr le Juif et de vouloir l’occire, tant que ses théologues, et son intelligentsia ne s’attèleront pas à la même tâche, car pareillement la judéophobie ( »Prêcheurs de haine » de Taguieff) est inscrite profondément dans le patrimoine culturel musulman : on ne traite pas impunément les Juifs de  »singes » et de  »cochons » à longueur de siècles, et à longueur de pages, dans les trois textes les plus sacrés de la tradition islamique, le Coran, les Hadiths, et la Sira… On n’égorge pas impunément 600 à 900 Juifs,  »hommes en âge de se raser », par la main du chef de guerre prophète Mohammed lui-même (le massacre de la tribu des Banu Qurayza est sobrement évoqué dans le Coran, mais avec un luxe de détails dans la Sira)…

On continuera à massacrer des Juifs, car à ces raisons relevant aujourd’hui quasiment de l’imaginaire et de la symbolique, s’ajoutent des raisons aggravantes, historiques, politiques, économiques, géostratégiques. Et on peut même se demander si cette étrange permissivité vis-à-vis des islamistes, en Europe même, l’ancienne et la nouvelle, ne viserait pas à leur faire accomplir le travail… par délégation, si je puis dire. Comme hier avec les nazis.

Il est d’ailleurs encore plus étrange que certains Juifs ne se soient pas encore aperçus que depuis Camus la peste avait, sinon changé de couleur, du moins pris une nouvelle teinte…

Le monde aujourd’hui, comme hier l’Europe, rêve d’unité, et n’a de cesse d’y advenir. Aujourd’hui avec le monde arabe, ( »Eurabia » de Bat Yé’Or). D’où toutes les opérations, notamment  »culturelles », autour de la  »Méditerranée ». Et hier comme aujourd’hui, les Juifs/ Israël, sont vécus comme des empêcheurs d’unité. Qui n’a pas lu Jean-Claude Milner doit se précipiter sur les  »Penchants criminels de l’Europe démocratique ». Il y produit, magistralement, la démonstration que l’Europe n’a pu réaliser son unité qu’une fois la solution finale achevée, et que de ce point de vue c’était bien Hitler et le nazisme qui avait vaincu, puisque tel était leur principal objectif.

Non, Bruxelles n’a pas été choisi par hasard.

Mais bien parce qu’elle est la capitale de ces Etats Unis d’Europe, ce nouvel Empire qui a les  »Frontières d’Auschwitz » (livre essentiel de Shmuel Trigano) bâti sur un vaste cimetière, et encore c’est beaucoup dire, puisque l’invention du four crématoire a même économisé l’espace  »vital ». Et aussi, parce qu’à ce titre, elle se veut aujourd’hui le fer de lance de la culpabilisation d’Israël par rapport au  »problème palestinien ».

Or, le  »problème palestinien » est né d’une multitude de refus arabes que les Juifs puissent aussi s’autodéterminer sur une partie de leur terre historique, et même seulement sur un dixième de ce qui devait initialement leur revenir selon le Traité de San Rémo de 1922. Le Muphti de Jérusalem, toujours le même, Amin el Husseini, refusa toutes les propositions que lui fit Ben Gourion lors de très longues négociations secrètes dont l’échec se conclut à Londres en 1939, y compris celle d’une Fédération de trois pays souverains issus de la Palestine mandataire (le troisième pays étant la Transjordanie déjà offerte en 1921 par les Anglais à l’Emir Abdallah, un autre Hussein de la même famille d’Arabie gardienne de la Mecque, devenu en 1946 Jordanie, où vivent aujourd’hui 80% de  »Palestiniens »).

Tout le monde sait que la décision de l’ONU (Novembre 1947), de partager ce qui restait de cette Palestine mandataire, entre un  »Etat juif » et un  »Etat arabe », fut refusé par les Arabes, tant de  »Palestine » que des pays avoisinants, se jetant aussitôt sur les Juifs, avec leurs milices puis leurs armées, et plus encore après la naissance de l’Etat d’Israël en Mai 48, avec un seul objectif déclaré : bouter les Juifs hors de Palestine !

C’est-à-dire hors de leur contrée historique, la Judée, que les Romains baptisèrent  »Palestine », du nom de leurs pires ennemis, les Philistins…!

Mais peu de gens savent que les pays arabes refusèrent aussi la solution préconisée par une minorité de pays (Yougoslavie, Inde, etc…) de créer un Etat fédéral judéo-arabe. Les Arabo-musulmans, de Palestine et d’ailleurs, n’acceptèrent jamais qu’après 13 siècles de dhimmitude, d’obligation à porter des vêtements distinctifs et notamment la rouelle jaune, de persécutions, et d’humiliations les plus innommables, les Juifs puissent soudain prétendre s’émanciper et redevenir souverains. Et encore moins, réussir. Quelle insolence ! (Une si longue présence, ou Comment le monde arabe a perdu ses Juifs, Nathan Weinstock).

Et Weinstock insiste, il dit bien les Juifs, et non les  »sionistes », car au 20e siècle, les premiers Juifs à se faire égorger, que ce soit en 1921 à Jérusalem, ou en 1929 à Hébron ( »Le Juifs errant », d’Albert Londres), ne furent pas des  »sionistes », mais de bons vieux Juifs orthodoxes, habitués à l’antique dhimmitude, prêts à continuer cette vie d’inférieurs, et antisionistes pour cette raison autant que pour des raisons religieuses . Ce que l’ambassadrice Leïla Shahid a l’air d’ignorer, puisque partie au Salon du livre de Casablanca pour se faire le porte parole d’un livre qui célèbre les bonnes relations entre juifs et musulmans dans le monde islamique (sous la direction de Meddeb et de Stora, qui ne sont ni l’un ni l’autre des spécialistes de l’histoire juive, ou judéo-arabe !), elle ose dire droit dans l’œil de la caméra, que les Juifs n’y eurent jamais à se plaindre d’aucune violence ! Et ce à quelques mètres de livres tous plus antijuifs les uns que les autres, de  »Mein Kampf » aux  »Protocoles des Sages de Sion », édités dans tous les pays arabes, dans un Salon du livre dénoncé par sa virulence antijuive, y compris dans la presse française de  »gauche », mais que l’ambassadrice n’a pas remarqués !

Alors oui, tant que l’Europe, l’ancienne et la nouvelle, ne sera pas en mesure de rappeler aux Arabo-musulmans de Palestine, et d’ailleurs, qu’il est la cause essentielle de son propre malheur, de sa Naqba, de sa  »catastrophe » et que le peuple juif est pleinement légitime en Israël, parce qu’il a des droits que chaque pierre profère, on continuera d’y massacrer des Juifs. Est-elle en mesure de le faire?

J’en doute, puisque l’UNESCO elle-même cédant à la pression de son  »groupe arabe » annula l’Exposition  »3500 d’histoire juive » qui devait se tenir en janvier dernier à Paris, autre capitale, culturelle, de l’Europe, ancienne et nouvelle… ! Annulation scandaleuse qu’à ma connaissance seuls les Juifs dénoncèrent, et qui à cause de cela fut transformée en  »report » de quelques mois (inauguration, le 11 juin prochain, c’est-à-dire dans cette période idéale d’examens et de préparation aux vacances).

Et j’en douterai tant qu’en un temps où tous les mouvements de libération nationale du monde sont portés aux nues, l’on puisse impunément en agonir un seul, comme par hasard celui du peuple juif, le sionisme, portant ainsi atteinte à la dignité non plus d’un homme, mais de tout un peuple.

Alors pour Nasser, Ben Bella, Khadafi, Saddam Hussein, Arafat, ce serait le paradis? Et pour Ben Gourion, l’enfer?

Non, l’Europe n’est décidément pas engagée dans cette voie de la vérité historique, puisqu’en France par exemple, la TV n’invite jamais Taguief, Milner, Weinstock, Bat Ye Or ou Trigano, mais Ramadan, Ramadan, toujours Ramadan !

Et tant qu’elle ne proclamera pas hors la loi l’islamisme et l’anti-sionisme, on continuera d’y assassiner des Juifs, parce que Juifs.

Ne pas vouloir comprendre cela, et ne pas exiger du monde arabo-musulman, comme PREALABLE qu’il reconnaisse solennellement les droits du peuple juif à un Etat souverain où il ne soit pas minoritaire et où il puisse s’autodéterminer – ce qui est à proprement parler la définition du sionisme – c’est vouloir forcer Israël à signer un nouveau Traité de Houdeïbya (signé par le prophète chef de guerre Mohammed pour 10 ans, et remis en cause une année après, lorsqu’il se renforça militairement).

En effet, rappelons que le monde arabe représenté par la Ligue arabe, puis à partir de 1964, le mouvement national palestinien, ont longtemps refusé de reconnaitre l’existence même d’Israël. Arafat, et aujourd’hui Mahmoud Abbas y ont été forcés. Et lorsque ce dernier, aujourd’hui, refuse de reconnaitre précisément Israël comme l’Etat du peuple juif, qu’est-ce à dire, sinon qu’il accepte Israël provisoirement, faute de mieux comme un fait, accompli mais réversible, comme une sorte de Traité de Houdeïbya.

La confirmation vient d’ailleurs de tomber : le porte-parole Hamas du nouveau gouvernement palestinien, Al Ghussein, révèle que lorsque M. Abbas dit reconnaitre Israël : ‘These words are meant to trick the Americans‘ (« Ces mots sont destinés à tromper les Américains »).

Enfin, le Hamas affirme toujours dans sa Charte que son but est de faire disparaitre Israël (Art 11):  »La Palestine est une terre islamique waqf pour toutes les générations de musulmans jusqu’au jour de la résurrection »). Et l’Europe, l’ancienne et la nouvelle, n’ont même pas posé pour condition au nouveau gouvernement palestinien d’union nationale, la suppression de cet article, et de bien d’autres…

L’Europe, la nouvelle et l’ancienne, veut s’unir au monde arabo-musulman, nonobstant le fait que la Déclaration des  » Droits de l’Homme en Islam » adoptée par les 57 pays de l’OCI (Organisation de la Conférence Islamique) contredit totalement la Déclaration universelle de l’ONU. Et manifestement, tels hier les Juifs en Europe, Israël aujourd’hui est le gêneur de cette ré-union de l’Occident et de l’Orient au goût municho-gazaoui.

N’ayant pu imposer les Frères musulmans dans les années 90 au peuple d’Algérie, et plus récemment aux autres peuples du Maghreb et d’Egypte, on voudrait aujourd’hui les imposer au peuple d’Israël par leur branche palestinienne, c’est-à-dire le Hamas. Menacé et mis sur la défensive par le Général Sissi, récemment devenu le président d’Egypte, le voilà à nouveau remis en scène et prêt à resservir.

Comment alors ne pas voir que la conclusion logique est qu’en Europe, on continuera à massacrer des Juifs ? Non parce qu’un loup solitaire aurait perdu le chemin de sa forêt. Mais pour des raisons structurelles. Parce que comme le dit Benjamin Murmelstein dans le dernier film de Lanzman8, lorsque l’on déboise, le climat change. Et le climat a certes bien changé. En Europe comme dans le monde arabo-musulman où l’on a aussi beaucoup déboisé, complètement même, puisqu’en quelques années, il s’est vidé de tous ses Juifs. Un million de Juifs ! Eux du moins eurent le choix entre la valise ou le cercueil.

Oui sans aucun doute, en Europe, on continuera à massacrer des Juifs. Autant le savoir.

Surtout, autant que les principaux concernés le sachent ! Y compris ceux qui n’ayant rien appris de l’histoire, pensent qu’être anti-sionistes ou anti-israéliens pourrait les préserver.

Le rêve d’effacer Israël n’a pas disparu. Au contraire il est le plus grand rêve du monde arabo-musulman, comme le reconnaissent, courageusement, même certains intellectuels arabes du Moyen Orient9.

Bien avant l’Iran, Ben Bella, qui fut le premier président de cette république algérienne dont je fus le citoyen, avait déjà préconisé, dans les années 80, la bombe atomique pour rayer Israël de la carte. Effacement ainsi justifié :  »Israël est un véritable cancer greffé sur le monde arabe… Ce que nous voulons, nous autres Arabes, c’est être. Or nous ne pouvons être que si l’autre n’est pas.  » .10

Et s’il n’y aura pas de Shoah-bis, on ne le devra pas à l’Europe. Ni à l’ancienne, ni à la nouvelle. Ni encore aux alter-Juifs. Mais à l’existence même d’Israël et à la volonté du peuple juif de ne plus rétrocéder à quiconque son devoir d’autogestion et d’autodéfense.

Et n’en déplaise à feu Ben Bella, ses adeptes et disciples devront se trouver une autre manière d’exister.

Jean-Pierre Lledo est l’auteur de deux livres publiés récemment :

– La Révolution démocratique dans le Monde arabe/ Ah si c’était vrai !

– Le Monde arabe face à ses démons/ Nation, Islam, et Juif

Ô peuples de gauche, vous n’êtes pas racistes! (24/07/2014)

GAZA – Vous les Européens, vous les Américains, vous l’Internationale  »de gauche », aviez-vous entendu parler de tout cela, tout ce que j’énumère dans ce texte, avant de vous précipiter dans les rues derrière les drapeaux du Hamas?

C’est un sale coup que sont en train de faire les rejetons de notre siècle à leurs ancêtres. Marx, Lénine, Staline, Trotsky, frayant avec Goebbels. Hitler dans le même lit que son ami palestinien Amin El Husseini, et que Hassan El Banna, fondateur des Frères Musulmans. Sans parler de Mohammed, le Prophète lui-même, au nom duquel on vient de s’emparer de la République! Tous derrière le drapeau du Hamas brandi, chantant la nouvelle Internationale:  »C’est le Djihad final, groupons-nous et demain, le Khalifat sera le genre humain »…

Tous derrière le Hamas (acronyme en arabe de Mouvement de la Résistance Islamique)! Dont les statuts disent notamment:

    • Le Mouvement de la Résistance Islamique est l’une des ailes des Frères musulmans en Palestine (Art 2).
    • La structure fondamentale du Mouvement de la Résistance Islamique est constituée de musulmans qui ont levé l’étendard du Djihad… (Art 3).
    • Le Mouvement de la Résistance Islamique aspire à l’accomplissement de la promesse de Dieu, quel que soit le temps nécessaire. L’Apôtre de Dieu – que Dieu lui donne bénédic­tion et paix – a dit: « L’Heure ne viendra pas avant que les mu­sulmans n’aient combattu les Juifs, avant que les Juifs ne se fussent ca­chés derrière les pierres et les arbres et que les pierres et les arbres eussent dit: ‘Musulman, serviteur de Dieu ! Un Juif se cache derrière moi, viens et tue-le. Un seul arbre aura fait exception, le gharqad qui est un arbre des Juifs » (hadîth rapporté par al-Bukhârî et par Muslim) (Art 7).
    • Le Mouvement de la Résistance Islamique considère que la terre de Palestine est une terre islamique waqf pour toutes les générations de musulmans jusqu’au jour de la résurrection. Il est illicite d’y renoncer en tout ou en partie, de s’en séparer en tout ou en partie… Tel est son statut selon la Loi islamique, statut identique à celui de toute terre conquise par les musulmans de vive force. A l’époque des conquêtes, en effet, les musulmans ont constitué ces terres en biens waqf pour toutes les générations de musulmans jusqu’au jour de la résurrection (Art 11).
  • Il n’y aura de solution à la cause palestinienne que par le Djihad. Quant aux initiatives, propositions et autres conférences internationales, ce ne sont que pertes de temps et activités futiles. (Art 13).
  • Dans la bataille de libération, la femme musulmane a un rôle qui n’est pas inférieur à celui de l’homme : être l’usine à hommes (Art 17).
  • Grâce à l’argent, ils (les Juifs) règnent sur les médias mondiaux, les agences d’informations, la presse, les maisons d’édition, les radios, etc. Grâce à l’argent, ils ont fait éclater des révolutions dans différentes régions du monde pour réaliser leurs intérêts et les faire fructifier. Ce sont eux qui étaient derrière la révolution française, la révolution communiste et la plupart des révolutions dont nous avons entendu et entendons parler de-ci de-là (Art 22).
  • Le Hamas encourage les mouvements nationalistes (arabes) tant qu’ils ne font allégeance ni à l’Orient communiste ni à l’Occident croisé (Art 25).

Ces statuts, à quelques détails près, pourraient être ceux de tous les islamistes du monde. Mêmes visions du monde, mêmes buts et moyens de les atteindre.

C’est en leur nom:

  • Que les Frères musulmans égyptiens se lancèrent dans une politique d’assassinats politiques vers la fin des années 1940, qui valurent à leur chef, Hassan El Banna, d’être pendu.
  • Qu’Amin El Husseini, le premier leader palestinien fit assassiner en 1929, dans leurs lits, les Juifs de Hébron.
  • Qu’en 2001 les Tours jumelles furent abattues avec leurs milliers de victimes carbonisées.
  • Que durant la  »décennie noire » 1990-2000, le FIS et son bras armé le GIA s’attaquèrent d’abord à la fine fleur de l’intelligentsia algérienne, avant de s’en prendre au peuple pour sa tiédeur: 200.000 morts au total.
  • Que les islamistes tunisiens viennent d’abattre dans une embuscade des soldats de l’armée régulière: 14 en quelques minutes.
  • Qu’il y a quelques jours l’armée islamique du Levant à tué 270 civils syriens alaouites, une balle dans la tête, les uns derrière les autres, en moins d’une heure.

C’est en leur nom aussi que le Hamas palestinien, lorsqu’il prit le pouvoir dans la bande Gaza en 2006, évinça son concurrent le Fatah, parti de Mahmoud Abbas: 118 tués en une semaine, selon la CICR. Meurtre de civils, exécutions publiques des opposants politiques et des prisonniers, dont certains jetés d’immeubles, combats dans les hôpitaux, tirs à partir de véhicules portant le sigle « TV » utilisés par la presse: les images doivent encore se trouver sur le net.

C’est en leur nom que le Hamas met au point ses purges en exécutant sommairement, sans possibilité pour l’accusé de se défendre, tout militant gênant ou trop ambitieux, juste en le traitant de  »collabo d’Israël ». Le net regorge d’images de ces lynchages à mort, où les corps des victimes sont trainés par des motos dans les rues de Gaza.

Vous les Européens, vous les Américains, vous l’Internationale  »de gauche », aviez-vous entendu parler de tout cela, avant de vous précipiter dans les rues derrière les drapeaux du Hamas ?

Peut-être, non. Car vos médias, vos associations, vos partis, de la gauche à la droite, ne recouvrent la vue et l’audition, que lorsque la roue s’inverse, et que c’est au tour de l’arroseur d’être arrosé, et du Hamas d’être victime de la violence qu’il a lui-même générée.

Mais sans doute oui, aussi. Car à l’ère d’internet, difficile de prétendre ne pas savoir. Car vous par exemple, intellectuels du monde arabe qui aviez fui l’islamisme de vos pays, intellectuels européens et américains, journalistes, vous, au moins vous, vous saviez tout cela. Sans en piper mot.

Comment expliquer alors qu’au moment où justice commence à être rendue et que l’Etat-voyou du Hamas commence enfin à être puni pour sa malfaisance, voire d’être mis hors d’état de nuire, vous descendiez dans la rue, à sa rescousse, derrière sa bannière? Comment comprendre un tel défi à la raison? Et surtout ne vous réfugiez pas derrière les pertes civiles, laissez de grâce cette manie aux lâches du Hamas qui se protègent avec le corps de leurs propres enfants, quand ils n’en font pas des éclaireurs de première ligne. Car pour que je prenne au sérieux votre fausse inquiétude, il aurait fallu que depuis des décennies, de l’Algérie à la Syrie, en passant par le Darfour, vous descendiez dans la rue pour pourfendre les islamistes du monde entier, pour sauver de la condamnation à mort, par exemple, Asia Bibi chrétienne pakistanaise, condamnée à mort pour avoir bu de l’eau dans un puits musulman, ou encore Meriam, la jeune Soudanaise chrétienne condamnée à mort pour apostasie, libérée après avoir accouché en prison, les fers aux pieds, mais aussitôt après ré-arrêtée !

Et lorsque des civils juifs ont été tués parce que Juifs, jusque devant vos propres maisons, on n’a pas vu non plus le bout de votre nez.

Européens, Américains, et vous Arabes,  »de gauche », si le sort des Chrétiens massacrés du Nigéria, d’Egypte (Coptes), et d’Irak (Chaldéens) qui viennent de quitter Mossoul, leur ville depuis deux millénaires (!), vous indiffère, si le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes de dizaines de millions de Sahraouis, de Kurdes et de Berbères, ne vous parait pas digne d’exaltation, si seul le sort des Musulmans vous importe, que ne manifestez-vous au moins pour tous ces autres Musulmans massacrés au moment même où vous vous encanailliez Place de la Bastille?

Il y a pourtant de quoi faire avec ces 100.000 Peuls musulmans massacrés par leurs concitoyens chrétiens de Centrafrique, malgré la présence de 2000 soldats français et 6000 de l’ONU. Ou avec ces Mozabites d’Algérie récemment encore massacrés, parce que d’un rite minoritaire. Sans parler de ces  »Palestiniens » que vous semblez tant aimer et qui périssent des mains de leurs propres familles, le crime contre les homosexuels et les femmes soi-disant adultères, étant même considéré comme un  »honneur », la population palestinienne ayant le triste privilège d’avoir le plus fort taux au monde de  »crimes d’honneur »!

Ceci sans parler de l’esclavage des Noirs, accepté par vos bonnes consciences, comme un  »fait culturel », puisque là, les esclavagistes ne sont pas des Juifs, mais de bons Musulmans? Pour que je puisse croire, une demi-seconde, à vos préoccupations d’ordre moral, il aurait fallu que je vous vois défiler pour sauver ces deux cents lycéennes chrétiennes récemment enlevées par le Boko Haram du Nigéria, classé lui aussi  »organisation terroriste », tout comme le Hamas. Jamais apparu dans votre agenda moral, ces lycéennes ne pouvaient même pas en disparaître!

Comment croire en vos bons sentiments, en votre saine colère, ou en votre profonde compassion, subitement, lorsque vous sortez dans les rues, non pas pour crier votre solidarité à toutes ces catégories de populations arabes ou/et musulmanes précitées, victimes au quotidien de ces enfers islamique et islamiste, mais pour défendre… ces mêmes islamistes, qui depuis huit ans, au nom même des principes qui figurent noir sur blanc dans les statuts du Hamas, font régner un ordre totalitaire à Gaza, infiniment pire que celui qui put régner dans les pays de l’Est et dont l’écroulement du Mur de Berlin fut célébré par vous comme la victoire du  »monde libre »?

Lorsque je vous verrai défiler pour vous solidariser avec les centaines de milliers de familles, de toutes religions, ou sans religion, victimes de par le monde de l’islam et de l’islamisme, comme avec les quelques dizaines de milliers de démocrates du monde arabo-musulman, alors là, peut-être, je ne vous considèrerai plus pour ce que vous êtes aujourd’hui, de pauvres pitres, appelés aussi  »idiots utiles ».

Ô peuples de gauche, vous n’êtes pas racistes! suite et fin (25/07/2014)

… en attendant je m’interroge, et j’essaie de comprendre…

Pourquoi une seule cause vous titille-t-elle? Pourquoi un seul pays vous réanime-t-il, Israël? Pourquoi restez-vous indifférents à la tuerie des Juifs, devant vos portes, à Bruxelles encore récemment? Pourquoi, renouez-vous avec votre sainte et millénaire indifférence, lorsqu’en 2014, en plein Paris, revient l’ère des pogroms, et que l’on prend d’assaut les synagogues?

Peuple de la gauche socialiste et communiste qui donna aussi à la cause de la liberté ces grandes figures que furent les fascistes Déat, Doriot, Laval et bien d’autres, êtes-vous en manque depuis que le peuple juif a décidé de vous laisser à vos ruminations, pour s’autodéterminer?

Eh bien, pour tenter de comprendre ce qui se passe dans vos neurones, je n’aurais pas la patience de ce valeureux universitaire non-juif Pierre-André Taguieff et je le laisserai continuer à noircir des milliers de pages sur les  »Prêcheurs de haine »(1), à la suite notamment de Léon Poliakov(2), de Jules Isaac, et de bien d’autres, comme Georges Bensoussan qui a montré dans les  »Passions génocidaires de l’Europe »(3), qu’Hitler n’est pas sorti du néant mais d’une histoire bimillénaire, bien chrétienne.

Et comme moi, je n’aurai pas cette patience, je vous le dis tout de go:

Peuple de gauche, vous êtes RACISTE!

Plus précisément de ce racisme parmi les plus pervers, le racisme antijuif, appelé aussi JUDEOPHOBIE, inoculé dans vos inconscients par près de 2000 ans de matraquage faisant des Juifs  »un peuple déicide ». Les paroles bien tardives d’un pape allant à l’encontre de ce mythe fondateur du monde chrétien, ne vous dispensaient pas d’une analyse collective et individuelle. Au contraire, elles auraient dû en être le signe déclencheur. Comme elles le furent pour de probes intellectuels et simples citoyens.

Et c’est bien faute de l’avoir entreprise, qu’aujourd’hui vous ne trouvez pas anormal que l’on puisse impunément tirer 2000 missiles destinés à tuer femmes, hommes et enfants, et que l’on puisse utiliser des lieux publics, écoles, hôpitaux, mosquées, pour dissimuler commandos, chefs et armement le plus sophistiqué, comme pour transformer ces lieux en rampe de lancement et en bunkers de commandement.

Si vous n’étiez pas racistes, vous ne trouveriez pas normal que l’on puisse, grâce à des centaines de tunnels, arriver jusque dans votre maison, ou jusqu’à la garderie de vos enfants.

Si vous n’étiez pas racistes vous avoueriez au moins avoir été trompés depuis 9 ans par la propagande du Hamas, qui juraient comme seuls savent le faire les menteurs, qu’ils étaient privés de tout et surtout de matériaux de construction. Pensez donc, des centaines de kilomètres de tunnels en béton armé! Des milliers de missiles, quel  »blocus »!

 »Gaza prison à ciel ouvert », clamiez-vous encore à la veille de cette guerre!

Si vous n’étiez pas racistes, vous auriez admis depuis fort longtemps qu’avertir son ennemi de sa prochaine frappe, qu’encourager la population à quitter le futur théâtre d’opération, que continuer à alimenter le pays qui vous fait la guerre, en eau et en électricité, en produits de première nécessité et en médicaments, en allant même jusqu’à prendre en charge ses blessés, civils et militaires, dans ses propres hôpitaux en Israël, ou dans des hôpitaux de campagne montés sur place pour sauver le maximum de blessés palestiniens, ne fait pas partie des normes de la guerre pratiquée par vos pays, mais relève justement des normes juives depuis que ce petit peuple a apporté au monde sa nouvelle Loi.

Si vous n’étiez pas racistes, la différence entre la pratique de la guerre par Israël et celles des armées de vos pays, vous sauterait aux yeux! Et sans remonter à Hiroshima ou Dresde, sans doute vous rappelez-vous encore de l’attaque de la Yougoslavie par l’OTAN.

Si vous n’étiez pas racistes, vous auriez depuis longtemps convenu que si l’armée israélienne s’était comportée à Gaza comme les vôtres de par le monde, elle n’aurait pas perdu 28 soldats en deux semaines, et 20 000 terroristes islamistes giseraient déjà, emmurés dans leurs propres tunnels, mais sous les corps de dizaines de milliers de civils, à la surface.

Mais racistes, vous l’êtes bel et bien, Ô vous peuple de gauche, des racistes antijuifs. Et vous continuerez donc à ne vous émouvoir que pour les Juifs morts.

Ah, ça pour commémorer la Shoah, toujours au premier rang!

Vous continuerez à faire la guerre à Israël, et même comme aujourd’hui, par l’entremise du plus totalitaire de tous les spécimens de totalitarisme qu’a su produire l’humanité, le fascisme vert, celui de l’islamisme dont toutes les variantes connues aujourd’hui sur le marché, sont issues des Frères Musulmans. Lesquels puisent leur haine antijuive, eux, dans une des scènes fondatrices de l’Islam, réelle et non mythique, quand le Prophète, lui-même, de ses propres mains, égorgea « 600 à 900 juifs » de la tribu juive des Banu Qurayza (écrit noir sur blanc dans la bio de Mohammed, appelée  »Sira », texte sacré à l’égal du Coran et des Hadiths).

Vous continuerez à ne rien trouver de mieux pour s’opposer aux fossoyeurs de la démocratie dans le monde arabo-musulman que d’abonner à vos plateaux de télévision les chefs européens de cette confrérie des Frères musulmans dont est issue la quasi-totalité des forces terroristes contemporaines, j’ai nommé la fratrie des Ramadan.

Vous continuerez la litanie partiale de vos  »informations » présentées de telle manière que l’agressé devienne l’agresseur, et que la comptabilité des terroristes tués soit dissimulée dans celle de la  »population palestinienne ».  »En ce 23 Juillet, 600 Palestiniens ont été tués » disent aujourd’hui vos commentateurs, et Fabius aussitôt de demander l’arrêt de la guerre! Mais que ne rapatrie-t-il pas les 20.000 soldats français d’Afrique? Mais que le peuple de gauche ne défile-t-il pas dans la rue pour l’exiger?

Seule votre haine raciste antijuive rend compréhensible cette alliance brune -verte- rouge, qui en des temps plus anciens aurait été qualifiée de  »contre-nature ». Seul le vieux fond chrétien antijuif de Chavez le Rouge peut expliquer qu’il ait pu se faire l’allié d’Ahmadinejad le Vert, lequel venait juste d’appeler à rayer de la carte Israël! Et ce, sans la moindre réprimande de l’ONU, dans laquelle je le rappelle, les 57 pays de l’OCI (Organisation de la Communauté Islamique) représentent presque la moitié des membres, regroupés autour d’une  »Déclaration des droits de l’Homme en Islam » qui contredit tous les articles de la Déclaration fondatrice de l’ONU!

Ce qui ne gêne absolument ni le peuple de gauche, ni d’ailleurs le peuple de droite. Ni Juppé ni Fabius… Lesquels font semblant aujourd’hui de s’émouvoir du nombre  »des victimes palestiniennes » sans dire que les trois quarts sont des miliciens déguisés en civils. Et surtout en en rendant responsable non le Hamas qui, à l’encontre de tous les règlements internationaux(4), au lieu de protéger sa population s’en sert de bouclier, mais bien sûr, racisme antijuif oblige, Israël!

Normal, puisque la haine aveugle, et que la vôtre, antijuive, est si grande que lorsqu’elle trouve un prétexte, rien ne peut plus l’endiguer.

Et surtout ne tentez pas de me contredire en me jetant quelques noms de Juifs à l’avant-garde du combat contre eux-mêmes, qu’impudiquement vous exhibez. Car loin d’invalider mon accusation à votre encontre, ils la redoublent.

Raciste antijuifs, vous l’êtes doublement

Pour vous-mêmes, comme je viens de vous le prouver

Mais aussi pour ces Juifs dont vous ne savez même pas que c’est une tradition de pousser la perfection morale jusqu’à vouloir prendre sur soi la faute de l’Autre. Tradition que je ne partage pas, car priver l’Autre de la responsabilité de sa violence, se nomme déni, et donc ne peut mener qu’à la perpétuation de ses instincts meurtriers.

Doublement racistes, vous ne pourrez donc voir, encore moins comprendre, qu’en s’en prenant au potentiel agressif du Hamas, Israël contribue non seulement à assurer la sécurité des siens, mais aussi, sinon à libérer les Gazaouis, ce qui ne saurait être sa prérogative, du moins à affaiblir la force de la branche palestinienne de cette internationale totalitaire que sont les Frères Musulmans, écrasée déjà en Egypte comme en Algérie, par les armées de ces pays.

Si de nouvelles forces palestiniennes venaient à émerger, comme ces jeunes Gazaouis qui ont eu le courage, en pleine guerre, d’écrire sur leurs blogs  »Merde au Hamas ! »(5), si les nouvelles générations arrivaient à admettre la légitimité juive en Israël sur un territoire équivalent au quart de la France, et si elles arrivaient à imposer une alternative démocratique à la dictature tribale des clans, alors oui cela pourrait augurer d’une paix éternelle entre Juifs et Arabes, alors oui la mort de tant d’Arabes et de Juifs -paix à leurs âmes- n’aurait pas été vaine.

Mais vous les prêcheurs de haine, vous les racistes antijuifs de gauche et d’extrême gauche, comme de droite et d’extrême-droite, vous n’y seriez pour rien.

PS: Images tournées et diffusées par la télévision allemande en 2009, lors d’une autre guerre entre le Hamastan et Israël. Aucune chaîne de télé française n’avait accepté de les diffuser.

• https://www.facebook.com/photo.php?v=666405326783486

On peut imaginer qu’aujourd’hui il se passe des scènes assez semblables. Tous les Gazaouis ne sont pas suicidaires, même s’ils soutiennent le Hamas, soutien qui s’effrite au fur et à mesure que la population prend la mesure de l’irresponsabilité militaire, politique et humaine du Hamas.

_____________________

1) Hamas, acronyme en arabe de Mouvement de la Résistance Islamique.

2) Boko Haram, acronyme en haoussa de  »groupe sunnite pour la prédication et le djihad » a été créé en 2002, pour « faire appliquer strictement la charia dans tout le pays », selon le crédo des Frères Musulmans.

3) Ed. Mille et Une Nuits

4) Histoire de l’antisémitisme. Ed. Calman Lévy

5) Ed. Mille et Une Nuits

6) Les crimes de guerre et exactions perpétrés par le Hamas au regard du Droit international sont décrits dans les Articles 12, 48, 51, 53 et 58 du 1er Protocole additionnel des conventions de Genève.

7) http://forumdespeuplesenlutte.over-blog.com/m/article-63908996.html

D’un terrorisme à l’autre, ou plutôt d’un terrorisme au même…. (24/03/2016)

CONTRIBUTION DE JEAN-PIERRE LLEDO (Tamurt) – Il serait vain d’incriminer les services de renseignements et de police de Belgique. Les véritables responsables sont d’abord les Médias qui s’arrogent un pouvoir exorbitant, celui de forger l’opinion mais aussi et d’abord les politiciens.

 Ce qui se passe aujourd’hui en Europe s’est déjà joué en Algérie dans les années 90 et par ricochet en France et en Europe. Tous les grands titres de la presse française et européenne attaquaient le pouvoir et l’armée algérienne pour avoir interrompu les élections législatives et empêché les islamistes , ainsi, de s’emparer de l’Assemblée nationale, de changer la Constitution et la nature de l’Etat algérien. Je pourrais vous citer encore de mémoire les noms de ces journalistes, les Jacques de Barrin du Monde, Jose Garçon de Libé, René Backman du Nouvel Obs, et tutti quanti. Et les intellectuels algériens présents a Paris durent se battre pied a pied avec le CISIA (qui devait soutenir les intellectuels algériens en exil)  dirigé par Bourdieu mais manipulé par certains de ses membres, afin que cette Assoc soutenue pas Derrida et Mnouchkine ne se transforme pas en soutien des exilés…. Islamistes, qu’un autre membre de ce Comité qui me traita de ‘’stalinien’’, Abraham Serfaty, appela lors d’un grand meeting a la Sorbonne, de sa voix chevrotante : ‘’Mes frères, mes frères !’’… Et c’est ainsi que l’Europe accueillit a bras ouvert les pires chefs islamistes qui depuis ont fait bien des petits.

La ‘’gauche’’ et la ‘’droite’’ politiques ont aussi une grande responsabilité à répéter depuis des lustres que l’islamisme est la conséquence du conflit israélo-falestinien. Oseront-ils le dire encore cette fois-ci ? Ce n’est pas impossible tant leur couardise est un panier sans fond.

Le seul a sortir du lot est Valls. Mais que peut-il seul ? Qu’il devienne président de la république et qu’il entreprenne une grande révolution et peut être la France s’en sortira et avec elle l’Europe. Car les leaders actuels de droite comme de gauche n’ont aucune envergure.

Mais ce discours de couard chargeant le bouc émissaire Israël pour ne pas affronter le véritable ennemi à qui ils assurent nationalité, couverture sociale, allocations familiales, et gratuité des soins, n’a pas fait des ravages qu’en Europe. Une grande partie de la gauche israélienne, pour ne pas parler de ‘’l’extrême gauche’’ a aussi été contaminée, rendant responsable ‘’la droite’’ de l’impasse avec les Falestiniens, et refusant de voir la REALITE : le refus du Juif, plus que millénaire de l’islam, comme citoyen égal  et le désir contemporain de chasser de la Falestine tous les Juifs.

La guerre est engagée entre l’islam et la démocratie depuis longtemps mais depuis l’apparition d’Internet, les islamistes ont compris que la meilleure manière de se défendre de cette intrusion dans le domaine privé, c’était d’attaquer. Et voilà, ils attaquent.

Négationnisme de l’UNESCO : Israël doit démissionner ! (28 Avril 2016)

Le cadeau de Pessah de l’Unesco au peuple juif a été de lui ôter ce qui compte le plus dans son identité profonde, le Mont du Temple.
Avec la Shoah, Hitler avait tenté de l’anéantir physiquement. Avec cette décision, l’Unesco tente de pulvériser son âme même. Uniquement par la grâce d’une Résolution !
On est dans le monde virtuel d’Orwell, réactualisé récemment par 2084, le roman de Boualem Sansal, où l’on croit pouvoir changer la réalité et l’histoire même, par décision administrative !
L’UNESCO qui à l’origine se voulait United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization, n’est plus désormais, tout comme l’ONU, qu’une organisation de plus à la solde du totalitarisme arabo-musulman.
On savait cela déjà depuis au moins 2 ans, puisqu’en Janvier 2014, l’Unesco avait annulé, à la demande du groupe arabe, l’Exposition sur 3500 ans d’histoire juive et à l’époque j’avais déjà estimé cela ”comme une des plus graves agressions symboliques contre les Juifs depuis la Shoah.”
L’Unesco vient donc de récidiver. C’est plus que grave.
Les pays dits démocratiques qui ont signé cette résolution prouvent ainsi que le désir d’anéantissement du peuple juif, reste un de leurs fantasmes fondateurs.
Israël doit immédiatement démissionner et si elle ne prenait pas cette décision sans tarder, alors cela voudrait dire qu’elle est déjà prête, tout comme les Juifs des années 40, à monter dans les wagons plombés et à inhaler le gaz létal.

Pourquoi je ne signerai pas la pétition « Israël-Palestine : l’urgence d’un new deal »… (22 Février 09)

Point de vue de Jean-Pierre Lledo sur le texte de la pétition du Manifeste des Libertés intitulée  « Israël-Palestine : l’urgence d’un new deal »

L’initiateur de cette pétition, Tewfik Allal, au nom du Manifeste des Libertés, après me l’avoir destinée, me donne l’assurance de vous faire connaitre les raisons pour lesquelles je ne la signerai pas. Je l’en remercie.

D’abord, compte tenu de la qualité des signataires, et de la principale idée du texte que je partage complètement : « Un new deal est nécessaire, qui garantisse à tous la sécurité. », je dois avouer une profonde déception.

Un texte qui appelle à la paix devrait éviter d’être univoque et manichéen.

Prétendre que cette guerre qui n’en finit pas depuis la décision internationale en 1947 de créer 2 Etats, un pour les Juifs et un pour les Arabes palestiniens, se réduirait à « la logique coloniale agressive, de dépossession, d’exil, de ghettoïsation et de répression brutale… » en est un exemple, puisque cette décision déclencha aussitôt l’hostilité des Arabes de Palestine puis celle des pays arabes proches, puis par la suite le refus de reconnaître l’Etat d’Israël, justifiant d’autres guerres.

Des intellectuels, vivant dans un pays où l’on peut encore penser librement sans la peur de se faire agresser, ou assassiner, éloignés du théâtre du conflit de surcroit, ce qui n’est pas le cas dans la quasi-totalité des pays arabo-musulmans, n’ont-ils pas plutôt le devoir de la distance ?

Pour ma part, je partage encore l’utopie que les intellectuels peuvent jouer un rôle dans les grandes causes du monde, et notamment aujourd’hui celles de la Paix, de la Liberté, des Droits de l’homme fondés sur la liberté de conscience et la raison, et de la fin de toutes les oppressions – notamment celles qui privent les femmes de leur identité et les enfants de leur innocence – du racisme, de l’obscurantisme, du terrorisme.

Concernant le conflit israélo-arabe, je crois aussi que les intellectuels pourraient jouer un rôle immense, mais à la condition que l’appel à « un new deal qui garantisse à tous la sécurité » ne soit pas une pétition partisane de plus.

A mon humble avis, pour qu’un Appel des Intellectuels puisse réellement contribuer à ce que la Paix advienne le plus tôt, c’est-à-dire comme vous l’écrivez, que la négociation soit la seule manière d’en finir avec cette guerre sans fin, un tel appel devrait :

  • se garder de toute analyse historique du conflit, exercice difficile dans ce type de texte, quand il n’est pas manichéen.
  • ne pas se mettre à la place des négociateurs, et encore moins désigner ceux qui parmi les Palestiniens devraient négocier.
  • plutôt que « d’adjurer solennellement » Obama s’adresser à toutes les forces de paix de par le monde, qui existent aussi en Israël, y compris parmi ceux qui se revendiquent « sionistes »,
  • s’en tenir aux principes fondamentaux que les Palestiniens autant que les Israéliens ont droit à l’existence nationale, que les premiers  ont droit à un territoire qui leur permette de se constituer en Etat viable, et les seconds à la reconnaissance en tant qu’Etat.
  • exiger des gouvernants israéliens qu’ils renoncent définitivement à la guerre, compte tenu de l’impossibilité d’une guerre qui épargnerait les civils, et des mouvements palestiniens qu’ils renoncent tout aussi définitivement au terrorisme, à l’utilisation des civils en boucliers humains, et à celle des enfants dans la guerre.

Voilà la modeste contribution d’un cinéaste algérien, qui rêve que dans cette France où la liberté de pensée est encore possible, naisse autour de ce problème si passionnel, un véritable mouvement de réflexion, forcément contradictoire, où toutes les opinions et manières de voir, pourraient être entendues et non diabolisées, chose tout à fait possible comme l’ont démontré dernièrement Marianne et JF Kahn, réunissant Barnavi et Sanbar, (tous deux ayant d’ailleurs le même prénom, comme cela fut remarqué par le premier) ainsi qu’un représentant d’un mouvement de paix venu spécialement d’ Israel.

Cher Tewfik, je t’autorise à la faire connaitre à tous les signataires.

Je le ferai moi-même à tous ceux dont j’ai le mail.

En ce triste Lundi 31 Mai 2010…

Avec la flottille soi-disant humanitaire, le pire vient de se produire.

Au lieu que la communauté internationale, par l’ONU ou d’une autre manière, séparément ou collectivement, dise clairement aux auteurs de cette initiative que c’était une dangereuse provocation, et qu’ils envoient par exemple une troupe d’interposition avant que la flottille n’entre dans l’espace israélien, ils ont fermé les yeux, et abdiqué leur responsabilité internationale essentielle qui est de prévenir la guerre.

A cette première irresponsabilité majeure, s’y ajoute à présent une seconde :

au lieu de condamner les auteurs de l’initiative de ne pas s’être rendu aux arguments raisonnables de l’armée israélienne – aller à Ashdod, pour que la cargaison puisse être vérifiée, et sa partie réellement humanitaire ajoutée aux 150 gros camions quotidiens qui vont à Gaza à partir d’Israël qui contrairement à la propagande ne fait aucun blocus, sinon celui des armes – et repartir ds leurs pays, la  »communauté internationale » préfère à présent condamner… Israël !!!

Ainsi aujourd’hui en direct, devant nos yeux est en train de se reproduire le scénario de la guerre de Gaza en 2008-09. Car si durant 8 ans la  »communauté internationale » avait joué son rôle de prévenir la guerre, elle serait intervenu elle même pour mettre fin aux tirs continuels depuis Gaza sur Israël. Elle aurait évité une guerre, les morts israéliens et les morts gazaouis.
Car Israël n’aurait pas eu besoin de riposter directement.

Ainsi donc, j’en arrive à la conclusion, extrêmement grave et préoccupante, que la véritable guerre faite à Israël, ne l’est pas tant du fait des Palestiniens que de la  »communauté internationale ».

Et d’une certaine manière la  »communauté internationale » continue la longue tradition doublement millénaire de mise au pilori du (fait) juif, qui en passant par Munich, aboutit à la liquidation de 6 millions d’individus.

Plus que jamais, c’est la légitimité des Juifs à avoir leur propre état qui est contestée.

Plus que jamais, c’est LA QUESTION JUIVE qui se repose.

Plus que jamais, c’est à cette question que la  »communauté internationale » doit répondre clairement.

Qu’elle affirme solennellement qu’Israël est légitime, non pas seulement du fait de la Shoah, mais du fait de sa longue histoire, et qu’elle joue alors son rôle de garant de cette légitimité, et alors s’ouvrira une ère de paix.

Sinon, ce sera la guerre, car toute négociation avec les Palestiniens, même couronnée de succès, ne serait qu’une étape vers cette guerre.

Mohamed Akbar * alias Sifaoui (9/06/2010)

On est toujours sûr de tomber, au hasard des journées, sur un Français, souvent intelligent par ailleurs, et qui vous dit que les Juifs exagèrent vraiment. Naturellement, ce Français a un ami juif qui, lui, du moins… Quant aux millions de Juifs qui ont été torturés et brûlés, l’interlocuteur n’approuve pas ces façons, loin de là. Simplement, il trouve que les Juifs exagèrent…. » (Albert Camus, 1947)

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L’antisémite n’a qu’une seule passion, le Juif. L’antisioniste, Israël. Mais puisque Mohamed Akbar proteste respecter le premier et le second, alors heureusement il lui reste encore un os à ronger, Netanyahou. Il serait petit, petit chef, petit artiste, petit chanteur, petit politicien, petit gardien de prison. **

A moins que l’on ne se range à l’avis du psy qui aura vite fait diagnostiquer une projection, (petit journaliste, petit réalisateur, petit caricaturiste, petit orateur, petit intellectuel, etc…) on se dit que l’auteur d’une telle virulence ne peut être que grand, même très grand, sans doute le plus grand (Akbar en arabe).

Drumont qui accabla les Juifs de mille plaies, ne se tut-il pas le jour où des perfides  lui conseillèrent…. de se regarder dans une glace ?  Je ne le lui conseillerai donc pas, puisqu’alors, dans les meetings parisiens, il n’y aurait plus un seul intellectuel arabo-musulman pour dire du bien du Juif ou d’Israël.

Qui, en pleine époque de délire antijuif ou antisioniste ou antiisraélien, serait à ce point sadique pour priver BHL du seul voisin de tribune arabo-musulman vers qui se pencher, surtout s’il est Akbar ? Un Akbar, antiislamiste, anti Madani, anti Qaradaoui, anti Ben Laden, de surcroît.

Les derniers propos du très prolifique Akbar ont surpris voire choqué ses amis juifs. Pas moi. Pour lui avoir transmis en Mars dernier, comme à d’autres, l’interview-vidéo que je venais de recevoir, je reçus une bordée d’injures, dont j’épargnerai le lecteur, allant même jusqu’à me dénier mon algérianité !

Pourquoi Mosab Hassan Yousef avait-il mis Akbar dans cette fureur ?

Etait-ce parce que le fils du Sheikh Hassan Yousef, l’un des fondateurs du Hamas, venait de révéler avoir collaboré avec les services de sécurité israéliens ? Ou parce que palestinien, il avait dit : “Le dieu du coran hait les juifs de toute manière, qu’il y ait occupation ou pas. Alors les juifs ont un problème avec le dieu de l’islam, pas avec les musulmans.” ? Ou bien parce que nouvellement converti au catholicisme, et réfugié aux USA, il se sentait suffisamment en sécurité pour oser dire : “C’est une grosse erreur de distinguer entre l’islam modéré et l’islam radical… Je compare l’islam à une échelle : sur le premier échelon se trouve le musulman traditionnel et sur le plus haut, il y a la guerre sainte qui est le plus haut et le plus sacré des devoirs envers le dieu du coran… Les musulmans ont plus de moralité, plus de logique et sont plus responsables, que leur dieu…..’’ ?

Affronter sa propre communauté sur le terrain de l’Islam, n’est pas donné à tout le monde, même au plus grand. Tout le monde n’est pas Wafa Sultan ou Taslima Nasreen. Et il faut bien constater qu’après ‘’Mon point de vue sur le fond de la controverse Sifaoui-Riposte Laïque’’ ( Riposte laïque, 11 septembre 2009), Akbar alias Sifaoui préféra l’esquive, se gardant bien de me répondre, publiquement ou même en privé.

Se déclarer anti-islamiste, aujourd‘hui, surtout quand on habite Paris, et qu’on bénéficie d’une protection policière, n’est plus à proprement parler un acte courageux, comme ça pouvait l’être il y a 20 ans, en Algérie (mais à ce moment, Akbar brilla par son absence, invisible au bataillon des démocrates, de ces femmes et hommes, intellectuels et ouvriers, qui payaient de leurs personnes pour tenter de s’opposer à la déferlante islamiste soutenue par les démocraties européenne et américaine).

Quand on appartient au monde musulman, aller au-delà de la bien-pensance parisianiste, et que l’on prétend assumer la fonction d’interrogation de l’intellectuel, aller plus loin n’est-ce pas au moins se demander si l’extraordinaire degré de violence qui endeuille à chaque seconde le monde musulman – violence des bombes et des symboles, violence contre les femmes, contre les penseurs, et toutes les minorités, des bahaïs aux homosexuels – n’a pas une relation avec ce qui le structure en profondeur, c’est-à-dire l’islam lui-même ?

Et comme il n’est jamais trop tard pour mériter son nom, quand donc Akbar daignera-t-il se demander en quoi devrait consister l’aggiornamento pour qu’un Musulman, quel qu’il soit, ne puisse plus appeler à la soumission et au meurtre de l’Autre en se réclamant légitimement de Oum El Kitab (la Mère du Livre), ce « texte du 7e siècle », comme il l’écrivit dans un éclair de lucidité, alors que nous nous dirigeons à toute vitesse vers le 22ème siècle ?

Ceci pour l’interrogation a minima. Car a maxima, c’est s’interroger sur ce qui dans le monde musulman, est encore plus tabou que le Coran, je veux dire le fait juif et sa manifestation étatique, Israël.

Lorsque j’essayai de tirer la sonnette d’alarme suite à l’hystérie antijuive qui se déclencha dans les médias du monde arabe et d’Algérie après la guerre de Gaza début 2009, dans une adresse à un demi-millier de concitoyens intellectuels, la plupart vivant pourtant en exil, les réponses positives se comptèrent sur les doigts d’une main. Les négatives sur deux. Parmi ces dernières, celle d’un ami, Bachir Hadjadj, prix Séligman-2008  pour sa sincère saga familiale ‘’Voleur de Rêves’’ me demanda tout simplement : ‘’Pour qui tu roules ?’’.

L’agressivité de ces intellectuels pourtant ‘’anti-islamistes’’, même ‘’progressistes’’, ne s’expliquerait-elle pas au fond par leur impuissance à signaler que la source de cette hystérie récurrente, se trouve dans l’écrit coranique lui-même, lorsque par exemple l’on accuse les Juifs d’avoir falsifié la Torah (au détriment des Musulmans, en dissimulant le nom de leur Prophète): « Mais ceux qui étaient injustes substituèrent une autre parole à la parole qui leur avait été dite » (II, 59) ?

Ceci pour m’en tenir à un des versets les moins violents….

Quand donc, on est un intellectuel progressiste et anti-islamiste du monde musulman, qu’on ne saurait donc être anti-juif, qu’on pourrait être antisioniste comme il est bon ton de l’être, mais qu’on se paie le luxe (à Paris) de ne pas l’être, et qu’on va jusqu’à admettre le droit d’Israël à exister (je n’ai pas écrit ‘’la légitimité’’), eh bien, que reste-t-il donc à se mettre sous la dent ? Netanyahou. Et comme l’os est vraiment coriace, plein de calcium, on s’acharne au risque de se casser des dents.

Israël, oui, à la rigueur, mais pas ses dirigeants.

Ce raisonnement tout à fait légitime dans le cas de tous les pays autoritaires, non-démocratiques, ou fascistes, dont notamment le monde arabo-musulman a toute la gamme, ne peut absolument pas s’appliquer à Israël, pas plus qu’à toute autre démocratie, et à Israël encore moins, qui fonctionne sur le modèle de la proportionnelle intégrale : les Israéliens, comme les Français, les Italiens, les Américains, ont bien les gouvernants qu’ils méritent.

Et si par conséquent la politique de l’Etat d’Israël ne plait pas, ce qui est parfaitement légitime, que l’on soit israélien ou non, il faut avoir le courage de s’en prendre aux vrais fautifs, les Israéliens, et non lâchement à leurs dirigeants.

Ce courage, Akbar, ne l’a pas.

Mais ne le rapetissons pas plus qu’il ne l’est. A sa décharge, constatons que c’est la tarte à la crème de la bien-pensance. Pas seulement d’une certaine gauche d’origine européenne (dont l’imaginaire chrétien vis-à-vis des Juifs, n’a rien à envier à celui des musulmans), mais aussi juive et pas seulement de la diaspora, mais aussi en Israël.

Ces Juifs ou ces Israéliens, au moins ont-ils, eux, la circonstance atténuante de vivre la condition de tous les minoritaires du monde, et d’être prêt à tout pour se faire aimer de leur environnement immédiat, y compris à changer d’identité ou à risquer de la perdre…

 

*  Akbar signifie en arabe ‘’le plus grand’’, et non ‘’le grand’’ comme souvent traduit.

** Blog de Mohamed Sifaoui.

Archéologie et Mont du Temple (10 Juin 2014)

Réaction à propos de l’article d’Ilan Ben Zion dans le Times of Israël

’Mont du Temple : un projet archéologique monumental et source de conflits’’

Dans l’édition du 9 Juin 2014 de Times of Israël, je dois avouer avoir été perturbé par l’esprit partisan et la présentation tendancieuse de l’étudiant-journaliste Ilan Ben Zion qui s’était donné pour objectif de faire connaitre le travail de l’archéologue Gabriel Barkay sur le site situé à Emek Tsurim, en contrebas du Mont Scopus, à Jérusalem. Et ce d’autant plus que je connais bien ce dossier, ayant moi-même filmé sur les lieux.

Le journaliste inscrit dès le début le travail de cet archéologue dans le cadre d’un ‘’conflit’’, de ‘’passions’’ et enfin du ‘’conflit israélo-palestinien’’.

En somme, Barkay ne s’intéresserait qu’à la civilisation juive, il utiliserait des méthodes ascientifiques, sa recherche étant financée par une fondation qui aurait pour but d’ignorer la civilisation islamique, ceci expliquant cela.

Et pour le prouver, l’étudiant-journaliste se fait même incognito pour assister ‘’clandestinement’’ à un cours donné sur le site par un étudiant en archéologie ! Enfin, pour délégitimer la scientificité de la démarche du Maître, il fait appel dans la seconde partie de son exposé à d’autres archéologues qui lui sont hostiles. Sans même s’apercevoir qu’ainsi il trahit sa propre hostilité à G. Barkaï et à son projet. Curieux parti pris quand on fait tout pour paraitre ‘’objectif’’.

Pour contredire Barkaï, il sollicite d’abord le ‘’Dr Yonathan Mizrachi, qui dirige Emek Schave, un groupe qui favorise la coexistence israélo-palestinienne à travers l’archéologie’’. Ce dernier soutient que le projet ‘’n’a aucune valeur archéologique’’.  Et le journaliste satisfait de l’affirmation ne demande même pas pourquoi ! L’autorité scientifique se prouverait-elle désormais par les opinions des archéologues sur le  ’conflit israélo-palestinien’’ ?  N’est-ce pas Mizrachi qui d’emblée se rend suspect d’instrumentaliser l’archéologie  à des fins politiques, à en juger d’après l’appellation de son institution ?

Puis ce dernier s’adresse à quelqu’un de plus sérieux, et surtout de plus circonspect, le Pr Israël Finkelstein. ‘’ Une découverte extraordinaire, comme une inscription, serait d’importance, mais rien de cette ampleur n’a encore fait surface’’. Difficile de croire que l’archéologue ignore que dans sa discipline  l’échec est la règle et le succès, l’exception. Encore plus difficile de croire qu’il ne soit pas au courant que justement Barkaï a trouvé…   ’des inscriptions’’ !

Pourquoi le journaliste ne lui objecte-t-il pas les paroles de Barkaï rapportées dans son article : ‘’des sceaux avec les noms de prêtres mentionnés dans le livre de Jérémie et pièces de monnaie frappées pendant le règne de roi Antiochus IV Epiphane, qui a combattu les Maccabées’’ ?

Ceci sans parler de ces ‘’ milliers de pièces, dont une ‘’Ma’hatsit Hachékel’’ de l’époque de la première révolte contre les Romains… Un cachet portant le nom de Guédaliahou Ben Imer, un des frères de Pach’hour et Cohen servant dans le Temple, évoqué tant dans le livre de Jérémie que dans les Chroniques’’, dont Barkaï m’avait parlé, et que le journaliste a sans doute oublié de mentionner. Bigre, ce n’est quand même pas rien tout cela !

Le plus terrible dans ce reportage, c’est cette tentative de minorer, sinon même de nier, ce que Barkaï avait qualifié devant ma caméra de ‘’crime archéologique’’ : « en enlevant au buldoozer des milliers de mètres cubes de terre, ce sont des objets de TOUTES les CIVILISATIONS qui ont été détruits. ». Et effectivement Barkaï et ses équipes ont aussi trouvé ‘’des objets de la civilisation islamique’’. Pourquoi, le journaliste ne lui a-t-il pas posé la question directement, plutôt que d’espionner ses étudiants ?

Pourquoi convoquer un archéologue palestinien de l’université Al-Quds, le Pr Marwan Abu Khalaf, pour mettre en doute que la terre traitée par Barkaï et son équipe soit celle enlevée au buldoozer au niveau des Ecuries de Salomon ? !!!  Elle proviendrait ‘’d’une décharge datant de l’époque du sultan ottoman Soliman le Magnifique’’ !!! Pourquoi ne pas lui avoir demandé d’où il tirait son information ? Pourquoi le journaliste n’objecte-t-il qu’à Barkaï et à son entreprise, et jamais à ses détracteurs ?

Pourquoi valoriser l’un et dévaloriser l’autre ? ‘’Abu Khalaf a beaucoup écrit sur l’histoire islamique du Haram al-Sharif’’, nous dit-il, comme si l’archéologie consistait à écrire des livres, et non d’abord à fouiller. Pourquoi d’ailleurs ne pas lui avoir demandé ce qu’il avait fouillé, voire trouvé, lui ?

Et au cas où l’étudiant ne le saurait pas, on doit au Dr Gaby Barkaï l’une des plus importantes découvertes archéologiques de ces dernières décennies : une inscription datant du sixième siècle d’avant l’ère commune sur laquelle étaient écrits les versets de la bénédiction des cohanim (« Birkat Cohanim »), ce qui remettait en cause l’affirmation de certains archéologues, tels Finkelstein, qui situaient bien plus tard l’écriture du Tanakh.

A ce stade, on se demande si l’énorme protestation de toute la société civile israélienne, tous courants confondus, de Haim Gouri à David Grosman, et des 82 députés de la Knesset, qui tous ensemble dénoncèrent « l’acte de vandalisme et de destruction irréparable mené sans supervision et en violation de la loi », et si le Comité pour la prévention de la destruction d’antiquités sur le Mont du Temple qui se constitua aussitôt, n’auraient pas été le résultat d’une sordide conspiration, on suppose, ‘’sioniste’’, et ‘’de droite’’ !!! Pensez, juste pour ‘’une décharge datant de l’époque du sultan ottoman Soliman le Magnifique’’ !

D’ailleurs bizarrement, l’étudiant-journaliste ne dit pas un mot de toute cette protestation. Cela fut pourtant un des grands scandales des années 2000, puisque pour réaliser ces travaux, le Waqf reçut l’autorisation du Premier ministre de l’époque, Ehoud Barak…

Pas un mot non plus sur la résistance de l’Autorité israélienne des Antiquités, l’AIA, au projet de Gaby Barkaï et son assistant, Tsa’hi Zweig, compréhensible puisqu’elle avait laissé se commettre un ‘’crime archéologique’’, alors qu’aucune construction ne peut se faire en Israël sans l’accord de cette toute-puissante institution, et les entrepreneurs du métro de Jérusalem en savent quelque chose…

Pourquoi un tel laxisme ? N’ayant rien dit de tout ce qui précède, le journaliste n’avait même pas à se poser la question. Dommage, car de fil en aiguille il aurait découvert que pour certains le Har Habayit, appelé en France ‘’Esplanade des Mosquées’’, n’a jamais existé. Le Mont du Temple une invention des Juifs ! N’était-ce pas ce qu’avait dit Arafat à Clinton ?!  Le ‘’Mur occidental’’ du Kotel  n’est-il pas appelé ‘’Le Mur Bourak’’ par les musulmans ?

Comment un journaliste de Times of Israel peut-il être à ce point dupe d’un tel narratif négationniste ?

Gil’Ad, Eyal, et Naftali – Modi’in – ADIEUX… (1er Juillet 2014)

J’étais hier parmi ce peuple allant faire son devoir, enterrer trois des siens.

Peuple venu de tout Israël à Modi’in, à mi chemin entre Jérusalem et Tel Aviv.

Le cimetière était loin de l’autoroute.

Sous le soleil de plus de 30°, encore après 17h30, des dizaines de milliers de femmes et d’hommes, de jeunes, beaucoup de jeunes, avec ou sans kippa, ont escaladé et descendu deux ou trois kilomètres au milieu des collines de Judée.

C’est bien ce qu’il fallait pour se débarrasser de cette nausée qui s’était emparée de chacun qui était montée jusqu’à la gorge, jusqu’à étouffer, suffoquer dès l’annonce que leurs corps avaient été retrouvés.

Leurs trois corps mêlés.

Après trois semaines d’attente, trois semaines d’espoir

chaque jour s’amenuisant,

Mais tenant en haleine tout un peuple,

le peuple juif, pas seulement celui d’Israël.

 

Et je plaignais toutes celles et tous ceux qui n’avaient pu venir.

Ils allaient avoir plus de mal à s’en libérer,

de cette colère,

de cette haine, même, peut-être,

qui exsudaient par tous les pores,

kilomètre après kilomètre, montée après descente.

 

On n’avait pas besoin de connaitre la route,

il suffisait de suivre l’enfilade sinueuse.

 

Pour la plupart, sans doute, ce n’était pas la première fois,

ici ou ailleurs.

Il y a un peu plus d’un mois, Shelly Dadon, 22 ans, n’avait-elle pas été assassinée alors qu’elle se rendait à un entretien d’embauche, à Afula, en basse Galilée ?

Et toujours dans la même ville, il y a 8 mois, Eden Atias, un jeune soldat de 18 ans faisant ses classes, n’avait-il pas aussi été poignardé à mort, dans un bus, par son voisin arabe, un ‘’palestinien’’ comme on dit maintenant, d’à peine 16 ans ?

 

Il y a 10 mois, le soldat Tomer Hazan qui avait accepté l’invitation à passer le week end chez son ami arabe, ‘’palestinien’’, jeune serveur dans un restaurant de Bat Yam, n’avait-il pas été égorgé en arrivant dans la maison de la famille, près de Qalqilya, puis jeté dans un puits… ?

 

C’est qu’ici, on ne va pas au cimetière seulement pour les siens,

Ni seulement pour les Anciens.

 

Mais pour moi, c’était un baptême

comme disent les Chrétiens,

ou, comme disent les Juifs,

une Alliance

 

Chacun avec ses pensées allaient.

Moi, me revint l’enterrement du premier artiste algérien,

assassiné le 27 Mai 1993 à Alger,

Tahar Djaout, ami et grand écrivain.

Il avait aussi fallu descendre et surtout monter,

vers son village natal sur les Monts de Kabylie.

On surplombait la baie silencieuse d’Azzefoun,

et les mêmes effluves se respiraient…

 

Il avait été assassiné,

ainsi que la centaine d’autres artistes et intellectuels qui suivirent,

comme Gil’Ad, Eyal, et Naftali,

par des ‘’islamistes’’,

tous issus du même ventre idéologique des ‘’Frères Musulmans’’,

où s’originent tous les mouvements islamistes,

et pour qui le meurtre est la continuation de la prière par d’autres moyens…

 

Le père du mouvement national ‘’palestinien’’ Amin el Husseini, en avait été la figure tutélaire.

Le Hamas en était la branche ‘’palestinienne’’,

comme le FIS et le GIA en avaient été la branche algérienne…

Comme El Qaïda. Comme les concepteurs et exécutants du 11 septembre 2001. Comme aujourd’hui l’ISIS et son nouveau Califat.

 

Les exécutants sont toujours des ‘’jeunes’’.

’Si jeunes’’, feignent certains de s’étonner…

Mais ne sont-ils pas nourris, dès le biberon,

à la haine ?

Haine de la démocratie, haine de la liberté de pensée et de conscience, haine du doute, haine du différent, haine du juif…

Allez voir les sites du Hamas !

Défilés d’enfants, cagoulés, en tenues militaires…

 

 

Les Juifs représentés en cochons ou en singes.
Voire même en souris, comme ce fut le cas, ces derniers jours, sur le site du Fatah, pour Gil’Ad, Eyal, et Naftali…

 

 

 

Ainsi légendée : Un coup de maitre

 

 

 

 

Et si ce n’était que le Hamas…

C’est que le Fatah, le parti de Mahmoud Abbas, rivalise de créativité, comme on vient de le voir…

Une pléiade d’artistes.

Chansons, jeux télévisés, vidéos d’animation, caricatures…

Sans parler des livres scolaires des établissements dépendants de ‘’l’Autorité palestinienne’’, d’histoire et de géographie, où l’on ne voit point Israël qui comme au temps des Romains, s’appelle ‘’Palestine’’ !

 

Y aurait-il moins de terroristes si les jeunes ‘’Palestiniens’’ savaient d’où ils venaient et qui se trouvaient là avant eux ? Si l’Europe et les USA contrôlaient les livres qu’ils financent… ?

 

Si les jeunes tueurs de Gil’Ad, Eyal, et Naftali, avaient su que là, en ces chemins que nous empruntions par dizaines de milliers pour aller les enterrer, avait démarré la révolte des Maccabées qui vainquirent les Grecs et rétablirent la souveraineté du peuple juif, deux siècles avant l’ère commune, 9 siècles avant l’avènement de l’islam, oui, auraient–ils tué ?

 

Auraient–ils tué s’ils avaient su que c’étaient les Romains qui en s’emparant de ce pays si petit et si convoité, avaient changé son nom de Judée en ‘’Palestine’’ ?

 

Auraient–ils tué s’ils avaient su que six 6 siècles plus tard, la conquête arabo-musulmane, aussi impérialiste que les précédentes, n’avait pas réussi à extirper dans le cœur des Juifs la certitude qu’ils reviendraient un jour, au moins dans une partie de leur patrie historique trempée de leur sueur et de leur sang ?

 

Pour moi il est évident que non !

 

Mais cela n’est pas évident pour tout le monde. Madame Bokova, la directrice de l’UNESCO, a d’abord interdit l’Exposition sur les 3500 ans d’histoire juive, en janvier, puis l’autorisa en juin, en remplaçant le nom d’Israël, par ‘’terre sainte’’, et en faisant retirer le panneau sur le million de Juifs qui furent chassés, surtout au 20ème siècle, de tous les pays arabes et musulmans…

 

Mais les chefs politiques du monde occidental sont-ils moins hypocrites lorsqu’ils condamnent le crime des enfants israéliens (ce qui est déjà d’une telle nouveauté, qu’on aimerait l’applaudir) et ne dénoncent pas aussitôt les commanditaires, empressés au contraire de leur décerner des certificats de virginité ?

 

Sont-ils moins hypocrites que le Fatah lorsque ce dernier pour justifier le meurtre, qualifient de ‘’soldats’’ les trois adolescents juifs ?
Moins hypocrites que l’Autorité palestinienne lorsque son agence de presse WAFA ne dit pas, aujourd’hui, que les trois jeunes israéliens ont été assassinés, du moins dans sa version arabe, réservant la ‘’nouvelle’’ à ses lecteurs anglais… ?

 

Et faudrait-il que je parle de ces intellectuels du monde musulman qui se plaignent du terrorisme verbal et armé des islamistes de leurs pays, tout en étant les premiers à se solidariser avec ceux de ‘’Palestine’’… ?

 

Quand à ces intellectuels israéliens qui tiennent le haut du pavé de certaines institutions de la presse écrite et audio-visuelle, et universités, je ne trouverai pas de mots assez forts pour dire leur avanie qui consiste à faire l’impasse sur l’idéologie totalitaire et la judéophobie qui inspirent les commanditaires, et arment les tueurs…

Quand ils ne vont pas jusqu’à plagier la thèse de leurs confrères européens, sur des ‘tueurs isolés ayant agi sans aucune instruction’’

Des ‘’tueurs isolés’’ imprenables depuis presque 3 semaines ? ! !

 

Heureusement que le chemin du cimetière de Modi’in était interminable.

Heureusement qu’il faisait torride.

Avanies, indignités, hypocrisies, judéophobies, colères, haines,

tout cela s’exsudait sur les sentiers des Hasmonéens.

 

A l’arrivée, des dizaines de milliers étaient là,

le corps déjà purifié.

Femmes et hommes,

Noirs et Blancs, mêlés.

Presque pas de drapeaux.

Superflus, puisque chacun l’était.

 

 

 

 

Quelque part étaient les trois corps.

 

Quelque part étaient les Mères, et les Pères, et les Frères, et les Sœurs.

A vrai dire, c’était à ne plus savoir qui était le fils ou la fille de l’autre, le frère et la sœur…

 

Vu que les Mères,

Rachel Fraenkel, Bat-Galim Shaar et Iris Yifrach,

nous avaient déjà tous adopté,

et que nous avions aussi fait pareil de leurs enfants…

 

 

Des enfants, on commence à l’apprendre, qui étaient, chacun en son genre, des surdoués, de la science, de l’art, de la fraternité. Comme il y en a tant ici.

Qui avaient déjà vécu dans leur chair les cinq années de l’incarcération de l’autre Gil’ Ad. Shalit.

Les Shalit sont-ils d’ailleurs dans la foule ? Qu’ont-ils dit durant ces deux semaines ? Je n’en sais rien.

Mais j’aurais aimé les entendre.

 

Difficile de voir les orateurs.

Discours calmes, sans harangue, sans effets oratoires.

L’intonation supplée ma méconnaissance de l’hébreu.

Et aussi les larmes qui coulent sur les joues d’hommes et de femmes.

Pas de cris, pas d’yeux exorbités, pas d’invectives, pas de slogans repris en chœur, pas de bave aux commissures des lèvres, pas de transes, pas de salves d’armes automatiques, pas de drapeaux de l’adversaire brûlés, comme on le voit et on l’entend généralement dans les enterrements islamistes.

 

 

 

Des policiers et des militaires en armes, il y en a aussi pourtant.

 

En service ou par devoir, on ne sait.

Puisque tout le monde murmure la même prière, le même chant.

 

 

 

 

 

C’est dans ces moments cruciaux que l’on sent l’âme d’un peuple.
Et que l’on est fier d’en être, avec ou sans kippa,

même si l’on n’en connait pas encore les paroles…

 

Chants si poignants.

 

La nuit est tombée. Croissant de lune.

Le ramadan vient de commencer. Comment va-t-il finir ?

Jeunes et moins jeunes, femmes et hommes mêlés, assis autour des tombes, enchainent les chants, quelquefois murmurés, et d’autres fois…

 

On avait prié tout ce peuple de laisser les familles enterrer leurs garçons.

 

Pas un n’essaya de braver la prière.

 

 

 

 

 

Mais quand les familles accomplirent leur devoir,

et qu’elles s’éclipsèrent discrètement,

le peuple, ne pouvant plus se retenir, se mit à courir.

Vers Gil’Ad, Eyal, et Naftali, vers ses enfants, vers ses frères.

 

Une nation c’est un plébiscite de chaque instant, avait dit à peu près, je crois, Renan.

 

 

 

Les jeunes chanteront,

peut-être jusqu’au matin.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je dois rentrer.

J’attendrais le bus, durant une heure, toujours seul à l’arrêt.

Juste en face du Moshav de Mévo-Modi’in, fondé par le génial musicien Carlibach, habités par des gens comme mon ami Eliahou, tous aussi excentriques les uns que les autres…

 

 

Une heure durant laquelle,

mêlées à tous ces visages dont je viens de me séparer,

se bousculent encore mille choses…

 

 

 

 

 

Par exemple, ce message de solidarité de mon amie Nicole Guiraud à qui la bombe du Milk Bar du 30 Septembre 1956 à Alger arracha le bras entier à l’âge de 10 ans (et à sa voisine, la petite juive Danielle Chiche, la jambe entière). Tandis que la TV française d’Etat honorait d’un film les poseuses de bombes du FLN, et que celle du Milk Bar était devenue sénatrice !

Par exemple, ces intellectuels algériens qui avaient été ciblés par les islamistes mais qui n’avaient toujours pas compris, après plus de 50 ans d’indépendance et de dictature, que la stratégie de la violence ethnique qui avait visé l’autre, les viseraient aussi, eux, un jour…

Comme ces intellectuels palestiniens de l’Université d’El Qods qui en se désolidarisant du Pr Dajani obligé de démissionner pour avoir accompagné un groupe de jeunes Palestiniens à Auschwitz, venaient de perdre une belle occasion de gagner leur indépendance vis-à-vis des politiques.

Et parmi eux se trouvait aussi, oui, le ‘’modéré’’ Sari Nousseïbeh

 

Comment ne comprenaient-ils pas, eux tous, que si la ‘’Palestine’’ devait un jour exister, elle se déferait aussitôt comme se défont aujourd’hui tous les nationalismes ‘’arabo-musulmans’’… Précisément parce qu’ils n’avaient eu pour seul projet que d’être ‘’contre l’autre’’, et que pour arriver à leurs fins, ils s’étaient autorisés, eux aussi, tous les moyens, justifiés de toutes les manières possibles… qui aussitôt se retourneraient contre eux-mêmes.

 

Car les tueurs de Gil’Ad, Eyal, et Naftali, n’ont en rien innové. L’histoire du terrorisme palestinien le plus barbare est déjà longue depuis les années 20 du siècle dernier… Et s’ils ne la connaissent pas, faute d’enseignement, le terrorisme algérien du FLN aurait pu leur être modèle…

Durant la guerre d’Algérie, il y a exactement 58 ans, presque jour pour jour, le 3 mai 1956 à Aïn-Beida dans la montagne des Aurès, trois écoliers européens, Jean-Paul Morio, Jean Romain Almeras et Gilbert Bousquet, furent attirés dans un guet-apens par un de leurs camarades musulmans, puis séquestrés, battus et lapidés, enfin égorgés en bonne et due forme par les ‘’moudjahidines’’ (combattant du Djihad) du FLN – ALN. Leurs corps n’étant découverts que plus d’un mois après, dans un puits. Au douar OulmaLe 23 juin 1956.

 

Ces tueurs et leurs commanditaires, jamais dénoncés comme tels par l’intelligentsia française dite ‘’de gauche’’, qui tel Jean-Paul Sartre les encensa comme des héros, ont fait beaucoup d’autres émules qui, s’ils ne sont plus idolâtrés, continuent d’être justifiés.

Que l’intelligentsia européenne ait tenté et tente toujours de régler ses complexes de culpabilité, soit.

 

Mais celle dite du ‘’Tiers-Monde’’ qu’attend-t-elle pour changer de cap ?

Qu’attend-t-elle pour aller voir plutôt du côté de Camus, qui avait dit que le terrorisme déshonore la cause de ceux qui y ont recourt et qui incarna à la fois le résistant au fascisme et le résistant à toutes les idéologies totalitaires.
Parmi lesquelles il faut bien compter celles des mouvements dit ‘’de libération nationale’’, qui dans la plupart des cas, ont surtout été des mouvements ‘’d’épuration nationale’’, xénophobes, racistes, judéophobes, christophobes, autoritaires, sanguinaires, criminels, et j’en passe…

Contre les leurs d’abord, puisque du fait de l’épuration, il n’y avait plus ‘’d’autre’’….
Incapables même du minimum malgré la providentielle manne pétrolière : nourrir et protéger leurs peuples.

Seuls ceux qui ont vécu dans cet univers pourront vraiment me comprendre.

 

Seul sous l’auvent de l’arrêt du bus, les voitures passaient trop vite pour faire du stop. Et puis après ce qui venait d’arriver à nos trois jeunes, faudrait être courageux…Un type avec un sac à dos… J’enlève la casquette qui ne sert plus à rien, mais ma tête nue ne fait pas meilleur effet. Pire peut-être. Je la remets.

 

Le 111 est arrivé. Une heure d’attente !

 

Les chants des jeunes me bercent…

 

J’avais écris dernièrement qu’en ‘’Europeon tuait tranquillement’’.

Mais ici, ce ne sera pas le cas.

Les tueurs n’auront aucune tranquillité. Et ils le savent.

Les tueurs… je parle surtout des commanditaires. Quant aux intellectuels qui ne les dénoncent pas, ils paieront aussi très cher leur complicité, avec l’ensemble de leur peuple.

Sportifs de Munich ou écoliers de Maalot, de crime en crime, les ‘’Palestiniens’’ se défont moralement à chaque goutte de sang innocent versé.
Et si aucun prophète ne se lève parmi eux pour les en avertir, ils périront de leurs propres mains, de leur propre haine.

On ne transforme pas impunément ses propres enfants en tueurs, en bombes mobiles, ou, dans le meilleur des cas, en boucliers humains.

 

Ceux qui s’apprêtent à quitter la France pour Israël, contrairement à ce qu’a pu dire Marek Halter, ont tout à fait raison.

Il y a un temps pour la dhimmitude et un temps pour la libération.

A quoi servirait de faire le seder chaque année, sinon ?

Que ceux qui le peuvent se décident. Le plus vite sera le mieux. Pour eux.

La judéophobie planétaire n’en est qu’à ses débuts.

Rien de ce qui se passe en Europe et ailleurs, ne permet d’imaginer que les choses iront en mieux.

Pour beaucoup, demain sera trop tard.

 

Et l’Europe a suffisamment d’Européens pour se sauver tant qu’il est encore temps pour elle, si elle en a le désir, et la volonté. On le lui souhaite en tous cas.

 

Contrairement à ce qu’ont pu dire des charlatans aussitôt adulés par cet ‘’Occident’’ qui n’a toujours pas réglé sa question juive, ni pris le temps d’aller à la source de sa ‘’passion génocidaire’’, ni de faire l’effort de voir par où passaient les nouvelles ‘’frontières d’Auschwitz’’le peuple juif n’est pas une invention.

 

 

Et depuis plus d’un siècle, il a retrouvé son pays.

 

Tout le monde sait que dans ce Monde devenu un peu fou, cherchant même à se flinguer en mettant fin à la Maternité et à la Paternité, au hasard de l’engendrement, et au suspense des transmissions, ce coin de terre reste une terre où la boussole a encore une aiguille…

 

 

Une des terres,

de plus en plus rares,

où l’on peut encore dire

ce que l’on veut.

 

 

 

 

 

 

 

Certes, on peut y mourir aussi.

 

Mais vivre à genoux,

En masquant ses convictions,

et même ses origines,

est-ce un destin enviable ?

 

 

Et l’ennemi certes en surnombre, est-il si dangereux que cela ?

Miné par la corruption, le crime politique, la violence, la musèlement des femmes, le crime d’honneur, le bâillonnement de l’intelligentsia, la mauvaise foi, le double langage, la méfiance populaire, l’apathie, le désespoir, hanté par le seul désir de mettre les voiles, n’est-il pas, comme dans le Livre de Daniel, statue de bardée de riches métaux, mais aux pieds d’argile ?

 

 

 

 

Le miracle d’Israël,

n’est-ce pas aussi celui d’un peuple

qui peut ce qu’il veut,

parce qu’il sait ce qu’il est ?

 

 

 

 

 

 

 

Les peuples qui l’entourent, aujourd’hui hostiles, quand ils arriveront au bout de leurs échecs, seront bien obligés de se rendre à l’évidence, et s’approprier à leur tour le ‘’miracle’’ …
Le ‘’miracle’’ de leur véritable identité, qui n’est pas ‘’arabe’’…

Le ‘miracle’’ d’une philosophie qui fait de la vie, la valeur fondamentale..
Le ‘’miracle’’ de l’étude patiente, l’effort et du travail bien fait…

Le ‘’miracle’’ de la paix de l’âme, lorsque pour expliquer ses échecs, le pouvoir apprend à renoncer à la fausse issue du bouc émissaire, et le peuple aux théories du complot,…

Le ‘’miracle’’ tout simplement de la démocratie, lorsque les responsables doivent répondre devant leur peuple et non devant leur supérieur… et même aller en prison.

Une démocratie qui permet à un jeune Arabe, Mohammed Zoabi, d’envoyer sur youtube, une vidéo d’amour à son peuple, le peuple israélien, et à dire sa compassion pour les jeunes kidnappés, sans être immédiatement assassiné par le clan parent de la députée Hanin Zoabi, qui elle ne rate pas une occasion de s’en prendre à son pays de la tribune même de la Knesset, et qui ne voulait même pas voir dans le kidnapping des trois adolescents juifs une forme de terrorisme… et allant même, sur Al-Jazeera, jusqu’à ‘’blâmer le gouvernement israélien’’ qualifié, lui, de ‘’terroriste’’ et de ‘’responsable de l’enlèvement’’  ! ! !

Une démocratie qui va jusqu’à tolérer son pire ennemi, le Mouvement islamiste, lui aussi une branche des Frères Musulmans, dont des représentants se retrouvent siéger dans de multiples municipalités de grandes villes d’Israël !

Pour revenir à vous, Jeunes Français, n’écoutez pas Halter !

Dieu a créé le monde en six jours, et le septième il s’est retiré, nous dit la Tora.

Pour que nous fassions le reste.

Et il y a beaucoup à faire

De quoi ne pas se croiser les bras. Ou de s’ennuyer.

Le bus arrive. Tel Aviv. Les lumières. Les tours. Les chants toujours.

 

 

 

Gil’Ad, Eyal, et Naftali, tels les frères Maccabis, vos rires d’ados boutonneux et surdoués, seront nos lumières de Hanoukka.

 

 

 

 

 

 

 

Rachel Fraenkel, Bat-Galim Shaar

et Iris Yifrach, et vos époux, puissions être

et rester aussi dignes que vous.

 

 

 

 

2 Juillet 2014

© Jean-Pierre Lledo

© Photos Jean-Pierre Lledo

Post Scriptum .
Finissant d’écrire ce compte-rendu, j’apprends tard dans la soirée le meurtre d’un enfant arabe de Jérusalem âgé de 16 ans, Mohammad Abou Khdeir.

Déjà, toutes les agences de presse occidentales, si longues à la détente lorsqu’il s’était agi du kidnapping de Gil’Ad, Eyal, et Naftali, se sont précipitées sur la seule hypothèse du crime de vengeance.

Malheureusement une partie des journalistes israéliens, aussi.

Pourtant les mises en scène de Pallywood devraient avoir vacciné, au moins ces derniers. Pour au moins avoir et exprimer quelques doutes.

 

Rappelons nous l’enfant Al Dura, dont ne sortit pas un goutte de sang bien que mitraillé avec des balles de gros calibre ‘’durant 40 minutes’’, selon le caméraman palestinien du journaliste de France 2 Charles Enderlin, et alors que ‘’le père’’, c’est-à-dire le comédien qui jouait ce rôle, lui, échappait miraculeusement à la mort !

 

Rappelons-nous plus récemment, il y a moins de deux mois, ces deux adolescents arabes, ‘’tués’’ par la ‘’soldatesque israélienne’’, mais trahis par une caméra de surveillance, montrant parfaitement, au ralenti, qu’il s’agissait bien d’une nouvelle mise en scène !

Et plus anciennement, il y a près de 3 ans, les agences de presse occidentales, mais aussi beaucoup trop de journalistes israéliens, n’avaient-elles pas attribué l’incendie de la mosquée de Touba Zangariyeh en Galilée, au groupe des ‘’Jeunes des collines’’ et à ceux qui ont pris pour nom ‘’Le prix à payer’’, comme nous le rappelle opportunément le journaliste israélien Meïr Benyahoun :

‘’Par la suite, il s’est avéré que cette localité de Touba Zangariyeh était troublée de façon chronique depuis des années par un gang de brigands et du fait des rivalités violentes entre les deux clans de Bédouins. Ce sont les membres de l’un de ces clans qui avaient mis le feu à la mosquée du clan rival. Les graffitis avaient été écrits dans un mauvais hébreu d’ailleurs, ce qui aurait pu suggérer que ce n’étaient pas des Juifs qui avaient fait cela.’’

 

De tels exemples sont innombrables, mais citons au moins la fausse info lancée par l’AFP en septembre 1996, sous la plume de son correspondant ‘’palestinien’’ Hicham Abdallah, selon laquelle Israël creusait » un tunnel sous la mosquée Al Aqsa« , alors qu’il s’agissait bien d’un tunnel, mais archéologique, et surtout dans le sens opposé, vers la Via Dolorosa, justement pour donner une sortie aux touristes… Cette fausse nouvelle fut la cause d’une ‘’intifada’’ qui coûta la vie à 80 personnes dont une dizaine de soldats israéliens.

Mais malgré cette énorme dette de sang, la très officielle et très autorisée AFP (Agence Française de Presse), comme France 2, ont continué allègrement leur boulot de ‘’désinformation’’, un des pans les plus importants de la guerre menée, à chaque instant, aux Juifs et à Israël.

 

Car il faut bien le dire, et on pourrait le dire à moins, une véritable guerre est menée au peuple juif. Et pas seulement par des Arabes et des Musulmans.

 

Que valent alors les larmes de crocodiles des dirigeants occidentaux, lorsqu’ils permettent à leurs journaleux d’en être les soldats tout aussi ‘’embedded’’ qu’enragés ?

 

Mais admettons une seconde, et cela est peut-être le cas, que ce crime ait été perpétré par un Juif, ‘’un nationaliste d’extrême-droite’’ pour la jouer ‘’AFP’’, ou journaliste israélien ‘’tres objectif’’, comme la nouvelle chaine de télévision ‘’I 24’’ cherche à l’être, puisque bien que située à Tel Aviv, elle ne se veut ‘’ni juive, ni israélienne’’.

 

Cela mettrait-il les deux crimes, les deux peuples, sur le même plan ?

Le crime contre l’Arabe équivaudrait-il à celui contre les trois Juifs ?

Le second effacerait-il le premier ?

Et puisque nous sommes en pleine Coupe du monde, cela serait-il un match nul ?

Non !

Non pas parce qu’au compte de la vendetta, nous n’en serions qu’à un 3 à 1…

Mais parce que rien n’est comparable dans ce double assassinat.

Rien, sinon l’innocence des quatre adolescents.

 

Les autorités israéliennes ont immédiatement condamné les assassins. Ce qui n’avait pas été le cas des palestiniennes.

Le Hamas s’en était même félicité, tout en préférant ne pas revendiquer, sans doute en raison de son nouveau statut de membre du ‘’ gouvernement palestinien d’union nationale’’.

 

Quant au Président Mahmoud Abbas, que vaut sa condamnation,

quand sur le site de son propre mouvement politique, le Fatah, les trois jeunes israéliens étaient caricaturés comme on l’a vu en souris,

 

 

et même intégrés dans un logo de la Coupe du Monde

qui chantait victoire ?

 

 

 

 

 

 

Quand hier encore, son agence de Presse Wafa, taisait dans l’édition arabe la découverte des trois cadavres israéliens, information qu’elle concédait… dans l’édition anglaise ! Taqya quand tu nous tiens !!!

 

Je ne parle même pas du Cheval de Troie de la Knesset, Madame la députée israélienne arabe Hanin Zoabi qui se revendique ‘’palestinienne’’, et dont j’ai déjà dit les prouesses…

 

Le peuple juif, en Israël, et ailleurs, quant a lui aussi tenu immédiatement et massivement a dire son dégoût du meurtre de l’adolescent palestinien.

Le père d’un des trois jeunes assassinés, n’a-t-il pas tenu à préciser que pour lui il n’y avait ‘’aucune différence entre sang juif et sang arabe’’ ?

 

 

Alors que les Juifs d’Israël et du monde souffraient le calvaire durant près de trois semaines,
quel fut le comportement de la très grande majorité de ‘’la rue arabe’’, et ‘’palestinienne’’ ?

 

 

 

 

 

 

 

 

Congratulations, signe de la victoire avec la main, non plus avec deux doigts mais avec trois !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Geste qui comme la quenelle de Dieudonné fut immédiatement

mise en scène…

 

Avec toute l’obscénité de Pallywood

 

 

Enseigné même dans les jardins d’enfants !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Objets de travaux pratiques en mathémathiques….

 

1 Shalit = 1027 (prisonniers libérés)

3 Shalit = 3081 (prisonniers à libérer)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Faut-il aussi évoquer l’attitude des prisonniers palestiniens se félicitant de la découverte des trois cadavres, alors qu’eux mêmes venaient d’être soignés dans les hôpitaux israéliens suite à leur grève de la faim, par des médecins qui exigèrent des autorités pénitentiaires qu’on les laissât se déplacer librement dans les halls ? !

Lesquels prisonniers, revenus en bonne santé dans leurs prisons, s’allongèrent aussitôt devant leurs postes de télévision.

Non pour regarder le peuple juif, sinon par compassion au moins par curiosité, enterrer ses adolescents, mais juste pour ne pas rater la Coupe du Monde.

 

Qui, parmi les personnalités influentes, les intellectuels ‘’palestiniens’’, a-t-il élevé sa voie pour condamner cette indécence et cette inhumanité, mises en scène au plus haut niveau narguer tout un peuple et se gausser de sa souffrance, durant près de trois semaines ?

 

Y en a-t-il eu plus parmi ces émules ‘’indignés’’ de Hessel, spécialisés dans l’unique indignation anti-juive et anti israélienne, et ce dans les plus grandes chaines de TV occidentales  ?

 

Des indignations publiques, certes, il y en eut parmi les Arabes.

 

Telle celle de certains Imams de France. De Madame Ibn-Ziaten,mère du soldat français assassiné à Toulouse en Mars 2012 par Mohammed Merah, une semaine avant la tuerie de l’école juive dans la même ville et par le même assassin.

Et aussi de quelques Israéliens arabes.

 

Mais elles ont été l’exception, quand du côté des Juifs, elles sont la règle.

Comme en témoigne aujourd’hui la vague de protestations de la société civile autant que des autorités politiques et militaires israéliennes, et des dirigeants communautaires de par le monde, contre ceux qui prônent la vengeance aveugle, et qui se sont mis en tête de rivaliser, sur le terrain de la haine, avec la maestria palestinienne dont nous venons d’avoir un très mince aperçu…

 

Quoiqu’il serait bon aussi que cet establishment politique, militaire et religieux, et leur couverture médiatique, prompts à la jouissance de l’autoaccusation, rabaisse un peu le toupet de leurs homologues occidentaux et de leurs agences de presse ‘’officielles’’ qui n’élèvent leurs voix que lorsque des Juifs peuvent être pris en défaut, alors qu’ils ne disent rien ou presque, ni de ces lycéennes kidnappées par les islamistes du Nigéria et déjà oubliées, ni de Meriam, la jeune soudanaise chrétienne condamnée à mort pour apostasie, libérée après avoir accouché en prison, les fers aux pieds, mais aussitôt après réarrêtée ! Ni du nettoyage ethnique en Centrafriquecommis en ce moment même, alors que 100.000 Peuls (musulmans) sont pourchassés sur les routes par des milices (catholiques), ceci en présence de 2000 soldats français et 6000 de l’ONU !

Et ce avec la complicité silencieuse des protestants locaux pourtant majoritaires, du Vatican et de l’OCI qui rassemble les 57 pays musulmans de la planète, lesquels ne se sentent ‘’solidaires’’ de leurs frères que lorsqu’il s’agit des… Juifs !

 

Non, vraiment non, même si le pire des scénarios pour le peuple juif venait à se confirmer, il n’y aura pas eu match nul, mais une défaite morale immense, au score écrasant, qui déshonorera à jamais le Monde arabe, plus que toutes ses guerres provoquées et perdues contre Israël.

 

Et pour ma part, et jusqu’à preuve du contraire par les résultats de l’enquête, je parierai que ce gamin a été sacrifié, pour renverser le courant de sympathie internationale pour Israël, autant que pour la cause islamiste du Hamas qui rêve d’évincer les troupes de Mahmoud Abbas, par le biais d’une troisième intifada qu’il n’arrête pas d’appeler de ses vœux, pour sortir de la nasse qui peu à peu se referme sur lui, surtout depuis que le Président de l’Egypte Sissi s’en est pris à son principal soutien, les Frères musulmans, et qu’il projette de construire une muraille de fer à sa frontière avec Gaza.

 

Et ce ne sera pas la première fois que le mouvement nationaliste du monde arabo-musulman procède ainsi.

En Algérie, le 8 Mai 45, également, l’on sacrifia le porte-drapeau d’une manifestation, pour lancer une insurrection, préparée depuis des semaines, qui commença par l’assassinat d’une centaine de civils européens et juifs, à la hache et au couteau, avant que la répression, elle aussi aveugle des troupes de Sénégalais, et de Tabors marocains, dirigés par des officiers français, ne décime des milliers de Musulmans.

Pour s’emparer de la direction d’un mouvement populaire, ne demandons surtout pas aux nationalistes et aux islamistes du monde musulman d’avoir des scrupules.

C’est ma propre expérience qui m’impose ce jugement.

 

Et ce n’est pas ce qui se passe actuellement en Lybie, en Syrie ou en Irak, qui pourrait l’atténuer…

Face à la même violence, deux comportements… (08/07/2014)

L’éventualité que l’adolescent arabe de Jérusalem de 16 ans ait été tué par des Juifs était, pour le peuple juif, d’Israël et hors d’Israël, le pire des scénarios. Et c’est celui-ci qui s’est réalisé.

Le pire non seulement pour des raisons politiques et militaires, puisque le rapt, puis l’assassinat des trois jeunes israéliens, et l’appartenance des tueurs à la branche armée du Hamas, avait donné l’initiative à Israël, permis de détruire en profondeur l’organisation politico-militaire du Hamas, et même démontré qu’il était difficile de faire la paix avec un gouvernement ‘’d’union nationale’’ qui à peine formé se révélait incapable de maitriser les instincts guerriers des siens et de donner à la communauté internationale quelques gages de bonne volonté.

Mais aussi, le pire, et plus encore, car chaque Juif se sent atteint dans ses valeurs puisées dans la Tora, continuellement discutées, remises à jour, par les Sages du Talmud, et jusqu’à nos jours par d’innombrables exégèses, qui ont à jamais affirmé une Loi, et le refus de la vendetta tribale, de la justice que l’on se fait soi-même.

Huit siècles avant l’ère commune, un agriculteur juif à qui l’on avait volé ses vêtements ne fit-il pas écrire une lettre aux autorités pour réclamer son dû ? L’ostracon est visible au Musée d’Israël de Jérusalem.

Je comprends donc ces amis juifs très nombreux qui ont tenu à me dire leurs ‘’effarement’’, ‘’désarroi’’, ‘’dévastation’’… ‘La terre s’ouvre monstrueusement sous nos pieds’’, ‘’Mon cœur saigne’’, ‘’Je suis désemparé’’, ‘’Un véritable cauchemar qui me plonge dans la dépression’’ et j’en passe…

Mais je suis loin de partager cette vision. Même si le peuple juif peut en tirer, en apparence, honneur et bénéfice moral, je ne trouve pas que la propension juive à se saisir du moindre méfait pour s’auto-accuser collectivement, et appeler l’univers à être le témoin de son manquement irrémédiable, tel dans le passé et avec un sens du spectacle évident le savant Yeshayahou Leibowitz, tel aujourd’hui l’écrivain A.B Yehoshua, soit un signe de bonne santé psychologique.

La culpabilisation collective qui a pour effet immédiat de rendre responsable un peuple entier du méfait ponctuel d’un seul, personne ou groupe de personnes, relève du racisme quand il vient de l’autre, et d’une pathologie manifeste quand il émane de la victime elle-même.

C’était peut-être la manière des Prophètes et elle avait un but sans doute pédagogique, et quel que soit le désir de certains de prendre leurs places, nous ne sommes plus en ce temps là. Désormais leur rôle est interprété par le peuple lui-même et par toutes les autorités qui s’en réclament, religieuses, intellectuelles, morales, différentes morales, philosophiques, etc…

Ce dont il faudrait plutôt s’alarmer c’est que ces autorités-là, et le peuple lui-même après 3500 ans d’histoire, de théologie, de philosophie, de droit, et de morale, juives qui ont révolutionné sinon refondé en partie toutes ces disciplines, et modelé à jamais des valeurs fondamentales devenues patrimoine de toute l’humanité, que les modernes ont appelé ‘’humanisme’’, mais qui avaient précédé la Renaissance de quelques vingt quatre siècles, se fassent eux-mêmes, collectivement, les apôtres du crime ou les complices de leur auteurs, par le silence et/ou la justification.

Or en établissant la chronologie des violences qui assaillent Israël depuis un mois, ce que je peux constater c’est que s’il y a bien quelque chose d’inquiétant, c’est l’abîme moral qui sépare deux peuples pourtant soit mêlés, soit distant de quelques kilomètres seulement. Abîme incomblable, avant longtemps.

La symétrie de la double tragédie qui a affecté le peuple juif, d’abord, arabe ensuite, nous facilitera la tâche. Comparons et jugeons-en.

 

D’abord les faits.

Le 12 Juin dernier, trois étudiants juifs israéliens Naftali Frenkel, Gilad Shaer (tous deux 16 ans), et Eyal Yifrah (19 ans), sont kidnappés vers 22h30 alors qu’ils faisaient de l’auto-stop dans le Goush Etsion.19 Jours plus tard, leurs trois corps sont retrouvés dans la même région, tués par balles à bout portant. L’assassinat n’est pas revendiqué mais la police, deux semaines plus tard, identifie au moins deux des suspects : Ammar Muhammad Abu Eisha (33 ans), et Marwan al-Qawasmi, (29 ans). Tous les deux sont d’Hébron, tous deux affiliés à l’organisation militaire du Hamas, tous deux déjà arrêtés plusieurs fois par les polices palestinienne et israélienne. Les deux familles sont impliquées depuis longtemps dans l’action armée du Hamas. Il semble qu’un troisième membre de la branche armée du Hamas, Houssam Dofash soit aussi complice, il a également disparu de son domicile depuis le 12 Juin.

Le 1er Juillet, Mohammad Abou Khdeir, un adolescent palestinien de 17 ans, est enlevé par des inconnus, le matin tôt, alors qu’il faisait lui aussi de l’auto-stop. Son corps est aussitôt retrouvé, brulé. Après seulement quelques jours, les six suspects sont arrêtés. Ils sont juifs et à l’heure où j’écris, on ne sait que cela.

 

La réaction des autorités politiques. 

Côté palestinien. Mahmoud Abbas réagit assez vite pour condamner le kidnapping… ‘’Les trois jeunes garçons sont des êtres humains, comme nous, et doivent être rendus à leurs familles’’. Curieuse justification. Pourquoi se sent-il obligé de convaincre les siens que les Juifs sont ‘’comme nous, des êtres humains’’ ? Est-ce parce qu’il sait l’habitude prise par les musulmans depuis le Coran et les Hadiths, d’identifier les Juifs à des cochons ou à des singes, voire à toutes sortes d’autres animaux de type reptilien ?

Quand à Khaled Meshaal, chef du Hamas qui venait de s’associer à M. Abbas pour former le gouvernement palestinien ‘’d’union nationale’’, ne se félicite-t-il pas, dans une interview à Al-Jazeera, du kidnapping sans toutefois le revendiquer ?

Ni M.Abbas, ni son parti, le Fatah, ne condamnent de tels propos qui pourtant délégitimaient ipso facto la nouvelle alliance. Plus gravement le Fath appelait tous les citoyens arabes à détruire toutes les images prises par les caméras de surveillance.

 

Et publiait dans son site une caricature légendée admirativement, à l’encre rouge, ‘’Un coup de maitre’’,
où l’on pouvait voir au bout d’une canne à pèche se débattre trois misérables souris marquées par l’étoile juive.

En Israël, les députés arabes, tels Tibi et Zoabi, justifient aussi le kidnapping, cette dernière se refusant à le taxer de ‘’terrorisme’’.

Coté israélien. Toutes les autorités d’Israël et les principaux ministres directement concernés, à commencer par le premier ministre B. Netanyaou, ainsi que toute la classe politique, condamnent immédiatement, sans appel et sans la moindre justification, le crime, puis les criminels. Le premier ministre outrepasse même son rôle en appelant à la peine maximale pour les coupables. Israël étant en effet le seul pays du Moyen-Orient où la peine de mort n’est pas d’usage. Enfin il appelle directement par téléphone le père de la victime pour lui présenter les condoléances du gouvernement et du peuple israéliens.

Les familles israéliennes, elles, attendent toujours le coup de fil de M. Abbas.

 

La quête des tueurs.

Les tueurs arabes et israéliens ont été assez vite identifiés par les services de sécurité israéliens. Mais si les seconds ont été arrêtés avec diligence, les premiers courent toujours, presqu’un mois après. S’ils avaient été des tueurs ‘’isolés’’ comme se sont empressés de le dire beaucoup de journalistes occidentaux, et israéliens, comment auraient-ils pu être en cavale autant de temps ?

Quand on sait que le Fath, parti de M. Abbas, a appelé à ne pas collaborer à la recherche des assassins (détruire les caméras), peut-on croire que la police palestinienne épaule vraiment l’israélienne ?

Que dire alors du Hamas qui s’est lancé dans l’aventure en choisissant de bombarder sans discontinuité le sud d’Israël ? ! Le gouvernement d’unité nationale qui n’a fait aucune déclaration à ce sujet, ne peut-il être accusé, sans exagération, de complicité avec les criminels ?

On apprend par ailleurs que dans la région d’Hébron, le Hamas est tombé sous l’influence du clan tout-puissant des Qawasmeh, auquel appartient l’un des deux suspects, Marwan al-Qawasmi. Soit environ 10.000 individus contrôlant commerce et trafic d’armes dans le secteur, véritable mafia fournissant logistique et hommes à la branche armée du Hamas.

 

La réaction des familles concernées.

Les trois familles israéliennes ont fait tout ce qu’elles pouvaient pour sauver leurs enfants, allant même à Genève demander à la Commission des droits de l’homme de l’ONU un soutien qui ne leur fut pas accordé.

Mais sans jamais faire pression sur les autorités sécuritaires de leur pays ni tenir le moindre propos désobligeant vis-à-vis des Arabes d’Israël ou de Palestine, même après la découverte des corps de leur enfants.

Au contraire, ils ont été formels, et sans la moindre ambigüité en affirmant que pour eux il n’y avait aucune différence entre un enfant juif et un enfant arabe : ‘’Le même sang coule dans nos veines à tous. Assassiner est assassiner, la nationalité et l’âge ne changent rien. Il n’y a pas de justification, pas de pardon et pas d’expiation pour un quelconque assassinat« , a déclaré, par exemple, la mère de Naftali Frenkel.

Le père de la victime arabe, lui,se plaint de la lenteur de l’enquête, ‘’alors que les caméras de surveillance ont tout filmé’’ précise-t-il, et va même jusqu’à accuser du crime ‘’le shin bet’’ (organisme de sécurité intérieure).

Il déclare par ailleurs que l’on a brûlé son fils ‘’comme le faisaient les nazis’’. Il n’avait sans doute pas vu cette vidéo qui a fait le tour du monde, où trois homosexuels irakiens musulmans étaient jugés, condamnés, immédiatement arrosés d’essence et jetés dans la fosse où le brasier les attendait, pour être purifiés, tout ceci devant les caméras. Il reconnait cependant que des Juifs sont venus pour exprimer leurs condoléances à sa famille.

Les familles juives attendent toujours sa solidarité de victime et sa compassion.

Quant à la mère d’un des tueurs Ammar Muhammad Abu Eisha elle a aussi été, en son genre, sans ambiguité : « si mon fils a pris part au kidnapping, je suis fière de lui, et j’espère qu’il continuera à déjouer les recherches, tant de l’armée israélienne que de la police palestinienne. ».

 

L’enterrement

Le 1er Juillet, après avoir espéré 19 jours avec les trois familles israéliennes, 50 000 personnes venues de tout Israël se sont rendu au cimetière de Modi’in. J’y étais et j’ai décrit ces funérailles[1]. Quasiment pas de drapeau. Pas de cris. Pas de slogans. Pas de bave haineuse aux commissures des lèvres. Pas de drapeaux de l’adversaire brulés. Encore moins de salves d’armes automatiques. Un recueillement impressionnant. Des prières murmurées. Des chants douloureux sans crescendo. Jusque tard dans la nuit autour des tombes des trois jeunes assassinés.

Vendredi 4 Juillet, quelques milliers de personnes accompagnent à l’est de Jérusalem la dépouille du jeune Arabe. Marée de drapeaux palestiniens. « Allah Ou Akbar ! »[2] crié à tue-tête Et bien sûr l’inévitable slogan chanté par toutes les foules du monde arabo-musulman comme un hymne à la guerre : « Par notre sang et par notre âme, nous nous sacrifierons pour le martyre).

Les réactions du peuple

Tant que l’espoir de retrouver vivants les trois jeunes Juifs fut maintenu, le peuple juif entier en Israël et dans le monde, retint son souffle et souffrit en silence. Mais lorsque fut annoncé la découverte des trois corps, et malgré les ‘’fuites’’ des autorités israéliennes afin d’amortir le choc final, laissant entendre que chaque jour s’amenuisaient les chances, il est vrai qu’une partie de la population, très minoritaire, a craqué. Criant vengeance et des slogans contre les Arabes. Les agences de presse occidentales n’ont pas loupé l’événement, inutile d’en rajouter.

Mais ce que ces agences se sont bien gardées de dire, c’est qu’immédiatement l’immense majorité du peuple, les autorités politiques et morales, et comme on l’a déjà mentionné, les familles même des trois étudiants assassinés, se sont tous désolidarisé d’un tel comportement, avec même souvent les mots les plus blessants. Ce qui a fait écrire un de mes amis, ceci : ‘’La réaction du peuple juif à l’annonce que les assassins de l’enfant arabe étaient des Juifs me rend encore plus fier d’appartenir à ce peuple.

Faut-il d’ailleurs rappeler que le seul endroit du monde où le peuple descendit massivement dans la rue en 1982, pour protester contre le massacre de Sabra et Chatila, perpétré en guise de représailles, dans un camp palestinien au Liban par les Phalangistes libanais, ce fut Tel Aviv avec 400 000 personnes (pour une population, à l’époque, d’à peine 6 millions de Juifs). Le même jour à Alger, un million de personnes sortit aussi dans la rue, mais c’était pour féter la victoire de l’Algérie contre l’Allemagne, au début de la Coupe du monde de foot…

Mais cette explosion de haine juive sur le web et dans la rue, une seule fois, mais une fois de trop, n’a-t-elle pas été facilitée par le comportement du peuple arabe ?

N’a-t-on pas vu ce dernier se réjouir bruyamment, ostensiblement du rapt des trois jeunes Juifs, et plus encore après la découverte des cadavres ?

Ne l’a-t-on pas vu innover en matière de communication en inventant, comme Dieudonné la quenelle, un nouveau signe de victoire, non plus avec deux doigts en V, mais avec trois doigts, cherchant ainsi à narguer et à provoquer le peuple juif ?

Signe repris dans l’ensemble du monde musulman, dois-je le préciser, et enseigné même à des enfants de deux ans !

Certes, on a les victoires que l’on mérite

Quand aux dirigeants politiques et aux autorités intellectuelles arabes dont c’est le rôle de dire la vérité au peuple, et de dresser des barrières à ne pas franchir, qui a élevé sa voix pour condamner cette provocation ? Qui a appelé les siens à plus de retenue ?

En réalité, et c’est triste à le constater, personne ! Ni en ‘’Palestine’’ ni dans le monde arabo-musulman.

Que n’aurait-on pas dit des Juifs dans une posture symétrique ?! Eux dont beaucoup se sentent aujourd’hui collectivement responsables, même quand ils ne résident pas en Israël, du crime commis contre le jeune Arabe. Eux desquels les autorités politiques, religieuses et morales ont fait immédiatement barrage à tout mouvement de haine, appelant au contraire à réfléchir, penser, se recueillir, que ce soit par les médias ou dans les synagogues.

Démontrant ainsi dans les faits que la Loi apparue il y a plus de 30 siècles, interdisant à l’individu de se faire justice, s’était irrémédiablement inscrite, si je puis me permettre cette image, dans le patrimoine génétique des Juifs.

Comparer la haine juive à la haine arabe est de ce fait, très instructif.

L’annonce de la mort des trois jeunes Juifs si elle permit à certaines passions anti-arabes de s’exprimer, et donna même malheureusement le prétexte au meurtre du Jeune Arabe, ne déboucha nullement sur cette atmosphère de pogrom qui règne aujourd’hui dans le camp arabe.

Différence que seule peut expliquer la différence des valeurs morales de chaque peuple et des comportements des deux autorités politiques et morales.

En effet depuis l’annonce de la découverte du corps du jeune Arabe, et jusqu’en ce moment même où j’écris, les Juifs sont devenus, dans l’ensemble d’Israël, les cibles recherchées de milliers de jeunes émeutiers arabes.

Enfants et femmes, sans discrimination, automobilistes, motocyclistes, bus, sont pris à partie, caillassés, lynchés quand les jeunes Arabes en ont la possibilité. Même les véhicules de l’ONU en ont fait les frais. Même le tramway qui permet aux Arabes de la partie est de Jérusalem de se rendre dans la partie ouest, soit pour étudier, soit pour travailler, soit encore pour s’y faire soigner, comme par exemple à Hadassah d’Ein Kerem situé à l’extrême ouest de Jérusalem.

Même les espaces privés ont été violés : on est entré dans une Yéschiva de la vieille ville de Jérusalem pour s’attaquer aux étudiants et à leurs maitres en théologie.

On a tenté de brûler les Tombeau de Joseph dans la ville de Naplouse, inclus par l’Unesco ‘’dans le patrimoine palestinien’’ ( !). Et l’on s’est attaqué à celui de Rachel près de Bethleem.

Comme en France récemment durant la Coupe du monde, comme dans l’ensemble du monde arabe après un match de foot, perdu ou gagné, on casse, on brûle, on s’attaque aux passants. De préférence non-musulmans, mais quand il n’y en a plus comme en Algérie, les nationaux, femmes ou enfants font aussi l’affaire.

Et ici en ce moment même, en Israël, à Jérusalem, comme dans certains endroits de Galilée, c’est le Juif qu’on s’est mis en tête de lyncher, mettant à nu le soubassement antijuif de tous les mouvements nationaux palestiniens, présents et passés !

Comme en 1921 et en 1929, à Jérusalem, à Hébron[3] et à Jaffa, à l’appel du grand Muphti de Jérusalem, Amin El Husseini, lequel, installé à Berlin par Hitler durant la dernière guerre mondiale, ne cessa d’appeler ce dernier à ne pas oublier les Juifs de Palestine dans la solution finale.

Qu’attend la petite nièce du Muphti et actuelle ambassadrice palestinienne auprès du Parlement européen Leila Shahid pour appeler son peuple à réfréner ses pulsions judéophobes ? Elle qui il y a quelques mois était allé à la Foire du Livre de Casablanca pour vanter les bons rapports entre Juifs et Musulmans dans le monde arabe[4]… Et ce alors que cette Foire était dénoncée même par les journaux français de gauche, comme une des Foires du Livre parmi les plus antisémites du monde arabe. Et pourtant après celle d’Alger, le record n’était pas si facile à battre.

Qu’attendent les autres dirigeants ‘’modérés’’ et les intellectuels palestiniens pour condamner de tels agissements organisés par le Hamas et son antenne israélienne, un parti légalle Mouvement islamique, tous deux affiliés à l’internationale des Frères Musulmans ?

Qu’attendent-ils pour expliquer à leur peuple, au moins pour conserver la bonne image des ‘’Palestiniens’’ comme ‘’victimes’’, au moins vis-à-vis de cette Europe qui n’a plus de compassion que pour les Juifs morts, qu’il ne faut surtout pas dessiner des croix gammées sur les murs comme elles sont apparues dans les quartiers arabes de Jérusalem et d’autres villes, et encore moins sortir les drapeaux nazis des vieilles valises de leurs grands-pères, comme cela vient de se passer dans le village arabe près de Hébron, Beït Omar ?[5]

Qu’attendent aussi ces intellectuels israéliens qui la jouent ‘’nouveaux prophètes’’, pour interpeller leurs homologues arabes en ‘’Palestine’’ et leur demander d’exercer leur magistère moral , mais également leurs homologues arabes d’Israël, musulmans et chrétiens ?

Oui et chrétiens car l’identité de l’assassin de la jeune fille d’AfulaShelly Dadone, tuée il y a un mois par 17 coups de poignard, vient d’être dévoilée : il s’agit d’un taximan israélien arabe chrétien Hussein Khalifa, et ce pour des ‘’motifs nationalistes’’ comme on dit à présent, à peu près identiques à ceux des Juifs qui ont tués le jeune Arabe de Jérusalem…

Face à tant d’irresponsables, comment ne pas souligner l’héroïsme dece jeune Arabe de Galilée Mohammed Zoabi, qui a envoyé grâce à youtube un magnifique message d’amour à son peuple, le peuple israélien, en disant sa compassion pour les jeunes kidnappés, et qui fut aussitôt menacé par le clan familial qui n’est autre que celui de la députée de la Knesset, Hanin Zoabi qui, elle, n’a toujours pas condamné le meurtre des trois jeunes Israéliens…

Les Juifs, je le disais en introduction sont sans doute malades d’auto-culpabilisation. Pathologie gravissime car loin d’amoindrir la violence de l’agresseur potentiel, elle l’encourage. Elle est sans doute le résultat de 2000 ans de persécutions par le monde chrétien puis musulman. Sans possibilité de se défendre, car privé d’Etat, le peuple juif a dû cultiver une sorte de syndrome de Stockholm, quand suspendu au bon vouloir de son bourreau, on finit même sinon par l’estimer, au moins le ‘’comprendre’’.

Mais les Arabes de Palestine, comme ceux habitant en Israël, même s’ils ne sauraient être collectivement assimilés à ces milliers d’émeutiers dont on vient de décrire le comportement, eux aussi risquent d’être victimes de la perversion que toute violence génère dans le corps social, surtout lorsqu’elle n’est pas combattue par ses propres élites, surtout quand elle est vécue passivement, comme c’est le cas aujourd’hui.

L’exemple de l’Algérie devrait faire réfléchir les intellectuels musulmans de Palestine[6]. La violence ethnique générée par le FLN sous la forme d’un terrorisme au facies contre le non-musulman, si elle a réussi dans un premier temps à faire fuir hors de leur pays un million de non-musulmans, chrétiens et juifs, a aussi été une sorte de bombe à retardement qui a éclaté dans les années 90 du siècle dernier, tuant cette fois d’autres Arabes et d’autres Musulmans.

Voilà ce que me dit textuellement mon ami d’enfance Smaïn (alors que je préparais le tournage d’un film en Algérie, en l’an 2002, et alors que le terrorisme islamiste venait à peine d’être jugulé dans les grandes villes), lorsque je lui demandai de me raconter ce qu’il vit à Oran le 5 Juillet 1962.

Après un très long silence, il me répondit ceci : ‘’Tu sais Jean-Pierre, quand nous les anciens de la rue on se retrouve, on se dit que ce que l’on a vécu ces dernières années, c’est pour payer le 5 juillet’’.

Le 5 juillet 1962 à Oran, le jour même de la célébration de l’indépendance, plus de 700 personnes, chrétiens, juifs essentiellement, mais aussi musulmans, furent arrêtées, affreusement assassinées, lynchées, scalpées, violées, brulées, durant toute une journée, massacre s’achevant deux jours plus tard[7]…

Et je rappelle aux intellectuels palestiniens et israéliens qui l’ignoreraient qu’il y eut 200 000 morts et trois fois plus de blessés, durant cette deuxième guerre d’Algérie, de 1992 à 2002, appelée par le peuple, pour cette raison, ‘’décennie noire’’.

Ce qui me justifie à affirmer qu’il n’est rien de plus urgent pour les élites du monde arabo-musulman, que de délégitimer la violence. La violence dite ‘’révolutionnaire’’ a surtout permis aux violents, c’est-à-dire aux gens en armes, de s’emparer de tous les pouvoirs, puis de les conserver même après les indépendances acquises. Jusqu’à aujourd’hui, le monde arabo-musulman, fort de 57 nations indépendantes, est géré par des militaires, directement ou indirectement. Et ce n’est pas près de changer.

Il y a une dizaine d’années le dirigeant politique le plus intelligent que l’Algérie ait jamais produit, Mouloud Hamrouche, reconnaissait qu’il fallait remonter aux années 40 pour retrouver une culture politique dans le mouvement national. Il aurait même pu dire ‘’années 30’’, et même ajouter que c’était une des conséquences positives de la colonisation. De ce point de vue, on peut conclure que la dite ’’guerre de libération’’ déclenchée le 1er Novembre 1954 a été une catastrophe pour la société algérienne, détruisant les premiers germes d’une culture démocratique ainsi que ses élites. Dont l’Algérie ne finit pas de payer la note.

Pourtant le face à face judéo-arabe, au lieu d’être source de destruction pourrait être un stimulant intellectuel et économique de premier ordre. Mais à quelques conditions minima que le monde arabo-musulman à le devoir de réunir.

Il a à combatte ses pulsions judéophobes et à se débarrasser à jamais de toute la violence accumulée contre les Juifs, dans les tréfonds mêmes de son inconscient dont il faut chercher la source dans les textes sacrés, à commencer par le Coran.

Il lui faudrait avoir le courage intellectuel d’aller revisiter ses mythes fondateurs, d’écrire une histoire plus conforme à la réalité, et par exemple de cesser de rendre équivalent ‘’Naqba’’ et ‘’Shoah’’.

Il lui faudrait par conséquent encourager les initiatives telles celle du Pr Mohamed Dajani qui a fait visiter récemment Auschwitz à ses étudiants, et non le faire démissionner de l’Université El Qods à son retour, justement pour cette raison, comme le firent ses collègues parmi lesquels le recteur ‘’modéré’’ Sari Nousseïbeh

Il lui faudrait dire et expliquer le passé nazi d’une grande partie de ses dirigeants. Nasser et bien d’autres ne représentèrent-ils pas la jeunesse arabe à Berlin en 1936 ? Amin El Husseini ne fut-il pas depuis Berlin, le fondateur d’une armée musulmane nazie ? Les officiers nazis ne trouvèrent-ils pas refuge au Moyen Orient pour y former les ‘’élites’’ intellectuelles et militaires ?

Ben Bella, bien avant Ahmadinejad, n’a-t-il pas caressé le fantasme arabo-musulman de finir le travail nazi, y compris s’il le fallait par la bombe atomique ?

 

Il faudrait surtout et avant tout que le monde arabo-musulman reconnaisse que les Juifs ont une inscription historique dans le paysage moyen oriental bien plus ancienne que celle des ‘’Palestiniens’’ qui jusqu’en 1964 se définirent comme musulmans, arabes, syriens, jordaniens, et dont bon nombre venaient eux-mêmes de différentes contrées d’Arabie, d’Asie, et d’Afrique du Nord, et bien sûr aussi d’Egypte : les noms de famille des uns et des autres n’en trahissent-ils pas d’ailleurs l’origine ?

En somme, et je l’ai déjà écrit, pour régler la question palestinienne, il faudrait que le monde arabo-musulman règle préalablement sa propre ‘’question juive’’.

Et ceci, peut-être en parallèle avec la question de sa propre identité, question on ne peut plus légitime au moment où toutes les (fausses) ‘’nations’’ dessinées par les Anglais et les Français sont en train de s’effondrer pour laisser place à des ensembles dotés d’une unité ethnique et religieuse qui peut-être fourniront un jour le cadre de vraies nations qui retrouveraient leurs véritables identités qui ne sont pas ‘’arabes’’.

L’Europe et l’Amérique pourront-elles jouer un rôle positif pour aider les deux parties à dépasser l’ère du conflit (ce à quoi n’en finissent pas d’appeler de nombreux intellectuels israéliens, tels Barnavi ou Amos Oz) ?

Oui, si elles prennent conscience de tout ce que je viens d’énumérer.

Oui, si elles sont capables d’aider la partie la plus fragile, le monde arabo-musulman, à se reconstruire sur la base de la réalité et de la vérité.

Mais en sont-elles seulement capables ? J’en doute !

J’en doute lorsque je vois la grande partie de ses médias et de son intelligentsia, non pas être l’arbitre objectif, pouvant de ce fait être une autorité morale pour les deux parties, mais un agent actif de la guerre médiatique sans pitié qui a pris Israël comme unique cible planétaire ?

Et ce alors que la réalité vécue par les peuples des 57 pays du monde arabo-musulman est tout simplement atroce, pour toutes les minorités religieuses, intellectuelles ou sexuelles, ou de peau noire, mais aussi pour les majorités, notamment pour la jeunesse et les femmes…

Un intellectuel arabe israélien, palestinien comme il se présente, Bassem Aid, dirigeant une Association palestinienne des droits de l’homme ne décrivait-il pas dernièrement dans un Colloque sur la culture de l’honneur et de la honte qui s’est tenu à Jérusalem, la terrible réalité du crime d’honneur visant les femmes palestiniennes, y compris en Jordanie, où le fémicide est le plus élevé au monde ?

Pour l’instant en tous cas, nous sommes plutôt témoins de la double impuissance de ‘’l’Occident’’ (Europe + USA) tant vis-à-vis de ‘’la question palestinienne’’ que vis-à-vis du totalitarisme islamique qui domine l’ensemble du monde arabo-musulman, et qui est devenu en quelques années, la menace principale à l’intérieur même de cet ‘’Occident’’.

Mais cet Occident, avant d’avoir cette prétention d’aider les Juifs et les Arabes à sortir de la violence, ne devrait-il pas cesser de promouvoir sans critique, dans ses propres universités, les doctrines de Frantz Fanon, qui voyait dans la violence ‘’révolutionnaire’’ une dimension cathartique qui devait libérer de toutes leurs entraves mentales les colonisés et les femmes asservies par la tradition ?

Et plutôt que d’idolâtrer l’intellectuel palestinien arabe chrétien Edward Saïd qui reprit à sa manière la démarche fanonienne, en expliquant que l’asservissement des Arabes provenait de leur colonisation par l’image que l’Occident avait construit de l’Orient, ne devrait-il pas promouvoir la critique magistrale du philosophe égyptien Fouad Zakariya qui pulvérisa la théorie saïdienne dans son ouvrage ‘’Les Arabes à l’heure du choix’’ [8], en démontrant avec du simple bon sens que le jour où les Arabes seront en mesure de produire du savoir sur leur propre société, la logique de transmission de l’Occident vers l’Orient s’inversera.

Cet Occident ne devrait- il pas se demander lui-même s’il ne devrait pas au préalable, régler sa propre ‘’question juive’’  et sa propre ‘’question islamique’’ ?

Quant au peuple israélien, et ses élites juives qui tiennent le haut du pavé de certaines institutions de la presse écrite et audio-visuelle, et des universités, ne devraient-ils pas se demander comment sortir au plus vite de cette pathologie que les victimologues ont fort bien décrit depuis longtemps et qui consiste à s’accuser du mal que l’on subit de l’autre, posture qui loin de favoriser l’aplanissement du conflit donne raison à l’agresseur conforté par les propres aveux de l’agressé en mal de confession ?

Regarder le monde arabo-musulman tel qu’il est, judeophobe, christophobe, négrophore, corrompu, autoritaire, totalitaire, violent, sanguinaire, et non tel qu’on voudrait qu’il soit, ne l’affaiblira pas. Au contraire, cette vision réaliste sera le meilleur soutien que l’on puisse apporter à ses réformateurs et à ses démocrates.

En tous cas, ce qui vient de se passer en Israel est un trésor de données pour ceux qui voudront bien étudier les comportements des peuples qui s’y affrontent.

Une pensée plus qu’émue pour les quatre victimes innocentes : Yeyal Yfrah, Gil’Ad Shaar, Naftali Frenkel et Mohammad Abou Khdeir.

 

[1] Gil’Ad, Eyal, et Naftali, les adieux

[2] Ce qui signifie ‘’Dieu est le plus grand’’ et non ‘’Dieu est grand’’ comme habituellement traduit. Le superlatif signifiant bien qu’il s’agit du dieu des musulmans, mouslimoun, formé sur le mot ‘’islam’’.

[3] ‘’Le Juif errant’’ d’Albert Londres.

[4] Pour presenter l’encyclopédie grassement financée par l’Europe sur le même sujet, dirrigée par Meddeb et Stora, qui tous deux ne sont pas spécialistes de cette histoire.

[5] Drapeau nazi et croix gammées qu’aucun journaliste occidental n’a aperçus…

[6] Warshavski, grand défenseur israélien de la cause palestinienne, vient de reconnaitre récemment que la société arabe palestinienne vivait une grave régression, visible notamment par le fait que presque toutes les femmes portent le hijeb. Il souligne aussi que désormais les gens s’identifient d’abord comme ‘’musulmans’’, puis comme ‘’Arabes’’, enfin comme ‘’palestiniens’’.

[7]  http://www.huffingtonpost.fr/../../jean-pierre-lledo/algerie-quel-est-lauteur-du-massacre-du-5-juillet-1962-a-oran_b_4218693.html

[8] Publié au Caire ne 1989 aux éditions Al Fikr, et en France aux Editions La Découverte en 1991.

Arabes et Juifs d’Israël face à la nouvelle guerre Israël-Hamas… (14/07/2014)

Il m’arrive de regarder l’édition française de la nouvelle chaîne franco-israélienne ‘i24′[1], située à Tel Aviv, plus précisément dans le quartier de Jaffa. Quartier où une partie importante de la population est arabe, chrétienne et musulmane, en fait la descendante de toutes ces familles qui en 1948, refusant de céder à la panique décidèrent de ne pas suivre les incitations des dirigeants arabes à fuir leur ville pour, disaient-ils, mieux anéantir les Juifs.

Aussi cette chaîne associe-t-elle régulièrement des collaborateurs, permanents ou occasionnels, chrétiens ou musulmans, s’exprimant parfaitement en français, car ayant étudié dans les écoles chrétiennes de Yafo réputées pour leur excellence, notamment pour l’enseignement des langues.

L’obstacle de la langue levé, on est d’autant plus frappé par le contenu partisan de leurs discours. Aveuglément pro-arabe, imperméable au questionnement, incapable d’écouter le raisonnement de l’autre, quasiment autiste, méprisant toute chronologie, sans laquelle on le sait l’histoire semble n’être qu’une œuvre diabolique où les forts ont toujours torts et les faibles toujours raison. Le résultat est que lorsqu’ils sont confrontés à des compatriotes juifs israéliens, il n’y a pas de vrai dialogue, débat, mais des monologues parallèles.

Premier exemple

Une ex-députée arabo-chrétienne de la Knesset, appartenant au parti centre-gauche Avoda, ne cesse de parler de l’intervention de l’armée israélienne et de la  »colère arabe », notamment en Israël. Pressée d’expliquer si cette  »colère » était suscitée par les agressions du Hamas dont certains missiles pourraient fort bien tomber sur les Arabes de Yafo, de Haïfa, de Beersheva, ou même de Jérusalem, l’ex-députée évite de répondre, et reprend son antienne sur la  »colère arabe », et sur la  »souffrance arabe ».

Deuxième exemple

Interrogé par un journaliste qui lui demande de désigner le responsable de cette guerre, un avocat arabe, toujours de Yafo, répond :  »Les deux ! » (Israël et Hamas). Et quand le journaliste a la cruauté de lui rappeler la chronologie des faits, l’avocat répond ainsi :  »On ne peut dire qui a commencé, c’est l’histoire de l’œuf et de la poule… »

Ni l’un ni l’autre ne diront même un mot des trois adolescents juifs assassinés et sur le fait que plus d’un mois après, les tueurs n’ont toujours pas été capturés. Mais l’un et l’autre diront d’une même voix que la véritable origine de la guerre est  »l’occupation ».  »L’occupation » depuis 1967 ou depuis 1948 ? L’absence de précision des intervenants laisse planer le doute.

Ainsi ces Arabes israéliens, des intellectuels politiquement engagés, se refusent d’émettre la moindre critique vis-à-vis de la partie palestinienne de la confrontation. Du moins en public, c’est-à-dire là face à leurs confrères, Juifs israéliens. Ceux-ci, avec lesquels ils partagent pourtant quasiment tous les espaces : de travail, d’alimentation, de santé, d’enseignement, de politique, de repos, de sport, etc, restent malgré tout des… étrangers. Les compatriotes ne pouvant être que les  »Palestiniens ».

Les dialogues de sourds que j’évoquais révèlent donc une réalité: une césure profonde au sein de la population israélienne. Mis à part une minorité, plutôt silencieuse à quelques exceptions près, la majorité arabe qui s’exprime de diverses manières, soit par des émeutiers, soit par des intellectuels et des politiciens, soit par un ressentiment individuel refoulé mais qui peut affleurer à chaque instant, ne se considère lié par un destin historique qu’avec ceux qui depuis 1964 se désignent du terme de  »Palestiniens ».

Ceux qui, parmi les Juifs israéliens, pensent que la Paix entre Israéliens et Palestiniens découlerait automatiquement de la définition claire d’une frontière départageant deux pays et deux nations, ne tiennent donc pas compte d’une autre frontière entre Juifs et Arabes au sein même d’Israël: frontière fantasmatique d’autant plus vivace qu’elle s’inscrit dans un imaginaire ethno-religieux arabo-musulman, étrangement partagé par une majorité d’arabo-chrétiens, même si ces derniers ont dû fuir l’agressivité des musulmans, tant à Bethléem qu’à Nazareth, pourtant ville israélienne.

Dans cet imaginaire, disons-le franchement, il n’y a aucune place pour le Juif. Sinon comme  »dhimmi »[2]

Quatorze siècles d’Islam ont profondément modelé cet imaginaire arabo-musulman. Et cet imaginaire résiste à l’histoire. Il ne veut même pas en tenir compte. Au travail de deuil qui permet d’avoir une prise sur la réalité, il préfère la dénégation et une nostalgie où se loge l’honneur bafoué, prêt cycliquement, quand la démangeaison devient trop insupportable, à reprendre les armes, sinon pour la victoire, du moins pour l’honneur (à peu près tous les dix ans, le temps que les petits atteignent l’âge de manier la kalachnikov, âge en baisse constante)…

La majorité du monde arabo-musulman, islamiste, nationaliste, progressiste, communiste, et aujourd’hui même démocrate (énumération par ordre d’importance), est gouvernée par cet imaginaire. Et l’univers mental arabo-musulman n’a pas encore voulu tenir compte (digérer serait plus juste) de multiples réalités dont deux essentielles.

D’abord, la fin du Califat

Après l’effondrement de l’Empire ottoman, les nationalismes arabes n’ont visé d’une certaine manière qu’à encaisser le coup. Si on les compare aux nationalismes européens et même au nationalisme sioniste, on peut les qualifier de faux nationalismes, leur raison principale d’exister n’étant pas la création d’un espace unifiant pour mobiliser les diverses forces locales en vue du progrès social et de la liberté, mais plutôt de poursuivre la lutte contre  »l’autre », sous différents noms,  »le néocolonialisme »,  »l’impérialisme »,  »le sionisme ». La seule espérance laissée aux peuples arabo-musulmans étant de se retrouver, de s’unir, par le panarabisme puis par le panislamisme, tous deux succédanés de l’honneur califal perdu, auquel répondit très vite, dès 1927, la création de l’internationale des Frères Musulmans dont la centrale fut installée en Egypte, et que le nouvel-Etat-Califat islamiste en Irak voudrait aujourd’hui restaurer.

Ensuite, Israël

Israël est cette deuxième réalité inacceptée et inacceptable pour l’univers mental arabo-musulman, toutes différences politiques confondues, et elle est source d’indigestion chronique. Les plus réalistes (les démocrates, les progressistes, et les communistes) acceptent de reconnaitre l’existence d’Israël, comme un état de fait, mais absolument pas comme un droit à exister. Ce qui veut dire que si cet  »état de fait » venait à disparaître, cela serait considéré comme une salutaire remise en place de l’ordre naturel des choses qui a été perturbé par la  »colonisation sioniste ». Mais dans le fond, il y a un front uni objectif de toutes les sensibilités politiques arabo-musulmanes, ce que j’ai appelé par ailleurs un unanimisme[3].

Les nouvelles autorités égyptiennes sont issues de leur victoire sur les Frères musulmans durement réprimés? Le ministre des Affaires étrangères n’en condamnera pas moins  »la barbarie » israélienne. L’armée algérienne n’a pas fait dans la dentelle quand elle se décida à réprimer les islamistes dans les années 90, et sur les 200 000 personnes tuées, il y en a bien la moitié de son fait, n’empêche le gouvernement algérien vient d’exprimer la même position.

Cet unanimisme au demeurant est impuissant, car trop divisé, et surtout trop schizophrène, car les dirigeants sont d’autant plus agressifs en public, que sous cape, ils se réjouissent de la déconfiture du Hamas. Y compris, et d’abord même, l’Autorité Palestinienne qui trouve le moyen de condamner le kidnapping de trois adolescents juifs, mais qui n’a pas un mot pour condamner la pluie de missiles partant de Gaza et prenant en otage toute une population, et ce même avant le début de la riposte, extrêmement ciblée, d’Israël.

Cette réalité claire, confuse, et contradictoire tout à la fois, où agressivité et impuissance rivalisent, est celle d’un monde arabo-musulman qui n’a pas fini de s’entredévorer et dont Israël, ou les Juifs, représente le seul facteur d’unité. Ce qu’exprimait parfaitement Karim Mroué, un dirigeant du parti communiste libanais, dans ses Mémoires[4]: le combat contre Israël fut le seul moment où les différentes forces libanaises réussirent à s’unir; Israël reparti, les combats  »fratricides » reprirent aussitôt.

Or, la seule manière pour que l’imaginaire arabo-musulman se transforme est qu’il tienne compte de la réalité, c’est-à-dire de l’histoire

Il lui faudra accepter que les Juifs sont une émanation de cette partie moyen-orientale du monde. Il lui faudra accepter que le sionisme a été un mouvement de libération nationale. Il lui faudra accepter qu’Israël n’est pas une pièce rapportée, mais bien un Etat qui a un enracinement local de plus de 30 siècles dont l’archéologie a déjà donné des centaines de milliers de preuves, et qui pour cette raison à réussi à s’imposer malgré un environnement arabo-musulman de la plus grande hostilité, hostilité d’autant plus dangereuse du fait de sa seule supériorité, celle du nombre.

Ce resurgissement d’un peuple et de son Etat a beau être un cas unique de l’histoire, ce que certains appellent  »un miracle », il n’en est pas moins une réalité historique qui s’est imposée, non pas parce que  »l’impérialisme » a soutenu le sionisme (c’est l’URSS qui a mobilisé ses troupes à l’ONU pour que la partition de la Palestine soit acceptée avec plus de deux tiers des voix en Novembre 1947, et ce malgré l’opposition de la Grande Bretagne et les réticences de la France et des USA), mais bien parce qu’il y eut suffisamment de Juifs convaincus pour mener à bout un projet qui avait été dans le cœur de tous les Juifs éparpillés de par le monde, depuis deux millénaires, et ce à partir de conditions favorables qui n’apparurent qu’après l’effondrement de l’Empire ottoman, favorisant ainsi la montée et la légitimité de tous les nationalismes, y compris donc juif.

Combien de temps faudra-t-il pour que le monde arabo-musulman abandonne sa nostalgie califale de toute puissance, prenne acte de ses innombrables carences, et se mettent dans l’histoire réelle, en transformant son agressivité anti-juive structurelle, en une force de coopération et d’émulation pacifique, pour le bien de tous les peuples de la région (et les Arabes, chrétiens et musulmans découvriront alors, si leur inconscient ne le leur a pas encore soufflé, que les Juifs sont bien leurs meilleurs et leurs plus proches amis ?

Combien de temps?

Je n’en sais rien. Trois siècles ai-je écrit par ailleurs[5]. Le propre frère du fondateur de l’internationale des Frères musulmans, Hassan El Banna, le théologue réformateur censuré par El Azhar, Gamel El Banna, lui est encore plus pessimiste: quatre siècles… L’unité de temps de la transformation des mentalités ne se mesure-t-elle pas en effet en siècles? On pourrait miser sur Internet pour accélérer le processus, si internet était aux mains que des hommes de progrès. Ce qui est loin d’être le cas, puisqu’au contraire, dans le monde arabo-musulman, il a été depuis longtemps squatté par les forces les plus rétrogrades.

Pour revenir à Israël, un nouveau mouvement ou parti politique, apparaitra-t-il qui incarnerait la raison, la prise en compte de l’histoire, ancienne, et récente, qui ferait définitivement le deuil d’un empire califal qui a définitivement disparu depuis le début du dernier siècle, qui prendrait conscience du droit des Juifs à avoir un Etat, qui mettrait fin au rêve de le leur reprendre d’une manière ou d’une autre, par la force, par la ruse, par l’usure, par la démographie, ou par la séduction des Juifs eux-mêmes habilement culpabilisés, prédestinés même à cela, peut-être, par leur culture ou par des siècles de persécutions et de dhimmitude.

Un tel parti, ou même mouvement de citoyens arabes éclairés, prenant leurs responsabilités, voire d’intellectuels arrivant à se détacher des mythes de l’arabo-islamisme, fondateurs et fossoyeurs, pourrait donner une voix audible à tous ces individus éparpillés sur le territoire d’Israël, qui réclament ce retour à la réalité, pour qui Israël n’est pas un pays dont on rêve chaque nuit la disparition, et qui se revendiquent même fièrement citoyens israéliens, sans pour autant occulter leur différence religieuse et culturelle, leur identité n’étant plus alors vécue comme une expression irrédentiste.

Ces citoyens, sportifs, savants, juges, policiers, officiers supérieurs, ou simples individus, qui aujourd’hui stigmatisés par la majorité arabo-musulmane comme des traitres et des collaborateurs, en Algérie on disait des  »harkis » (lesquels furent sans doute la majorité!), seront peut-être demain les germes de la perestroïka arabe.

La société arabe d’Israël sera-t-elle capable de ce sursaut?

Dans ce Moyen Orient en état de délabrement avancé, c’est elle en tous cas qui en est le plus à même. Parce qu’Israël est une démocratie, ou chacun peut dire ce qu’il pense sans craindre pour sa vie et celle de sa famille, même si cette liberté de pensée est encore largement théorique en milieu arabe ou règne encore les lois familiales, claniques et tribales, et la mort pour toute transgression (notamment pour les femmes  »coupables » de  »crimes d’honneur », fléau de toute la société palestinienne). Parce qu’en Israël, elle a accès à un enseignement de l’histoire où malgré tous les reproches que l’on pourrait lui faire, il y a, derrière les deux  »narratifs » des protagonistes, tout simplement l’énoncé des faits, et de leur chronologie.

Des Juifs israéliens peuvent-ils, sans s’immiscer, encourager, voire soutenir un tel mouvement s’il venait à émerger?

Oui, sans aucun doute. Mais certainement pas des gens comme le journaliste du Haaretz Guidon Lévy, ou comme le gendre de Shimon Péres, le Pr de chirurgie Rafi Walden (que j’ai aussi récemment entendu sur I 24), ou comme tous ces intellectuels dits  »post-sionistes » qui se désignent ainsi par manque de courage de s’annoncer franchement  »antisionistes ».

Ces derniers en faisant de la figure de l’arabe israélien et palestinien, l’icône de la victime par excellence, ne font que renforcer la mentalité dominante du monde arabo-musulman que j’ai décrite précédemment. Leur agressivité tout azimut vis-à-vis de leur propre pays, à la limite du pathologique, est un comportement qui freine ce mouvement de la minorité des Arabes israéliens qui veulent s’émanciper des dogmes islamo-nationalistes du  »narratif » palestinien, faisant rimer  »naqba » et  »shoah » par exemple.

L’engagement aveugle de cette soi-disant  »gauche » israélienne, au côté du mouvement palestinien dominé par des potentats nourris à la haine du Juif pour des raisons autant religieuses que politiques, sinon plus, depuis le nazi Amin El Husseini au négationniste Mahmoud Abbas[6], en passant par Arafat qui seul détenait les clés du coffre-fort de son mouvement, ne fait que ralentir la prise de conscience nécessaire des Arabes palestiniens.

Sous couvert d’empathie pour le malheur et la souffrance arabe, ce qui en soit serait louable, elle renforce toutes les tares du monde arabo-musulman, notamment son refus de l’histoire et de la volonté irrépressible des Juifs à reconstituer une souveraineté nationale. Alors que ces deux refus, comme le recours au terrorisme (par définition contre les civils) sont en train de pervertir en profondeur la société palestinienne, laquelle comme la société algérienne déstructurée par le terrorisme ethnico-religieux du FLN durant  »la guerre d’Algérie », ne pourra déboucher que sur la dictature et le sang.

Cette gauche israélienne-là, mais s’en aperçoit-elle seulement, affaiblit tout à la fois son pays, mais encore plus gravement la partie réaliste du monde arabe qui voudrait rompre avec la mythologie islamo-arabe. Elle se conduit comme cette gauche européenne qui au moment où les démocrates algériens (musulmans) se faisaient descendre chaque mardi par les islamistes[7], préféra se solidariser avec ces derniers, sous prétexte qu’ils étaient, eux, les victimes, la victoire des urnes leur ayant été arrachée, mais ne disant pas que comme en Iran, cette victoire des urnes, outre qu’elle ne transformait pas un parti totalitaire en parti démocrate, aurait mené au tombeau sans doute un bon million d’Algériens…

Une voix juive s’élèvera-t-elle en Israël qui se donnerait pour but de faire jonction avec ces citoyens arabes, chrétiens et musulmans, sur les bases de la vérité et non d’une mielleuse compassion ? Ces citoyens arabes, aujourd’hui sans lien prendront-ils cette initiative de faire entendre leur voix ? Je l’espère. Pour les Arabes et pour les Juifs. Car dans le cas contraire, le destin de la population arabe d’Israël écartelée entre deux allégeances risque de la mettre en porte à faux tant avec la population juive d’Israël qu’avec la population palestinienne, qui toutes deux lui seront en droit de lui reprocher son absence de patriotisme.

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[1] Il y a aussi les éditions en langues arabe et anglaise

[2] Législation islamique mise en place dès les premières conquêtes impériales de l’Islam, imposant aux Juifs et aux Chrétiens, un statut d’inférieur, et surtout une série de contraintes toutes plus humiliantes les unes que les autres

[3] Le Monde arabe face à ses démons: Nationalisme, Islam, et Juifs (Ed. Colin, France, 2013)

[4] Un demi siècle d’utopie. Mémoires d’un dirigeant de la gauche libanaise, page 207 (Ed Tétraèdre)

[5] La Révolution dans le monde arabe, Ah! si c’était vrai (Colin, 2012)

[6] Voir sa thèse de doctorat rédigée à l’Université Lumumba à Moscou

[7] A partir de Mai 1993, les tueurs islamistes (FIS-GIA) réservent la journée du mardi pour les intellectuels, et celle du lundi pour les policiers…

Mr Barnavi, osez afficher votre vraie identité ! (20/01/2015)

Il y a des israeliens plus dangereux que les palestiniens eux-même, car leur parole donne du crédit aux ansémitosionistes. Ce sont ces israéliens qui ont épousé l’Europe et sa politique pan-arabe. 

Que vous n’aimiez pas votre premier ministre, surtout en période électorale, c’est votre cuisine politique. Mais pourquoi traiter de ‘’petit esprit’’ un dirigeant d’Israël qui ne fait que son devoir ? Ainsi vous, à sa place, par souci de non-ingérence vous vous seriez tu ? ! Vous auriez laissé votre peuple martyrisé dans la détresse ? Et vous prétendez ainsi lui donner une leçon de sionisme ?

Je fais partie des personnes que votre opinion a profondément choqué.

‘’Ah ! l’admirable jeu de coudes qui lui a permis de se propulser au premier rang de la manifestation du 11 janvier’’, dites-vous avec fort mauvais goût. Un véritable sioniste n’aurait-il pas dû au contraire déplorer que le Président  de la France n’ait pas prévu dans sa mise en scène, de se tenir aux côtés du représentant du peuple juif qui a donné 6 des 17 martyrs ? N’aurait-ce pas été là, la marque de sa grandeur d’esprit ?

Grand Esprit, vous trouvez que le moment était ‘’mal choisi’’ ? C’est quoi le moment ‘’bien choisi’’ ? 4 Juifs abattus à la kalachnikov en plein Paris, et le bilan aurait pu encore être bien plus lourd, 6 Juifs sur 17 tués en trois jours, n’est-ce pas suffisant ? N’est-ce pas suffisant ces Juifs de France persécutés depuis de longues années ? Seriez-vous aussi souffrant d’Alzeimer ? Auriez-vous déjà oublié la liste des victimes de tous les crimes récents ? Y compris à Bruxelles, capitale de l’Europe dont vous êtes peut-être encore l’employé, raison sans doute pour laquelle vous n’aviez pas cru vous faire entendre.

1200 tueurs ‘’français’’ combattants actuellement pour l’Etat islamique, 150 000 partisans de cet Etat évoluant en toute liberté, des milliers de lycéens musulmans refusant d’observer la minute de silence, les lettres de menaces qui continuent de pleuvoir, comme par exemple cette dernière promettant le carnage contre les « enfants » et les « vieux » juifs du XIème, XIIème et XIXème arrondissement parisien tout cela ne serait donc pas suffisant pour vous ?

‘’Appel paniquard’’, dites-vous. Mais quoi, alors que le feu brûle, Netanyahou aurait-il dû pontifier doctement comme vous le faites, à des Juifs en état de choc : « La « montée » en Israël doit être le choix de la conscience plutôt que celui de la panique » ? Ou encore rassurer les Juifs de France en leur disant de prendre leur mal en patience, en attendant que le gouvernement de France prenne au sérieux leur sécurité ?

Que faut-il attendre encore ?

Quand le journal le plus menacé au monde n’a même pas pu bénéficier d’une protection conséquente capable de faire face à une mission de commando ? Quand les gouvernants français se refusent même à identifier leur adversaire, ayant peur d’associer le terrorisme en cours dans le monde entier à l’islam, qualifiant d’islamophobes tous ceux qui l’affirment ?

Quand le mieux disposé pourtant à l’égard des Juifs, le premier ministre Valls, se voit obligé d’inventer un nouveau concept ‘’l’antisémitisme des quartiers’’ juste pour ne pas dire ‘’musulman’’ ?

Quand ces ’’jeunes des quartiers’’ brandissent leur V de la victoire devant les caméras venues filmer la prise d’otages de Vincennes,  et ce à quelques mètres de l’Epicerie casher ?

Quand les drapeaux de l’Etat islamique sont librement exhibés dans le métro de Paris le jour même de la ‘’manifestation citoyenne’’ avec la promesse qu’ils seront bientôt plantés sur l’Elysée ?

Quand les loups en réserve, loin d’être des demeurés, montrent que même en déficit d’orthographe, ils ne sont pas incultes à l’endroit de l’histoire des Juifs concluant leurs menaces ainsi : « vous comprener que vous devener un peuples sans histories et sans avenir, ce qui aurait due arriver il y a plus de 70 ans. Ma haine envers vous est si grande que ça en devient un plaisir… je reprend contacte après »  !

« Il n’y a plus désormais de « Juifs du silence », osez-vous affirmer, seulement des communautés juives vivant dans des régimes démocratiques. ».

Les Juifs qui n’osent plus porter kippa, les Juives que l’on viole dans leur appartement, les Juifs à qui on veut interdire la circoncision, l’abattage rituel, les journalistes juifs interdits de publication dans les journaux des médias bien-pensants, à commencer par le Monde, les universitaires juifs qui trouvent de moins en moins d’éditeurs, les chercheurs juifs qui pour prétendre à des subventions doivent surtout taire leur origine, les cinéastes juifs qui refusant de cracher sur Israël se voit également privés des soutiens étatiques, les chaines de TV françaises accueillant tous les films délégitimant Israël, et mettant constamment en accusation ce pays à chaque fois qu’il se défend face au terrorisme islamiste du Hamas ou du Hizbollah, Paris où l’intelligentsia se tait lorsqu’à la demande des pays arabes, l’Unesco interdit en janvier 2014 l’Exposition sur 3500 ans histoire juive, c’est quoi tout cela (énumération non-exhaustive) sinon des ‘’Juifs du silence’’ ?

Des « Juifs du silence vivant dans un régime démocratique… dans une démocratie ancienne et puissante’’, comme vous dites ! Juste avant la victoire du nazisme, l’Allemagne n’était-elle pas aussi le pays le plus cultivé et civilisé d’Europe ?

Vous qui prétendez donner des leçons de sionisme, reprocheriez-vous sa petitesse d’esprit à Theodor Herzl d’avoir compris la nécessité d’un Etat juif après l’affaire Dreyfus, pourtant bien moins grave que ce qui se passe en France aujourd’hui ? La population juive d’Israël ne s’est-elle pas pour l’essentiel reconstituée suite aux exactions hitlériennes, puis aux persécutions des Juifs dans le monde arabo-musulman ?

Aux Juifs sommés de disparaître comme peuple et d’être victimes consentante de la vindicte antisémite, le sionisme selon Herzl n’avait-il pas eu comme mission de leur donner enfin une alternative vitale : la sécurité bien sûr, mais plus encore l’intégrité et la dignité identitaire ? Mr Netanyahou qu’a-t-il fait d’autre que de donner espoir au peuple juif de France traumatisé ? Et vous le lui reprocheriez ? Au nom de quoi ? De votre grandeur d’esprit ? De votre sionisme plutôt douteux ? Ou bien du prix que certains Israéliens doivent payer pour exercer dans des institutions européennes ?

Mr Barnavi, quand l’Europe a décidé d’enlever le Hamas de la liste des mouvements terroristes, on ne vous a pas entendu. Le fonctionnaire européen que vous êtes n’avait-il pas la mission d’élever sa voix et de dénoncer cette forfaiture ?

En relisant votre texte, je réentends tous ces Juifs d’Europe des années 30, qui se voulant assimilés ou qui, comme ceux du BUND, rêvant d’une Europe qui admettraient leurs spécificités, n’eurent d’autre souci que de combattre… les sionistes, jusqu’au moment où arrivés devant les chambres à gaz, ce fut trop tard. Si seulement les 6 millions de Juifs avaient pu entendre l’appel de Jabotinsky lancé de Varsovie  le 6 Août 1938 (9 Av 5698):

« Il ne reste que peu de temps pour s’échapper. Je sais bien que vous ne pouvez le voir, préoccupés par vos soucis quotidiens. Ecoutez cependant mes paroles, en cette heure ultime : au nom de D.ieu ! Que chacun sauve sa vie, tant que cela est encore possible, et il ne reste plus beaucoup de temps ! »

Mr Barnavi, en soulignant que ‘’le pays où les Juifs se trouvent le plus en danger de mort n’est pas la France, mais Israël’’, n’êtes-vous pas en train de tenter de décourager les Juifs de France de faire leur Alyah ? Est-ce ainsi que vous manifestez votre sionisme ? N’avez-vous donc pas encore compris que les Juifs, comme n’importe quel autre peuple, recherchent d’abord et avant tout la dignité de ce qu’il sont, singularité qui leur est refusée même et surtout dans les ‘’pays puissamment et anciennement démocratiques’’ ?

Mais réalisez-vous que vous atteignez un sommet d’abjection, lorsque dans cette même conclusion d’une grande perversité, vous insinuez que l’hostilité aux Juifs proviendrait de l’importation du conflit du Moyen-Orient, comme vient de l’affirmer à nouveau, lui au moins clairement, le ministre français des affaires étrangères Laurent Fabius, et que d’une pierre deux coups, vous faites endosser l’état de belligérance avec le monde arabe aux ‘’princes qui nous gouvernent’’ ?

De grâce Mr Barnavi, cessez de vous réclamer du sionisme!

« Opération Moïse » ou « Opération Hyper casher » Israël est dans l’obligation si elle veut rester Israël d’offrir aux Juifs de France une alternative à la mort brutale ou lente, au silence, à la peur, aux menaces, à l’effacement de leurs origines, au mal être, et à l’alterjuivisme qui consiste à cracher sur Israël pour se faire accepter par son environnement .

Bien sûr que les Juifs de France qui veulent y rester, souvent parce qu’ils ne peuvent faire autrement, ont ce droit aussi, mais ils sauront désormais qu’ils auront à se battre en tant que Juifs pour se faire respecter, et pas seulement avec des mots et des caricatures…

Quant à Israël, plutôt que de payer des frais d’enterrement, elle se doit d’assumer les frais de la dignité.

De grâce donc Mr Barnavi, jouez franc-jeu ! Osez afficher votre vraie identité d’antisioniste. Les Juifs antisionistes contemporains n’ont plus l’excuse de ne pas savoir ce qui allait arriver. Ceux d’aujourd’hui sont déjà des criminels contre eux-mêmes, identité pathologique de tous les alter-Juifs.

Et, s’il vous plait, annoncez vite pour quel parti vous voterez, cela aidera pas mal d’Israéliens venus de France à savoir pour qui ne pas voter.

Israël : un tel peuple, je l’aime! (19/03/2015)

INTERNATIONAL – Jamais sans doute élections ne furent autant la défaite du perdant que la victoire du gagnant. La violence de la claque reçue par la coalition Herzog-Livni est équivalente à la violence qu’elle a exercé sur le réel. On appelle ça l’effet boomerang.

Car sa défaite est d’abord celle de l’idéologie du post-modernisme qui croit en la toute-puissance de la manipulation des « narratifs » et que l’on peut aisément ainsi évacuer le réel et substituer à la politique des stratégies de communication. Si cette coalition veut comprendre sa défaite, elle doit commencer par éloigner d’elle comme la peste ses conseillers en com’, à commencer par le conseiller américain envoyé spécial d’Obama.

Mais apparemment cette claque n’a pas suffi, on continue dans ce camp, à accuser de machiavélisme… Bibi!

Avant les élections le vaincu d’avance « s’agitait frénétiquement » dans les médias pour rattraper un retard irrattrapable et aujourd’hui il l’aurait emporté justement par  »le forcing médiatique » de dernière minute!

Emporté par leur élan postmoderniste cette coalition et tous les médias israéliens, européens et américains qui l’ont porté au pinacle continuent, malgré la claque, de mépriser le réel.

Et le réel, c’est quand même celui dont on sollicitait l’appui: le peuple d’Israël! Un peuple fait de femmes et d’hommes bien réels, pas encore devenus zombies pour se laisser téléguider comme dans un jeu vidéo!

Et inversement la victoire ne revient pas à un homme ni même à un parti, mais d’abord à ce peuple qui a voulu observer jusqu’à la fin jusqu’où on le prenait pour un imbécile et qui, un brin agacé, est allé glisser dans l’urne son verdict: trop c’est trop!

Jamais en effet on aura autant méprisé un peuple

A n’en faire qu’un vulgaire joujou manipulable à souhait. A vouloir le transformer en un animal pavlovien à qui on pourrait à force de petites clochettes fabriquer quelques réflexes conditionnés.

A vouloir lui dénier toutes capacités de réfléchir par soi-même et à tenter de le traiter comme un vulgaire ventre.

Durant cette campagne électorale, ce peuple découvrit donc un peu médusé qu’il n’était plus qu’un conglomérat de « problèmes sociaux »! Un corps blessé de diverses manières, et surtout un corps sans tête.

Et dans ces hauts lieux planants du postmodernisme électoral, on avait donc commencé par croire… à ses propres fables!

Ce peuple qui avait mal au ventre et n’avait ni le temps ni l’envie de penser, allait donc suivre aveuglément son nouveau guide

Comme le chien de Pavlov, il allait croire que rien n’était aussi important que son ventre, que tous ses malheurs ne pouvaient émaner que d’un seul homme, une sorte de monstre, TOUT SAUF BIBI, que demain on raserait gratis, que l’Iran n’était qu’une menace inventée, qu’Obama avait démontré qu’il était un maestro en matière de politique moyen-orientale, et que la paix, comme l’a dit dernièrement Amos Oz égratignant « ses amis de la gauche colombe » (Haaretz), était un article posé là sur l’étagère du supermarché, qu’il suffisait de saisir si tel était son désir.

Cette défaite est donc signée.

C’est celle du postmodernisme et de ses conseillers en com, des instituts de sondage et de tous ces media israéliens, européens et américains qui avaient oublié le vieil adage, lui bien fondé sur le réel, qu’il ne faut jamais vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué.

C’est celle de ces leaders bien falots que sont Herzog et Tipi Livni, celle-ci à ce point déconsidérée qu’elle avait dû annoncer, dans les derniers moments, qu’elle renonçait à la rotation du poste de Premier Ministre, sans doute quand le fumet du réel commença à titiller l’odorat des conseillers en com’.

C’est celle bien sûr, d’Obama, car jamais chef d’Etat américain ou même étranger ne se mêla autant de la vie politique d’un autre pays.

C’est celle de tous ceux qui ont cru qu’il suffisait de démoniser pour abattre.

Un journaliste comme Ben Dror Yemini qui, dans son livre L’Industrie du mensonge a démonté les mécanismes de la démonisation d’Israël, entreprise planétaire a laquelle a participé largement le Haaretz, aura avec cette campagne électorale une abondante matière, pour mettre à jour les techniques employées pour tuer un dirigeant.

Le bon sens du Peuple d’Israël a donc triomphé de tant d’adversités et de perversités. Sa prise de position, elle, n’est pas un effet de com’

Il a assez vite vu que ce post-modernisme électoral dissimulait, mal, un post-sionisme antisioniste, que justement la dénomination « Camp sioniste » n’était arrivé qu’à révéler: toujours ce sacré retour du refoulé!

Il n’a pas échappé à ce peuple que, comme il arrive souvent dans les campagnes de pub, le nom du produit visait précisément à en masquer sa nature véritable.

Car comme par hasard c’est dans ce Camp soit-disant « sioniste » (qui venait de se doter d’un nouveau parrain, représenté sur ses affiches par Guevara en personne!), que l’on pouvait apprendre qu’un tel n’enverrait pas son enfant à l’armée, qu’un tel était contre la Loi du retour, qu’un tel ne jurait que par la « Palestine », qu’un tel trouvait raciste de parler du « peuple juif », qu’un tel voulait supprimer l’hymne national Hatikva…

Et que tous ensemble, ces « dirigeants » et prétendants à la Knesset, représentant un parti dont on aurait pu attendre la plus grande vigilance en raison même du nom qu’ils avaient adopté, loin de dénoncer le fait qu’un ensemble politique s’est donné officiellement pour but de détruire l’Etat d’Israël dans son fondement même, le sionisme, je veux parler de la coalition arabe, qui pour cette raison aurait dû être aussitôt déclarée illégale, allèrent même jusqu’à proposer à une de leurs figures de proue, Ahmed Tibi qui ne s’arbore jamais qu’avec un seul drapeau, vert, rouge et noir, d’entrer dans la Commission des Affaires étrangères et de la Défense à la Knesset d’Israël!

J’abrège les reproches sensés que l’on pourrait adresser à cette mouvance, mais le peuple lui a fait le compte total, avec un boulier, à la mode antique!

Et, comme on devrait le savoir depuis plus de 3000 ans, ce peuple a plutôt bonne mémoire…

Un tel peuple capable de tant de discernement, de lucidité et de tant de dignité, un tel peuple doté d’un profond sens de la VIE, dans un contexte moyen-oriental arabe et musulman miné par la mort et sa glorification, un tel peuple refusant donc de se prêter à des expériences suicidaires, un tel peuple je le souhaite à bien des pays!

Un tel peuple, je l’aime!

Qui doit s’excuser, Obama et la coalition arabe ou Netanyahu? (26/03/2015

Chaque jour plus d’informations arrivent et arriveront qui confirment et confirmeront l’ingérence de l’administration américaine dans les dernières élections israéliennes.

Il faut d’abord signaler qu’elle a une certaine expérience historique en la matière. Il est de notoriété publique aujourd’hui que les « révolutions démocratiques », colorées en « orange », d’Europe de l’Est (Serbie, Ukraine, Géorgie notamment) dans les années 90, comme celle qui fut plus récemment déclenchée en Egypte contre Moubarak par de  »jeunes blogueurs » ont été manipulées via des organisations « locales » (« Otpor » -« Résistance » en serbe- et « Mouvement du 6 avril » en Egypte), formées, entrainées et financées par un même Centre: le CANVAS (Center for Applied Nonviolent Action and Strategies). Lequel était notamment financé par Freedom House. Laquelle est loin d’être la seule source du financement à des fins politiques…(1)

Ainsi en octobre 2011, lorsque la journaliste Tawakul Karman, aux premières loges de la contestation au président du Yémen de l’époque Ali Abdallah Saleh, reçut le Prix Nobel de la Paix qu’elle dédia « à tous les militants du Printemps arabe », les médias se gardèrent bien de nous révéler qu’elle était, comme son père, un membre influent du parti d’opposition islamiste Al-Islah, branche yéménite des Frères musulmans. Et plus encore, que son organisation « ‘Women Journalists Without Chains » était financée depuis 2008 par la NED (National Endowment for Democracy). La NED étant elle-même subventionnée par l’administration américaine, tout comme l’United States Agency for International Development (USAID), l’International Republican Institute (IRI), le National Democratic Institute for International Affairs (NDI)…. et la Freedom House (2).

Et si le soutien multiforme aux luttes contre tous les totalitarismes est plus que légitime, l’on doit constater que les États-Unis, surtout depuis Obama, se sont mis à soutenir l’Internationale des Frères musulmans, à faire montre de « compréhension » vis-à-vis de l’un des pires états totalitaires du monde, l’Iran, et à manigancer pour affaiblir le seul pays du Moyen-Orient qui résiste à l’islamisme, Israël, seul oasis de démocratie et de paix dans un immense désert de maltraitance généralisée.

S’il est donc aujourd’hui un Président qui doive faire son mea culpa c’est bien celui des États-Unis qui semble se satisfaire qu’après lui soit le déluge, politique qui risque de ne plus être au goût non seulement de ses adversaires, les Républicains, mais même de son propre camp en perte de vitesse, les Démocrates, et qu’il risque, comme Hollande en France, et Herzog-Livni en Israël, d’entrainer dans sa chute prochaine, irrémédiablement et pour une longue durée.

Mais tel n’est pas le cas. Loin d’avoir subodoré que des techniques de manipulation, efficientes dans un contexte totalitaire, ne pouvaient qu’échouer quand il s’agit d’un peuple aux traditions plus que démocratiques, Obama s’entête et veut faire payer au peuple d’Israël son indépendance: d’abord en exigeant « des excuses », puis en affirmant que de toute manière, venant de Netanyahu, elles ne valent rien!

Refrain à deux couplets, comiquement repris en chœur par le grand vaincu de ces élections: l’alliance (de fait) du parti de Herzog-Livni avec la coalition arabe, sans doute obligée de manifester une nouvelle fois son degré d’allégeance vis-à-vis du parrain courroucé.

Mais qu’a dit de si répréhensible le premier ministre?

Sans doute bien informé de l’engagement d’Obama, il fit le constat que la mobilisation de cette « Sainte alliance » était optimum, et que seule pourrait la vaincre une mobilisation aussi grande de ses électeurs et des hésitants…

Où est le problème?

Netanyahu aurait ciblé une catégorie de la population et serait « raciste »! Ce qui est faux, car ce qui a été ciblé ce n’est pas une population mais bien des partis politiques, et là en l’occurrence des concurrents. Pourquoi cibler l’adversaire politique « coalition arabe » serait « raciste » tandis que cibler Herzog-Livni ne le serait pas?

Il est quand même curieux que ceux qui ont osé parler de « racisme », n’aient même pas eu l’idée de se demander si une coalition évacuant les différences idéologiques qui sont pourtant très grandes (entre les communistes de Hadach et les Frères musulmans du « Mouvement islamique ») pour se rassembler sur des critères ethniques, n’était pas déjà un acte de « racisme »….

Car jusque-là, les minorités non-juives (Arabes chrétiens et musulmans, Bédouins, et Druzes notamment) étaient largement représentées dans tous les partis politiques israéliens, et d’ailleurs en majorité dans les partis dits de « droite »!

Hormis l’absence d’un tel questionnement chez les hommes politiques occidentaux et même israéliens, et même de la « droite » israélienne, ne serait-il pas temps de se demander d’où venait l’inquiétude du premier ministre?

Car cette coalition n’a rien de l’innocence d’une simple « liste ethnique ». A en juger d’après les échos de cette campagne électorale, elle s’est voulue, se veut, et se voudra dans la future Knesset, non pas une « coalition arabe » mais bien une « coalition palestinienne », remettant en cause, de l’intérieur, l’identité même d’Israël, comme Etat du peuple Juif (le seul Etat de ce type, alors qu’il y a 22 pays arabes!).

Dans une interview, l’égérie Hanin Zoabi n’a-t-elle pas affirmé: « Je ne me considère pas comme un membre de la Knesset, mais comme une partie d’un projet national et nous ne dépendons pas du gouvernement israélien qui ne changera pas notre position et devra reconnaître nos droits »?

Ayman Odeh, le chef de cette coalition arabe, n’a-t-il pas affirmé de son côté que « notre ennemi direct est le sionisme« , lequel constitue le fondement même d’Israël?

Le député Issawi Fredj, n°5 du parti Meretz (dit « extrême-gauche ») n’a-t-il pas dénoncé l’attitude de ce même Ayman Odah qu’il traite « d’hypocrite » pour son double-langage: en hébreu, il encourage « l’intégration » des Arabes à la société israélienne, mais en arabe il prône « la sécession et le repli sur soi » , sans parler du fait qu’il qualifie « de pur » le vote pour sa chapelle et « d’impur » tout vote pour un parti sioniste, « même Meretz »

Enfin, et pour faire bref, Hatem Abdul Qader, ex-ministre palestinien qui détient le portefeuille de Jérusalem au Fatah, n’a-t-il pas lui aussi expressément appelé les Arabes israéliens à voter pour cette liste?

Si donc, telles sont bien les intentions de cette coalition « palestinienne », ne devrait-on pas plutôt se demander pourquoi le parti de Herzog-Livni s’autoproclamant « sioniste » n’en a pas dit un mot?

Et pourquoi Obama qui veut soi-disant le bien d’Israël a préféré s’en prendre à celui qui ne faisait que son devoir de dirigeant responsable en signalant un danger bien réel, comme il l’avait fait en janvier dernier, en conviant les Juifs de France stigmatisés et massacrés, à rejoindre Leur Maison?

Ce qui est sûr, c’est que si cette nouvelle coalition « palestinienne » persévérait dans cette voie, celle du refus de l’identité même d’Israël, c’est-à-dire de l’existence d’un Etat du peuple juif au Moyen-Orient, elle risquerait d’entrainer son électorat arabe dans une aventure aussi tragique que celle qui entraina l’exode de 1948 et dont furent responsables les chefs arabes et palestiniens à commencer par le grand Muphti de Jérusalem Amin El Husseini, (lequel, grâce à aux complicités française et anglaise, venait d’échapper au Tribunal de Nuremberg, pour ses engagements nazis dans l’armée d’Hitler).

Que chacun prenne donc ses responsabilités, compte tenu du fait que le peuple juif d’Israël, lui, n’a pas l’intention de se suicider, ce qui est le sens même de son vote, puisque certains font encore semblant de ne pas s’en être aperçu.

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(1) La Révolution dans le monde arabe. Ah ! si c’était vrai – JP Lledo (Ed. Colin, France)

(2) Ibid

Misère de l’Histoire et historien de misère… (24/10/2015)

Certes. Un Premier Ministre, surtout de l’Etat d’Israël, surtout au sujet de la Shoah, n’a pas le droit à l’approximation. Mais il y a manière et manière de lui en faire le reproche.

Il y a celle qui consisterait à faire le constat que l’historiographie actuelle n’a pas encore établi avec certitude l’influence exercée sur Hitler par le Grand Mufti de Jérusalem, Amin El Hadj el Husseini, son hôte d’honneur logé dans une somptueuse résidence à Berlin à partir de 1941 et ce jusqu’à la fin de la guerre, exfiltré ensuite par les Alliés vers la France, puis vers l’Egypte, afin d’échapper au Tribunal de Nuremberg.

Et il y a celle de l’historien Elie Barnavi,  par ailleurs aussi directeur scientifique auprès du Musée de l’Europe à Bruxelles, devenu le caricatural porte-drapeau d’une certaine gauche israélienne (http://www.i24news.tv/fr/opinions/89747-151021-netanyahou-fait-de-l-histoire).

Chacun a sa tête de turc, et Netanyahou est la sienne. Mais en faisant passer le premier ministre pour le Patron idéologique de ‘’tout ce que l’Europe compte d’extrême-droites plus ou moins nostalgiques du fascisme, voire du nazisme’’, l’historien n’est-il pas en train de pratiquer le même type d’exagération qu’il reproche à l’homme politique ?

Car évidemment c’est grotesque de voir cet intellectuel enfourcher la même bourrique que Mahmoud Abbas, qui lui aussi ose accuser Netanyahou de ‘’négationnisme’’ !!! Le voleur qui crie ‘’Au voleur !’’ ! Lui qui, s’appuyant sur Faurisson, avait mis en doute l’existence des chambres à gaz ‘’uniquement destinées à la crémation des corps par crainte de la propagation dans les zones voisines de maladies et de bactéries ‘’ … !!! (thèse soutenue à Moscou en 1982, et publiée en livre en 1984, à Amman ‘’L’autre visage : Les contacts secrets entre le nazisme et le sionisme’’, Ed Dar Ibn Rashid).

Mais plutôt que de rendre hommage à  Boualem Sansal qui dans son nouveau roman  (‘’2084’’) vient de démontrer magistralement comment la novlang d’Orwell  (‘’1984’’) est bien devenue dans le monde musulman, l’abilang, Barnavi comme son collègue de l’Université de Jérusalem,  Moshe Zimmermann (toujours http://www.i24news) préférent ironiser sur le fait de vouloir transformer le chef de l’Aurorité palestinienne en révisionniste !

Ce qui veut dire que soit ils ont déjà succombé aux envoutements de l’abilang, soit qu’ils ignorent que les propos de Abbas ne sont pas qu’une méprise d’étudiant endoctriné , mais bien la conviction actuelle du ‘’Président de la Palestine’’, puisque malgré les protestations réitérées de l’orientaliste Edy Cohen, le livre a été maintenu à la Une du Blog officiel de l’Ange de la Paix… Soit enfin que l’on est mieux vu en Europe, par les temps qui courent, de s’attaquer à Netanyaou qu’à Abbas, ce qui est sans doute la bonne raison. Dans le passé, intellectuel était synonyme de non-conformisme. Aujourd’hui, ce serait plutôt de politically correct. Et ce, plus encore pour certains intellectuels israéliens en souffrance de reconnaissance.

De plus, lorsqu’un historien (mais depuis quand date-t-il son dernier livre d’histoire ?), se donne le droit d’intervenir sur tel ou tel sujet, il doit en avoir la légitimité. Or précisément sur ce sujet de la vigilance vis-à-vis de l’instrumentalisation du thème de la Shoah par les politiques, Barnavi n’en a aucune.

’Comment rendre compte d’une telle prostitution de la Shoah ?’’, fait-il semblant de s’indigner.  L’establishment intellectuel du postsionisme, bien assis dans les Universités d’Israël, aurait pu lui donner et depuis fort longtemps, maints prétextes de sauvegarder son honneur (de la Shoah). Mais, en a-t-il jamais eu l’intention, il n’en a jamais eu le courage. Celui qui a osé, c’est le philosophe Elhanan Yakira avec son magistral ‘’Postsionisme, Post-Shoah’’.

Eviter d’écorcher ses collègues des universités israéliennes, et hurler avec les loups contre un homme politique attaqué de par le monde, en fait pour avoir suggéré que l’atmosphère de pogrom qui règne actuellement en Israël (voir les liens en fin de texte), encouragée par les chefs palestiniens, avait une paternité, celle du Grand Mufti de Jérusalem El Hadj El Husseini, n’est-ce pas ce qu’on pourrait appeler au moins du corporatisme universitaire, et au plus de la lâcheté ?

Mais examinons quelques éléments de la ‘’démonstration’’.

On aurait pu imaginer qu’un intellectuel tenant à sa crédibilité, une fois qu’il a reproché à Netanyaou d’avoir gonflé l’importance du Grand Mufti de Jérusalem, veille, lui de son côté, à ne pas succomber à la tentation inverse. Or voici le portrait qu’il en fait : ‘’collaborateur minable, représentant d’une province marginale de l’empire britannique…’’. Et pour ce qui est de ses actions, il énumère : ‘’antisémitisme rabique, flirt avec Hitler, tentatives de mettre sur pied une division musulmane S.S. peuplée de Bosniaques’’.  Et c’est tout !!! Autant dire un pauvre type sans influence et sans efficacité. On se demande alors pourquoi il a été l’unique musulman à qui Hitler a accordé un si long entretien, sans parler des rencontres avec quantité de grands chefs nazis, de Himmler à Eichmann (Walter Reich, directeur du United States Holocaust Memorial Museum de 1995 à 1998).

Ont-ils été si nombreux les leaders ‘’provinciaux’’ à qui on a fait visiter des camps de concentration dès l’été 42 (Oranienburg-Sachsenhausen) ?  A qui Himmler pouvait révéler dès l’été 43, avoir ‘’déjà exterminé près de 3 millions de Juifs’’ Mémoires du Mufti Et combien y-a-t-il eu d’aussi ‘’minable collaborateur’’ capable de mettre sur pied une Division, dénommée ‘’Handchar’’,  la plus nombreuse de la Waffen SS, de plus de 30 000 hommes, tous musulmans, quasi-exclusivement bosniaques, et dont les pratiques barbares, comme celles du Dach aujourd’hui, horrifièrent même les officiers allemands ? ‘’La Serbie est le seul pays d’Europe où le problème juif ait été résolu’ dira, en Aout 42, le chef nazi Harald Turner.

 

(Drapeau de la Division ‘’Handchar’’, cad ‘’Cimeterre’’ )

Comment oser qualifier le  grand Mufti de chef provincial ?! Vivant, ce dernier l’aurait déjà fait empaler pour une telle insolence, et l’historien devra bien faire attention, lorsqu’il ira à Jérusalem, que ses arrières petits-enfants ne la lui fasse payer.

Et comme si cela n’était pas encore suffisant pour disculper le Mufti, Barnavi nous ressort le couplet fétiche de la petite nièce du Mufti, Leila Chahid, sa collègue dans les institutions européennes, gênée aux entournures par l’engagement du grand tonton qui avait échappé au Tribunal de Nuremberg : ‘’les sympathies pro-allemandes étaient monnaie courante à travers l’empire britannique, de l’Inde à l’Irak, en vertu du vieux principe « l’ennemi de mon ennemi est mon ami », tient-il à préciser.

Autrement dit, alliance de circonstance, surtout pas idéologique, absolument platonique, juste donc pour contrer les Anglais !

Je savais Barnavi corrompu intellectuellement mais pas à ce point. Car en tant qu’historien, il ne peut ignorer que :

  • Le Grand Mufti de Jérusalem, hormis ses exploits locaux (Pogroms des années 20 et 30, à Hévron, Jérusalem, Safed et Jaffa) a été le double fondateur du panislamisme (Conférence islamique mondiale de 1931 à Jérusalem puis après la guerre à Karachi) et du panarabisme, c’est-à-dire à l’origine des deux organisations qui existent encore et qui plus que jamais font la pluie et le beau temps à l’ONU aujourd’hui  : l’OCI, Organisation de la communauté islamique forte de 57 pays et la Ligue arabe avec ses 22 pays. Sans parler de l’internationale des ‘’Frères musulmans’’ dont il était devenu le parrain après l’élimination de son chef, Hassan El Banna. Et qu’à ce triple titre, c’est à son appel que l’ensemble des peuples arabes et musulmans, à commencer par l’Irak, a été entrainé dans le pogromisme anti-juif, des années 30 jusqu’au départ massif des Juifs du monde arabe et musulman dans les années 50 et 60.

Les relations entre les nazis et le Mufti n’ont pas commencé le 28 novembre 1941, mais bien dès les années 30 ! Pourquoi nous dissimule-t-il ce qui est de notoriété commune chez les (vrais) historiens ? Le journal proche du Mufti, ‘’Jamaa al Arabya’’, reproduit les chants

  • antijuifs hitlériens, dès l’arrivée d’Hitler au pouvoir, et le 9 Mai 33, on peut y lire la diatribe : ‘’ Tuons donc ces cochons criminels, moscovites et Sages de Sion, le jour de vengeance est arrivé’’. Juin 39, le Directeur des services d’information de l’Abwehr, transmet à l’amiral Canaris, les remerciements d’Amin el Husseini, pour le soutien financier reçu de Berlin, sans lequel aux dires de ce dernier, l’insurrection de 1936-39 n’eut pu avoir lieu… (‘’Terre promise, trop promise’’ Nathan Weinstock, Ed Odile Jacob, 2011)
  • Pareil pour son activisme couronné de succès, visant à empêcher toute expulsion d’enfants juifs des Balkans vers la Palestine : 4000 enfants Juifs seront ainsi bloqués et le Mufti souhaite qu’ils soient exterminés, dixit le Conseiller allemand de la Légation en Bulgarie, Wilhem Melcher. ‘’Il semble que mon entrevue avec Eichmann ait compromis les démarches déployées a l’époque auprès du Führer pour arrêter le génocide des Juifs’’. (‘’Comment le monde arabe a perdu ses Juifs’’, Nathan Weinstock, Ed Plon,2008)
  • Le grand Mufti peut encore se vanter en 1968, auprès du correspondant du Monde à Beyrouth, Edouard Saab, (lequel le rappelle encore à sa mort dans un article intitulé  ‘’Haj Amin el Husseini est mort’’ , le 6 juillet 74),d’être intervenu auprès d’Eichmann, l’hiver 44, à Budapest pour empêcher 1500 Juifs hongrois d’aller en Palestine.
  • Et après l’appel radiophonique du 1er mars 1944 diffusé depuis l’Allemagne nazie : «Arabes, soulevez-vous et battez-vous pour vos droits sacrés. Tuez les Juifs là où vous les trouverez. Cela est agréable à Dieu, à l’Histoire, et à la religion. Cela sauve votre honneur.», le leader ‘’provincial’’ peut dans un courrier du 25 juillet 44, se permettre de s’adresser à Ribbentrop, et, excusez du peu, de reprocher à l’Allemagne nazie de n’avoir pas respecté son engagement a ‘’lutter contre le judaïsme mondial’’ … (entendez, le judaïsme en terre d’Israël)

Les déclarations du Mufti sont trop nombreuses, trop redondantes et trop connues des historiens, pour laisser le moindre doute sur la profonde connivence idéologique pétrie dans la haine viscérale des Juifs,  entre lui et les nazis. Pour le simple lecteur, je  ne citerai donc que trois d’entre elles :

  • « L’Allemagne national-socialiste lutte contre la juiverie mondiale. Comme dit le Coran : “Tu apprendras que les Juifs sont les pires ennemis des musulmans.” Les principes de l’islam et ceux du nazisme présentent de remarquables ressemblances, en particulier dans l’affirmation de la valeur du combat et de la fraternité d’armes, dans la prééminence du rôle du Chef, dans l’idéal de l’Ordre. Voilà ce qui rapproche étroitement nos visions du monde et facilite la coopération. Je suis heureux de voir, dans cette division [de Waffen-SS composée de musulmans], l’expression visible et la mise en pratique de nos deux visions du monde » (’Victimes’’, p.49, Benny Morris.).
  • « la condition fondamentale que nous avions posée aux Allemands pour notre coopération était d’avoir les mains libres dans l’éradication de tous les Juifs, jusqu’au dernier, dans la Palestine et le Monde arabe. J’ai demandé à Hitler (référence à la rencontre du 28 novembre 1941) qu’il me donne son engagement explicite pour nous permettre de résoudre le problème juif d’une façon conforme à nos aspirations nationales et raciales et correspondant aux méthodes scientifiques inventées par l’Allemagne dans son traitement des juifs. J’eus la réponse suivante : « les Juifs sont à vous » ». (Mémoires du Mufti, où il rapporte son entretien avec Hitler)
  • « L’Allemagne a bien compris ce que sont les Juifs et a décidé de trouver à la menace juive une solution définitive (endgültige Lösung) qui mettra fin à leur fléau dans le monde ». explique le Mufti le 2 novembre 1943,  à l’occasion de l’anniversaire de la Déclaration de Balfour  (‘’Les Arabes et la Shoah’’, Gilbert ACHCAR,  Paris,  Actes Sud – Sindbad,  2009)

’Les Allemands ont définitivement résolu le problème juif. Ces liens, notamment ce dernier point, font que notre amitié avec l’Allemagne n’a rien de provisoire ou de conditionnel, mais est permanente et durable, fondée sur un intérêt commun’’, avait dit encore Haj Amin al-Husseini sur Radio Berlin, le 1er mars 1944.

Comment alors un historien un tant soit peu honnête peut-il affirmer que le comportement du Grand Mufti de Jérusalem durant la seconde guerre mondiale n’avait été la conséquence que d’une sorte d’opportunisme de géo-stratégie politique ? !!!

Ne me résolvant pas à prêter à Barnavi une telle ignorance, je suis bien obligé d’en déduire une volonté délibérée d’abuser ses lecteurs, à moins qu’il ne s’agisse, objectif à peine dissimulé, d’épargner ses amis palestiniens.

Car il est évident que de Barnavi à Angela Merkel, en passant par le politiquement correct de toute la presse dite de gauche européenne, israélienne,  et américaine, le but n’était pas tant de crocheter Netanyahou que d’empêcher les peuples de faire le lien entre les pogroms d’hier et d’aujourd’hui, et donc de blanchir ‘’le peuple palestinien’’ et ses dirigeants dont les mains sont chaque jour rougi par le sang de Juifs.

Cette Europe qui sur notre terre est  le plus grand cimetière de Juifs préfère faire chorus avec Abbas et accuser Netanyaou de négationnisme ! Rêve ou cauchemard ? Ni l’un ni l’autre, juste la preuve qu’elle a de la suite dans les idées. Et que de la même manière qu’il avait fallu que disparaissent les Juifs pour qu’elle puisse s’unir (‘’Les Penchants criminels de l’Europe démocratique’’ Jean-Claude Milner), son vœu aujourd’hui, à peine masqué, est qu’Israël disparaisse pour qu’elle puisse enfin s’unir au monde arabe, dans une ‘’Méditerranée de Paix’’ (dont Houellebecq, dans ‘’Soumission’’, et Sansal dans ‘’2084’’ en décrivent chacun à leur manière le processus. )

Pourtant, il ne faut pas être grand clerc pour discerner la continuité entre l’idéologie et la praxis des musulmans de Palestine avant-hier avec  le Grand Mufti de Jérusalem, hier avec son petit neveu Arafat, et aujourd’hui avec Abbas et Hamas !

Et pour mettre en évidence ce lien profond, Netanyaou n’avait certes pas besoin d’en rajouter !

Il lui eut suffi de montrer cette vidéo où l’on voit un ‘’Palestinien’’ jeter sa voiture sur l’abri-bus puis sortir de son véhicule pour achever avec une hache de boucher, ceux qu’il vient de renverser. (http://www.europe-israel.org/2015/10/video-la-sequence-terrifiante-de-lattaque-a-la-voiture-belier-et-du-massacre-du-rabbin/)

Ou bien celle-ci, où deux enfants de 13 ans poignardent un jeune juif de leur âge, démentant ainsi le père de l’un d’eux déclarant à une chaine de TV israélienne : « Les médias israéliens mentent. Les deux garçons sont tranquillement allés acheter des bonbons, et ont été ensuite attaqués par une bande de ‘’colons’’ qui les ont frappés et ont tué mon fils. Jamais mon fils et son camarade n’auraient pris un couteau avec eux! Vous les imaginez? Si jeunes! Avec un couteau! Impensable…! » (https://www.facebook.com/scoops.rotter.net/videos/878631712186351/)

La seule excuse qu’on peut lui trouver à Netanyaou, c’est celle de l’émotion. Cela a beau être proscrit quand on occupe de telles fonctions, comment rester de bois quand chaque matin, on vient vous apporter ces vidéos ou  ces photos de ‘’blessés légers’’ (http://extremecentre.org/2015/10/21/israel-blesses-legers/).

Comment ne pas revoir les scènes terrifiantes du massacre de Hébron le 24 août 1929, qui coûta la vie à 67 personnes de tous âges (plus de 10% de la population juive, pourtant rétive au sionisme), décrites par le célèbre journaliste Albert Londres présent sur les lieux quelques semaines après ( ‘’Le Juif errant est arrivé’’) :

’Une cinquantaine de juifs et de juives s’étaient réfugiées, hors du ghetto, à la Banque anglo-palestinienne… Les Arabes… ne tardèrent pas a les renifler. C’était le samedi 24 à 9h du matin… Mais voici en 2 mots ; ils coupèrent des mains, ils coupèrent des doigts, ils maintinrent des têtes au-dessus d’un réchaud, ils pratiquèrent l’énucléation des yeux. Un rabbin, immobile, recommandait Dieu à ses Juifs : on le scalpa. On emporta la cervelle. Sur les genoux de Mme Sokolov, on assit tour à tour six étudiants de la Yeschiva et elle vivante, on les égorgea. On mutila les hommes. Les filles de 13 ans, les mères et les grands-mères, on les bouscula dans le sang et on les viola en chœur. »

Quand donc MM Barnavi et Zimmerman, quand Ben Kimoun quand Merkel et ses homologues européens, quand donc Obama appelleront-ils solennellement Abbas et les autres dirigeants palestiniens à faire cesser cette criminelle intifada des couteaux ?

Quand les sus-nommés s’élèveront-ils contre l’islamisation en Cisjordanie des sites religieux juifs, puis contre leur destruction ? (http://www.cicad.ch/fr/anti-semitism-news/cisjordanie-des-palestiniens-incendient-le-tombeau-de-joseph-révéré-par-les-juifs#overlay-context=fr/autres-actualit%25C3%25A9s/une-vid%25C3%25A9o-prouve-qu%25E2%2580%2599ahmed-manasra-est-vivant-et-%25C2%25AB-va-mieux-%25C2%25BB.html)

Quand Barnavi, usant de son pouvoir au Musée de l’Europe, profitera-t-il de l’occasion pour dire à son ami Elias Sanbar qui représente la ‘’Palestine’’ à l’Unesco, qu’il a poussé le bouchon trop loin, en cherchant à annexer le Kotel (Mur dit des Lamentations) ?

Car il est évident que le lien est ténu entre les coups de poignards sacrificiels (Trigano) et la tentative de nier 3000 ans d’histoire juive (en Janvier 2014, l’Unesco n’avait-elle pas annulé la 1ere Exposition sur l’histoire juive à la veille même de son inauguration, sur l’injonction des délégués arabes ?)

Mais revenons en conclusion, à l’objet des réactions, que l’on n’avait jamais vues aussi rapides, déclenchées par les propos de Netanyahou.

Si les historiens ne sont pas encore en mesure de prouver que le grand Mufti Husseini ait proposé la manière de se débarrasser des Juifs (‘’Brûlez-les’’), il est indéniable que ce dernier a vivement encouragé les dirigeants allemands à le faire. Dixit le Mufti himself (cf plus haut). Dixit aussi Dieter Wisliceny, adjoint d’Adolf Eichmann qui déclara lors du procès de Nuremberg :

’Le mufti fut l’un des instigateurs de l’extermination méthodique de la communauté juive d’Europe et il agissait en collaborateur et conseiller d’Eichmann et Himmler pour l’exécution de ce plan. Il était l’un des meilleurs amis d’Eichmann et il l’incitait constamment à accélérer les mesures d’extermination. ‘’ (https://contrecourant1.wordpress.com/2015/10/21/netanyahu-lhistoire-et-le-mufti-ou-comment-clore-un-debat-sur-le-criminel-mufti/)
A quelque chose malheur est bon, et la maladresse de Netanyaou aura au moins permis de sortir au grand jour cet ignoble personnage, dont l’Occident s’évertue à dissimuler jusqu’à aujourd’hui, et qui durant la révolte de 1936-39, fit assassiner  encore plus de compatriotes musulmans (ses opposants politiques) que de Juifs, comme de montrer que :

La judéophobie façonne et façonnera durant des siècles l’univers musulman, ainsi que l’a expliqué le sociologue d’origine algérienne Smaïn Laacher dans l’émission ‘’Répliques’’ d’Alain Finkielkraut (France Culture le samedi 10/10/2015) :

 ‘’Cet antisémitisme, il est déjà déposé dans l’espace domestique et il est quasi naturellement déposé sur la langue, déposé dans la langue. Une des insultes des parents à leurs enfants quand ils veulent les réprimander, il suffit de les traiter de juif. Mais ça toutes les familles arabes le savent. C’est une hypocrisie monumentale que de ne pas voir que cet antisémitisme il est d’abord domestique et bien évidemment il est sans aucun doute renforcé, durci, légitimé, quasi naturalisé au travers d’un certain nombre de distinctions à l’extérieur… Il est dans l’air que l’on respire. Il n’est pas du tout étranger et il est même difficile d’y échapper en particulier quand on se retrouve entre soi, ce sont les mêmes mots qui circulent. Ce sont souvent les mêmes visions du monde qui circulent, fondées sur les mêmes oppositions et en particulier cette première opposition qui est l’opposition « eux et nous ». Et après sur cette grande opposition, sur cette grande bipolarité et bien se construisent une multiplicité d’oppositions entre les nationalités, entres les ethnies, etc ».

Et tant que la gauche israélienne s’évertuera à ne pas intégrer cette donnée de base, elle sera la pire des alternatives politiques pour le peuple d’Israël. Qu’il en soit préservé.

Quel monde ! Israël doit exercer pleinement sa souveraineté ! (15/11/2015)

A chaque minute le monde fait étalage de son immoralité et de sa puanteur. En Iran on pend et on tue légalement  chaque jour, mais il n’y aura ni boycott ni étiquetage pour ce régime. Au contraire son président va être reçu en grandes pompes par la France. Normal comme il vient de l’annoncer lui-même à France Télévision, il est venu pour acheter quelques Air-Bus. Les prix baissent sur le marché de la prostitution.[1]

Cette Europe soi-disant ‘’philosémite’’, si l’on en croit cette idiote utile, parait-il historienne, Diana Pinto[2] , et ce au moment où les Juifs sont pris pour cible comme à Marseille récemment et hier à Milan avec l’arme à la mode, un poignard, va recevoir un président qui sur le même très officiel support médiatique de l’Etat français se permet dans la foulée de déclarer Israël illégitime en proposant sérieusement son démantèlement, sans que cela soit motif ni à annuler sa visite, ni même à faire réagir le Quai d’Orsay.

Naturellement si Obama signe un catastrophique Accord avec de tels gangsters qui devraient tous passer devant un (vrai) Tribunal international, pourquoi l’Europe décadente ferait-elle la fine bouche ? Cette Europe qui préfère donner son prix Goncourt à une mièvrerie loukoum plutôt qu’à l’éveilleur Boualem Sansal, qui a écrit sa fiction comme un reportage, car lui a déjà vécu toute l’entreprise mortifère de l’islamisme algérien déjà dans les années 90 (200 000 morts, ne  l’oublions pas).

Et de quelle moralité peut se prévaloir cet usurpateur du Nobel de la Paix, ce vulgaire marchand d’armes, puisqu’après avoir revigoré le truand iranien, Obama s’empresse de rassurer Israël qu’il lui vendra l’armement idoine lui permettant d’assurer sa supériorité, reconnaissant implicitement qu’il a contribué à renforcer un adversaire dangereux ! N’aurait-il pas été plus rationnel et plus économique de maintenir les dirigeants totalitaires d’Iran à genoux, ce qui n’aurait nécessité aucunes dépenses militaires supplémentaires ?

Mais contre qui l’Europe fait-elle feu de tout bois ? Contre les assassins qui chaque jour en Israël tentent de se faire leur Juif, quel que soit son âge et son sexe ? Contre le Hamas qui est le principal pourvoyeur en tueurs, hommes, femmes et enfants, qu’il envoie à l’abattoir comme hier lorqu’il les utilisait comme bouclier humain  durant la dernière guerre de Gaza, l’été 2014 ? Contre les dirigeants ‘’palestiniens’’ avec leur ‘’président’’ en tête, qui chaque jour sur leur site et leurs TV appellent à renforcer la guerre des couteaux ?

Que nenni ! C’est Israël, le seul pays du Moyen Orient respectant les droits de l’homme, qui ne pend pas, qui ne coupe pas les mains, qui ne brime pas les homosexuels, qui n’oblige pas les femmes à voiler leurs visages, qui n’éduque pas ses enfants dans la haine des Arabes et des musulmans, qui est la cible permanente, obsessionnelle de l’establishment politique, et de son armada de ‘’journalistes’’ et ‘’d’intellectuels’’ qui s’en donne à cœur joie, puisque désormais on peut trainer dans la boue quotidiennement le pays des Juifs, le seul, tout en échappant aux lois anti-racistes. Et recoller l’étoile jaune sur des produits juifs, pardon israéliens !

Et pourquoi donc ? Mais très simplement parce que les Juifs ont toujours été une extrême minorité, n’ayant jamais cherché à répandre son message, pourtant combien apprécié, par la conquête et qu’ils ne sont aujourd’hui que 15 millions dans le monde, 8 millions en Israël, et les musulmans quatre cent millions au Moyen Orient et un milliard cinq cent dans le monde ! Point de beaux principes dans tout cela, que des marchés juteux et une trouille qui n’ose dire son nom.

Et ce serait à ces gens-là, par avance disqualifiés, à qui certains Israéliens se sont aussi vendus pour quelques euros, qu’Israël devrait rendre des comptes ???!!!

Alors face à cette Europe aux instincts toujours aussi meurtriers[3], puante et trébuchante, que doit faire Israël ? Attendre le Messie et ce jour où le loup et l’agneau feront copain-copain (et comme disait quelqu’un, dans ce cas il vaudra encore mieux être le loup) ?

En vérité, Israël, si elle se respecte, n’a qu’une chose a faire, selon ses propres lois et procédures, infiniment plus morales que celle des Etats-dénigreurs : APPLIQUER SA SOUVERAINETE, TOUTE SA SOUVERAINETE, et son droit, son droit entier à défendre sa population et son intégrité.

Israël s’enorgueillit d’être un Etat démocratique, mais la démocratie dans tous les pays démocratiques a des limites en temps de guerre. Or Israël est en guerredepuis un siècle sans discontinuer, ce dont une grande partie de la gauche israélienne actuelle ne semble pas s’être aperçue.  Faire comme si Israël vivait en paix et n’était menacé par personne, c’est tromper le peuple d’Israël et les autres peuples.

La démocratie c’est le droit à la critique des gouvernants, pas à attenter à la souveraineté, à la légitimité d’Israël, comme à ses symboles. Dans tous les pays du monde le droit à la nationalité n’est pas irréversible. Et cette réversibilité est un des attributs d’une souveraineté saine d’esprit et de corps. Aucune immunité, même parlementaire, ne doit pouvoir l’atténuer. Or Israël est le seul pays démocratique ou l’on peut s’en prendre à sa légitimité en toute légalité ! Israël serait-elle suicidaire ?

LA SOUVERAINETE EST ENTIERE OU N’EST RIEN.

Le Mont du Temple est en territoire israélien et la Jordanie n’a rien à y faire. Le partage de la souveraineté avec cet Etat (agresseur et défait en 48 et en 67) s’est révélé contre-productif : les sermons de haine judéophobe sont quotidiens dans les mosquées, et ces mosquées  comme dans l’ensemble du monde musulman sont des foyers de subversion, elles assurent la formation idéologique des tueurs appelés ‘’moujahiddine’’, ce sont aussi les points de départ de toutes les émeutes. La Jordanie s’est montrée incapable d’empêcher cela. Seul Israël est capable de faire respecter la sainteté du lieu, pour les musulmans et pour les Juifs, et cela en reprenant son droit à la pleine souveraineté sur le Mont du Temple.

De plus, si il y a bien un lieu qui symbolise Israël, sa souffrance, sa mémoire, sa survie, sa résistance,  et qui surtout a donné sa sève, son imaginaire, son espoir à tout un peuple, et la force de revenir d’où on l’avait chassé – fait unique dans l’histoire de l’humanité – c’est bien le Mont du Temple.

Laisser ce qui représente l’âme même de son peuple (que l’on soit observant ou pas) à des étrangers, lesquels délèguent leurs pouvoirs à des pyromanes, est plus qu’une anomalie, plus qu’une faute… C’est au plus une pathologie suicidaire et au moins un aveu de faiblesse qui loin d’apaiser encourage les tueurs.

L’histoire depuis 1967 a montré que le dit ‘’statu-quo’’  entre Israël et la Jordanie, était la source de toutes les violences, contre Juifs et contre le patrimoine archéologique hébreu. Plus vite Israël établira sa souveraineté sur le Mont du Temple, comme elle aurait dû le faire dès Juin 1967, plus vite la paix reviendra à Jérusalem et dans le reste du pays et du sous-continent.

Le seul endroit où chrétiens, musulmans et juifs vivent plus ou moins pacifiquement, sans hécatombe ni génocide, c’est encore ISRAEL. Ce qui laisse espoir aux revanchards de 1948 d’en finir un jour avec Israël, c’est précisément sa faiblesse et sa paralysie à faire respecter toute sa souveraineté en laissant son propre cœur dans les mains déjà rougies de prédateurs aux longs couteaux.

La gauche et même une partie de la droite israéliennes, tremblent, semble-t-il, à l’idée que le conflit puisse devenir ‘’religieux’’ !!!!!! Jouent-ils aux Tartuffes ?

Ce conflit comme tous les autres dans le monde musulman est RELIGIEUX, comme l’avait prédit déjà depuis longtemps Huttington (les gauches du monde l’avaient insulté et vilipendé !) : pour ceux qui ne s’en seraient pas aperçu il y a eu ces dernières décennies des millions de musulmans et de non-musulmans tues et chassés par des musulmans !!!!

Les violences les plus manifestes et sanglantes sont justement causés par la prétention de puissances (étatiques ou non) qui au nom de l’islam tentent de s’arroger un pouvoir totalitaire, et excluant. Imposer des limites à cette prétention pour faire respecter les libertés de tous est la première des mesures à prendre pour donner des chances à la paix : il en a été ainsi récemment en Egypte avec les frères musulmans.

Et en Israël, il ne peut en être autrement. Rien ne sert de mobiliser des milliers de forces de défense quand la source de la guerre est épargnée. Et quand le négationnisme palestinien s’étale au grand jour en niant l’identité juive de cet imposant édifice sans la moindre riposte des gouvernants israéliens. Qu’attend le 1er ministre pour tenir une conférence de presse internationale sur ce sujet, où il s’entourerait d’une dizaine d’historiens et d’archéologues afin de détruire une fois pour toutes les mensonges palestiniens. Qu’attend-t-il pour saisir l’Unesco et  lui demander de classer le Mont du Temple dans le patrimoine juif ?

Rétablir la pleine souveraineté sur le Mont du Temple aura sans doute un coût. Mais il sera moindre que celui qu’Israël paye depuis 1967. De plus il règlerait le problème dans la longue durée et ôteraient aux assassins leur arme principale. Car le dit ‘’statu-quo’’ correspond exactement au ‘’Clou de Djeha’’, ce personnage de contes d’Orient et d’Afrique du Nord,  incarnant la ruse : en vendant sa maison, mais en gardant, par contrat, la propriété d’un seul clou, il rendit impossible la vie du nouveau propriétaire, lequel exaspéré, préféra lui laisser céder la maison qu’il venait d’acheter !

A bon entendeur, shalom !

[1] http://www.europe-israel.org/2015/11/video-le-president-rohani-sest-prononce-pour-la-disparition-de-letat-disrael-mais-il-achetera-des-airbus-pour-faire-passer-la-pilule/

[2] http://fr.timesofisrael.com/diana-pinto-les-juifs-deurope-ne-sont-pas-assis-sur-leurs-valises-et-prets-a-partir/?utm_source=A+La+Une&utm_campaign=b1aa107b8e-Mercredi_11_novembre_201511_11_2015&utm_medium=email&utm_term=0_47a5af096e-b1aa107b8e-54718325

[3] Un Juif poignardé par une terroriste arabe à Milan, le 12/11/15 (http://lphinfo.com/2015/11/13/un-juif-poignarde-par-une-terroriste-arabe-a-milan/)

Israël face au terrorisme. (30/11/2015)

Chaque jour s’allonge la liste des victimes juives, et beaucoup d’entre elles succombent. Si la fréquence des attaques est plus élevée à Jérusalem et dans le Goush Etsion, elles se produisent dans tout Israël. Les victimes sont choisies au faciès, juif. Même si déjà deux Arabes ont eu le tort de trop ressembler à des Juifs.

La particularité de cette nouvelle vague de terrorisme, c’est la forte implication des mineurs. Les civils avaient servi de boucliers humains au Hamas l’été 2014. Cette fois la lâcheté des dirigeants palestiniens franchit un nouveau pas : elle encourage le sacrifice de sa propre jeunesse. Ces dirigeants qui se sont empressés de condamner les auteurs du carnage parisien cautionnent, encouragent et sans aucun doute organisent cette entreprise quotidienne d’assassinats.

« L’Intifada individuelle durera jusqu’à la libération de Jérusalem », vient de déclarer devant des responsables religieux, le chef du Hamas à Gaza Ismaïl Hanyeh, ce qui prouve bien qu’Al Aqsa n’a été qu’un prétexte et n’a servi que de détonateur. Moins francs, Mahmoud Abbas et son clan, se contentent d’inciter au meurtre contre les Juifs, de décerner des médailles d’héroïsme aux assassins et des pensions à leurs familles. Mais pour les uns comme pour les autres, les objectifs sont communs : radicaliser de plus larges couches actuellement encore spectatrices, répandre l’insécurité parmi les Juifs, ‘’creuser un fossé’’ de plus en plus large entre juifs et arabes israéliens, et redessiner de nouvelles frontières qui seraient des frontières (ethnico-religieuses) de la peur.

Face à cette nouvelle stratégie de la violence que fait Israël ?

Ses dirigeants tentent d’en appeler à la solidarité occidentale en insistant sur une communauté de destin de peuples qui seraient ciblés par le même djihadisme. Si cela n’est pas complètement faux, cela n’est pas totalement vrai : le monde musulman n’a jamais accepté une souveraineté juive sur un territoire qu’il considère irréversiblement musulman depuis la conquête mahométane et impériale du 7eme siècle… Les ‘’Palestiniens’’ n’étant aujourd’hui que le bras armé de cet irréductible refus.

Vouloir ‘’universaliser’’ le terrorisme et gommer les différences, n’est pas très payant, puisque le Président Hollande s’est abstenu de citer les Juifs d’Israël  dans sa liste des victimes du terrorisme djihadiste international. Mais surtout, tenter de dissimuler la spécificité du terrorisme palestinien, risque de fourvoyer et d’entretenir des illusions.

La parade des autorités israéliennes est essentiellement sécuritaire et de type dissuasive, mais croire que cela puisse réduire les candidats au passage à l’acte, lesquels savent qu’ils ont toutes les chances de périr, serait ne pas comprendre ce qu’est le ‘’martyre’’, ni mesurer ce qu’est la haine antijuive dans l’univers musulman.

Cette banalisation transforme une véritable guerre en routine, ‘’routine’’ qui peut s’éterniser et à coup sûr, démoraliser. Mais surtout empêche de mener cette guerre de façon offensive, compte tenu que les objectifs des autorités palestiniennes et de leurs représentants à la Knesset ne sont pas publiquement désignés.

L’Europe commence à comprendre qu’elle est ‘’en guerre’’, mais le peuple d’Israël, lui, sait qu’il l’est et ce, depuis des lustres.

Quand ses représentants politiques se comporteront-ils en fonction de cette réalité ?

La France vient de se mettre en deuil national. Mais en Israël, combien faudra-t-il encore de morts pour que la nation toute entière manifeste sa solidarité avec les victimes et leurs familles ? La gauche certes ne se mobilise qu’en faveur des Arabes, mais la droite où est-elle ?

Qu’attend le gouvernement pour saisir le Tribunal international (CPI) à l’encontre des dirigeants palestiniens qui manifestement manipulent les candidats au paradis et dirigent en sous-main la vague actuelle d’assassinat des Juifs ?

Qu’attend la Knesset pour faire de la condamnation du terrorisme LA condition pour y siéger ?

Et alors que l’Europe commence à comprendre qu’elle récolte ce qu’elle a semé, en abandonnant peu à peu ses frontières et son identité, n’est-il pas temps pour le peuple juif d’Israël et ses représentants d’informer le monde que lui y tient ? A ses 3500 ans d’histoire et aux valeurs du judaïsme.

Et par exemple, en commençant par rétablir la souveraineté israélienne sur le Mont du Temple.

La guerre faite au peuple juif par le monde musulman, comme plus tôt par le monde chrétien, a été une guerre d’oppression et d’humiliation visant à déraciner le désir juif de se maintenir comme peuple.

Des siècles seront nécessaires au monde musulman pour qu’il admette le fait historique de l’émancipation juive, appelée sionisme et advenue au 20eme siècle par la renaissance de l’Etat d’Israël.

D’ici là, le peuple juif d’Israël n’aura d’autre choix, faute de disparaitre, que de gagner toutes les guerres qu’on lui fera.

A commencer par les plus vitales, celles contre son identité, son histoire et ses symboles.

Car contrairement à ce que certains croient, se nier ou s’édulcorer attisent les instincts meurtriers, tandis que s’affirmer, les contient, voire même pourrait forcer le respect…

Le déni israélien. (14/12/2015)

Je l’ai dit par ailleurs[1], un mal ronge l’Occident : le déni de la nuisance islamique et de la relation incestueuse de l’islamisme avec l’islam.

Et comme si l’apocalypse des deux Tours Jumelles du 11 Septembre 2001 n’avait jamais eu lieu, le président actuel Hussein Obama et la postulante du même parti à la prochaine présidence, Hilary Clinton, viennent tous deux de se précipiter pour nous annoncer que le récent massacre en Californie, quelques jours après celui de Paris, commis et revendiqués dans les deux cas par des militants du Califat islamique du Moyen-Orient (ISIS), n’avait ‘’rien à voir avec l’islam’’… Car tout comme la plupart des dirigeants occidentaux, souvent même sans avoir lu une seule fois le Coran dans son intégralité, ils se permettent de parler au nom et en place de théologiens musulmans qui, eux, le plus souvent restent muets, quand ils ne justifient pas ces actes !

Mais cette figure du déni concerne également et de façon plus inattendue une bonne partie de l’intelligentsia et de politiciens israéliens, qui le plus souvent tiennent à signifier ainsi qu’ils sont ‘’de gauche’’, puisqu’en Israël le clivage gauche/droite concerne le positionnement par rapport à la question palestinienne plus que les problèmes sociétaux.

Dans ce cas, le déni est plus grave, car si en Occident, ce qui est en jeu, pour l’instant, ce n’est que la sécurité des citoyens, en Israël, il s’agit de son existence même. Si l’Occident prend difficilement conscience qu’on a commencé contre lui une guerre, en Israël il serait suicidaire d’en douter.

Plus grave aussi, car la menace est plus proche et plus massive : Israël a en son sein des milliers et à ses portes des dizaines de millions de terroristes potentiels, pour ne pas  dire plus…

Or force est de constater, que des politiciens, journalistes, artistes, universitaires, et militants de partis et d’associations, expriment quotidiennement et de différentes manières, des points de vue qui s’ils triomphaient, mènerait Israël à sa disparition. L’inventaire de Yoram Hazony[2] pour aussi inquiétant qu’il soit, n’est en rien exhaustif.

Chaque jour ce grand parti du déni se manifeste, non pas illégalement, clandestinement, mais dans les medias lourds, dans les universités, les cinémathèques, et les manifestations de rue.

Et la date du 30 novembre qui commémore la décision de l’ONU de donner un pays aux Juifs et un autre aux Arabes, en 1947, mais que ces derniers refusèrent pour tenter de ‘’jeter les Juifs à la mer’’ pour reprendre leur rhétorique, n’est pas célébrée par ces gens-là comme la consécration d’une longue lutte du peuple juif pour s’affirmer comme peuple, mais au contraire pour culpabiliser Israël de ce qu’elle aurait fait subir aux Arabes, ‘’la Naqba’’, et ce avec force drapeaux palestiniens dans les rues de Tel Aviv, où en ce moment même l’on peut, assister à la Cinémathèque à un Festival précisément ainsi intitulé !

Dans ces films, dans ces articles, ces livres, ces discours, ces tableaux, ces romans et poèmes, tous manichéens, les Arabes sont tous des victimes, ils n’ont aucune responsabilité dans leur propre malheur, et un étrange silence enrobe le projet arabe de faire disparaitre Israël de la carte du monde.

La logique voudrait d’ailleurs qu’à un degré tel de détestation de soi, l’on s’éloigne le plus loin possible d’un pays aussi monstrueux… Mais non ! Même Shlomo Sand, après s’être fait une petite célébrité auprès d’une intelligentsia française hostile à Israël mais tellement  ignorante de l’histoire juive qu’elle a bu son liquide charlatanesque et visqueux comme d’autres les paroles d’évangiles, même lui, donc, est vite revenu dans sa chère Université de Tel Aviv.

N’étant pas psychiatre, je me garderai bien d’épiloguer sur l’épaisseur schizophrénique de leur mental. Et que l’on me comprenne bien, je ne prône pas la censure. Mais si sans doute la vigueur d’Israël tient à la liberté d’expression qui y règne, n’y a-t-il pas dans son cas une certaine légitimité à se demander de quelle manière l’exercer : à la manière française où par exemple le négationnisme de la Shoah est puni par la loi, ou à la manière américaine qui l’autorise ?

Car faut-il insister, les USA sont très loin d’avoir les problèmes existentiels d’Israël, laquelle n’a ni la protection de l’étendue continentale, ni ses centaines de millions d’habitants, ni sa puissance industrielle et militaire, ni ses deux océans pour rendre impossible les tunnels de la mort ! Quant à la France, après la dernière agression qui a coûté la vie à plus de 100 personnes, c’est l’Etat d’urgence qui, sans état d’âme, y a été décrété, et la chasse aux djihadistes qui a commencé.

Israël peut-elle donc se payer le luxe de laisser proliférer en son propre sein les discours de sa propre délégitimation, quand ce n’est pas de son propre boycott, alors que le peuple juif est en guerre depuis au moins un siècle pour défendre son droit à l’autodétermination et tout simplement à la vie ? !!! Qu’une telle question puisse même être posée donne déjà une idée du désastre idéologique. Car on le sait, le prélude à la défaite est le désarmement moral. Or ‘’L’industrie du mensonge’’ dans le monde prend souvent sa source… en Israël, chez des Juifs, et ce n’est pas la moindre des qualités de ce livre du journaliste israélien Ben Dror Yémini, bientôt traduit en français, que de le démontrer, preuves à l’appui.

Mais une alouette ne fait pas le printemps, et l’industrie du mensonge a encore un bel avenir en Israël, y compris et d’abord dans les lieux où se construisent les idées, dans ses universités mêmes.

Les gouvernants actuels d’Israël se sont à juste titre insurgés contre l’étiquetage par l’Europe des produits provenant de Judée-Samarie. Mais se sont-ils aperçus que l’étiquetage a commencé depuis très longtemps jusqu’à s’imposer au sein de toute cette frange de l’intelligentsia politique, médiatique et artistique dont la plus grande crainte n’est pas d’être anéantie, mais d’être cataloguée ‘’de droite’’. Plutôt ma mort, semble-t-elle nous dire, comme d’autres en Europe dirent dans les années 30, ‘’plutôt Hitler’’ !

Or faut-il le rappeler, la grande majorité du milliard et demi de musulmans et des 300 millions d’Arabes qui encerclent Israël, ne rêvent qu’à sa disparition. Ceci n’est pas un objet de débat, c’est une réalité ! Et les chefs palestiniens qui, depuis ces derniers mois, ont adopté une nouvelle stratégie de déresponsabilisation voire de lâcheté qui consiste à légitimer les assassins et à honorer leur mémoire, sans appeler eux-mêmes au terrorisme, afin que ‘’l’Etat de Palestine’’ reconnu par l’ONU (sic) ne donne aucun prétexte à être condamné, que font-ils sinon prolonger la volonté de leur chef spirituel, Amin el Husseini, le grand allié arabo-musulman d’Hitler, qui avant de mourir en 1974 tint à dire qu’il partait ‘’tranquille en pensant aux 5 millions de Juifs  anéantis par les Allemands’’ ? !

Cet étiquetage idéologique consiste en Israël à se désolidariser de ce que l’on nomme ‘’les territoires’’ lorsque l’on se veut pudiques et ‘’les territoires occupés’’ lorsqu’on l’est moins, comme s’il s’agissait d’une verrue maligne qu’il faudrait au plus vite extirper pour enfin atteindre l’état édénique de la paix avec les Arabes.

Or malgré les efforts de Palwatch[3] pour leur traduire en anglais et depuis peu aussi en hébreu, tous les discours palestiniens, des chefs, des journalistes, des instituteurs, et des imams, etc, ce que ces gens-là ne veulent pas comprendre, c’est que tant que les Arabes n’auront pas reconnu le droit du peuple juif à réexister souverainement sur cette partie du globe, les ‘’ territoires’’  joueront le même rôle que les kibboutzim avant la création de l’Etat d’Israël en 1948 : être des postes avancés de défense.

Les bobos israéliens à l’indignation promptement érectile mais qui dorment tranquillement le long de la Méditerranée feraient bien d’intégrer cette donnée dès leur réveil, et s’incliner autant de fois que possible devant ces femmes et ces hommes courageux qui les protègent, non avec du béton armé, mais avec leurs propres corps, leur mental à toute épreuve, leur labeur, et la haute éducation qu’ils prodiguent à leurs enfants, absolument dénuée de racisme, l’exception confirmant la règle, contrairement à ce que l’on veut faire croire. C’est-à-dire exactement le contraire de ce qui se passe dans les territoires administrés par les Arabes.

Les partisans de cet étiquetage idéologique qui appellent au boycott économique, politique et culturel  ‘’des territoires’’, publiquement, en Israël même, sans parler de l’étranger, sont les acteurs de ce processus de désarmement moral reposant pour l’essentiel sur l’adoption du narratif arabe (‘’Israël colonialiste et raciste’’), sauf que pour ce dernier, ’les territoires’’ c’est Israël d’avant la ‘’ligne verte’’ de 67, c’est à dire Israël de 48, en un mot, Israël !

Si ces gens-là connaissaient un tant soit peu le monde arabe, ils comprendraient que si l’islamisme est en train de s’imposer, c’est notamment en raison de la faillite des nationalismes. Et si cette faillite est advenue, c’est précisément que les mouvements indépendantistes n’étaient pas porteurs d’un projet national, pour la simple et bonne raison que le nationalisme arabe s’est plus construit comme une opposition à l’étranger en religion, poussant par exemple hors d’Algérie un million de non-musulmans sans que personne à l’ONU ne s’en émeuve, alors que les 850 000 chrétiens étaient là depuis 3 à 4 générations et une grande partie des 150 000 Juifs souvent 7 siècles avant les musulmans.

Encouragé pour ne pas dire incité par les Anglais qui voulaient précipiter la désintégration de l’Empire ottoman, le nationalisme arabe du Moyen-Orient (comme celui d’Afrique du Nord) n’a jamais pu dépasser le stade des allégeances tribales et/ou claniques. Il y a quelques années, un des rares hommes politiques algériens lucides, Mouloud Hamrouche, faisait tristement le constat que ‘’l’Algérie était prisonnière de ses clans’’, et que pour cette raison ‘’il n’y avait pas d’espace pour le jeu politique’’, lequel n’avait existé, précisait-il… que ‘’dans les années 40 et 50’’c’est-à-dire durant la période coloniale et avant la guerre dite de ‘’libération’’ déclenchée par le FLN, le 1er novembre 54, mais qui en vérité fut surtout une guerre d’épuration…

De ce fait, le nationalisme arabe n’a jamais été porteur d’un projet national positif, comme ce fut le cas des nationalismes européens et même du nationalisme juif, tous fondés au demeurant sur des valeurs libérales, sur le respect des minorités, et où les intellectuels jouèrent un rôle de premier plan. Ce qui explique notamment pourquoi nous assistons aujourd’hui, in live, à l’écroulement de l’édifice qui jusque-là avait tenu, péniblement, grâce à d’innombrables coups d’Etats successifs de l’armée.

Il en fut de même pour le ‘’nationalisme palestinien’’. Comme les autres, il n’a jamais été porteur d’un projet national, pour la simple raison que cet ensemble que certains appellent ‘’le peuple palestinien’’ n’a été qu’une longue lutte, interne et sanglante, d’alliances et de mésalliances entre quelques grandes familles, et que la seule force qui a pu lui donner une certaine unité, à certains moments, fut négative, visant uniquement à ‘’jeter les juifs à la mer’’.

Les différentes organisations politiques ‘’palestiniennes’’ qui ont vu le jour avant 1948 ou après, qu’elles se soient  voulues représentantes de tel ou tel courant, ou qu’elles aient eu l’ambition de favoriser une certaine unité, n’ont jamais eu d’autre plate-forme qu’anti-juive. Le désir d’empêcher le rétablissement d’un Etat juif, même sur une portion infime de ce que furent les Royaumes d’Israël,  puis de le détruire, fut et demeure le seul carburant de l’univers mental  ‘’palestinien’’.

Si tel n’avait pas été le cas, s’il avait véritablement existé un projet national palestinien, les Arabes n’auraient pas manqué l’occasion, à l’instar des Juifs, de profiter de la partition décidée par l’ONU en Novembre 1947, pour mettre sur pied leur Etat. Après la défaite et la reddition arabe de 1949, ils auraient exigé de l’Egypte la restitution de Gaza, et de la Jordanie celle de la ‘’Cisjordanie’’. Or jamais de telles revendications ne furent énoncées ! Bien au contraire les deux ou trois congres qui se tinrent à Amman, rassemblant toutes les grandes familles arabes de Palestine, demandèrent expressément au Roi de Jordanie de considérer ces territoires et eux-mêmes comme jordaniens !

Il fallut en fait la nouvelle tentative arabe de détruire Israël, et l’humiliante défaite de 1967, par KO, en une semaine, pour que renaisse un mouvement spécifiquement ‘’palestinien’’. La stratégie arabe d’opposition frontale avec Israël ayant lamentablement échoué pour la seconde fois, l’Egypte, principalement, conçut une nouvelle stratégie ayant toujours le même but, détruire Israël, mais cette fois indirectement, par l’intermédiaire d’un ‘’mouvement de libération palestinien’’ (resic) puisque telle était devenue la mode dans ces années 50 et 60 et qu’il pouvait vite gagner une légitimité internationale à l’instar des mouvements d’indépendance qui l’avaient précédé.

Et quand ces gens-là appartenant à cette gauche politique, médiatique et culturelle d’Israël comprendront cela, peut-être cesseront-ils de jouer aux idiots utiles.

Et alors, ils cesseraient de justifier le terrorisme ‘’palestinien’’ dans les mêmes termes que Sartre, et à l’encontre de Camus, et apprécierait la stratégie palestinienne actuelle mise au point par le Hamas et Abbas, dite par certains ‘’intifada des couteaux’’, pour ce qu’elle est : une nouvelle expression du désir de mettre fin à l’existence d’Israël et non d’une volonté d’enrichir l’univers d’une nouvelle sensibilité nationale.

Aussi, est-ce bien un préalable absolu à toute négociation dite de paix que soit reconnu non pas Israël, mais plus précisément le droit du peuple juif à être souverain en cette partie du monde.

Et si les ‘’Palestiniens’’ s’y refusent, c’est bien parce qu’ils savent que pour eux comme pour le reste du monde arabo-musulman, il s’agirait d’une révolution mentale copernicienne dont ils se savent incapables.  A leur décharge concédons-leur effectivement qu’il y a quelque chose d’anormal dans le paysage de ce coin du Levant, puisque le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord ont, eux, réussi depuis les années 50 à se débarrasser de presque tous leurs Juifs.

Or la gauche politique, médiatique et culturelle d’Israël (j’exagère bien sûr pour la démonstration, il y a des exceptions !) se comporte comme si le sort des Arabes de Palestine ne dépendaient que de ceux qu’elle considère comme ‘’le plus fort’’ : Israël. Quelle prétention et quelle ignorance ! 67 ans d’existence ne lui auraient-ils donc rien appris ? Ne sait-elle donc pas que lorsqu’Israël s’assoit à une table de négociation, elle a en face d’elle les 22 pays de la Ligue arabe et les 35 autres de l’Organisation de la Communauté islamique (OCI) ?

Femmes et hommes de gauche d’Israël, vous avez mieux à faire qu’à vous faire les porte-parole d’un projet qui vise à vous détruire.

Un peu de réalisme et de modestie, donc. Un peu de dignité aussi.

Les Juifs n’ont pas vocation à être des dhimmis perpétuels.

 

8 Décembre 2015

Hanoukka Sameah avec la 4e m bougie à tous mes lecteurs !

[1] ’Le Monde arabe face à ses démons : Nationalisme, Islam, et Juifs’, JP Lledo, Ed Colin, 2013.

[2] ‘’L’Etat juif, Sionisme, post-sionisme, et destins d’Israël’’. Yoram Hazony. Ed de l’Eclat. 2007.

[3] http://www.palwatch.org/

Encore une association (israélienne) qui ‘’ne fait pas de politique’’… (25/12/ 2015)

»Darkenou Europe », c’était clair dès sa création par l’adjonction de ce deuxième nom, se donnait au moins inconsciemment l’objectif de ne pas déplaire à l’Europe, cette Europe qui a reconnu un Etat inexistant et qui a laissé une organisation BDS, devenir un rouleau-compresseur qui vise à développer une haine anti-israélienne et in fine à détruire Israël.

Mais aujourd’hui Darkenou pousse le bouchon plus loin (voir plus bas le texte de son leader). Pour ses vœux œcuméniques de la nouvelle année de l’ère commune (précision non-mentionnée, puisque Darkenou est dans une logique ‘’européenne’’) cette association vient de faire le réquisitoire du gouvernement israélien. Ayant assisté à la réunion de lancement de cette association, bien que non-invité, je me souviens pourtant que son leader Gérard Benhamou, sommé par l’assistance de clarifier la chose, y avait maintes fois répété qu’elle n’était et ne serait pas un parti politique.

’Depuis le 1er octobre 2015, Israël s’est installé dans un processus de défense permanent face aux attaques palestiniennes.’’ Avec un tel incipit, on se serait attendu à ce que cette association dise ensuite qu’une vraie guerre a été lancée depuis plusieurs mois contre Israël, puis qu’elle demande à l’Europe de condamner le terrorisme arabe, dirigé et encouragé, par tous les dirigeants dits ‘’palestiniens’’ qu’ ils siègent à Gaza, à Ramallah, où même à la Knesset. Mais rien de tout cela.

25 Juifs, femmes, enfants, vieillards, ont, me semble-t-il, déjà été assassinées. Darkenou appelle cela des ‘’incidents parfois meurtriers’’, voire aussi ‘’une sorte d’épidémie dévastatrice’’, dont elle n’arrive pas à identifier ‘’le virus qui génère ces effets parfois mortels’’. Combien de périphrases pour ne pas faire le constat simple que l’on a affaire à une nouvelle forme de guerre, cette guerre déjà de 100 ans qui n’a qu’un objectif : faire disparaitre Israël.

Ce refus de nommer le mal amène logiquement Darkenou à faire ‘’Un constat : nos ennemis sont en train de gagner du pouvoir’’. Et dans cette guerre qui sont ‘’les ennemis de Darkenou’’ ? Cette crapule absolue de Kuntar que Tsahal vient enfin de rayer de la carte des humains ? Ou les dirigeants ‘’palestiniens’’ qui viennent d’en faire un héros (voir plus bas) ? Non, ‘’les ennemis de Darkenou’’ sont le gouvernement israélien, ‘’la droite israélienne’’ !!!

On croit rêver ou avoir mal lu, mais non !

Les adhérents de Darkenou qui s’étaient engagés dans une association qui se refusait à être un parti politique, ont-ils conscience de cette dérive ? Dérive criminelle puisqu’elle vise à désarmer contre le véritable ennemi et à mobiliser contre les siens. Comme le fait en ce moment ‘’Breaking the silence’’, organisation, que sans la nommer, Darkenou défend à l’encontre de ceux qui traiteraient cette ’opposition comme la manifestation d’une cinquième colonne’’.

Et plutôt que de demander des comptes à notre actuel Président qui a accepté de participer aux USA à une réunion regroupant tous les bailleurs de fonds de ces organisations juives, israéliennes et ‘’palestiniennes’’ qui agissent pour isoler Israël dans le monde, Darkenou, égale à elle-même, s’en prend à la ‘’paranoïa’’  de ceux qui ont dit ce qu’ils voyaient : ‘’le roi est nu’’.

Qui sont paranoïaques ? Ceux qui nomment le mal ou ceux qui refusant de le voir et de le nommer, préfèrent s’en prendre à ceux qui, dans la REALITE, lui résistent et pour l’instant le maitrisent et même le vainquent ? Il doit bien y avoir dans cette association-qui-n’est-pas-un-parti-politique, un psychiatre qui pourrait éclairer ses dirigeants.

Car la REALITE, c’est bien ce nouveau modus operandi choisi par les dirigeants ‘’palestiniens’’ pour relancer la guerre contre l’Etat d’Israël. Si Darkenou a quelques doutes à ce sujet, je les invite à s’informer auprès des sources d’information ’palestiniennes’’, car depuis le formidable travail de traduction que réalise le site PALWATCH, personne n’a plus le prétexte d’ignorer la langue arabe.

Sans être un grand stratège, on peut deviner que l’objectif de la stratégie choisie visait à déclencher une réaction israélienne ‘’disproportionnée’’, laquelle aurait provoqué une sorte d’insurrection unifiant les Arabes d’Israël à leurs frères ‘’palestiniens’’. La manœuvre a pour l’instant échoué, malgré les provocations de la dite ‘’Coalition arabe’’ au sein même de la Knesset,  ce dont peuvent s’enorgueillir les autorités politiques et militaires trainées aujourd’hui dans la boue par Darkenou.

En somme cette association-qui-n’est-pas-un-parti-politique a adopté la vision européenne qui, à l’égard du conflit israélo-‘’palestinien’’, considère que les tords sont du coté israélien et qu’il lui revient donc d’accéder, enfin, à la pax palestina.

Exit de cette vision, la belligérance arabe depuis un siècle, exit le ressentiment qu’avec l’effondrement de l’Empire ottoman les Juifs aient pu échapper à la dhimmitude de l’islam, exit le refus de reconnaitre Israël comme un Etat juif (le seul face à 22 pays ‘’arabes’’ et à 57 pays musulmans !), exit la propagande négationniste et l’enseignement du  mépris et plus même, de la haine anti-juive dans les territoires ‘‘palestiniens’’, exit le refus d’Erekat de parler devant un drapeau israélien dans cette fameuse réunion du journal israélien Haaretz (aux USA !) où le Président Rivlin a encaissé sans broncher, exit la haine anti-juive dans un monde arabe qui ne laissera jamais des dirigeants ‘’palestiniens’’ même modérés faire une paix honorable avec Israël. En fait, exit la REALITE.

Darkenou a urgemment besoin, comme la ‘’gauche’’  dont elle se réclame (sans le dire, car cette association-n’est-pas-un-parti-politique), d’ôter ses lunettes européennes. Et de commencer par regarder les liens et vidéos ci-dessous.

68 ans, oui, mais jusqu’à quand ? L’autodestruction en marche. (13 mai 2016)

Face à tant d’adversités, les 68 ans d’Israël relèvent du miracle. Adversités arabo-musulmanes, adversités du ‘’monde libre’’, les USA ayant même été prêts à revenir sur leur vote de Novembre 1947, adversités du monde communiste, Israël, comme les Juifs hier et aujourd’hui, a dû résister à tous les types d’adversités conjuguées.

Ces adversités ont cependant été impuissantes à soumettre un peuple prêt à tous les sacrifices pour défendre son droit à la vie sur une terre dont on l’avait exproprié. Israël, c’était la preuve qu’on ne peut arriver à bout d’un peuple conscient de la légitimité de ses droits fondés sur l’indubitabilité de son histoire.

J’ai écrit ‘’c’était’’, car je ne suis pas sûr qu’il en soit encore ainsi au présent. Si Israël a su, a pu faire face aux adversités armées extérieures, elle donne, chaque année plus, les signes d’une incapacité à réagir tant aux adversités extérieures ‘’pacifiques’’ – qui, comme récemment celle de l’Unesco, ont pour but de la délégitimer, étape précédant sa mise à mort légale, conforme ‘’à la morale internationale’’ – qu’aux adversités intérieures, essentiellement de ses élites politiques, médiatiques et intellectuelles dans tous les domaines de la pensée et de l’art, dites ‘’de gauche’’.

Depuis des années, ces dernières ont définitivement établi que la paix était exclusivement du ressort d’Israël, et donc que la prolongation de la situation de guerre lui incombait totalement, c’est-à-dire qu’elle incombait en fait à ses dirigeants dits ‘’de droite’’.

Et l’on assiste donc à une montée en puissance d’un mouvement (1)  largement soutenu par le ‘’monde libre’’, qui au départ se disait de ‘’protestation’’, mais qui d’année en année est en train de devenir un mouvement de désintégration d’Israël(2) . Mouvement qui incontestablement encourage la subversion des partis politiques arabes, de plus en plus insolents, qui se font les représentants des falestiniens au sein même de la Knesset et qui veulent faire d’Israël ‘’un Etat de tous ses citoyens’’, entendez par là mettre fin à l’Etat du peuple juif (3).

Ce mouvement idéologique et politique qui avait déjà dépassé les limites que tout Etat souverain peut tolérer, sans que cela n’émeuve grand monde semble-t-il, vient ces jours-ci d’atteindre des sommets, puisqu’il s’est exprimé du plus haut de la hiérarchie militaire par la bouche de son Numéro 2 !

En assimilant dans un raccourci stupéfiant Israël à l’Etat nazi, l’adjoint du chef des armées, excusez du peu !, ne faisait rien d’autre que reprendre à son compte une des multiples ‘’réflexions’’ du postsionisme israélien qui pour se donner le droit de promouvoir la crédibilité falestinienne, instrumentalise la Shoah contre l’’Etat d’Israël, comme l’a fort brillamment démontré El Hanan Yakira (4) , approche perverse qui s’est imposée dans presque toutes les universités d’Israël et peut-être même, à en juger par les propos du général, dans les académies militaires !

Et après que le pouvoir actuel se soit empressé d’en atténuer la gravité, au lieu de la souligner, il était tout à fait prévisible que l’on allait assister à une nouvelle escalade subversive.

Elle est arrivée bien plus vite qu’on ne pouvait l’imaginer : le jour même du souvenir des soldats tombés pour que survive Israël, hier même, dans le Haaretz naturellement, organe officiel de ce mouvement intellectuel et politique qui vise à la désintégration d’Israel, sous la plume de son plus ancien commentateur politique Tzvi Barel, lequel appelle ni plus ni moins Tsahal à démettre la direction politique élue, en d’autres termes à organiser un coup d’Etat militaire !!!!! (5)

Je ne sais quelle sera la réaction du pouvoir politique. Mièvre sans doute. Comme après les déclarations du Numéro 2 de Tsahal, toujours en exercice. Comme après la Résolution de l’UNESCO qui aurait dû entrainer la sortie immédiate d’Israël de ce panier à crabes. Et même s’il est l’aveu de la faillite d’une gauche jamais aussi éloignée de son propre peuple, aucun pays démocratique ne laisserait passer un tel appel à la sédition.

Pourtant ce qui est le plus grave, ce ne sont pas les faiblesses d’un pouvoir, mais plutôt le travail en profondeur de cette idéologie devenue dominante en Israël dont la finalité, pour aller vite, est de mettre fin à Israël en tant qu’Etat du peuple juif, ce qui explique la collusion non pas circonstancielle mais principielle entre ces élites de gauche et les partis arabes s’affirmant de plus en plus comme cheval de Troie. Ce qui explique aussi que TSAHAL, hier trainée dans la boue et aujourd’hui courtisée, soit désormais devenue la cible-clé de ce mouvement de désintégration d’Israël.

Mais plus grave encore que cette paralysie du pouvoir politique actuel et que cette domination du postsionisme israélien qui n’ose pas encore se dire antisioniste, c’est la très faible réactivité des élites qui ne partagent pas cette démarche suicidaire, mais qui face à l’hyperactivisme de la gauche et de ses centaines d’associations, désertent le lieu où tout se joue, le terrain de la lutte des idées, lesquelles forment les élites appelées à l’exercice du pouvoir, et les nouvelles générations à l’accepter.

Apres la résolution de l’Unesco, les historiens et les archéologues qui se respectent n’avaient-ils pas la mission de monter au créneau au nom de leur science, de leur légitimité et tout simplement de la vérité ?

Il y a une quinzaine d’années, Yoram Hazony (6)  avait pourtant tiré la sonnette d’alarme, en dressant un état des lieux déjà plus qu’affolant. Or depuis, les choses ont empiré.

Les Juifs se seraient-ils donné la mission de réussir là où les Arabes ont échoué ?

Peut-être ai-je eu tort d’être un trouble-fête. Pardonnez-moi.

Hag Sameah à toutes celles et ceux pour qui cette fête a encore un sens !

 

  1. Mouvement dont l’organisation israélienne ciblant Tsahal, financée par l’Europe, ‘’Breaking the Silence’’, est devenue l’un des symboles.
  1. Lauréat du Prix Israël 2016, le professeur David Schulman, a annoncé qu’il reversera l’intégralité de la somme qu’il touchera – 75.000 shekels – à l’organisation pro-falestinienne Ta’ayosh.
  2. Ayman Odeh : « Juifs et Arabes doivent se battre ensemble pour un état moral »
  3. Post-sionisme, post-Shoah, 3 essais sur une négation, une délégitimation et une diabolisation d’Israël. Elhanan Yakira. PUF 2010. Paru aussi en hébreu. Et en anglais en 2009 à CAMBRIDGE UNIVERSITY PRESS.5.
  4. http://coolamnews.com/le-quotidien-haaretz-pete-les-plombs-et-appelle-a-un-coup-detat-militaire/
  5. Publié en France par les Editions de l’Eclat en 2007 sous le titre ‘’L’Etat juif, sionisme, postsionisme; et destins d’Israël’’; et en 2000, en anglais sous le titre ‘’The Jewish State. The Struggle for Israël soul’’ aux éditions Basic Books.

BDS, ‘’Occupation’’ et Mensonge fondateur… (26 Juin 2016)

Beaucoup de choses ont été écrites sur le phénomène BDS. Mon propos, ici, n’est pas d’en faire le tour. Je veux juste souligner quelques aspects de son identité, et de la lutte à mener contre lui.

1 – BDS[1] est dirigé par un Israélien arabe, Omar Barghouti, qui a pris fait et cause pour la cause falestinienne (la lettre ‘’p’’ n’existant pas en arabe, Palestine se dit ‘’Falastine’’,), à l’instar des députés israéliens arabes qui, des communistes aux islamistes se sont coalisés pour se mettre, en vérité, au service de ‘’l’Autorité falestinienne’’ aujourd’hui dirigée par Mahmoud Abbas. Situation unique au monde où l’une des parties en guerre, Israël,  accorde des sièges dans son Parlement à un ennemi qui ne dissimule jamais son désir d’en finir avec l’Etat juif.

2 – Empêcher l’avènement d’un l’Etat juif, avant 1948, puis tenter de le détruire, a toujours été et demeure le rêve suprême du monde arabo-musulman. Passages à l’acte d’abord de l’extérieur, à partir des 5 pays arabes environnants, puis de l’intérieur par le terrorisme en mettant les enfants en première ligne, enfin de manière ‘’pacifique’’ notamment par l’action diplomatique, ces trois manières se conjuguant encore au présent. BDS s’inscrit dans cette dernière ‘’ manière’’.

3 – Initiative innovante, à l’origine falestinienne, BDS est bel et bien devenue une organisation internationale ‘’citoyenne’’ qui est arrivée à capter toutes les sources antijuives et anti-israéliennes de par le monde. Dernière mais non ultime péripétie de cette longue histoire de la judéophobie qui atteint son paroxysme en Europe avec le nazisme et en Palestine (anglaise) avec le grand Mufti de Jérusalem, grand oncle de Arafat, l’Emir Amin el Husseini.

BDS a réussi un étonnant cocktail : arabo-islamisme et sa variante falestinienne, gauchisme et sa variante communiste, néonazis du type Soral – Dieudonné, Europe de Bruxelles qui fait d’Israël le prix à payer d’Eurabia, cette stratégie visant à se rallier le monde arabo-musulman et que nul mieux que Bat Yeor n’a éventée[2], USA obamiennes en concurrence avec l’Europe vis-à-vis du Moyen Orient, prêts eux aussi à toutes les compromissions avec l’OCI et ses 57 pays musulmans ! BDS rassemble ressentiments et haines de toutes provenances, et donc ses succès ne peuvent s’expliquer que parce qu’il surfe sur une immense vague qui vient de loin, qui brasse très large et qui n’est pas prête de se briser…

4 – Est-ce à dire que l’hydre est invincible ? Et qu’il est inutile de l’affronter, compte tenu même du fait qu’une fois BDS défait, l’hydre changera de forme ? Non, bien sûr, puisque l’adversité planétaire n’a pas empêché les Juifs de faire renaitre leur patrie et même de la renforcer avec une croissance géométrique, exemple sans précédent dans l’histoire. Non, car BDS, comme tous les mouvements judéophobes, fonctionne sur le Mensonge et sur la manipulation des fantasmes et des consciences. Un seul mensonge fondateur déconstruit peut déclencher des avalanches qui ne laisseront aucune chance de survie aux Menteurs, lesquels naturellement auront suffisamment d’héritiers pour se reconvertir….

5 – S’il est donc un préalable à toute action, c’est bien de caractériser les mensonges ou, plutôt, le mensonge fondateurPour moi, il est le suivant : les Juifs ne sont pas un peuple, ils n’ont donc droit ni à un pays, ni encore moins à un Etat.

Pour les Menteurs, toute velléité nationale juive ne peut émaner que d’un volontarisme politique d’imposture (sionisme), forcément violent, donc dangereux, source de guerres éternelles ; la paix ne pouvant arriver qu’avec la fin de cette monstruosité de l’histoire (Israël). Toutes les assertions de BDS et donc ses actions, sont la résultante directe ou indirecte de cet axiome mensonger.

6 – Il n’est pas négligeable non plus de souligner que les principaux théoriciens de l’anti-israélisme contemporains sont des… Juifs qui ont pris allègrement le relais des théoriciens nazis réfugiés au Moyen-Orient après la 2eme guerre mondiale : et pour ne citer que des têtes de file, de Norman Finkelstein et Chomsky aux USA, à Edgar Morin (Nahum en vérité !) en France, et même en Israël avec Shlomo Sand… précédé ou suivi d’une cohorte de politiciens qui se disent ‘’de gauche’’ d’intellectuels et d’artistes (de l’historien Ilan Pappe, au cinéaste Eyal Sivan) et des  journalistes regroupés essentiellement dans le quotidien Haaretz, dont Guideon Lévy représente la plus haute figure de l’abjection, et même de rabbins comme par le passé, Leibowitz.
Ces Juifs en définitif sont les héritiers de tous ces juifs, de gauche, communiste ou au contraire bourgeois ou religieux, qui refusèrent l’idée sioniste de redonner vie à une patrie du peuple juif, prônant assimilation et intégration, alors même que l’histoire les menaient inexorablement vers les chambres a gaz… N’ayant rien appris de cette tragédie, leurs héritiers se sont mis au service de leurs futurs assassins. Attitude suicidaire : une des quatre victimes du dernier attentat terroriste à Tel Aviv était un militant de Shalom Akhchav (Paix Maintenant).

7 – Certes ce courant de pensée juif, à quelques exceptions près, surtout en Israël, ne va pas jusqu’à prôner le hara-kiri israélien. Il en est de même pour les dirigeants falestiniens et même de BDS, lorsqu’ils parlent, en anglais, au monde ou aux Juifs. Ils veillent effectivement à rester politiquement acceptables. Ce qui n’est pas le cas quand ils s’expriment en arabe, comme PALWATCH les démasque hebdomadairement[3]. Et pour rester politiquement acceptables, les uns et les autres n’invoquent que… ‘’l’occupation’’ israélienne. Il y a même des Juifs israéliens qui disent combattre BDS mais qui ne voient pas qu’ils en justifient l’existence, en reprenant ce refrain-là[4]. Récemment encore, juste après l’attentat qui a couté la vie à 4 personnes, le Maire de Tel Aviv invoquait lui aussi ‘’l’occupation’’. ‘’L’occupation’’ est devenue le point de ralliement et la plate-forme essentielle d’une gauche, par ailleurs procapitaliste et engagée en bourse, laquelle au fur et à mesure de sa chute électorale, devient de plus en plus totalitaire, à l’image de son porte-drapeau, le Haaretz pratiquant allègrement la censure de ses lecteurs révoltés, qui l’abandonnent massivement.

8 – Il ne peut y avoir de stratégie victorieuse contre BDS si, une fois pour toutes, Israël et ses gouvernants, au moins ceux du Centre et de la Droite, ne prennent pas l’initiative de dire et de redire au monde que ‘’l’occupation’’ n’a été que la conséquence, heureuse et inespérée pour Israël, de l’issue d’une guerre (Juin 1967) où tout le monde arabe se coalisa (comme en 1948-49), pour ‘’jeter les Juifs a la mer’’, comme le criaient chaque jour ses dirigeants,  à commencer par Nasser.

Et il faut avoir un sacré culot, mais les dirigeants arabes, il est vrai, ont en à revendre, pour prétendre imposer ses conditions lorsque l’on a été un agresseur défait. Jusqu’à présent le droit international fonctionne inversement. C’est le vainqueur qui impose, et il en a d’autant plus le droit qu’il a été agressé, et qu’il sait, parce que les falestiniens n’arrêtent pas de le dire, de le crier, de le chanter, que ce qui anime le vaincu ne s’est pas modifié d’un iota et que toujours aussi revanchard, il n’a toujours qu’une obsession, toujours la même, génocider les Juifs.

Et il faut vraiment être nourri de cette culture du déni, comme la gauche israélienne en est aussi pétrie, pour oublier cette donnée de base, doublée d’une autre donnée de base encore plus massive : les ‘’falestiniens’’ n’ont été adoubés par le monde arabe qu’en tant que tête de pont afin de travestir leur volonté de détruire Israël en légitime ‘’lutte de libération nationale’’ . Et voilà d’un coup de baguette magique, l’agresseur transformé en agressé, et un objectif réprouvé en une cause internationale juste !!!

Car les grandes familles falestiniennes, véritables leaders socio-politique jusqu’à présent, se seraient bien contentés d’appartenir à la ‘’Jordanie’’, cette ‘’nation’’ créée de toutes pièces par les Anglais pour satisfaire l’égo d’un roitelet qui serait à sa botte : et c’est d’ailleurs ce qu’elles demandèrent instamment au ‘’Roi de Jordanie’’, en 1949-1950, réunies en trois Congrès !!! Et ni les principaux concernés, ni la gauche internationale, ne s’aperçurent que de 1949 à 1967,  le ‘’peuple falestinien’’ vivait ‘’opprimé sous le joug’’ des ‘’puissances occupantes’’, jordanienne (Judée-Samarie) et égyptienne (Gaza)!

9 – Qu’ils soient ‘’falestiniens’’ ou juifs israéliens, ceux qui aujourd’hui parlent ‘’d’occupation’’ trompent de surcroit, énormément, les gens du monde : il suffit de passer quelques minutes dans n’importe quelle ville falestinienne, Hebron, Naplouse, Ramallah, etc, pour s’apercevoir que ce sont bien des falestiniens qui gèrent ces très grandes villes (avec leurs banques, écoles, universités, agences de voyage, cabarets, stades, villas de luxe et quartiers pauvres, leurs policiers et services de renseignements) et uniquement des falestiniens, vu que les Juifs y sont indésirables, beau contraste avec Israël, pays d’apartheid comme on le sait, où les Juifs cohabitent avec plus d’un million et demi d’Arabes.

Que l’on me cite seulement un seul autre exemple d’une telle ‘’occupation’’ ! Sans parler de Gaza, qui certes mérite bien d’être désignée comme ‘’la plus grande prison à ciel ouvert’’, non pas du fait des Israéliens qui  l’ont totalement évacuée depuis 2005, mais bien d’être asservie par une des dictatures les plus barbares de ce temps, celle du Hamas, c’est à dire des Frères musulmans dont la mise au pas en Egypte a été la première préoccupation du Président Sissi.

10 – Tous les gouvernants israéliens, de gauche comme de droite ont dit leur disponibilité à accorder aux falestiniens plus que l’autonomie dont ils bénéficient depuis les Accords d’Oslo de 1993. Mais à la différence de la gauche prête à toutes les concessions, sans même tenir compte de l’expérience gazaouie, la droite, surtout depuis la gouvernance Netanyahou, pose une condition, LA CONDITION sine qua non à toute négociation : Israël doit être reconnu comme l’Etat du peuple juif. Et si les Juifs de gauche n’en ont pas encore compris la signification, les Falestiniens, eux, ont en parfaitement évalué la portée. D’où le refus maintes fois réitéré de Mahmoud Abbas d’en entendre parler.

Reconnaitre une telle chose irait à l’encontre de toute l’idéologie arabo-musulmane à l’endroit des Juifs et d’Israël, ce serait détruire le pilier fondateur de tout l’édifice mental de cet ensemble encore englué dans un féodalisme, un tribalisme, ou/et un clanisme autodestructeur où la nostalgie du Juif-dhimmi permet seule un brin d’union… Cela impliquerait de reconnaitre les droits historiques du peuple juif à une nouvelle souveraineté au moins sur une partie de la terre de ses ancêtres et implicitement de désigner tous les dirigeants arabes passés comme les véritables responsables du malheur arabe et donc aussi falestinien… Reconnaitre aussi que Jérusalem fut et reste l’unique capitale du peuple juif, et qu’elle ne fut jamais celle d’une nation arabo-musulmane… Reconnaitre enfin que le Mont du Temple des Juifs, appelé aujourd’hui en Occident ‘’Esplanade des Mosquées’’, s’appela en hébreu Beit HaMiqdach, 17 siècles avant d’être nommé en arabe, Beit al Maqdes, et nul besoin d’être linguiste pour en saisir le mimétisme.

Il faudrait aussi bien sûr mettre au pilon tous les manuels d’enseignement de l’école primaire à l’université, accueillir à bras ouverts les Juifs, etc, etc, la liste des bouleversements mentaux et pratiques occuperait un livre entier [5]…

Ce serait une véritable révolution culturelle, la plus grande de toute l’histoire musulmane !

Mais cette révolution culturelle, qui est en mesure aujourd’hui de l’entreprendre ? Certainement pas le monde arabo-musulman en pleine guerre civile.

Quant aux Falestiniens, y en auraient-ils qui, excédés et subitement conscients d’avoir été manipulés par le monde arabo-musulman, décideraient enfin de s’en émanciper pour s’entendre directement avec les Juifs (car ces derniers, en définitive, pourraient vite devenir leurs seuls véritables amis) ?

Ce serait là le meilleur des scénarios ! Mais hélas aujourd’hui de la pure science-fiction…

11 – Alors que faire en attendant ? ! Signer des accords comme tentèrent de le faire Rabin, Barak, puis Olmert ? Ce serait rééditer le scénario-Gaza, mais cette fois avec une frontière à quelques centaines de mètres de la Knesset !!! Seule cette reconnaissance qu’Israël est l’Etat du peuple juif, peut être la véritable garantie et protection à très long terme, car le fait que les leaders du monde arabe et falestiniens se déclarent prêts à reconnaitre Israël, mais pas comme Etat du peuple juif, devrait pour le moins interroger ceux qui pour une paix éphémère sont prêts à exposer leur pays aux plus graves dangers futurs. Dans tous les cas, les vaincus d’hier qui ont tenté d’anéantir Israël et qui continuent aujourd’hui d’assassiner ses citoyens n’ont en aucune manière le droit de poser leurs conditions. Qu’une partie du monde tente d’inverser le droit international n’est que le signe d’un inversement des valeurs dans un monde en pleine déliquescence…[6]

Alors que faire ? Il n’y a pas d’autre issue, malheureusement, que prendre son mal en patience, en sachant qu’il sera toujours moindre que tout accord prématuré et irréfléchi, qu’attendre des temps meilleurs et espérer ces surprises dont l’histoire a le secret, comme par exemple cette nouvelle situation, où le monde arabe sunnite découvre avec effarement que son seul véritable protecteur vis à vis des prédateurs chiites, c’est… Israël ! Et où les diplomaties du monde occidental, affolées, commencent à comprendre  qu’elles vont devoir, dare dare, inverser leur « paradogme«  : Israël n’est plus la source de toutes les violences au Moyen Orient, mais bien celle de sa stabilité !

12 – Pour revenir à BDS. Si l’on considère que BDS est la nouvelle forme de la guerre menée à Israël, une guerre qui n’a de pacifique que les apparences, car l’avilissement et la délégitimation ne visent qu’à isoler sa cible et donc à neutraliser toute solidarité le jour où la guerre chaude se déclenche, on devrait pour le moins s’étonner qu’Israël n’ait pris aucune mesure sérieuse sur ce front de la contre-propagande, confiant sa défense médiatique à un département du Ministère des Affaires étrangères, dit de la ‘’hasbara’’ (explication), tout juste en mesure de produire quelques clips censés faire des ravages sur les réseaux sociaux…

Un expert mondial de l’antisémitisme et de l’anti-israélisme, Manfred Gerstenfeld, a, dans son dernier livre « La guerre d’un million d’entailles » décrit en détail ce que devrait être cette ‘’Agence de contre-propagande’’[7], qui aurait à affronter les principales Agences de presse du monde occidental, l’AFP[8] en tête, dont la ‘’technique’’ essentielle est la désinformation de masse, menée tambour battant par des mercenaires de l’image, du son et du mot, au  mépris de toute déontologie… Y travailleraient des centaines de journalistes, ce qui suppose des moyens importants, mais les Ministre de la Défense et des Finances devraient vite en voir le bénéfice : une contre-propagande qui ferait mouche désamorcerait bien des plans bellicistes, économiserait bien des guerres, épargneraient certainement beaucoup de combattants, réduiraient les achats d’armes ; et allégeraient à coup sûr son budget.

Insistons cependant sur le fait que même le budget le plus élevé  que consentirait Israël pour combattre le mensonge, ne serait que coups d’épée dans l’eau, si l’axiome fondateur (‘’le peuple juif n’existe pas’’) et le narratif sur ‘’l’occupation’’ n’étaient pas préalablement combattus ; et d’abord en son propre sein, car il est la véritable mamelle de toute la campagne anti-israélienne de BDS et des autres…

Ce qui signifierait pour Israël de s’intéresser urgemment à ce qui s’enseigne dans ses Académies militaires, ses Facultés de droit international, sans parler de ses Instituts de diplomates, puisqu’on ne peut qu’être étonné du fait que la corporation à qui en principe est dévolue la lourde mission de défendre Israël dans le monde, soit celle qui fournisse le plus d’alliés objectifs de BDS, Barnavi, Zvilli, Shek, pour ne citer que les plus connus et les plus actifs sur la scène médiatique, tous trois ex-ambassadeurs (comme par hasard ?) ….. à Paris.

Quel que sisyphien qu’il fut, ce combat doit être mené, sur les fronts intérieur et extérieur, non pour la forme, non en dilettante, mais pour être remporté, Israël étant le seul pays au monde qui ne peut se permettre le luxe de la défaite en quelques domaines de sa défense que ce soit.

[1] BDS : ‘’Boycott, Désinvestissement, Sanctions’’

[2] ‘’Il n’y a pas de théorie d’Eurabia, il y a les faits et les documents officieux et officiels définissant la stratégie de fusion des deux rives de la Méditerranée. Les premiers comptes rendus des séances du DEA furent publiés par le Ministère français des Affaires étrangères dans ses Documents d’Actualité Internationale.’’ http://www.europe-israel.org/2011/08/bat-ye%E2%80%99or-%C2%AB-nier-l%E2%80%99existence-d%E2%80%99eurabia-est-stupide-%C2%BB/

 

[3] New 12th Grade Palestinian schoolbooks present a world without Israel (Un Monde sans Israël, dans les livres scolaires falestiniens) : http://palwatch.org/STORAGE/special%20reports/Schoolbooks_report_grade12.pdf

 

[4] Lors d’un Colloque sur la Désinformation et contre BDS, de haute tenue par ailleurs, organisé par le Bnei Brith Loge Gamzon le 19 Juin 2016 à Jérusalem, j’ai pu ainsi entendre un des conférenciers, conscient qu’il provoquait son auditoire,  invoquer à plusieurs reprises ‘’l’occupation’’.

[5] J’en ai fait une première énumération in  ‘’Le Monde arabe face à ces démons : Nationalisme, Islam et Juifs’’ (Ed Colin, Paris).

[6] Comme l’illustrent le dernier roman ‘’2084’’, de l’Algérien Boualem Sansal, et quelques décennies plus tôt  celui de l’anglais Georges Orwell, ‘1984’’

[7] Le livre de Manfred Gerstenfeld, ‘’The War of a Million Cuts’’ : The Struggle against the Delegitimization of Israel and the Jews, and the Growth of New Anti-Semitism, est publié par le Jerusalem Center for Public Affairs et RVP Press. On peut l’acquérir sur Amazon et, en Israël, auprès du JCPA.

[8] Agence France-Palestine, plutôt qu’Agence France Presse

Attentat à Tel Aviv : on cherche ‘’la piste’’… (2 Janvier 2016)

24h après l’attentat perpétré à Tel Aviv, on attend toujours la réaction des dirigeants palestiniens. Ceux de Gaza ont été plus vifs : avec 6 roquettes. L’année civile commence bien : 2 morts sur le champ. Et peut-être plus dans les heures à venir…

Coté médias israéliens, et plus encore occidentaux, on cherche ‘’la piste’’. Le tueur a beau avoir été identifié par son propre père, et donc habiter en Israël, il a beau avoir déjà fait de la prison pour avoir tenté de s’emparer de l’arme d’un soldat, il y a bien des années, du temps où l’ISIS n’existait pas, on cherche ‘’la piste’’. Parce qu’évidemment, si c’était la piste ‘’islamiste’’, ce ne serait pas la ‘’piste palestinienne’’. Cela n’aurait rien à voir avec la stratégie déclenchée depuis plus d’un an (et non depuis 3 mois comme certains medias ne cessent de le répéter), à la voiture-bélier et au couteau, non revendiquée expressément par les dirigeants ‘’palestiniens’’, mais non-condamnée par eux, justifiée comme des actes de résistance, les assassins étant eux intronisés ‘’héros’’ et ‘’martyrs’’ (‘’chouhada’’, c’est-à-dire, soulignons-le, morts pour la cause de Dieu et de son Prophète).

Comme si le mouvement ‘’palestinien’’ de ‘’résistance’’ n’avait pas dès ses débuts, procédé de cette manière, en tirant sur des civils, enfants, écoliers, femmes, vieillards, sportifs, etc…

Comme si en somme, il n’y avait pas eu osmose entre tous les terrorismes musulmans masqués sous des causes de de ‘’libération nationale’’ ou ‘’résistance’’, d’Alger (des années 90 mais aussi des années 50 et 60 !) à Kaboul, de Munich à Moscou, en passant par Tel Aviv, Jérusalem, Maalot, ou Alon Shavut…

Combien de morts faudra-t-il pour que l’on prenne conscience que la fureur ‘’islamiste’’ n’a pas d’autre source que l’islam ?

Combien de morts faudra-t-il encore dans le monde et en Israël pour que l’on prenne conscience que la fureur ‘’islamiste’’ n’a pas d’autre source que l’islam ? Beaucoup sans doute encore, puisque l’attentat le plus spectaculaire de tous les temps, par le mode opératoire et le nombre de victimes, perpétré dans la capitale du monde, n’a servi à rien.

Le monde ne veut pas tenir compte du fait que la conquête des armées de l’islam s’est accompagnée de massacres de tous les peuples qui ont refusé d’abandonner leur foi et de se soumettre, Juifs, Chrétiens, Indous, etc… Sans parler de la traite islamique qui a décimé le peuple noir d’Afrique, bien plus que celle des Occidentaux, puisque qu’elle y ajoutait la castration.

Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, les minorités chrétiennes et juives qui avaient pu se maintenir du temps de l’Empire ottoman (notamment parce que l’Europe y avait acquis un droit de regard), puis de la présence française et anglaise, ont été à leur tour la cible des pouvoirs musulmans dès qu’ils purent accéder à leur ‘indépendance’’. Sans parler plus récemment des millions de chrétiens libanais et irakiens qui eux n’ont même pas été considérés comme des ‘’réfugiés’’…

le Coran, qui n’est pas un texte mineur, traite le juif de ‘’cochon et de singe’’

Et depuis que les ‘’Palestiniens’’ ont pu, grâce à Israël et aux Accords d’Oslo, bénéficier d’une souveraineté sur certains territoires, c’est aussi ce qui est arrivé aux chrétiens : Bethléem, et Ramallah qui étaient des villes chrétiennes sont devenues musulmanes !

Cette longue histoire de la soumission à l’islam (un pléonasme, puisque c’est la signification même du mot ‘’islam’’ !), si l’on ne refuse pas de ne rien en savoir, explique logiquement pourquoi la figure du ‘’Juif’’ a été la cible de tous les textes fondateurs de l’islam, et de tous les pouvoirs qui s’en réclament à toutes les époques et particulièrement depuis le début du 20ème siècle. En effet, le ‘’Yahoud’’, qui depuis le 7ème siècle, était devenu un animal (le Coran, et donc pas un texte mineur, le traite ‘’de cochon et de singe’’), puis se transformant en une figure de rhétorique (métaphore de l’insulte), est devenu la pire des créatures, depuis qu’il s’est mis en tête de revenir dans sa patrie, et ce bien avant la naissance du sionisme, puisque dès le milieu du 19ème siècle, la population juive de Jérusalem est majoritaire. ‘’Itbah el Yahoud !’’ (Egorge le Juif !) est depuis le 7ème siècle, le cri de ralliement des musulmans vindicatifs. Même la Diva Oum Keltsoum ne put résister : ‘’Itbah el Yahoud !’’. Et récemment encore, on pouvait voir sur internet les gendarmes algériens s’entrainer à marcher au pas en appelant au meurtre des Juifs (Si vous avez ouï d’une seule protestation des intellos-progressistes-et-démocrates algériens, vite signalez-le moi).

la revendication ‘’palestinienne’’ n’a jamais été d’avoir son Etat, mais de faire disparaitre Israël

Quand le monde occidental et une partie de la gauche israélienne voudront bien prendre connaissance de l’histoire de l’islam et de son rapport aux Juifs, ils devraient normalement comprendre que la revendication ‘’palestinienne’’ depuis le ‘’Grand Muphti de Jérusalem’’ (intronisé par les Anglais !) Amin El Husseini, n’a jamais été d’avoir son Etat, mais de faire disparaitre Israël.

L’attaque frontale des armées musulmanes, depuis 1947, ayant échouée, la mission a été dévolue à ‘’la résistance palestinienne’’ (depuis la création de l’OLP en 1964) qui s’est de suite livrée à toutes les formes d’assassinat de civils. Celle-ci a d’abord opéré par des incursions à partir des Etats musulmans frontaliers, puis à partir des territoires qu’Israël a bien voulu lui concéder, suite aux Accords d’Oslo, enfin en Israël même, par l’intermédiaire de sa population musulmane.

Chaque fois que Tel Aviv a été ciblée, notamment au début des années 2000, le message envoyé aurait dû normalement être capté par la gauche mondiale et israélienne. Mais non, ils ont préféré faire comme les autruches. Chaque fois que des Juifs se faisaient assassiner dans ‘’les territoires’’, ils nous expliquaient que c’était ‘’faute de ne pas les avoir rendus’’. Comprendront-ils après l’attentat meurtrier d’hier, qui ne sera pas le dernier, que pour ‘’la résistance palestinienne’’ C’EST TOUT ISRAEL QUI EST UN ‘’TERRITOIRE’’ ? ! ! !

Je ne le crois pas. Pour de multiples raisons.

La gauche préfère projeter sur l’Autre ses propres visions ‘’humanistes’’ que voir la réalité en face

D’abord parce que les attentats-kamikaze du début des années 2000 ne leur ont pas donné un gramme de lucidité supplémentaire. Ensuite parce que la gauche (en général des intellectuels bien incrustés dans leur aura) préfère projeter sur l’Autre ses propres visions ‘’humanistes’’ que voir la réalité en face, et qu’analyser les mentalités de ceux dont elle a ipso facto repris à son compte la dénomination qu’ils se sont donnés : des ‘’résistants’’, ou des ‘’progressistes’’, ou mieux encore, ça c’est le must, des ‘’révolutionnaires’’, car évidemment, à gauche, on est tout cela à la fois. Au moins en théorie… Enfin, parce que ‘’chez ces gens-là’’, on n’aime pas se récuser, admettre qu’on a pu se tromper, qu’on n’avait pas toutes les infos, qu’on n’avait pas été fouiller l’histoire ancienne, qu’on a pu être victime de ses propres fantasmes ou tabous, qu’on connaissait pas mal le terrain et encore moins les textes fondateurs, qu’on avait fauté en se refusant à faire le lien entre les programmes ‘’politiques’’ et les soubassements religieux…

’Chez ces gens-là’’, il vaut mieux s’entêter qu’admettre qu’on a déjà été violés de multiples fois, en silence, et avec son propre consentement si je puis me permettre cet oxymore. Des Nathan Weinstock, (qui écrivit la première Bible antisioniste pour se mettre au service des ‘’Palestiniens’’), qui ont eu le courage de se remettre en cause, il n’y en a pas eu des tonnes…

Voilà donc pour cette gauche qui après avoir été bien désolée que ce ne soit pas ‘’la piste homophobe’’ (le Maire de Tel Aviv a été prompt à l’annoncer à ses habitants) en est à s’interroger sur ‘’la piste’’, espérant que ce ne soit pas ‘’la piste palestinienne’’, mais uniquement ‘’la piste islamiste’’, celle de l’ISIS ! Comme si ces deux pistes n’aboutissaient pas au même grand chemin !

Mais me direz-vous, que fait ‘’la droite’’ pendant ce temps ?

J’entends la droite politique israélienne. Eh bien, il semble qu’une bonne partie a été contaminée. Elle est aussi en quête de ‘’piste’’.

Tandis que celle qui est au gouvernement, parfaitement bien renseignée, s’est mise en tête que la meilleure manière d’épuiser ce ‘’nouveau’’ terrorisme à la voiture-bélier, au couteau, et aussi avec des armes à feu, est d’accepter la version officielle des dirigeants ‘’palestiniens’’ qu’il ne s’agirait que de ‘’loups solitaires’’…

Or ces ‘’loups’’, tel ce Kuntar qui vient enfin d’être effacé du genre humain, s’ils ont toutes les caractéristiques des fauves cruels, sont d’abord des individus formatés par la haine antijuive, provenant autant du Coran que des divers apprentissages ‘’palestiniens’’, via notamment l’école et les médias, tous emprunts de la même idée : Israël est illégitime et les Juifs devront un jour ou l’autre s’en aller et laisser la place à tous les ‘’réfugiés’’ ‘’palestiniens’’.

A quoi sert de tirer sur les criminels au moment du passage à l’acte, si la droite gouvernementale et non-gouvernementale, se montrent aussi laxiste vis-à-vis de tous ces discours qui les nourrissent et les exaltent, malgré la mort certaine qui les attend, discours relayés à l’intérieur d’Israël, et même au sein de la Knesset par les députés de la ‘’Coalition arabe’’ ?

Combien de temps encore tolèrera-t-on que l’on s’en prenne ouvertement et frontalement au sionisme, lequel n’est pas une idéologie (il y a des sionistes de toutes obédiences) mais bien le nom du droit du peuple juif à recouvrer sa souveraineté ?

Combien de temps leur faudra-t-il pour comprendre que ces assassins sont en fait téléguidés par tous ceux qui, au cœur même d’Israël, sans aucune condamnation ni sanction, osent s’en prendre à ce qui est le fondement même de l’Etat d’Israël ? Combien de temps encore faudra-t-il au gouvernement actuel pour les déclarer hors-la loi et pour faire payer aux dirigeants ‘’palestiniens’’ le fait de susciter et d’encourager le terrorisme, souvent même via des enfants ?

Quand exigera-t-il que tous les députés de la Knesset condamnent le terrorisme actuel en Israël, comme condition même à y siéger ?

Ces derniers temps, gauche et droite se sont levés comme un seul homme non pour exiger cette prise de position minimale quand on se réclame du même pays, mais contre quelques illuminés juifs et religieux… Que cette unanimité soit à mettre au compte des normes morales juives, et au crédit d’un peuple et de ses dirigeants qui ne veulent pas ressembler à leurs adversaires, ne peut excuser le fait que ni le gouvernement, ni la droite, ni bien sûr la gauche, n’aient dénoncé le refus des députés de la Coalition arabe d’agréer le nouveau livre d’histoire mis en service dans les écoles israéliennes et leur déclaration qu’ils allaient faire éditer ‘’leur’’ propre livre d’histoire !!!

pourquoi tuer les criminels si l’on doit tolérer la haine antijuive

Pourquoi riposter après quelques roquettes, pourquoi tuer les criminels pris en flagrant délit si l’on doit tolérer la haine antijuive et antisioniste qui précisément arme le bras des tueurs, comme les diverses manifestations de plus en plus osées de la Coalition arabe remettant publiquement en cause la souveraineté de l’Etat d’Israël.

Les atteintes aux fondements mêmes de l’Etat d’Israël seraient-ils considérés comme moins graves que celles à sa sécurité ?

Israël et le muezzin : Appel à la prière ou Appel à la rébellion ? (21/11/2016)

Habitant Tel Aviv à 200m de deux mosquées, je puis témoigner que ces deux dernières années le volume de l’appel du muezzin a doublé, voire triplé… Exaspéré, j’allais proposer à mes voisins de faire subir à son Maire, Mr Huldai, le même type de protestation, et ce pour la même raison, qu’a récemment endurée son homologue de Jérusalem : réveil brutal vers 4h30 du matin par des hauts parleurs portatifs placés devant sa maison diffusant Chema Israël… Et puis, comme par miracle,  est arrivée l’info qu’un projet de loi était en discussion à la Knesset visant à imposer une réduction drastique du volume des hauts-parleurs de toutes les mosquées proches de quartiers non-musulmans, ce qui d’ailleurs est une injustice pour les agglomérations musulmanes pour les travailleurs desquels cet appel est aussi une nuisance grave puisqu’elle interrompt un sommeil indispensable à la récupération de leur force de travail.

En effet, pour avoir habité en Algérie jusqu’en 1993, je puis aussi témoigner de deux ou trois choses… Dès l’indépendance acquise en 1962, certaines mosquées en profitèrent pour décupler le volume, ce qui entraina des luttes de citoyens (musulmans), appuyées par les médias et même par la radio (en français), au terme desquelles elles furent obligées de le ramener à un niveau acceptable pour l’environnement : il faut dire qu’à l’époque les nationalistes remettaient facilement les islamistes à leur place en leur rappelant leur tiédeur dans le combat national… Avec le temps, et la montée en force de l’islamisme dans l’ensemble du monde musulman dopé par la victoire de l’imam Khomeiny au milieu des années 70, commença un lent processus de prise en otage des consciences et des corps qui aboutit un peu partout aux mêmes résultats visibles (démultiplication des mosquées, des barbes sauvages pour les hommes et des camisoles de force  pour les femmes) et audibles (précisément le volume des appels à la prière).

Dois-je rappeler ce qu’il advint, en Algérie d’abord dans les années 90, puis ailleurs des années plus tard, durant le ‘’printemps arabe’’, un printemps qui perdure,  merci Mr Obama pour le cadeau : une guerre civile qui fit des centaines de milliers de morts…

Comme dans l’ensemble du monde musulman, l’islamisme (c’est-à-dire l’islam originel, lorsque chefs politiques et religieux ne faisaient qu’un) s’est aussi imposé comme force politique chez les Falestiniens. Le Hamas a vaincu le Fatah à Gaza, mais aussi dans les parties contrôlées aujourd’hui par la dite ‘’autorité falestinienne’’, ce qui explique la peur des élections et leur report continuel faisant de son ‘’président’’, Abbas, un potentat illégitime, car il ne fait pas de doute qu’en cas d’élections libres, là comme ailleurs, l’islamisme triompherait et le Fatah serait balayé…

En Israël, bien sûr les choses sont un peu différentes puisque l’islamisme, toléré, est très contrôlé et quand cela s’impose, jugulé (interdiction de sa branche nord, mises au pas des ‘’crieuses’’ provocatrices sur le Mont du Temple, par exemple). Il n’empêche, quelques constatations (inquiétantes) s’imposent.

Ici comme ailleurs, l’islamisme a pris le dessus sur le nationalisme, ce qui s’exprime parfaitement par l’alliance électorale de tous les partis arabes y compris communiste (Hadach), chose inimaginable par le passé, et bien que le président choisi, Odeh, vienne de ce dernier parti, il devient de plus en plus évident que la force de mobilisation de cette coalition prend de plus en plus sa source dans ‘’la défense de l’islam’’ (alors qu’Israël est l’endroit du Moyen Orient  où il est le mieux défendu puisque seul pays où les musulmans ne s’entretuent pas… !). Ce qui veut dire qu’à terme, ce sont les islamistes qui tireront profit de cette mise au pas progressive de la société civile et politique, et qui, lorsqu’ils jugeront le moment approprié, prendront directement la direction du mouvement politique au sein de la société arabe israélienne, où les chrétiens sont et seront de plus en plus marginalisés.

En attendant, les communistes du Hadach, et autres nationalistes du Balad, sans doute aussi pour résister au cannibalisme rampant de partenaires qui agissent sur le long terme, font dans la surenchère et la provocation politique au sein même de la Knesset, spectacle que l’Europe aura bientôt à domicile puisque déjà en Allemagne, des Associations d’émigrés demandent la révision de la Constitution !!!

Désormais en effet, ‘’cette coalition arabe’’ tombe le masque : elle se dit ‘’falestinienne’’, et non israélienne ; elle proclame sa solidarité non avec les autres citoyens israéliens, juifs, druzes, etc, mais avec les ‘’falestiniens’’, intra et extra muros ; elle soutient le moral des terroristes ‘’falestiniens’’ emprisonnés ; elle honore de sa présence l’anniversaire de la mort d’Arafat mais refuse de se recueillir devant la dépouille de Shimon Peres ; et elle saisit la moindre occasion pour défier les institutions, à commencer par la Knesset, comme justement à propos de la loi en préparation sur la réduction des nuisances sonores des mosquées où l’on a vu ces députés arabes profiter de leur immunité pour imposer à leurs collègues juifs et druzes un appel à la prière  en bonne et due forme, certes sans haut-parleur (rappelons d’ailleurs que réduire les décibels n’est pas une agression contre l’islam, pour la simple raison que chanté à l’origine par voix d’homme, l’appel à la prière s’est longtemps maintenu ainsi, même après l’invention de l’électricité, ce qui avait d’ailleurs son charme).

Si les autorités israéliennes ne se contentaient pas de faire les statistiques des actes de terrorisme, mais aussi de ces provocations en progression géométrique, on prendrait mieux la mesure de ce qu’elle annonce : la rébellion civique, prélude à un autre type d’irrédentisme plus violent qui mènerait certainement à la fin de l’unique modèle de cohabitation judéo-arabe dans le monde que représente Israël. Ce qui mettrait fin aussi, et définitivement, au rêve même d‘une grande Falestine qui irait de Haifa à Hebron, (rêve insensé, mais entretenu par les dirigeants irresponsables de cette coalition, sans parler de ceux du Hamas ou du Fatah.)

Quoi qu’il en soit des années à venir, n’est-il pas temps pour Israël de préserver ce pour quoi elle a été destinée : redevenir l’Etat-Nation (le seul au monde, rappelons-le !) du peuple juif, dans lequel des minorités peuvent coexister pour autant qu’elles respectent cette donnée primordiale ?

Et si dans l’immédiat ses élus et ses Juges se révélaient impuissants à rétablir sa souveraineté en son lieu- symbole, la Knesset, ne pourraient-ils pas, pour éviter qu’elle devienne un Zoo où des fauves sont laissés en liberté, y faire respecter au moins la loi du football, qui donne le droit à l’arbitre de sortir à l’encontre des récalcitrants des cartons jaunes et même rouges, ces derniers excluant du champ de jeu les joueurs gravement fautifs ?

19 novembre 2016, Jean-Pierre Lledo, cinéaste, essayiste

La fumée et le feu. (26/11/2016)

Plus de 600 feux s’allument en Israël, en quelques jours. Il est vrai que cette année est anormalement sèche. Fin novembre, presque pas de pluie, et des vents très forts. Donc des conditions propices à l’incendie. Mais un feu sélectif attiré par les zones principalement juives ? Pas d’incendie à Hébron, ni à Naplouse, ni à Ramallah, ni à Rahat, ni à Bethléem, ni dans tous les villages arabes de Galilée ? Le vent serait-il devenu lui aussi judéophobe ? Ou serait-ce plutôt une nouvelle punition divine de YHWH, ce terrible dieu juif qui se distingue des autres pour être plus sévère avec les siens ?

Trêve de plaisanterie ! La situation est gravissime.

Non pas tant à cause du fait lui-même, des ravages matériels, des vies mises en danger, et de toute une vie spirituelle des habitants partie en fumée en quelques minutes… Que par la signification politique et symbolique de cet événement… Que plus encore par les réactions des divers acteurs politiques, mais aussi populaires, la vox populi s’exprimant désormais dans le veule anonymat des dits ‘‘réseaux sociaux’’, nouvelle incarnation de l’instinct pogromique en milieux… arabes.

‘‘Arabes’’‘‘musulmans’’, les deux mots à ne pas dire, en Israël comme dans le reste du monde : bravo l’OCI (organisation des 57 pays musulmans, seule organisation de ce type dans le monde) et votre campagne bien financée par l’argent du Qatar pour empêcher de dire ces mots !

Odeh, le président de la Coalition (arabe) à la Knesset, a de suite botté en touche : accuser aujourd’hui les Arabes, serait réitéré l’accusation contre les Juifs de l’époque du moyen-âge ! Au moins, il aura retenu quelque chose de l’enseignement que lui a prodigué le programme d’enseignement israélien. Mais que peut-il y avoir de commun entre le mensonge et la vérité entre les Juifs qui n’avaient pas répandu la peste, tandis que ce sont bien des Arabes israéliens qui aujourd’hui sont arrêtés en flagrant délit de pyromanie criminelle ?

Quant au gouvernement, ‘‘de droite’’ faut-il le rappeler, il lui a fallu 3 jours pour découvrir qu’il s’agissait d’une action ‘‘terroriste’’, des terroristes sans doute extra-terrestres, puisqu’ils ne sont pas nommés. Et alors que les services de sécurité ont été incapables de prévenir une telle catastrophe, ce qui en soi devrait réconforter chaque citoyen juif israélien, on se demande comment le ministre de la Sécurité (de droite) a pu soudainement avancer que 50% seulement de ces feux avaient une origine terroriste… Et les autres 50% ? Extra-terrestres ? YHWH ?

J’aimerais faire l’impasse sur les réactions de la gauche, tant la profondeur de sa stupidité est insondable. Comme par le passé, face à d’autres vagues de terrorisme, on minimise sinon la gravité matérielle du moins la gravité politique: des loups solitaires n’est-ce pas, des déséquilibrés, et d’ailleurs des extrémistes il y en a chez nous aussi… Sans parler de ce professeur de l’Université Hébraïque de Jérusalem (Quelle misère !) un certain Amiram Goldblum qui n’hésite pas à désigner Netanyahou, lui-même, comme le pyromane en chef, ce qui donne une fois de plus le lien qu’entretient cette gauche à la réalité… Sa cinglante défaite aux dernières élections israéliennes ne l’a manifestement pas soignée de son délire, mais il est vrai qu’à en croire les psy, une pathologie psychotique on ne s’en remet jamais.

Revenons aux choses sérieuses. D’abord pour faire deux constats.

1 – Cette action terroriste visant les populations juives d’Israël, de très grande ampleur puisqu’elle va du Nord au Sud, et totalement inédite dans l’histoire du terrorisme mondial, vient couronner une vague terroriste d’un type nouveau qui a commencé au moins depuis deux années d’abord par les voitures-béliers, ensuite par les agressions aux couteaux, sans négliger les armes à feu… Si l’on en observe le crescendo, on peut légitimement se dire : pour quand les gaz toxiques, pour quand la bombe atomique ? comme vient d’ailleurs de le proposer dans un sermon à la mosquée El Aqsa, le grand Imam Abd Al-Salam Abu Al-Izz, (toujours en liberté depuis, vive Israël !).

Et c’est justement parce que je constatai la progression de ce harcèlement guerrier contre le peuple juif d’Israël, auquel il faudrait ajouter la tentative d’interdire aux Juifs l’accès à leur Mont du Temple, et ce avec la complicité de l’Unesco et de l’Europe, comme cette provocation ouverte qui consiste à décupler le volume sonore des hauts parleurs des mosquées dans toutes les villes d’Israël où les zones de population juive sont proches, que je me demandais récemment[1] si ces appels à la prière sur-amplifiés ne préparaient pas… un Appel à la rébellion. Jusque-là, on pouvait dire qu’il n’y avait pas de fumée sans feu. A présent il y a la fumée et le feu. Et en prime la jouissance de la jeunesse arabe exultant comme leur ancêtre Amin El Husseini devant son maître es crémation, Hitler…

2 – Le deuxième constat est qu’il ne ‘‘faut pas sortir de Saint-Cyr’’ comme disent les Français, ou du Technion comme on pourrait le dire ici, pour comprendre que lorsqu’une même action se produit dans divers endroits, il y a forcément un Plan derrière lequel se dissimule une Volonté… Laquelle s’énonce dans un Discours. Tout le contraire donc de la ‘‘spontanéité’’… !

Et le fait qu’aujourd’hui les ‘‘réseaux sociaux’’ donnent à cette volonté la possibilité d’être connue du plus grand nombre, quasiment à la vitesse de la lumière, n’amoindrit pas la Responsabilité des Chefs, mais au contraire l’aggrave. Il n’est donc pas besoin d’être devin pour avancer que cette Volonté est actuellement incarnée par les chefs falestiniens, qu’ils entourent Israël ou qu’ils y habitent : en effet ces derniers refusent ouvertement, y compris à la Knesset, de respecter tous les symboles de la souveraineté israélienne, et ne manquent plus une occasion de proclamer publiquement leur ‘‘falestinité’’.

J’entends déjà, bien sûr, les objections de cette frange politique ci-dessus caractérisée de ‘‘délirante’’. Odeh, le chef de la coalition arabe, n’a-t-il pas condamné les pyromanes (sans émettre la moindre hypothèse quant à leur origine, ce qui est déjà un grave défaut pour un dirigeant) ? L’Autorité falestinienne n’a-t-elle pas envoyé des pompiers ? Ahmed Tibi, vice-président de la Knesset (!) et ténor du personnel politique arabe n’est-il pas allé jusqu’à dire : « S’il s’avère que la plupart des incendies sont le fait d’Arabes, il s’agirait d’une chose terrible, vile et condamnable, qui nécessitera une introspection de la société arabe israélienne« .

En attendant que le héros judéophobe du Congrès du Fatah en 2009 [2] passe à l’acte dans les plus brefs délais, les premiers coupables arrêtés étant tous arabesparmi lesquels il y a même des étudiants du Technion de Haifa, (l’équivalent du Polytechnique français), il serait bon que le personnel politique ashkénaze se fasse briffer par le séfarade.

En effet, les Juifs chassés du monde musulman (événement commémoré officiellement en Israël le 30 de ce mois) malgré une présence de 20 siècles et une antériorité à l’islam de près de 15 siècles, pourraient leur expliquer le ‘‘concept’’ mohamédien de ‘‘taqya’’… Lequel consiste à annoncer le contraire de ce que l’on va faire ou de que l’on a fait !

Les musulmans, eux, très au fait de cette tactique, comprennent parfaitement que les condamnations éventuelles de leurs dirigeants ne sont pas un appel à y mettre fin, mais une simple manière de donner le change à l’opinion publique internationale. Ce qui fait que chaque ‘‘condamnation’’ est au contraire perçue comme un appel à persévérer !

L’histoire musulmane regorge de manifestations de cette ‘‘tactique’’ et pour ma part, j’aimerais citer le massacre du 5 Juillet 1962 à Oran (le jour même de l’indépendance algérienne !), où précisément les pyromanes se sont transformés en pompiers, puisqu’après avoir poussé le peuple à trucider deux milliers de chrétiens et de juifs, les chefs de l’armée algérienne jetèrent en prison quelques lampistes (libérés quelques mois plus tard !!!)

D’une façon générale, le personnel politique israélien aurait aussi grandement besoin de s’intéresser à la source d’inspiration principale des Falestiniens, je veux parler de la guerre dite de ‘‘libération’’ menée par le FLN d’Algérie, mais qui fut en réalité une guerre d’épuration, puisqu’un million de non-musulmans furent obligés de quitter précipitamment leurs terres dès l’indépendance acquise.

Il y découvrirait peut-être aussi la raison de cet embrasement, en ce moment. Car de la même manière que le FLN déclencha ses actions terroristes contre les civils juifs et chrétiens pour attirer l’attention internationale et pouvoir s’imposer à l’ONU, ne peut-on penser qu’aujourd’hui les dirigeants falestiniens (in ou out Israël) tentent de freiner le cours de l’histoire qui va porter au pouvoir Trump aux USA et Fillon en France ? Ne tentent-ils pas par cette violence commanditée, tels des despérados, d’appuyer le forcing diplomatique falestinien soutenu par un Hollande en fin de course pour tenter de faire sortir Obama de son coma après le Knock-out des élections, dans l’espoir précisément d’entraver la future politique du nouveau président des USA ? Espoir vain car la victoire de ce dernier a été trop écrasante pour qu’il puisse se sentir entravé d’une quelconque façon par les misérables manœuvres d’un pouvoir (socialiste) qui ne se fait plus d’illusion sur son sort…
Mais tout au-delà des mobiles réels des chefs falestiniens, il nous faut revenir à l’essentiel, qui ne tient aucunement à cette conjoncture. Et l’essentiel, c’est d’examiner la réponse de l’Etat juif visé par l’une des plus graves agressions intérieures de toute son existence.

Le foudre de guerre Netanyahou, ainsi caractérisé par cette frange psychotique de l’échiquier politique israélien, vient de proférer la sentence : chaque coupable sera considéré comme un terroriste ! Wouah !

L’establishment politique israélien le plus lucide dont le centre de gravité s’est déplacé, depuis la victoire de Begin, vers la droite, et ceci non de façon conjoncturelle mais comme une tendance lourde, croit-il sérieusement que cette mesure serait dissuasive ? Les vagues terroristes précédentes à la voiture ou au couteau ne lui auraient-elles rien appris ? Détruire leurs maisons les ont-elles enrayées ? Condamner aujourd’hui les pyromanes est effectivement un minimum, mais est-ce suffisant ?

Ces lampistes n’agissent-ils pas selon une certaine Volonté assumée par des Chefs falestiniens au non d’un Discours clair où l’objectif des ‘‘2 Etats’’ n’est que le prélude à la modification de la nature d’Israël puis à sa destruction… ?

Si les dirigeants actuels veulent être à la hauteur de leur mission historique, ne devraient-ils pas, le plus tôt possible, d’abord faire le lien entre ces quatre choses, Volonté, Discours, Responsabilité et Passage à l’acte terroriste (ce dernier n’étant que la conséquence et non la cause !) ? Puis agir en conséquence à ces 4 niveaux ? Et d’abord à l’encontre de la coalition arabe a laquelle semble avoir été dévolu la tâche de harceler et d’affaiblir le pouvoir israélien de l’intérieur même de la Knesset ?

Mais cette action ne nécessite-t-elle pas au préalable une refonte totale du modèle de société qu’Israël a tenté de mettre en place jusqu’ici, c’est-à-dire une sorte d’État bi-national qui ne dit pas son nom ?

En attendant que ce chantier gigantesque soit ouvert et il devrait l’être sans tarder, n’est-il pas urgentissime de s’attaquer aux discours proférés ouvertement par les dirigeants falestiniens, au sein même de la Knesset, où les conquérants musulmans du 7eme siècle d’une terre juive appelée Judée déjà depuis 20 siècles que les Romains avaient débaptisé en ‘‘Palestina’’ sont présentés comme les véritables propriétaires d’une terre qui était juive avant l’arrivée de ces colons musulmans ?
Et dans la foulée de cette contre-offensive immédiate n’est-il pas aussi urgentissime de rendre hors la loi tout mouvement et tout discours qui remettrait en cause la légitimité juive en cet endroit du globe et d’ôter la nationalité israélienne à leurs tenants ?

Hors ces deux mesures immédiates, il serait illusoire de parler de ‘‘souveraineté juive’’ laquelle continuera à être bafouée par les discours et donc par leurs conséquences, les actions terroristes.

Différer ne ferait qu’encourager le processus d’autodestruction que la gauche a inaugurée depuis 20 ans, sans doute au départ naïvement, ignorante de ce qu’est la Taqya, puis au fur et à mesure, de plus en plus pathologiquement, en s’obstinant à ne pas tenir compte de la réalité du désir falestinien, incarné hier par Arafat et aujourd’hui par Abbas et pis encore par le Hamas.

Combien de victimes juives faudra-t-il encore pour que la droite israélienne assume pleinement le rôle qui lui est dévolue par l’histoire, celle de réligitimer au niveau national, régional et international, l’État du peuple juif lequel sur toute la planète, faut-il le rappeler, n’en a qu’un seul ?

La récente élection de Trump devrait pourtant lui faire comprendre qu’en cas de défaillance prolongée, surgira forcément un homme qui balayera tous les establishments, de gauche comme de droite, et qui ne sera ni un homme providentiel ni donc un messie, mais un homme tout simplement à la hauteur de son peuple, dans notre cas, un peuple qui n’a pas traversé les pires épreuves que l’on puisse imaginer durant ces derniers 2000 ans, sous le joug chrétien, musulman, communiste et enfin nazi, pour accepter à nouveau le joug musulman et de façon plus générale tout joug quel qu’il soit, et encore moins pour s’humilier et être humilié une nouvelle fois en exil.

26 novembre 2016

Par Jean-Pierre Lledo, cinéaste, pour Alyaexpress-News

[1] Israël et le muezzin : appel à la prière ou appel à la rébellion ? Par Jean Pierre Lledo

[2] Il y appelait à une Falestine judenrein (« Vous êtes des cellules cancéreuses dont il faut se débarrasser! », dit-il applaudi à tout rompre, en parlant des 300 000 Juifs de Judée Samarie).

Avant la rencontre Trump – Netanyaou (12/02/2017)

Le volontarisme présidentiel, surtout lorsque comme aux USA le Président est doté d’un grand pouvoir, n’est certes pas négligeable. Il a par exemple permis à Obama d’entrainer les USA dans la voie hyper dangereuse de la remise des pouvoirs aux islamistes du monde arabe, labellisée ‘’Printemps arabe’’, et pire encore dans un accord nucléaire avec la plus malfaisante des puissances mondiales aujourd’hui, l’Iran (laquelle peut tranquillement déclarer que son but est d’anéantir Israel sans que l’ONU ni l’Europe , ni Obama ne s’en soient émus) et ce malgré l’opposition des élus.

La loi américaine permettra donc à Trump de prendre le contrepied de la politique de son prédécesseur et les campagnes d’hystérie collectives financées par Soros n’y pourront pas grand-chose. Pour autant, est-ce qu’il serait raisonnable de penser qu’un Président, même des USA, peut tout ? Certains Israéliens, de bords politiques opposés, le pensent, semble-t-il … Et la réalité forcément les décevra. Y compris sur ce qui préoccupe le plus Israël : son rapport avec les Arabes et les Falestiniens…

Plutôt que de s’en remettre à un homme, même le plus puissant aujourd’hui, Israël, selon moi, gagnerait à profiter du nouveau rapport de forces mondial qui sera de plus en plus nettement en défaveur de ceux qui ne se donnent qu’un but , la détruire, pour engager enfin le principal de ses combats : expliquer, expliquer, expliquer, et répondre aux argumentaires bien huilés de la propagande ennemie où la gauche et l’islamisme font bon ménage.

Et quand je dis ‘’répondre’’, je n’entends pas concocter et opposer ‘’un bon narratif’’ à celui de nos ennemis, mais s’adresser au monde pour lui rappeler un certain nombre de réalités (et non d’interprétations), historiques, passées ou présentes, concernant le peuple juif dans son rapport à lui-même et aux peuples arabo-musulmans environnants.

La chose la plus essentielle c’est évidement la légitimité du peuple juif à être revenu sur sa terre. Tant que les Arabo-musulmans n’admettront pas qu’il s’agit d’un droit, les discours négationnistes, la judéophobie prodiguée dans leurs mosquées, leurs écoles, et leurs mass médias formeront des guerriers et la paix sera un vœu pieu (assez paradoxal lorsqu’il est le fait d’Israéliens qui se veulent détachés de toute métaphysique).

Je précise aussitôt la chose la plus importante : la reconnaissance de cette légitimité n’équivaut pas à celle d’Israël comme ‘’pays de tous ses citoyens’’, à laquelle Abbas dit n’y voir aucun inconvénient. Car pour lui comme pour les trois partis arabes israéliens qui se sont coalisés, personne ne fait mystère qu’ils considèrent Israël comme un Etat de force et non de droit, et surtout pas comme l’Etat du peuple juif. Israël ayant, selon eux, vocation à gommer son marqueur judaïque pour ne pas discriminer les minorités, et ce en vertu de la nouvelle doxa postmoderne où ce sont les minorités qui dictent le contenu de l’identité à la majorité.

Sans parler de la gauche mondiale qui a laïcisée la bonne vieille cavale de la judéophobie chrétienne, dans cet endroit du Moyen Orient, seule la gauche israélienne semble aveugle et sourde, et ne pas saisir que les Falestiniens, qu’ils soient à l’extérieur ou à l’intérieur d’Israel, sont animés jusqu’à présent par un seul projet : liquider Israël comme Etat du peuple juif à plus ou moins long terme.

Le véritable problème est là et non pas dans des découpages territoriaux. La résolution territoriale ne peut être que la conséquence de la résolution de ce problème. Quand les gouvernants israéliens prendront-ils à témoin le monde en demandant aux Falestiniens de l’extérieur et de l’intérieur d’Israël de reconnaitre ce droit, et s’ils le faisaient de mettre fin aux discours et aux écrits judéophobes qui aujourd’hui formatent l’imaginaire arabo-musulmans ?

Si ce droit avait été reconnu, il n’y aurait eu ni ces guerres, ni ce terrorisme auxquels a dû et doit faire face Israël.

C’est en posant cette question au niveau mondial, et en en faisant un préalable à toute solution, puis en écoutant les réponses arabes et falestiniennes qui y seront apportées qu’Israël aura à définir son action à court et moyen terme, et non pas donc, pour revenir à lui, en s’en remettant aux bonnes grâces du nouveau président des USA.

Mais pour être honnête, il me faut aussitôt dire mon pessimisme pour deux raisons.

Coté monde arabo-musulman, je ne crois pas qu’il puisse en quelques années se débarrasser de sa culture judéophobe et être capable d’un aggiornamento révolutionnaire quant à la question juive (dans mon ouvrage ‘’Le Monde arabe face à ses démons : Nationalisme, Islam et Juifs’’, je parle d’un minimum de trois siècles…).

Et côté israélien, je suis bien obligé de constater l’indigence en matière de lutte des idées au niveau de la planète… Un professeur israélien émérite en géo-politique, Manfred Gesterfeld, a pourtant élaboré le projet d’une grande agence de lutte contre la désinformation, doté de tous les moyens qui lui permettraient de mener efficacement la guerre médiatique, puisque c’est de cela dont il s’agit aujourd’hui : Israël, en tant qu’Etat du peuple juif, est soumis à une guerre planétaire dont les Falestiniens ne sont que le fer de lance…

Habitué aux guerres chaudes, et à ses victoires, Israël semble désarmé et accepter sa défaite sur le plan des idées. Ce qui est grave car ce qui dans cette guerre des idées est visé au niveau des institutions internationales, et de l’opinion publique internationale, mais aussi de l’opinion publique israélienne, c’est bien la délégitimation d’Israël, et sa vulnérabilité morale, prélude comme on le devine à sa négation…

Qu’une certaine gauche israélienne se prête à ce jeu serait seulement pathétique si cela n’était un bon indicateur du délabrement intellectuel qui affecte toutes les élites israéliennes, y compris militaires, et dont le symbole est le Haaretz, comme conséquence d’une démission dans la lutte des idées, quand ce n’est pas au contraire un engagement offensif mais pour le narratif de celui qui projette leur disparition…

N’attendons donc pas de Trump, qui, et c’est normal ne maitrise pas encore l’ensemble d’un dossier face auquel ses prédécesseurs ont été impuissants, y compris l’idôle de Madonna et Streep (Meryl), qu’il fasse ce qu’il revient au peuple juif d’Israël de faire…

Et pourquoi pas, par exemple pour commencer, un Symposium international d’archéologie à Jérusalem, à propos de ce Mont du Temple, pour mettre fin au négationnisme de la soi-disant instance culturelle dite ‘’Unesco’’ qui sans la moindre preuve scientifique, mais grâce à une majorité, a décrété que le ‘’Mur occidental’’ des Juifs appelé par les Chrétiens ‘’Mur des Lamentations’’ n’était

en fait que le Mur de Bourak, du nom donc de la haridelle qu’aurait chevauché le prophète Mohamed, ceci n’étant qu’un rêve nocturne, comme ne le dissimule même pas le Coran lui-même !)

Kamel Daoud, iconoclaste ou conformiste ? (21/02/ 2017)

Je viens de tomber sur un article écrit il y a quelques mois par Kamel Daoud[1]. Il y est question d’Israël, de la Palestine et du monde arabe. Malgré des efforts pour se désengluer de la logomachie arabe à l’endroit d’Israël, cet écrivain algérien en vogue en France depuis le Goncourt 2015, qui a la réputation de franc parler et même d’iconoclastie, est pourtant un nouvel exemple de l’impuissance de l’intelligentsia du monde arabe (hormis quelques rares dissidents) que j’avais analysé par ailleurs[2], et qui fait que même les meilleurs d’entre eux qui tentent d’entamer l’unanimisme ambiant national-islamiste, se croient obligés de s’affirmer contre Israël…

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D’un côté, l’écrivain tient à exhiber son émancipation en posant de vrais questions genre : ‘’pourquoi je dois me sentir coupable, malheureux, lâche, impuissant ou en colère quand on emprisonne Arafat et pas quand on met derrière les barreaux Aung San Suu Kyi ?’’, puis même en y apportant une réponse aussi vraie : ‘’ Ce pays (Israël) nous soude entre nous, nous malmène, fait contrepoids à nos nationalismes à l’hélium, rend caduques nos décolonisations respectives’’.

Mais pour s’autoriser cette éphémère liberté, il lui aura fallu, dans la phrase précédente, passer à la caisse : ‘’Israël est devenu une nécessité après avoir été un viol’’. Ou plus loin : ‘’Israël n’est donc pas seulement une histoire de colonisation impérialiste’’

Daoud honore ainsi une allégeance communautaire qui me fait dire que dans le monde arabo-musulman, le tabou des tabous, pierre fondatrice de toutes les sortes d’unanimismes, est bien les Juifs et dans la version soft des intellectuels, ou des politiciens qui veillent à ne pas passer pour des antisémites, Israël…

Ce faisant, l’écrivain ne peut qu’échouer dans sa prétention à se libérer du discours dominant.

Il y a 35 ans, celui qui fut le 1er président de la république algérienne, Ahmed Ben Bella avait dit sans détour : ‘’Nous n’accepterons jamais ce corps étranger dans notre région. Israël est un véritable cancer greffé sur le monde arabe… Ce que nous voulons nous autres Arabes, c’est être et nous ne pouvons être que si l’autre n’est pas…’’ [3].

Or en affirmant qu’ ‘’Israël (est) une histoire de colonisation impérialiste’’, Daoud ne fait qu’actualiser le discours de son patriarche oranais…

Rompre avec ce type de stéréotypes, hormis le courage intellectuel et physique, nécessiterait d’abord que ces intellectuels apprennent un peu d’histoire, l’histoire du peuple juif et de son obsession à retrouver sa patrie qui n’a pu commencer à se réaliser qu’après la fin concomitante du dernier empire musulman et du Califat…

Et si ce n’est pas trop demander, l’histoire aussi de l’islam, ce qui donnerait à comprendre à Daoud que l’évènement fondateur de cette religion n’est pas tant les visites assidues de l’Ange Gabriel, que le refus des Juifs d’Arabie de se soumettre au nouveau dogme, refus qui leur valu d’être décapités par centaines de la main même de Mahomet, à la manière donc du Daech, l’Arabie ayant été juive et chrétienne, au moins en partie, avant d’être islamisée par la force des armes.

Mais qui peut le plus pouvant le moins, je me contenterais de demander à Daoud, né dans la ville de mon enfance, Oran, si avant de s’attaquer à de si grands problèmes, manifestement encore trop grands pour lui, il ne pourrait pas commencer par rompre le silence sur ce qui se passa dans notre ville, le 5 Juillet 1962, le jour même de l’indépendance algérienne, je veux parler du plus grand massacre de toute la guerre d’Algérie…

Ah, s’il nous disait comment et pourquoi durant plusieurs jours on tua, éventra, décapita, defoetusa, près d’un millier de Juifs et de Chrétiens, voire même de ‘’traitres’’ musulmans, jetés ensuite dans un lac à la périphérie, où aujourd’hui continuent de tournoyer les oiseaux de proie, alors là, oui, on pourrait parler d’iconoclastie…

 

Le 21 Février 2017

[1] Israël et les dix mille Ismaël, par Kamel Daoud – 26.10.16http://www.lacauselitteraire.fr/israel-et-les-dix-mille-ismael-par-kamel-daoud

[2] Le monde arabe face à ses démons : nationalisme, islam et Juifs. JP Lledo. Colin 2013.

[3] Interview réalisée par André Soussan in Politique internationale, été 1982 (‘’Tous contre Israël’’),

LOI de la NATION ou L’ÉPREUVE DE VÉRITÉ pour ISRAËL… et pour le MONDE. (14 Août 2018)

L’identité, celle d’un individu ou d’une nation, supporte, moins que toute autre dimension de l’existence, le mensonge ou le non-dit. Tromper est délictueux. Se tromper est suicidaire.

La ‘’LOI FONDAMENTALE : ISRAËL COMME ETAT-NATION DU PEUPLE JUIF’’, proposée par le député Avi Dichter (Likoud)[1] et adoptée récemment par la Knesset (Parlement) à une large majorité, a eu selon moi l’insigne intérêt de rappeler Israël à sa réalité : une élite médiatique et politique d’Europe occidentale toujours plus hostile, une élite médiatique et politique de la gauche israélienne toujours moins patriotique, des dirigeants arabes forcés de jeter leurs derniers masques, des autorités qui savent moins que jamais ce qu’est la communication, et heureusement un peuple, qui avec ses tripes, son sang, et sa détermination rappelle à chaque instant, à tous les précités, les fondamentaux, à commencer par la Déclaration de l’Indépendance.

La décision d’annoncer dès la fin de du mandat britannique la création de l’Etat d’Israël le 14 Mai 1948, à l’initiative de David Ben Gourion qui dut vaincre beaucoup de réticences parmi les siens, avait pour but, et cela est très clairement exprimé dans la Déclaration d’Indépendance adoptée ce jour-là, un Etat juif, en conformité avec la décision de l’ONU de Novembre 1947. Un Etat juif, non un Etat bi-national, non un Etat arabe, ou un Etat druze ou encore circassien… Selon cette même décision de l’ONU, les Arabes auraient pu créer aussi leur Etat, mais ils ne le voulurent pas. Pour eux, Israël était illégitime et devait disparaitre d’une manière ou d’une autre, un jour ou l’autre. Nombre de dirigeants arabes et musulmans ont prophétisé la chose, (et continuent de la prophétiser), mais la chose ne s’est pas réalisée. Au contraire, les guerres ou les harcèlements terroristes n’ont fait que renforcer ‘’l’entité sioniste’’. Mais plutôt que d’avouer qu’ils ont été bernés par de faux-prophètes, la majorité des Arabes et musulmans continuent de se laisser gouverner par la même obsession : faire disparaitre Israël.

Quiconque ignore ou refuse de prendre en compte cette donnée (massive) du passé et du présent, ne peut rien comprendre à Israël, qu’il soit étranger ou… israélien. Et mis à part de faire ressortir le véritable enjeu que représente l’existence d’Israël, cette Loi a eu l’immense mérite de débusquer, de démasquer, de révéler.

Depuis De Gaulle, la France suivie par l’Europe de l’Ouest (avec un bémol pour l’Allemagne encore bridée pour quelques années par sa mauvaise conscience) est devenue arabophile, islamophile, et  israelophobe. Le pétrole valait toutes les trahisons[2]. Et aujourd’hui, cette Europe qui s’autodésignait il y a quelque décennies ‘’le monde libre’’, va jusqu’à tenter d’aller à l’encontre des lois économiques du marché pour voler au secours des dictateurs iraniens ! Les démocrates iraniens apprécieront. Mais ce n’est pas la seule raison, puisque l’idéologie s’en mêle aussi (sans parler de cette judéophobie tapie au plus profond de l’imaginaire chrétien originel, mais qui reste le carburant primordial de l’antiisraelisme, malgré l’athéisme proclamé des élites).

Sous la poussée des courants dits ‘’postmodernistes’’ et se voulant ‘’de gauche’’, la notion de citoyenneté tente d’évincer celle de nationalité[3]. D’aucuns aimeraient transformer l’Europe, dans un premier temps, en une bouillie humaine où les valeurs identitaires se dissoudraient au profit de la seule citoyenneté : l’égalité deviendrait l’unique critère de la nouvelle identité supranationale, faisant fi ainsi des origines ethniques, religieuses, culturelles, philosophiques, linguistiques, symboliques, considérées désormais comme des valeurs ‘’de droite’’, voire ‘’fascistes’’, le tout résumé dans ce mot affreux de nationalisme… Ces postmodernistes auraient été plus convaincants s’ils avaient tenté de commencer par convaincre… justement les porteurs de ces identités nouvellement apparues sur le continent européen, provenant pour l’essentiel, par le biais des immigrations massives du monde musulman, ces dernières décennies. Or s’il est bien un endroit où l’on ne veut à aucun prix abandonner son identité, ses valeurs  religieuses, culturelles, philosophiques, linguistiques, symboliques, c’est bien le monde… musulman, qui depuis les années 70 a ravi au nationalisme arabe son leadership, et dont le totalitarisme n’est désormais contenu dans certains pays que par la force des armes (Egypte et Algérie, notamment).

Et donc faute d’avoir le courage intellectuel et physique d’affronter les citoyens musulmans pour les sommer de devenir de ‘’simples citoyens’’, sans signes distinctifs, autres que la couleur de la peau, et la forme des yeux ou des lèvres, les postmodernistes se sont donnés une proie plus facile : la population autochtone. Car elle au moins, éduquée aux 10 commandements toraïques et non au djihad, n’irait pas, même agressée, se venger avec un couteau ou une kalach. Ils lui demandent donc d’abandonner ses valeurs, son identité, c’est-à-dire ce que l’on appelle autrement ‘’la nationalité’’. Les postmodernistes ne peuvent qu’échouer comme toute théorie ou action qui ne tient pas compte de la réalité. Car leur tentative revient à vouloir déposséder le groupe majoritaire de son attribut fondamental. Le groupe minoritaire n’attendant que de devenir majoritaire, par la démographie et la terreur quotidienne conjuguée, pour imposer… son identité !

Mais accepter que la minorité se distingue par l’habit tout en demandant à la majorité de se dénuder, se nomme un marché de dupe, et ces représentants de la dernière mode des idiots utiles, bénis à ce titre par tous les chefs musulmans, dans leur grande majorité salafistes… !

Jusqu’à l’apparition des postmodernistes, il était convenu par tous que le groupe majoritaire imposait sa loi identitaire (drapeau, hymne, langue, récit historique, mythes fédérateurs, et autres symboles en découlant) à toutes les minorités. Parce que justement il était majoritaire. Donc en toute démocratie et en toute légitimité. Ce qui n’empêchaient pas, au contraire, qu’au nom de cette même démocratie les droits des minorités soient respectées et protégés… ‘’Respectés et protégés’’, c’est-à-dire bénéficiant des mêmes droits de citoyen : santé, éducation, travail, cultures spécifiques, liberté de culte, et même représentation politique, pour autant que ces minoritaires consentent aux attributs identitaires de la majorité, et paient aussi le prix du sang pour défendre la patrie.

Telle était et demeure encore (pour combien de temps ?) la loi en démocratie, c’est-à-dire hors de l’ensemble du monde musulman, Falestine  comprise, toujours aussi dictatorial qu’intolérant, où les chrétiens sont malmenés jusqu’à aujourd’hui, sort que veulent ignorer tous les postmodernistes du monde, d’une part car cela dérangerait leur narratif, mais surtout parce que cela démentirait l’essence même de leur démarche qui consiste, comme je viens de le dire, à renverser par un coup de force idéologique la légitime domination chez eux des majoritaires, et ce au nom d’une vision mythique de l’humanité et des peuples, qui, selon eux, seraient devenus indifférents à tous les attributs de la nationalité. Et ce alors que nous assistons au contraire, partout dans le monde, au réveil des nationalités qui se considéraient opprimées : tous les peuples de l’ex-URSS et de l’ex-Yougoslavie, les Basques, les Kurdes, les Amazighs (Berbères), et aujourd’hui les Catalans, pour n’évoquer que le bassin méditerranéen et son pourtour….

Hormis toutes les nombreuses raisons économiques, politiques et culturelles, de l’hostilité de l’Europe vis-à-vis d’Israël, la gauche médiatique et politique européenne ne pouvait évidemment que transposer à Israël le schéma mental du postmodernisme. Et ce d’autant plus facilement qu’elle n’avait qu’à s’appuyer sur les postmodernistes… israéliens ! Lesquels, avec un complexe de provincial, ont vite eu fait d’emboucher leur dogmatique qui venait à point pour réactiver le syndrome pathologique estampillé ‘’de gauche’’ et ‘’moral’’ plus vieux même que le nouvel Etat d’Israël de 1948, puisqu’il prit racine dès 1925 dans Brit Shalom, Alliance pour la paix, dont les membres fondateurs prestigieux[4], essentiellement des intellectuels venus d’Allemagne,  prônaient le rapprochement judéo-arabe et l’avènement d’un ‘’Etat bi-national’’ en vue ‘’d’une vie commune sur la Terre d’Israël, et ce dans un esprit de complète égalité des droits politiques des deux entités juives et arabes.

Leur plus grand adversaire fut David Ben Gourion. Et pour cause, toutes ses propres tentatives pour persuader les émissaires arabes, avec lesquels il maintint longtemps le contact dans les années 30, de constituer une Fédération avec les Arabes de Palestine et de Transjordanie, Fédération qui aurait préservé le droit des Juifs à vivre en Etat séparé, se heurtèrent au refus obstiné des dirigeants arabes, Amin el Husseini en tête[5]. Et ce jusqu’à dernière réunion de Londres en 1939, où malgré les bons offices de l’Angleterre, la délégation arabe rejeta une fois pour toute cette idée d’un Etat juif séparé où les Juifs seraient majoritaires, quelle que soit son étendue, et elle était minuscule à cette époque. Ce qui pour Ben Gourion signifia que les Arabes n’auraient toléré les Juifs, en bonne orthodoxie musulmane, que comme des dhimmis, mot qui demeure naturellement inconnu des toutes les gauches du monde, à commencer par les chantres de la gauche israélienne ‘’morale’’ que prétend incarner aujourd’hui l’écrivain David Grosmann.

Une partie même de cette gauche, incarné par le Meretz, qui n’a plus rien à voir avec le Meretz d’origine, lequel se réclamait malgré tout du sionisme, vient de rompre avec le consensus sioniste israélien, puisqu’il est désormais prêt à renoncer à tous les attributs de l’identité juive, pour favoriser l’avènement de ‘’l’Etat de tous ses citoyens’’ qui est aussi, comme par hasard, la revendication des représentants politiques des Arabes d’Israël, lesquels depuis quelques années se disent haut et fort ‘’palestiniens’’.

Cette formule, ‘’l’Etat de tous ses citoyens’’, devenu le mantra de tous les opposants israéliens et étrangers (ceux-ci finançant généreusement ceux-là) à l’Etat d’Israël tel qu’il est aujourd’hui, serait censé être la seule manière d’établir une complète égalité entre tous les citoyens d’Israël, juifs et arabes. On modifierait le texte de l’hymne national Hatikva, l’islam aurait le même statut que le judaïsme, on introduirait le récit de la Nakba dans les écoles et les universités, (narratif mensonger, faut-il le préciser, puisqu’il occulte 3500 ans d’histoire juive sur cette terre, comme le fait que les Arabes sont en partie les descendants des conquérants musulmans du 7eme siècle, l’autre partie étant arrivée tardivement de l’ensemble du monde musulman pour profiter du nouveau bien être créé par les sionistes venus d’Europe)… En un mot, les Juifs devraient renoncer à leur nationalité, pour qu’Israël devienne… démocratique !

Si cette dérive devait contaminer d’autres segments de la gauche politique israélienne, alors s’effacerait effectivement toute différence avec les partis politiques arabes, prélude à l’inclusion de la gauche israélienne dans le parti de ‘’l’Etat de tous ses citoyens’’, autant dire de sa disparition totale, issue qu’elle semble ne plus être en mesure d’empêcher, son problème n’étant pas qu’elle n’a plus de dirigeant d’envergure, mais qu’à force de jouer avec le feu des narratifs édulcorés, conjugués aux ambitions personnelles, elle n’a même plus de colonne vertébrale, à l’image d’une de ses leaders, la caricaturale Tsipi Livni.

Une telle dérive simplifierait d’ailleurs l’échiquier politique israélien si complexe aujourd’hui. En face du parti de ‘’l’Etat de tous ses citoyens’’, il n’y aurait plus qu’un seul autre parti, celui de l’Etat juif. Et l’on peut prévoir que dans les deux, l’on trouverait les mêmes composantes (certes en des proportions différentes) : Juifs, Arabes, ultra-orthodoxes, Druzes, Circassiens, etc….

Pour ce qui est d’aujourd’hui, et tant que le parti encore virtuel de ‘’l’Etat de tous ses citoyens’’ n’a pas pris le pouvoir, celui de l’Etat juif, fort de cette nouvelle Loi fondamentale votée démocratiquement par l’Assemblée du peuple en ce mois de Juillet 2018, ne devrait-il pas en tirer toutes les conséquences ? Pour moi, elles se résument en trois initiatives aussi nécessaires et urgentes que vitales, si l’on ne veut pas assister à l’inévitable dévitalisation de cette nouvelle Loi fondamentale, sous la pression de ses opposants, étrangers et israéliens.

1 – Expliquer, Expliquer, Expliquer[6]… Par tous les moyens de communication et par toutes les structures d’enseignement possibles. Expliquer les buts du postmodernisme. Expliquer la différence entre nationalité et citoyenneté. Expliquer qu’un Etat qui a une nationalité majoritaire n’est pas pour autant un Etat anti-démocratique, dans la mesure naturellement où tous les droits découlant de la citoyenneté sont respectés. Le fait de n’avoir pas expliqué cela, avant l’adoption de la loi, est une grave faute, notamment vis-à-vis des Druzes.

2 – Ces droits de la citoyenneté, définis plus haut, y compris à l’accès au Parlement et aux fonctions politiques les plus élevées, supposent évidemment l’observation stricte des devoirs du citoyen : défendre son pays, ses valeurs et ses symboles. Or force est de constater qu’en Israël, toutes les minorités ethniques ou/et religieuses, fortes de leurs propres identités respectées font preuve de loyauté, et notamment les Druzes et les Bédouins, sauf… les Arabes, essentiellement musulmans (puisque les Arabes chrétiens, en voyant ce qui se passe dans les territoires de l’Autorité palestinienne, comme dans le reste du monde musulman, commencent à comprendre sans encore oser trop le proclamer ce que deviendrait leur sort si l’Etat juif venait à disparaitre).

En effet, les 4 partis arabes actuels (où se retrouvent mêlés islamistes et communistes !) se sont coalisés sur une plate-forme qui contredit frontalement tout ce qui constitue l’identité de l’Etat juif : Israël, comme occupant illégitime de la Palestine, retour des 5 millions de descendants des réfugiés de 1948 dans les villes de leurs grands-parents ou arrières grands-parents, la Naqba comme récit fondateur, revendication de l’identité ‘’palestinienne’’ depuis ces dernières décennies (pourtant refusée par tous les dirigeants arabes, avant l’Etat d’Israël de 1948 et ce jusqu’au début des années 60), refus des symboles d’Israël (les députés arabes décorent leurs bureaux au sein de la Knesset avec des drapeaux… falestiniens !), et enfin solidarité totale avec les forces et les dirigeants politiques falestiniens, en permanence consultés, voire aussi conseillés. A tel point que l’on peut dire que cette coalition arabe se pense et se veut un Cheval de Troie, au vu et au su de tous, considérant sans doute que les territoires qu’elle occupe, physiques et symboliques, sont déjà des territoires libérés… en attendant le reste, ce qui explique leur refus proclamé, lorsqu’on leur demande s’ils rejoindraient un nouvel Etat palestinien.

Cet état de fait ne serait toléré par aucun Etat dans le monde. Et ne devrait plus l’être par Israël, sauf à faire de cette Loi sur la Nation, une simple palinodie.

3 – En l’absence de Constitution, les diverses Lois fondamentales en faisant office, ne serait-il pas convenable de faire suivre cette Loi de la Nation d’une Loi sur les Minorités ? Cette Loi qui préciseraient les droits de toutes les minorités, mais aussi leurs limites, rassureraient toutes les minorités loyales, mais aussi contraindraient, jusqu’à la possible déchéance de la nationalité israélienne, tous les citoyens minoritaires déloyaux qui démonstrativement remettraient en cause les attributs de la souveraineté du peuple juif, ou pire, qui pactiseraient avec les ennemis d’Israël, c’est-à-dire avec ceux qui portent atteinte à son intégrité physique ou morale.

Israël est à la croisée des chemins. Soit conformément au vœu de son peuple et de préférence par un referendum, elle fait respecter sa souveraineté vis-à-vis de ses ennemis, extérieurs ou intérieurs, qui chaque jour l’agressent par des roquettes, des ballons incendiaires qui anéantissent ses récoltes et ses forêts, ou l’assassinent avec des voitures béliers ou de simples couteaux… Soit elle deviendra nolens volens un Etat dhimmi avant l’heure. Les déboires de la loi qui devait règlementer le niveau sonore des appels à la prière dans les quartiers mixtes durant la nuit en est déjà un signe éloquent : non seulement elle n’a pu être votée, mais les islamistes qui en Israël comme dans les pays musulmans, ont évincés tous les modérés des comités de gestion des mosquées, ont quasiment doublé le niveau sonore durant toute la journée, comme par exemple n’importe quel habitant de Jaffa peut en témoigner, et ce avec l’intention claire d’occuper… l’espace physique et symbolique. Et ce qui partout dans le monde ne saurait être qualifié autrement que de ‘’pollution sonore’’ est admis sans broncher par les autorités de Tel Aviv très soucieuses pourtant d’écologie, du moins en paroles. Au nom de l’Etat… de tous ses citoyens ?

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[1] ‘’Israël et la Loi de la Nation’’Shmuel Trigano (http://menora.info/serpent-de-mer-de-legislation-israelienne/)

[2] Lire tous les livres de Bat Ye Or qui en fait la magistrale démonstration.

[3] Shmuel Trigano en a fait aussi la magistrale démonstration.

[4] Notamment les philosophes Martin BuberGershom Scholem, Hugo Bergmann,  l’historien Hans Kohnv, le sociologue Arthur Ruppin, l’agronome Haïm Kalvarisky,  Juda Magnes (président de l’Université hébraïque de Jérusalem)…

[5] Les Arabes, les Palestiniens et moi. (Editions des Presses du Temps présent, Paris, 1974)

[6] Lire  de Pierre Lurçat :  Comprendre le débat autour de la Loi Fondamentale  sur L’Etat-Nation, http://vudejerusalem.over-blog.com/2018/07/comprendre-le-debat-autour-de-la-loi-fondamentale-sur-l-etat-nation-par-pierre-lurcat.html

Nono. Hommage à Nourreddine Saadi. 16 Décembre 2017

Ces quatre lettres suffisaient à nommer celui que l’Algérie vient de perdre, un de ses derniers grands intellectuels, Nourredine Saadi.

Déjà de nombreuses années avaient éloigné nos destins et je n’ai rien su de sa maladie. Immense tristesse.

C’était un immense plaisir que de l’entendre parler, comme tous ceux qui parlent pour réfléchir et réfléchissent en parlant. De sa parfaite maitrise de la langue française, il n’en profitait jamais pour des effets de manche. Seule une grande clarté en découlait.

Le PAGS (parti communiste), dont nous étions membres, étant clandestin jusqu’en 1989, nous nous côtoyâmes plutôt dans les actions du RAIS (Rassemblement des Artistes, Intellectuels et Scientifiques) pour la liberté des opinions (à l’époque du parti unique), puis du Comité contre la Torture qui se constitua le 17 Octobre 1988, en réaction aux tortures dont la jeunesse fut massivement victime, notamment par la castration de certains d’entre eux, durant ces fameux ‘’évènements d’Octobre’’ qui coûtèrent la vie à plus de 600 personnes. Dans ce dernier mouvement, le rôle de Nono, comme du Dr Djilali Belkhenchir, fut de tout premier ordre. Lucidité et engagement.

Après l’assassinat de Tahar Djaout, fin Mai 1993, qui inaugura le début de ce qu’il désigna du néologisme d’intellectocide, à mon avis de son invention, il fit partie des 22 qui, une semaine après, créèrent un Comité pour la vérité sur la mort de Tahar Djaout, dénomination à laquelle il tint, mais que personnellement, minoritaire, je refusai : quelques jours plus tard Anouar Haddam, un dirigeant du GIA revendiquait de Rome le crime. Après l’assassinat du psychiatre Mahfoud Boucebsi, qui faisait aussi partie de notre Comité, deux policiers en civils vinrent signifier à notre Comité que nous étions des 6 qui devaient bénéficier d’une protection policière.

Et finalement, c’est en exil, que Nono devint écrivain, projet qu’il portait en lui depuis longtemps, empêché sans doute par ses multiples engagements intellectuels et politiques.

Hormis son tact, sa délicatesse, et sa grande culture dont il n’avait pas besoin de faire étalage tant elle transparaissait dans son verbe souverain, Nono restera pour moi un des (rares) intellectuels du PAGS qui sut garder sa liberté, refusant le fil à la patte (de la SM) de combien d’autres, nos ‘’camarades’’. Ils furent si nombreux qu’il serait vain de vouloir en faire la liste, assimilant le PAGS à un appendice de gauche du pouvoir. Ce ne fut jamais un sujet de débat entre nous. En eut-il conscience ? Forcément.

Et lorsque mon dernier film Algérie, histoires à ne pas dire, fut interdit par le pouvoir en Juin 2007, et descendu en flèche par ces intellectuels au fil à la patte justement, mes ex-‘’camarades’’, Labidi, Snoussi, Bessa, Mediene et consorts, Nono, lui, accepta de venir animer avec moi un débat dans une salle de cinéma de Paris (à l’instar d’ailleurs de Mohamed Harbi), et ce au nom de la liberté d’expression dont il avait toujours été un de ses inflexibles défenseurs, même s’il prit d’emblée la précaution de préciser qu’il n’épousait pas mon point de vue sur la guerre de libération, qui, je l’ai compris à partir de ce que me dirent dans ce film des ‘’anciens moudjahidine’’, fut aussi une guerre d’épuration (des non-musulmans).

La guerre de libération est toujours l’un des deux sujets tabous de l’Algérie. L’autre étant Israël. Deux tabous que, contrairement à quelques artistes et intellectuels du Moyen Orient, les intellectuels algériens n’ont toujours pas été en mesure d’affronter, hormis Boualem Sansal. Et je ne cacherai pas que j’eusse souhaité que Nono fut aussi de ceux-là, et qu’il nous laisse une trace de son séjour en Israël, il y a quelques années.

A l’exemplarité, il est vrai, nul n’est tenu. Mais Nono n’était pas n’importe qui.

Paix à son âme.

Condoléances à toute sa famille.

 

Mustapha Saâdoun. «Lui, il arrache et moi, je plante !»

Quelle tristesse de voir un tel homme nous quitter.

La dictature subie par notre peuple depuis l’indépendance avait coupé le fil entre les anciennes générations et les nouvelles. Et il avait fallu l’an 2002, le tournage de mon film «Un Rêve algérien» pour que je puisse enfin le connaitre. Ce fut une de mes plus grandes rencontres de ma vie entière : à 100 km d’Alger, au fond d’un jardin qu’il avait créé de ses mains de jeune septuagénaire, en seulement cinq années, aussi luxuriant que ceux d’Andalousie (pas de mystère divin, ses ancêtres en venaient !).
Nous venions à peine de nous connaître, durant les repérages, et il m’embarquait déjà dans des débats savants sur la génétique, sur la protection de l’environnement, sur la grosseur des troncs des amandiers en fonction de la terre d’accueil, discussion qu’il poursuivit devant la caméra quelques mois plus tard, sur les OGM qui grâce à nos «trabendistes et  nos ignares» allaient bientôt répandre le poison, «au moins, en France, ils ont des associations et José Bové…», conclait-il…
Et quand quelques mois plus tard, durant le tournage, Alleg s’extasia devant la hauteur d’un des mimosas, le vieil homme en éternel bleu de travail et en casquette, dont je découvrais le renversant sens de la répartie, lui répondit : «Oui, ils vont venir le bombarder ! Comme le World Center !». Et en quelques mots, Mustapha nous fit comprendre que les apparences étant trompeuses, nous étions bien là, au fond de son jardin, juste à côté de New York, au cœur de l’Univers, entre Wall Streets et l’ONU…
Oui, cet homme, qui après avoir dû abandonner sa maison dans le Chenoua à cause des islamistes, avait aussitôt refait d’un simple terrain vague, un magnifique jardin, de ses seules mains, ne donnait-il pas une leçon à tous ces intellectuels paresseux des pays dits aujourd’hui «émergeants» prêts à expliquer tous les maux de leurs pays, par la méchanceté de… l’Autre ? !
Il n’était pas économiste, celui qui en quelques secondes, improvisant devant la caméra, savait si bien caractériser la situation du pays (je cite de mémoire) : «Tout le monde s’est mis à faire des magasins… Entre deux magasins… ils font encore un magasin… Ils m’ont même proposé à moi qui hais le commerce, tiens pourquoi tu ferais pas un magasin, puisque ton jardin donne sur la route nationale !».
Il avait l’humour raffiné, Mustapha, avec ses yeux si intelligents et sa voix chantante de cherchellois.
Surtout il n’avait pas cette spécialité nationale, glorieux acquis de l’indépendance, la langue de bois.
Et quand il parlait justement de cette chasse gardée qu’est l’histoire de la guerre «de libération nationale», il n’allait pas par 40 chemins pour répéter ce qu’il avait dit à son compagnon Maurice Laban, ce communiste de Biskra qui avait déjà été gravement blessé au combat en Espagne, contre l’armée de Franco en 1939, lequel piaffait d’impatience pour rejoindre les maquis de l’ALN : «Mais ils vont te tuer !».
Par la suite, Mustapha me raconta que suite à la disparition de leur maquis communiste de l’Ouarsenis (avec Maillot et les autres…), il fut incorporé dans un bataillon de choc de l’ALN, dont il ne resta plus que 2 survivants, dont lui. On avait tout fait pour qu’il disparaisse glorieusement sur «le champ d’honneur», mais Mustapha pourtant si tendre, avait la peau dure. (j’ai tout ça sur K7 et je pourrai donner les precisions).
Un homme pareil, ne pouvait pas échapper à la vindicte de ceux qui disaient dans les salles de torture post-indépendance  (les mêmes que celles des paras, pourquoi en créer naturellement ?!) : «Les Français, ils ont pas pu faire parler Alleg, nous on le pourra !» (cf «Les torturés d’El Harrach»)… Ainsi parlait un certain «Rouget»…
Et lui, Mustapha, dont 3 frères avaient péri le même jour, en 56, pour lui faire payer son engagement dans la lutte armée. Lui, l’un des deux survivants du bataillon de choc. Lui qui avaient passé sa jeunesse à expliquer aux ouvriers agricoles qu’ils étaient des «ouvriers» de la terre et donc devaient faire des syndicats pour défendre leurs droits, leur salaire, leur dignité. Eh bien, lui la torture, on l’a lui fit subir, après l’indépendance, durant un mois entier.
Je n’ai pourtant jamais décelé chez lui, la moindre aigreur. Il n’est pas mort d’ulcère, mais sans doute de la seule maladie dont sont atteints ceux qui passent leur vie à donner, l’épuisement.
Malgré ses fatigues, il n’avait pas hésité à prendre un taxi pour venir voir mon dernier film «Algérie, histoires à ne pas dire», puis à retourner bredouille à Cherchell, puisque le film fut interdit, ce 13 Juin 2007 à la salle Ibn Zeidoun. Mais, il reprit à nouveau un taxi, pour venir le voir lors de la première des trois projections privées (mais non clandestines), que j’organisai à Alger, grâce à un jeune éditeur courageux. Et, lui qui en connaissait un bout sur l’idéologie et les pratiques du nationalisme, avant, pendant, et après la guerre, tint à dire en public tout le bien qu’il pensait du film. Il y avait là Mohammed Harbi, M. Bouaziz, et d’autres personnalités.
Déjà dans «Un Rêve algérien», n’avait-il pas dit la responsabilité nationaliste dans le devenir d’une Algérie qui n’avait pas su garder ses Juifs et ses Pieds-noirs ? N’avait-il pas fait sentir sa souffrance d’une Algérie amputée de ce «rêve algérien» ? N’avait-il pas dit : «Regarde ce qu’ils font aujourd’hui avec les Kabyles !». Jusqu’au bout, en tous cas, il fut lucide. Des dirigeants communistes algériens ayant un tel sens critique, et une telle liberté de parole en public, j’en ai, il me faut l’avouer, rencontré très peu.
Mustapha est parti. J’aurais tant voulu encore marcher avec lui, sur cette place si riche d’histoire, une histoire qui disait aussi que l’Algérie avait une existence anté-islamique, même si aujourd’hui des Frankeinstein s’en prenaient à ses vestiges, sans parler de ceux qui avaient osé transformer le plus grand hôtel (colonial et aliéné)… en commissariat (algérien et libre). Oui j’aurais tant voulu le voir saluer les boulomanes d’aujourd’hui, avec cette nostalgie de «l’anisette…», qu’il évoqua à trois reprises, à haute voix, tout en marchant devant la caméra qu’il ne voyait pourtant plus, perdu  dans ses souvenirs de fraternité toujours solidement enracinés au plus profond de son être…
Les Frankeinstein, Mustapha ne les aimait pas. Mais il savait aussi qu’on ne pouvait les combattre qu’avec plus de démocratie, non en se comportant comme eux, comme des monstres. Il le savait, non pas seulement par son humanisme, mais dans sa chair. Son propre fils, aux sympathies sans doute islamistes avait disparu.
«La disparition énigmatique de son fils Djamel en 1996, alors qu’il effectuait son service militaire». Un journaliste de la presse indépendante aurait pu se dispenser de l’épithète «énigmatique».
Cette disparition donc «énigmatique», a été le grand drame de la dernière décennie de sa vie. Malgré son passé révolutionnaire, et ses convictions laïques, ses innombrables démarches sont restées vaines, sans réponse. Il avait sollicité tous ses amis. Moi, pour faire un film sur les disparus. Et notamment Henri Alleg, espérant sans doute qu’une intervention publique, de celui qui avait été l’ami de Maurice Audin, pourrait y faire quelque chose.
A présent, Malika, sa femme va devoir continuer à porter, avec ces autres milliers de femmes, ce terrible fardeau de mère de disparu, dont nous ne devrions plus parler qu’en privé, en baissant la voix, au nom de la dite «réconciliation nationale», comme si l’amnésie et le silence étaient la meilleure thérapie, comme si la parole n’était pas la seule alternative à la violence. Mes pensées, toutes mes pensées, vont à présent vers elle, qui malgré cette immense douleur, avait comme Mustapha gardé le même humour (l’humour serait-il une denrée rare de Cherchell ?), et de Mustapha le même amour de jeune fille défilant dans les rues de Cherchell, alors que la guerre civile avait déjà recommencé avant même l’indépendance,  en criant, «Sebra snin baraket !», pour avoir aussi et enfin le droit de serrer dans ses bras son amoureux.
Et d’ailleurs, n’est-ce pas elle encore, dans «Un Rêve algérien», qui lui rend le plus bel hommage, par cette autre déclaration d’amour, quand  marchant derrière son mari  qui venait de nous décrire «une maladie venue d’Asie qui s’attaquent aux jeunes plantes»,  elle s’était exclamé en riant, de son rire sonore : «Lui, il arrache, et moi je plante !»
Jean-Pierre Lledo


La Nouvelle République, Algérie  (31-01-2009)

Henri Alleg ou l’espiègle Harry Salem… (19/07/2013)

La famille communiste algérienne fut, durant la colonisation, la seule formation politique qui avait vraiment pratiqué la mixité ethnique. Elle se distinguait notamment des formations politiques nationalistes toutes islamo-centrées. On adhérait par exemple dans le parti de Messali Hadj en jurant sur le Coran. Aussi avais-je de suite précisé à Alleg, personnage principal de mon avant dernier film Un Rêve algérien, que l’hommage irait non à un homme, mais à une idée: la fraternité. Cela lui convint. Alleg avait des défauts, mais certainement pas celui de l’égo. Et il accepta, certes non sans fléchir un instant, suite aux pressions de certains de ses camarades: chez les communistes, la fraternité ne pouvait être que prolétarienne…

Né en Algérie, en 1947, d’un père communiste, pour moi Alleg et ses compagnons avaient toujours représenté ce rêve d’une Algérie multiethnique qui avait façonné mon identité. En quête d’un rêve qui avait pourtant échoué, je ne pris pas immédiatement conscience que j’allais filmer un deuil. Une dépression, que je ne sus même pas identifier -c’était la première et seule fois- me le signifia à sa manière dès les premiers jours de tournage… Et je dirigeai ce film comme un fantôme. Les rôles s’inversèrent et chaque matin, c’était Henri qui m’encourageait, et m’attestait que la veille nous avions filmé des choses intéressantes.

La véritable fin du film a lieu dans un cimetière alors qu’une voix, la mienne, fait le constat: « L’Algérie avait été indépendante, pourquoi n’avait-elle pu être aussi fraternelle? ». Cette « Question »-là, resta toujours, chez les communistes algériens, en suspens. Dans toutes les têtes, mais personne n’osait l’affronter. Y apporter une réponse, encore moins. Or c’est précisément par cette question que commença le tournage à Alger.

Après le repas, aux douze compagnons venus l’accueillir au port, je demande d’y répondre à tour de rôle. Assis côte à côte, en demi-cercle, chacun y va de sa réponse, c’est-à-dire de sa non-réponse… Préférant attribuer à l’Autre -« la colonisation », « l’OAS », etc.- la cause de l’échec. Le temps passe, nous filmons depuis 3 heures. Seule lueur, Abdelhamid Benzine, (directeur du quotidien Alger Républicain qui reparaît dans les années 90, après son interdiction suite au coup d’Etat de 1965) déplore le fait que les communistes aient été les seuls à nourrir un tel rêve, et ajoute que si le million d’Européens était resté, l’Algérie n’aurait peut-être pas connu la tragédie islamiste (200.000 morts). Et Alleg d’ajouter, avec force exemples, émotion, et humour, que, du moins au sein de la famille communiste, ce rêve ne fut pas qu’une utopie.

D’un naturel têtu, derrière la caméra, j’attends. Vers 23 heures, alors que je m’apprête à déclarer forfait, agacé par tant de langue de bois, Lakhdar Kaïdi, qui fut en Algérie dans les années 40-50, le secrétaire général du plus grand syndicat (CGT), lâche enfin, en roulant les  »r », et en martelant chaque syllabe: « Les nationalistes n’avaient pas le même prrro-jet que nous… Ils voulaient une Al-gé-rrrie a-rrra-bo-mu-sul-mane ! Oui je dis bien, une Al-gé-rrrie a-rrra-bo-mu-sul-mane ! ». Quel pavé dans la mare ! Les vagues déstabilisent l’assemblée, et Alleg s’applique aussitôt à désamorcer la bombe, avec la tortueuse dialectique que lui connaissent ses amis. Je dus renoncer à cette séquence, uniquement pour des raisons narratives. Mais je la regrette encore.

Alleg avait l’art du consensus, du moins, à l’intérieur de son camp,  »anticolonialiste », et  »anti-impérialiste ». Plus qu’incisif contre l’adversaire, sinon railleur. Mais pour l’allié, rondeur, voire autocensure. Silences, sur lesquels je ne m’appesantirais pas ici, notamment ceux concernant l’intouchable  »camp socialiste »: les goulags, les millions de morts, le fait anti-juif massif, etc. Ou les silences concernant le devenir des pays indépendants, à commencer par l’Algérie: leurs dictatures, leur corruption, leur stagnation, leur… Tout cela n’était pour lui que conséquences du  »néo-colonialisme ».

Lucide, il le demeurait cependant. Mais encore fallait-il que ce soit dans l’intimité, sans caméra. Jamais Alleg n’aurait dit publiquement la chose qui le fit le plus souffrir, ce que je m’apprête à dire, ceci sans avoir la prétention d’apaiser son âme, car il en faudrait sans doute bien plus, tant les silences furent chez lui aussi tonitruants que fut vigoureuse l’expression de ses convictions. Voilà ce qu’il me dit…

Arrivant en prison, à Barberousse, à Alger, tout auréolé de sa victoire sur les tortionnaires, ses camarades communistes lui proposèrent d’être le responsable de leur groupe, à l’instar des nationalistes qui avaient déjà le leur. Alleg, qui certes avait bien des défauts mais pas celui du goût du pouvoir, consentit. Quelques semaines plus tard, arriva leur camarade Ahmed Akkache. Informé qu’Alleg avait été désigné comme responsable du groupe communiste, il sortit de ses gonds. Une telle chose était impossible !  »Le PCA ne pouvait être représenté, surtout en prison, que par un… Algérien… ». (Traduire : avec un nom bien arabo-musulman…).

Comprenant qu’il ne s’agissait pas de lui en particulier, (arrivé en Algérie à 19 ans), mais bien de tous ses autres camarades non-musulmans, eux aussi Algériens mais d’origine chrétienne et juive, ayant risqué leur vie pour l’indépendance de ce qu’ils considéraient comme leur pays, Alleg fut atteint à jamais. Au point d’avoir voulu emporter le secret dans sa tombe. Puisque contrairement à ce que j’avais espéré, il ne le mentionna même pas dans ses  »Mémoires algériennes », écrites en 2003, juste après le film. Le pourfendeur de la fraternité prolétarienne, certes, n’était pas n’importe qui : directeur de l’organe central du PCA, Liberté, et membre comme Alleg du Bureau Politique ! Discipliné et consensuel, ce dernier, comme bien d’autres fois, avala la purge sans faire d’histoire.

La fraternité multi-ethnique n’avait donc pas été aussi évidente que je l’avais pensé, y compris au sein du PCA. Il faut dire que pris dans leurs dogmes, les communistes avaient du mal avec les questions identitaires. Protégé derrière son pseudo de journaliste, Alleg n’avait jamais déclaré publiquement, jusque-là, qu’il était Juif. Et j’eus tout le mal du monde à le lui faire dire dans le film :  »Un jour, en 1941, à l’époque de Vichy, avec René Duvalet, on faisait du stop dans la campagne. Une charrette s’arrêta. C’était un Européen qui se mit à dégoiser contre les bolcho, les Anglais, et les juifs. Clandestins, on ne put rien lui répondre. Mais quand on descendit, René me dit : s’il avait su que t’étais les trois à la fois : Anglais, bolcho et juif ! ».

Chaque jour, du matin au soir, Alleg était capable de vous mettre dans sa poche avec ses histoires, toujours nouvelles, toujours désopilantes. Heureusement, il avait de l’humour. Juif, forcément. Puisque son ascendance tant maternelle que paternelle, avant l’Angleterre, venait de Pologne et de Russie, et avant d’Espagne…Et avant ? Je pense qu’il ne fit jamais de recherche, comme tous ces Juifs qui passent leur vie à faire oublier leur judéité en commençant par masquer leur nom (Edgar Morin, alias Nahum fut d’ailleurs un de ses copains de lycée à Paris…). Après tout j’avais fait pareil, sans même besoin de masquer, le nom catalan de mon père suffisait…

Il aurait été intéressant que le public sache l’origine du nom que se choisit Harry Salem. Un de ses compagnons me le révéla, mais Alleg me demanda de ne plus évoquer ce sujet.

Deux hommes coexistaient en lui. L’homme cultivé, érudit, grand lecteur, sensible, voire même très émotif (combien de fois ne le vis-je pas pleurer), plein de nuances, de tact, et d’élégance british (la seule fois où il se fâcha contre moi, c’est quand invités par l’ambassadeur français en Algérie, je ne m’étais pas suffisamment  »habillé »…), et le militant grand adorateur et grand pourfendeur, devant l’éternel. Un abîme entre les deux.

Et il arriva ce qu’il devait arriver. A la question  »L’Algérie avait été indépendante, pourquoi n’avait-elle pu être aussi fraternelle? », il me fallait une réponse. Une réponse, dans mon cas, cinématographique. Il me fallait retourner en Algérie, mais cette fois pour entendre, de la bouche même des simples gens d’Algérie, d’origine arabo-musulmane, ce qu’il s’était réellement passé durant la guerre d’indépendance. Je commençais à soupçonner que cette guerre avait été menée par le FLN, avec une double finalité. Une, avouée, l’indépendance. Et l’autre, inavouable, celle du nettoyage ethnique comme le reconnut l’historien algérien Mohamed Harbi, lors d’un débat à Paris en 2008.

Lorsque je fis part à Alleg de ma volonté d’en savoir plus sur le fait que la  »guerre de libération » commença (notamment le 20 août 1955, dans le Constantinois) et finit (le 5 juillet 1962, à Oran) par un massacre de civils, au faciès, ciblant les non-musulmans, il fit tout pour m’en dissuader, sans contester d’ailleurs la réalité de ces massacres. Le film terminé,  »Algérie, histoires à ne pas dire » fut interdit en Algérie, en juin 2007 (et à ce jour, aucune chaine française n’a émis le souhait de le montrer). Mais le pouvoir n’eut même pas besoin de s’en expliquer. Mes anciens camarades s’en chargèrent dans les journaux algériens, à pleine colonnes, et très rapidement on censura mes réponses !

Arrivé à Paris, j’organisai une projection pour une soixantaine d’amis et de cinéastes. Parmi eux, Alleg et son camarade oranais Jules Molina. Lorsque les lumières se rallumèrent, tous deux quittèrent la salle. Sans un mot. Notre dernier mot, si je puis dire.

Pourtant Alleg devait bien savoir ce qui était arrivé à Molina lui-même. Dès sa sortie de prison, le 19 mars 1962, il avait mis son savoir technique pour faire redémarrer l’usine de fabrication de lait d’Oran (la CLO). Et le 5 juillet 1962, le jour où l’on célébrait officiellement l’indépendance, à peine sorti de l’usine, il se fit arrêter puis conduire dans un commissariat déjà bondé de non-musulmans. Après un moment qui lui parut l’éternité, quelqu’un le reconnut,  »c’est un frère ! ». Lui, eut donc la chance d’être libéré. Mais, il savait, et Alleg savait aussi que les autres furent sans doute égorgés et jetés dans le tristement célèbre  »Petit Lac » où des oiseaux charognards continuent aujourd’hui de se repaître, l’endroit étant devenu une décharge publique… (Ayant pu avoir accès à certaines archives en France, l’historien Jean-Jacques Jordi en fait un premier bilan dans  »Un Silence d’Etat », publié il y a une année.)

Notre rupture avait donc eu lieu dans une salle de projection.

Si l’art du communisme consistait à s’abriter derrière des rêves de jeunesse, pour mépriser le réel, il était évident que je l’avais désappris depuis belle lurette, sans que j’ose même me l’avouer. En fait, le communisme avait failli, quasiment dès l’origine, dès le moment où Marx, justement dans  »La Question juive », commença à s’attaquer aux  »droits de l’homme », merci André Sénik de m’avoir permis d’en prendre conscience. Et moi, sans le savoir, je m’en étais éloigné, dès le moment où j’avais considéré qu’il n’y avait rien de plus important que la liberté d’expression et de conscience.

A ses toujours camarades, je leur laisse donc volontiers l’homme qui avait aimé ses œillères, ou qui n’avait pas eu le courage de les arracher, qu’elles se nomment goulag ou Akkache.

Quant à moi, j’emporterai l’espiègle, Harry Salem…

Fanny Colonna vient de nous quitter… (25/11/2014)

Grande dame alliant le travail acharné, méticuleux, documenté, à une finesse d’analyse, et une qualité d’écriture allusive, jamais démonstrative, qui aurait pu en faire une grande écrivaine. Et malgré cette ascèse, aussi disponible que généreuse de son temps. Une grande dame tout court. Tous ceux qui l’ont approchée le savent. On l’appelait Fanny.

Et puisque les hommages tenteront d’arrondir les angles, restituons leur rugosité.

La presse algérienne d’abord. Elle serait « une spécialiste de l’Algérie » (Moudjahid), une technicienne, sorte de coopérante, quoi! Voire même « une amie de l’Algérie », selon le très démocrate Watan. Or Fanny, étudiante à la Fac d’Alger dans les années 50, s’était engagée en faveur de l’indépendance de l’Algérie, à partir de ses convictions de chrétienne libérale. Et était devenue algérienne en acceptant l’humiliation de se plier au Code de la nationalité de 1963 qui stipulait que le « Musulman », seul, était automatiquement « Algérien ». Les chrétiens ont le sens du sacrifice. Les communistes aussi. Je puis en témoigner.

Dans le cas de Fanny, il fut immense, puisque son père fut assassiné par le FLN, dès le début de la guerre dite de « libération ». Le 20 Août 1955, l’ALN-FLN lance sa « première offensive militaire ». Car en fait une opération terroriste de grande envergure: dans l’ensemble du Constantinois, l’épicentre étant Philippeville, entre midi et 15 h, on massacre au faciès, au couteau, à la hache, à l’arme à feu. En quelques heures, environ 120 personnes, bébés, femmes, vieillards, travailleurs notamment de plusieurs mines, sont égorgés, tailladés, découpés, énucléés. Le père de Fanny, Jean Reynaud, 47 ans, né lui-même en Algérie, administrateur civil à El Milia, est mitraillé « sur la route alors qu’il revenait de superviser l’évacuation d’une quinzaine d’Européens assiégés dans la mine de fer de Sidi Marouf »(1).

Longtemps les amis de Fanny n’en sauront rien. Longtemps, pour ses propres enfants le sujet fut tabou.

Mais quand en 2007, Fanny vit mon film « Algérie, histoires à ne pas dire » dont le premier épisode était consacré à cet événement, elle me remercia, à contre-courant de l’intelligentsia algérienne qui s’empressa de m’attaquer alors que le pouvoir algérien venait de l’interdire. Par la suite, Fanny accepta de parler à Roger Vétillard qui préparait le seul ouvrage sérieux sur la question « 20 Août 1955, dans le Nord-Constantinois, Un tournant dans la guerre d’Algérie ».

Croyant que Fanny avait besoin d’encouragements pour se lancer dans un travail de réhabilitation de la mémoire de son père, je fis tout ce que je pus pour la persuader de s’y mettre. Elle accumulait les documents, mais ne franchit pas l’obstacle. Son fils écrivain, sa fille cinéaste, le pourront-ils?

L’obstacle était certes rude. Difficile de reconnaitre que les valeurs « universelles » pour lesquelles on a tant sacrifié, n’étaient que le pire des nationalismes ethnico-religieux, celui que Camus avait détecté dès le début. Pourtant rompre avec des idées, n’était pas si infaisable lorsqu’on est un intellectuel de la trempe de Fanny. Mais rompre avec des amitiés et des fidélités? Surtout lorsqu’on appartient à une minorité qui pour se faire accepter n’a d’autre option que la dhimmitude, laquelle pour un intellectuel consiste juste à s’interdire certains sujets. Pour un juif comme moi, Israël. Et pour une chrétienne comme elle, cette obligation à discrétion que le pouvoir savait obtenir y compris par l’assassinat (2).

Car dans son domaine, l’anthropologie, Fanny fut toujours dans la marginalité. Discipline séditieuse s’il en est dans une Algérie qui se veut « arabo-musulmane ». Rien ne devait écorcher le mythe. Ni l’enquête de terrain. Encore moins les sources de l’époque « coloniale » (3) ! Les chercheurs algériens auront donc un jour à rendre cet hommage à Fanny de leur avoir relégitimé un trésor de connaissances.

Cette marginalité était le moteur de sa recherche. La plus grande affaire de sa vie de chercheure fut l’islam paysan et son expression confrérique, dénigré comme  »collabo du colonialisme » tant par le nationalisme et les Oulamas algériens d’avant la guerre, que par le pouvoir indépendant, qu’enfin par l’islamisme des années 90. Il fallait donc avoir un certain cran pour affronter l’établishment universitaro-politique, qui le lui fit assez payer sans pouvoir l’anéantir car Fanny, chercheur au CNRS français, avait les moyens de son indépendance.

Les Aurès, la Kabylie, et le Sahara furent ses principaux terrains d’enquêtes. Trois régions clés de la berbérité. Autant dire des poudrières, vu que pour la simple reconnaissance du fait linguistique berbère, il fallut combien de combats et plus d’une centaine de jeunes tués à bout portant par les « forces de l’ordre ». Et là aussi Fanny n’hésita pas à soutenir les multiples protestas de la Kabylie, et à défendre des gens comme Mouloud Mammeri, l’écrivain et professeur sanctionné, et Ferhat Mehenni le chanteur et dirigeant emprisonné, actuel Président du Gouvernement provisoire en exil de la Kabylie.

Il avait donc été naturel pour elle d’œuvrer à ce mouvement des années 80, sans équivalent dans le monde arabo-musulman, appelé le Rassemblement des Artistes, Intellectuels et Scientifiques, soit le R.A.I.S (« président » en arabe…) n’ayant qu’un seul but, au temps du parti unique: faire qu’une opinion ne puisse être un délit. Mouvement qui se réunissait là où c’était possible, et, en ces temps où l’on mettait si facilement en prison, souvent chez Fanny.

L’estocade à ce mouvement fut assénée par le Front Islamique du Salut (FIS), et sa branche armée, le GIA: chaque mardi un intellectuel ciblé était assassiné, visant les meilleurs, l’écrivain Tahar Djaout, le psychiatre Mahfoud Boucebsi, le dramaturge Abdelkader Alloula, le pédiatre Djilali Belkhenchir et Président du Comité contre la Torture, dont Fanny fut aussi membre, et des dizaines d’autres. Chaque mardi.

Dès le début de l’intellectocide, Fanny à Paris prit l’initiative d’entrainer Bourdieu, André Mandouze, Mohamed Harbi et bien d’autres, afin de créer le CISIA, Comité international de soutien aux intellectuels algériens, dont le flot d’exil allait s’amplifier. Et il fallut à Fanny déployer de terribles efforts pour que le CISIA ne serve pas d’organisation d’accueil des islamistes que l’Etat algérien combattait et qui eux aussi s’exilaient. C’était l’époque où les organes principaux de l’intelligentsia française, Le Monde, Libération, le Nouvel Observateur et Politis avaient décidé que les islamistes étaient les véritables victimes d’une dictature militaire, et nous les intellos assassinés par les islamistes, des « suppôts » de cette armée au pouvoir! Compromission avec l’islamisme qui a réussi à gangréner toute l’Europe et même les deux Amériques, et qui aujourd’hui délégitime les démocrates qualifiés d' »islamophobes »!

L’islamisme, en tous cas, eut pour conséquence de faire prendre une décision déchirante à Fanny en 1994: quitter à jamais sa maison d’Alger. Déchirante compte tenu des engagements algériens de Fanny, au prix même du silence concernant son père. Mais aussi parce l’exil des intellectuels algériens venait télescoper cet autre exil que nous avions passé sous silence, celui de ces Juifs et de ces Pieds-noirs qui 30 ans plus tôt furent poussés aux mêmes extrémités: devoir quitter leur pays natal, parce que le FLN était arrivé à ses fins: épurer l’Algérie de tous ses non-musulmans, en pratiquant tout azimut un terrorisme ciblé, au faciès (4).

Le condamner publiquement, même rétroactivement, fut au-dessus des forces de Fanny. Et comme c’est le même fil qui relie toutes les causes qui l’ont pratiqué et continuent de le pratiquer, telle la aujourd’hui « cause palestinienne », elle s’abstint de le tirer. Mais en émettant le vœu d’être enterrée aux côtés de son père, à Constantine, n’encourage-t-elle pas les siens à surmonter l’obstacle dont je parlais plus haut?

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(1) Et comme le précise Roger Vétillard in « 20 Août 1955, dans le Nord-Constantinois, Un tournant dans la guerre d’Algérie » (page 123 de la première édition) il n’était pas protégé par une détachement de la Légion, ce qui lui aurait évité effectivement d’être aussi facilement tué, contrairement à ce qu’a pu affirmer, sans aucune vérification, la pseudo-historienne Mauss-Copeaux.

(2) En Juillet 1976, le prêtre Jacquier est assassiné en plein Alger, à coups de poignard. « Acte d’un déséquilibré » conclut la Justice, comme elle l’avait fait trois plus tôt après l’assassinat du poète algérien d’origine aussi chrétienne, Jean Sénac.

(3) Boualem Bessaiah, ministre de la culture des années 80, publia un livre sur la révolte d’El Mokrani en 1871, pompé dans l’ouvrage sur les Confréries, du 19ème siècle, de Louis Rinn, ethnologue et officier de l’armée francaise… Et donna l’ordre au directeur de la Bibliothèque Nationale de l’ôter de la circulation.

(4) Deux exemples entre cent: Ben Khedda, président du GPRA (Gouvernement provisoire de la république algérienne), 1961-1962, confirme dans son livre La fin de la guerre d’Algérie, Casbah Ed. 1998: « En refusant notamment la nationalité algérienne automatique pour un million d’Européens, nous avions prévenu le danger d’une Algérie bicéphale ».

Réda Malek, qui se veut un dirigeant moderniste et qui fut un 1er ministre anti-intégriste dans les années 90, conclut ainsi son récit des négociations sur les Accords d’Evian – Le Seuil, 1990: « Heureusement, le caractère sacré arabo-musulman de la nation algérienne était sauvegardé ».

La Longue Marche de la Kabylie vers son Indépendance… (17 Janvier 2016)

Moi qui ait été le témoin durant 30 ans de la lutte du peuple kabyle pour sa liberté, comment pourrais-je dissimuler mon émotion après avoir vu les images de la Marche organisée le 12 janvier dernier, à l’occasion de Yennayer (nouvel An berbère) 2966, à Tizi Ouzou, capitale de cette contrée, et ce à l’appel du MAK (Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie) [1]

Et comment ne pas être frappé par la symbolique de la quasi-simultanéité de cet évènement avec, quelques jours plus tôt, le décès d’Ait Ahmed, un des historiques kabyles du mouvement indépendantiste algérien, qui entra en opposition (armée puis politique) au système dictatorial qui se mit en place dès l’indépendance en 1962.

Ce dirigeant dès le début s’opposa à la nouvelle Constitution algérienne imposée par l’Armée de Boumediene en raison notamment du second article postulant que l’Islam est religion d’Etat, puis au Code de la Nationalité qui en découla, n’accordant automatiquement la nationalité algérienne qu’aux seuls musulmans, alors même que de nombreux Chrétiens et Juifs s’étaient engagés pour l’indépendance, au côté ou au sein du FLN.

Et c’est de son parti, le FFS (Front des Forces Socialistes), que naquirent différents mouvements culturels puis politiques qui avec le temps s’autonomisèrent mais dont le dénominateur commun est resté la revendication de la reconnaissance de la langue berbère comme langue nationale et officielle et de tous les droits culturels qui en découlent.

Cette cause a en partie triomphé, mais elle est désormais considérée insuffisante pour assurer l’épanouissement du peuple de Kabylie, région balnéaire et montagneuse entre la Méditerranée et le désert, qui reste une zone de sous-développement. Et quelques jours après l’enterrement d’Aït Ahmed, c’est le MAK qui démontrait que la lutte du peuple kabyle avait désormais atteint un point de non-retour : la revendication d’autodétermination devant inéluctablement mener à l’indépendance. La transmission s’était faite !

Ferhat Mehenni qui dirige actuellement le GPK [2] (Gouvernement Provisoire Kabyle) en exil pour donner à cette cause une audience internationale, est à l’origine de la création du MAK. Il est à lui seul un résumé et un symbole de toutes les luttes menées sous différentes bannières par le peuple et surtout la jeunesse kabyles. Puisqu’au début des années 70, c’est comme chanteur qu’il se fit connaitre, participant à l’éclosion de la nouvelle chanson kabyle, et dans son cas, à l’origine de la chanson à textes politiques. Il alla bien sûr en prison en tant que membre d’une Ligue des droits de l’homme frappée d’illégalité. Et dans les années 80, il soutint de toute sa célébrité le R.A.I.S (Rassemblement des Artistes, Intellectuels et Scientifiques), un mouvement citoyen qui s’imposa sans demander ni avoir d’autorisation, et dont l’objet essentiel était d’affronter la censure et la torture.

Ces luttes de la Kabylie furent chèrement payées par des centaines de morts. Ne pouvant atteindre le père, le propre fils de Ferhat Mehenni, d’une trentaine d’années, fut d’ailleurs assassiné à Paris, sans doute par un agent de la Sécurité militaire algérienne, comme ce fut le cas en 1987 d’Ali André Mécili, un autre dirigeant du FFS.

Le MAK et le GPK dont les dirigeants ont longtemps crus en une simple autonomie dans le cadre de l’Algérie, sont arrivés aujourd’hui à la conviction qu’il n’y a plus d’autre solution pour la Kabylie que l’indépendance. Ceux-ci ont indéniablement appris de l’histoire mondiale des mouvements de libération, à commencer par le FLN algérien. Manifestement, ils ont opté pour une lutte pacifique, les luttes armées ayant dépossédé les peuples au profit des hommes en armes. Et c’est un signe de sagesse qui donne idée de la maturité de ce mouvement.

On doit noter aussi parce que ce n’est pas anodin dans le contexte du monde musulman que ces dirigeants, en accord avec leur peuple, s’opposent à toute forme de judéophobie, y compris celle qui se dissimule derrière la lutte contre le sionisme et contre Israël. Sans doute le peuple kabyle, à l’instar d’autres peuples minoritaires dans le monde musulman, notamment le peuple kurde, a perçu instinctivement qu’il y avait une affinité entre sa volonté d’existence indépendante pour préserver personnalité, identité et dignité, et celle du peuple juif.

Je ne résisterai pas à citer deux faits.

Lorsque la gendarmerie nationale algérienne n’hésita pas à tirer à bout portant sur des manifestants kabyles pacifiques (Années 2001) sans parler de toutes les autres exactions, dont les viols de jeunes hommes, les jeunes se mirent à scander le nom de celui qui avait été la bête noire de toutes les armées arabes du Monde arabe : ‘’Sharon ! Sharon !’’, soulignant ainsi la lâcheté de ces vils militaires juste aptes à réprimer un peuple sans défense.

Plus récemment, au moment du décès d’Ait Ahmed, des supporters algériens de foot violèrent en différents stades, la minute de silence décrétée démagogiquement par le pouvoir en criant ‘’Palestine chouhada !’’ (Palestine martyre), manière de signifier leur mépris au peuple kabyle assimilé ainsi aux Juifs, puisque malgré la disparition quasi-totale des Juifs d’Algérie avec l’indépendance, ‘’Juif !’’ reste l’insulte préférée comme partout dans le monde musulman. (Il existe sans doute, notamment en Kabylie, de nombreux Juifs marranes, mais seule une Kabylie libre leur permettra de s’affirmer comme tels).

La Kabylie fut prompte à réagir à cette injure : ‘’Israël chouhada !’’ (Israël martyre) !

JP

Tous mes Vœux au peuple kabyle et à ses courageux dirigeants anciens et nouveaux, pour le nouvel an berbère Yennayer 2966 !

Honte à cette intelligentsia algérienne qui, mis à part l’écrivain Boualem Sansal, se fait la caisse de résonnance d’un pouvoir qui trouve légitime le droit à l’indépendance des Sahraouis marocains, mais pas celui des Kabyles !

Honte à ces gauches française et mondiale aux soutiens sélectifs, qui plutôt que soutenir la cause d’un peuple enraciné en sa terre depuis des millénaires, préfèrent faire allégeance au pouvoir algérien, afin qu’il ne puisse être dit que les Arabes peuvent aussi être des colonisateurs ! [3]

 

[1] Le ‘’A’’ de MAK est passé d’Autonomie à Autodétermination, lors du deuxième congrès du MAK qui a eu lieu en Kabylie, le 09 et 10 décembre 2011.

[2] Le GPK a été constitué le 1er juin 2010.

[3] http://www.siwel.info/Yennayer-2966-La-BRTV-recidive_a8422.html

Lounes Matoub – Quelques souvenirs… (3/07/2016)

CONTRIBUTION (Tamurt) – Le 18ème anniversaire de son assassinat me fait remonter quelques souvenirs que je me dois de transmettre. 

Octobre 88 : L’Algérie est secouée par un séisme populaire sans précédent depuis l’indépendance. Aucun parti politique clandestin de l’époque (les plus importants étaient le PAGS, communiste, dont j’étais membre, et le FFS kabyle) n’étant en mesure d’organiser un soulèvement national de cette ampleur, je subodore immédiatement une immense manipulation de la Sécurité militaire, ou au moins d’une partie de celle-ci. Ce soulèvement qui servira de rampe de lancement au mouvement islamiste et notamment au FIS, donne l’illusion d’une sorte de ‘’printemps démocratique arabe’’ puisqu’il débouchera sur une constitution et un régime, en apparence, pluraliste et une presse ‘’indépendante’’. Des Comités populaires naissent un peu partout qui seront très vite balayés par le pouvoir et les islamistes.

C’est dans ces premiers jours de révolte que Lounes est arrêté, sur la route en Kabylie, par la gendarmerie. Sa voiture est bourrée de tracts, ce qui autorise les gendarmes, sans doute informés, à lui tirer dessus à bout portant. Grièvement blessé surtout aux membres inférieurs  (volonté de le marquer à vie sans le tuer cette fois) il est transporté à l’hôpital de Aṣqif n Ṭmana (Aïn El Hammam en arabe, Michelet  du temps de la France).

La presse du parti unique ne dit pas un mot de cet événement et sa sœur Malika, du même parti que moi, sans que nous le sachions, arrive affolée à Alger, persuadée que son frère sera achevé dans cet hôpital. Il faut donc l’en sortir au plus vite. Je contacte un ami chirurgien, le Dr Merad qui exerce à la Clinique des Orangers (non privatisée à cette époque), lequel accepte courageusement de le prendre en charge, tout en étant conscient qu’Hyppocrate ne lui sera pas d’un grand secours.

Quelques jours passent et la presse n’en ayant toujours pas dit un mot, il devient urgent de faire connaitre l’information, seule manière de protéger un tant soit peu Lounes. A l’époque, j’étais l’un des principaux animateurs du R.A.I.S (Rassemblement des Artistes, Intellectuels et Scientifiques) mouvement non-clandestin, qui existait depuis 6 ans sans la moindre autorisation, bien sûr pénétré par les agents de la sécurité militaire, mais leur échappant malgré tout, de par son fonctionnement original : pas de chef, et les décisions se prennent au consensus, directement après discussion entre les présents.

Nous décidons alors de recueillir le témoignage de Lounes et de le publier. Je me rends à la Clinique des Orangers avec un collègue cinéaste kabyle que je respecte, Ali Mouzaoui. C’était la première fois que je rencontrai Lounes mais le moment n’est pas aux effusions, car nous ne savions pas ce qui se passerait quand on sortirait de la Clinique. Impossible cependant de ne pas être accroché par sa tronche et sa tignasse rebelles. Nous prions Lounes, même si cela lui est désagréable, malgré les douleurs qui l’assaillent et le doute qu’il puisse remarcher, de nous dire ce qui s’est passé de manière chronologique. Il y consent et nous écrivons au fur et à mesure. Le lendemain tout Alger est inondé de nos tracts, et bien au-delà, puisque nous avions des cheminots dans nos réseaux de soutien. Ce qui obligera El Moujahid (ou Horizon ?) de donner enfin l’information, évidemment à sa manière, biaisée.

 1er Novembre 1989, Enterrement de Kateb Yacine à Alger : Qui n’y a pas assisté pourra difficilement imaginer ce qu’il fut : un concentré de douleur, de colère, de révolte libertaire et de poésie, où contrairement à la tradition, hommes et femmes se mêlèrent pour le dernier adieu. Les membres du gouvernement Hamrouche furent priés de ne pas s’approcher. Idem pour l’Unique, comme on appelait la TV. Et je crois bien que je fus le seul à pouvoir filmer avec une petite caméra que l’on venait de me prêter, ne pouvant réprimer  mes secousses lorsque l’on mit en terre celui qui avait été mon voisin et ami. Et l’un de ceux qui jeta la dernière pelletée de terre fut justement Lounes, en djellaba blanche, et ceci malgré ses béquilles dont il ne pouvait encore se passer une année exactement après l’agression délibérée de la gendarmerie nationale sur sa personne. A cet instant d’ailleurs, se superposèrent en moi les deux visages, de Yacine et de Lounes : ils se ressemblaient vraiment, comme deux frères.

 Fin Juin 1994. ‘’On est tous des Boudiaf ! » : Bénéficiant d’une protection policière, qui n’était pas au-dessus de tout soupçon, suite au ciblage de quelques-uns du Comité Tahar Djaout que nous venions de constituer début Juin 93, à la suite de l’assassinat d’un des plus grands écrivains, lui aussi kabyle, j’avais été obligé de quitter l’Algérie fin Juin 1993. Arrivé à Paris, je constatai avec stupéfaction que la gauche française et ses médias, le Monde, Libé, et le Nouvel Obs principalement, refusaient de soutenir les intellectuels algériens en train de se faire descendre les uns derrière les autres. On les y traitait de ‘’suppôts du pouvoir’’, et l’on y exhibait une compassion nauséeuse pour les islamistes !

J’écris donc un scénario pour tenter d’expliquer : refus des chaines françaises. Comprenant que je n’arriverai pas à percer le politiquement correct, je renonce à expliquer pour m’en tenir uniquement aux faits : la résistance citoyenne face à l’islamisme assassin. Et en Juin-Juillet 1994, je reviens au plus fort du terrorisme islamiste, et j’arrive à faire entrer une caméra incognito. Je filme durant trois semaines, ne restant jamais plus de trois jours dans une ville, et ne circulant qu’en avion dont je prenais les billets au dernier moment, à l’aéroport même. J’avais décidé d’éviter Alger où j’étais trop connu, mais la nouvelle me parvint que le 29 juin aurait lieu une marche en hommage à Boudiaf, le seul Président de l’Algérie qui fut aimé et pour cette raison assassiné, par ceux-là mêmes qui l’avaient supplié de quitter son exil marocain pour combler et re-légitimer un pouvoir vacant suite à la démission, forcée, du président Chadli.

Je suis donc là, au milieu des quelques milliers de ‘’démocrates’’ qui viennent de démarrer, protégé par une amie que je viens de rencontrer et qui a commencé par m’engueuler. Je la charge d’être mes yeux arrières. Il y a d’ailleurs beaucoup de femmes, peut-être plus que d’hommes. Tout en filmant,  j’aperçois Lounes, dont j’essaie de m’approcher pour mieux le cadrer, quand deux explosions suivies de coups de feu créent la panique. On court dans tous les sens, ou l’on se couche au sol. Des hommes en civils, révolvers ou mitraillettes au poing vont et viennent. J’essaie de dissimuler ma caméra. On charge dans des voitures des personnes ensanglantées.

Et puis, peu à peu les gens reviennent, se regroupent comme au départ, échangent les informations glanées, se questionnent, y aurait-il eu des morts ?, et, miracle, se remettent à marcher sur cette grande avenue qui monte assez abruptement en criant avec encore plus de force qu’au début, et un très fort accent kabyle, ‘’Nous sommes tous des Boudiaf !’’. Inoubliable moment ! L’amie prend mes cassettes filmées et disparait. Le lendemain, les cassettes seront à Paris.

Le lendemain aussi on saura par la presse qu’il n’y a eu que des blessés parmi lesquels Lounes n’était heureusement pas, et que les bombes avaient été enterrées au milieu de la rangée de fleurs qui séparait les deux sens de l’avenue, sans doute durant la nuit, alors que le parcours de la manifestation, autorisée, aurait dû être sécurisé dès la veille. ‘’Négligence’’ criminelle visant à refroidir les ardeurs ‘’démocrates’’….

Ne connaissant pas à l’époque le livre de Camus qui regroupe ses écrits sur la guerre d’Algérie, j’intitulai ce film ‘’Chroniques Algériennes’’ qui passera sur Canal Plus mais qui sera à nouveau refusé par toutes les autres chaines françaises, pourtant privées d’images sur l’Algérie, suite aux dangers encourus par les journalistes.

 Septembre 1994, Pris en otage par le GIA : Loin de moi de vouloir déresponsabiliser le GIA (Groupes islamiques armés), qui selon certains, n’auraient été que des marionnettes du pouvoir, l’ISIS / Daech aujourd’hui est bien une réalité. Ceci cependant n’exclut pas que tel ou tel groupe ait été manipulé. Et en ce qui concerne Lounes, il y avait un tel acharnement du pouvoir contre lui, qu’il est difficile de réprimer quelques doutes. Toujours est-il qu’après avoir été enlevé et séquestré durant 3 semaines il fut finalement libéré, et la formidable protestation de la jeunesse kabyle y fut sans doute pour quelque chose. Je ne me souviens plus exactement des premières paroles de Lounes après sa libération, mais elles furent celle d’une victime du syndrome de Stockholm : il dit beaucoup de bien de ses ravisseurs. J’eus donc quelques inquiétudes pour sa santé morale mais elles furent de brève durée. Entourés par les siens, c’est à dire sa famille et son peuple, il récupéra vite et à nouveau il redevint le chanteur rugueux et subversif qui ne mâchait pas ses vers. Et encore moins ses tirades politiques. Ouf !

Mais quand quelques années plus tard, j’appris très confidentiellement qu’il venait d’enregistrer à Paris son dernier album qui recelait ‘’une bombe’’ – le détournement de l’hymne national algérien, ‘’Kassaman’’,  où sur la même mélodie, d’autres mots étaient chantés par Lounes, par exemple dans le refrain ’’Trahisons’’ au lieu de ’Nous jurons’’et qu’il allait retourner en Kabylie pour présenter cet album, je me dis : il est fou !

 Assassiné le 25 juin 1998 : Depuis le mois de Mars de cette année-là  et ce durant une année j’avais tourné un film tout au long d’un long voyage en France, qu’à l’époque je considérais comme une terre d’exil. C’est dans ce film, ‘’Algéries, mes fantômes’’, que pour la première fois j’osais évoquer certains thèmes tabous, qui plus développés dans mon dernier film, Algéries, histoires à ne pas dire, lui vaudront d’être interdit en Algérie en 2007, et feront enrager la ministre de la culture de l’époque, Khalida Toumi, mais aussi beaucoup de mes anciens amis et ‘’camarades’’…

Avec ‘’Algéries, mes fantômes’’, je tentais de recoller tous les morceaux d’une Algérie que j’avais rêvée multiethnique, et qui s’étaient trouvés projetés en France à différents moments, et notamment ces deux groupes ethniques auxquels j’appartenais, juif par ma mère et pied-noir par mon père….Toujours est-il que durant cette année 98-99, allant d’une ville à l’autre avec ma caméra et mon sac à dos, je venais à peine de faire une pause à Paris quand la nouvelle tomba : toujours sur une route de Kabylie, sa voiture avait été arrosée par une centaine de balles. Cette fois on ne l’avait pas raté, fut ma première pensée.

Le lendemain, alors qu’on l’enterrait dans son village natal Taourirt Moussa, la Place de la République à Paris débordait de toute part. Le peuple kabyle, avec ses amis, était là, consterné. Au milieu des femmes en habits multicolores, je n’avais jamais vu autant d’hommes de tous âges pleurer. Sur la scène dominée par un immense portrait de Lounes, avec ce si beau visage si ressemblant à celui de Yacine, Malika Domrane chantait, fustigeait, priait, pleurait, chantait et haranguait à nouveau, se démenant si dangereusement que deux hommes arrivaient à grand peine à la ceinturer.

Et au bas de la scène des milliers de fleurs et des centaines de bougies de toutes couleurs gardant leur flamme, même quand la cire avait fondue… Ce peuple qui savait déjà par cœur le chant qui avait valu la mort à son chantre entonna alors l’hymne interdit, deux doigts tendus au bout du poing levé. Qu’il est difficile de filmer lorsqu’il faut réprimer ses propres émotions… N’empêche, cette séquence sera au cœur de l’un de mes films préféré…

Et ce jour-là, je compris qu’à Paris comme à Taourirt Moussa et partout ailleurs dans le monde sans doute, venait de naitre dans le cœur de dizaines de milliers de Kabyles, le sentiment qu’il n’y avait plus de compromis possible et que la seule issue possible était l’indépendance.

Aujourd’hui, j’ai même la sensation d’avoir assisté, ce jour-là, à la naissance du MAK (Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie).

REFLEXIONS sur le DOCUMENTAIRE – 2 Ecrans, Juillet 1978

C’est mon premier article sur le cinéma dans une revue Cinéma-TVqui vient d’être lancée. Tout en partant du discours officiel qui parle de la necessité d’ ‘’élever le niveau culturel des masses’’ (mais sans jamais élaborer de politique conséquente dans ce sens), j’essaie de montrer l’importance du cinéma documentaire, dont les autorités ne veulent pas en raison du miroir qu’il offrirait à la société, mais qui est aussi méprisé par les élites culturelles, et même par les cinéastes…

‘’PAIN et CHOCOLAT’’ Brusati – Le Fantasme est-il contre-révolutionnaire ? 2 Ecrans N°15 et 16 – Aout 1979

J’écris cet article alors que la préparation de mon 1er long-métrage de fiction ‘’L’Empire des Rêves’’ a été interrompue par le Ministre de la Culture’’ au printemps 1978 et qu’il me faudra attendre 3 ans pour le réaliser. Les autorités se méfient du fantasme surtout lorsqu’il est la matière d’un film. Et m’appuyant sur l’analyse du film de Brusati, j’essaie de monter que fantasme et sociologie (ici de l’émigration) peuvent faire bon ménage…